13 janvier 2012

Phonomimie (1880)

La méthode Borel-Maisonny retrouve en les améliorant certains grands principes de la méthode phonomimique inventée au XIXème par M. Grosselin  siècle et popularisée notamment par Mme Pape-Carpantier.

Ce texte fait suite au texte "Ecriture-lecture (1880)"
Leçons élémentaires de pédagogie pratique (par un inspecteur d’Académie honoraire), Paris, 1880.

   § 1. Comme ils ont besoin de mouvement, pendant même que leurs regards sont attentifs pour saisir la forme d’une lettre, pourquoi ne pas soutenir et vivifier leur coup d’œil par des exercices phonomimiques bien compris, qui n’intéressent pas seulement à l’enseignement l’intelligence et le regard, mais la main, les doigts, la figure, appelés à jouer aussi leur rôle dans la manifestation d’une idée ? C’est, dit-on parfois, une complication. Qu’on le pense et qu’on en parle ainsi, quand on est étranger à la vraie phonomimie, soit ! Mais que l’on s’initie à ses procédés, on reconnaîtra combien les enfants les aiment et combien ils contribuent à rendre plus prompts et moins fatigants, pour les maîtres, les débuts de l’enseignement de la lecture, ou, si l’on veut, de la connaissance des lettres. L’être tout entier de l’enfant, son intelligence et son corps, est en jeu ; pas une partie qui travaille, tandis que l’autre se repose ; tout s’agite, et si l’exercice n’est pas trop prolongé, l’ennui ne peut le prendre par aucune partie de son organisation intellectuelle et physique.

    § 2. — Quant aux éléments de cette lecture, ils s’enseignent au moyen de récits ayant pour texte de petites images représentant des gestes pris généralement dans la nature, tels que : le mouvement de l’eau, celui de la roue qui tourne, le cri ou la forme d’un animal, etc.  Rien de plus attrayant pour les enfants que ces différents mouvements ; ils les répètent sans aucun effort de voix, en articulant les sons avec un entrain et un ensemble, qui donnent à cet enseignement le plus grand charme.
    Il y aurait lieu d’ajouter aux avantages que présente cette lecture, le service qu’elle peut rendre aux enfants privés de l’usage de la parole, en leur permettant de prendre part à l’enseignement commun.

    § 3.
— Qu’il nous soit permis de rappeler ici un souvenir.
    Il s’agit d’une surprise charmante dont nous avons joui à l’occasion d’une distribution de vêtements, dans une salle d’asile. C’était vers la fin de décembre, en 1874. Là se trouvaient des dames patronnesses que leurs bienfaits avaient précédées. 130 ou 150 enfants protégés, contre le froid par des vêtements tout neufs et bien chauds, posaient sur l’estrade, avec des regards vifs, animés, qui disaient toute leur reconnaissance. Le silence se fit. On entendit ensuite des chants à l’enfant Jésus, une leçon sur la naissance du Sauveur, un concert de petits oiseaux venant l’adorer, puis le cantique populaire :

    « Oh ! c’est Noël, c’est Noël, la nuit sainte,
    Nuit qui du ciel doit fléchir le courroux,
    Nuit où Jésus fait cesser toute plainte,
    Car il naît pauvre et souffrant comme nous. »

    Puis les chants cessèrent, des tableaux de lecture parurent ; une surprise nous était réservée ! Sur un signal de la directrice, une religieuse fort intelligente, les enfants donnèrent une représentation du procédé phonomimique de M. Grosselin. Ce fut vraiment plaisir de les entendre lire et de les voir gesticuler des syllabes, puis des mots, même quelques phrases. Des enfants de cinq et quatre ans, la baguette à la main, faisaient lire à d’autres enfants de leur âge et traduire, avec assurance, par des gestes expressifs, les mots qui leur étaient indiqués. Avec quelle attention on suivait leurs mouvements et on recueillait leurs paroles ! Qui a jamais pénétré dans une salle de sourds-muets, croyait avoir sous les yeux ces petits déshérités de la parole et de l’ouïe.
    Heureusement, les asiliens en scène jouissaient de ces deux facultés ; et l’on ne pouvait trop féliciter leurs directrices de leur avoir communiqué une langue nouvelle.
    Quelques mois d’études avaient suffi à ces religieuses pour faire comprendre aux enfants la valeur phonomimique des sons et des articulations, les gestes qui les représentent et les lettres de l’alphabet usuel, d’après la nouvelle épellation.
    Avant l’introduction de ce procédé, l’enseignement de la lecture ne laissait pas que d’offrir aux maîtresses des difficultés et des fatigues. En présence du tableau noir, l’enfant était souvent distrait ; avec ce nouveau procédé, la participation de ses principaux sens à l’exercice de la lecture, les mouvements de son corps tiennent son attention constamment éveillée, et, du même coup, il apprend deux langues sans fatigue et sans que l’ennui paraisse. Aussi serait-il désirable de voir toutes les écoles faire marcher de pair ces deux procédés ; les débuts de l’étude, variés et animés par le mouvement, présenteraient, aux enfants plus d’attraits, et les sourds-muets seraient bientôt moins isolés au sein des campagnes.



Bibliographie :
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