31 août 2011

Du danger d'instruire le peuple

Le monopole de l’université sera combattu, après la Restauration, par la tendance libérale qui, avec Guizot, établira la "liberté de l’enseignement". Ainsi, à côté des écoles intégrées à l’université, tout individu âgé de 18 ans pourra ouvrir une école et exercer la profession d’instituteur primaire, à condition d’obtenir un brevet de capacité et de présenter un certificat de moralité. Persuadé que l’enseignement contribue au progrès de la société, Guizot oblige surtout chaque commune à créer et à entretenir une école primaire privée ou publique.
Puis arrive la révolution de 1848. La paysannerie et la bourgeoisie des villes sont effrayées par les effets de la loi Guizot qui, en instruisant, a sans doute contribué à développer l’esprit critique et à répandre les idées "sociales".

A Hyppolite Lazare Carnot qui, en raison de l’instauration du suffrage universel, proposait de rendre l’enseignement obligatoire, gratuit, unique et laïque "puisque la libre volonté des citoyens doit désormais imprimer au pays sa direction" Adolphe Thiers oppose l’idée que, justement, l’instruction du peuple est un danger pour la paix sociale !

Picto livre "Cette puissante religion qu’on appelle christianisme exerce sur le monde une domination continue, et elle le doit, entre autres motifs, à un avantage que seule elle possède entre les religions […] c’est d’avoir donné un sens à la douleur... Assurément je ne veux pas faire pour cela de l’obscurantisme. Lire, écrire, compter, voilà ce qu’il faut apprendre, quant au reste, cela est superflu. Il faut bien se garder surtout d’aborder à l’école les doctrines sociales, qui doivent être imposées aux masses.
Folie bien plus funeste encore, celle qui consisterait à rendre ce même enseignement obligatoire [….] L’enfant qui a trop suivi l’école ne veut plus tenir la charrue. […] J’irais même jusqu’à dire que l’instruction est un commencement d’aisance et que l’aisance n’est pas réservée à tous. […] En étendant moins l’enseignement, on aura plus d’argent à consacrer au service de l’inspection..."
Adolphe Thiers, septembre 1848

En 1850, après des débats houleux, le comte de Falloux rend à l’Eglise le contrôle sur l’enseignement en accordant aux établissements privés - où exercent les ministres du culte et les congréganistes - une totale liberté d’action et en imposant la présence du clergé à tous les niveaux de l’administration des écoles publiques. Dans son discours à la chambre des députés, Victor Hugo s’écrie : "Et vous réclamez la liberté d’enseigner ! Tenez, soyons sincères entendons-nous sur la liberté que vous réclamez : c’est la liberté de ne pas enseigner. (1)"

Pour le "parti de l’ordre" et pour les catholiques les plus intransigeants, il s’agit de retirer l’enseignement des mains des instituteurs laïques, jugés trop démocrates, pour le confier au clergé qui, seul, possède la légitimité de transmettre les dogmes qui assurent la préservation de la hiérarchie sociale. Les héritiers de Condorcet, au contraire, entendent s’appuyer sur la raison pour que chaque citoyen construise une pensée libre et autonome.

(1) Voir à ce propos l’extraordinaire discours de Victor Hugo contre la Loi Falloux.
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