5 septembre 2011

"Il faut privatiser l'EN !"

Volte-face d’une ministre américaine 

par Diane Ravitch

Lorsque je suis entrée dans l’administration de M. George H. W. Bush, en 1991, en tant que vice-ministre de l’éducation, je n’avais aucune idée arrêtée sur la question du « libre choix » en matière d’éducation ou sur celle de la responsabilisation des enseignants. Mais, lorsque j’ai quitté le gouvernement deux ans plus tard, je défendais le principe de la rémunération au mérite : j’estimais que les enseignants dont les élèves obtenaient les meilleurs résultats devaient être mieux payés que les autres. Je soutenais aussi la généralisation des tests d’évaluation, qui me semblaient utiles pour déterminer avec précision quelles écoles avaient besoin d’une aide supplémentaire. J’applaudis donc des deux mains quand, en 2001, le Congrès vota un texte allant en ce sens, la loi NCLB (« No Child Left Behind », pas d’enfant laissé sur le bord du chemin), et de nouveau lorsque, en 2002, le président George W. Bush signa son entrée en vigueur.

Aujourd’hui, en observant les effets concrets de ces politiques, j’ai changé d’avis : je considère désormais que la qualité de l’enseignement que reçoivent les enfants prime sur les problèmes de gestion, d’organisation ou d’évaluation des établissements.

Texte intégral : http://www.monde-diplomatique.fr/2010/10/RAVITCH/19750

Retrouvez Diane Ravitch sur le blog de Core Knowledge : http://blog.coreknowledge.org/author/diane-ravitch/
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Lire la discussion sur le forum Neoprofs : Il faut privatiser l'EN

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Société 5/09/2011 à 7h46

A Puy-Saint-Vincent, l'institutrice est payée par les habitants

86 commentaires

Un village rural des Hautes-Alpes, dont la classe maternelle était promise à la fermeture en raison d'une baisse des effectifs, accueille lundi sa nouvelle institutrice recrutée et payée par ses soins, créant une situation inédite en France.
"Il faut que la commune garde ses enfants dès le plus jeune âge, sinon c'est la mort annoncée du village", déclare à l'AFP Marcel Chaud, le maire sans étiquette de Puy-Saint-Vincent, une station de ski de 300 habitants qui emploie jusqu'à 500 saisonniers l'hiver.
La mairie, opposée à la fermeture de la classe maternelle annoncée en mars dernier par l'inspection académique, a décidé d'embaucher pour cette rentrée une institutrice qu'elle paye sur ses deniers, via une association, pour un budget annuel d'environ 30.000 euros.
Dix enfants, âgés de 2 ans et demi à 5 ans, sont inscrits dans cette école privée, hors contrat avec l'Etat, installée au sein de l'établissement communal qui accueille les 17 autres élèves de primaire.
"Le programme sera suivi", prévient néanmoins l'institutrice de 38 ans, Karine Chamberland, qui a exercé pendant une dizaine d'années dans l'académie de Nice et a été recrutée parmi une cinquantaine de candidats.
Pour la mairie, dont le budget est de 1,5 million d'euros, "aucun autre choix n'était possible pour préserver la qualité de vie des enfants et attirer de nouveaux habitants".
"Mettre en place des transports scolaires pour emmener les enfants dans les écoles des alentours nous aurait coûté plus cher. Sans compter que des enfants, si petits, auraient dû l'hiver en raison de la neige se lever très tôt", justifie le maire de cette commune située à 1.800 mètres d'altitude.
L'inspection académique, pour qui la fermeture de la classe était "inévitable" en raison de "la baisse démographique et d'effectifs insuffisants", souligne de son côté que des propositions de regroupement avec des communes voisines ont été faites.
"Dépenser 30.000 euros pour les élèves, alors qu'une solution était possible à 4,5 km avec l'école de Vallouise, me laisse dubitatif", signale Pierre Barrière, inspecteur d'académie des Hautes-Alpes.
L'inspection académique et la mairie s'accordent toutefois sur un point: il ne peut s'agir que d'une situation "transitoire".
"C'est un accident de parcours. Si les effectifs remontent de façon notable en fin d'année, on va demander à l'inspection académique de renouveler le poste", projette le maire.





Ecole : silence, on privatise...
Le Monde| 03.09.10 | 14h05  •  Mis à jour le 03.09.10 | 14h05 

Suppression de 16 000 postes d'enseignants, classes plus chargées, classes maternelles amputées, suppression progressive des réseaux d'aide spécialisée aux élèves en difficulté (Rased), accélération des logiques de ghettos avec la fin de la carte scolaire, suppression des instituts universitaires de formation des maîtres (IUFM), loi Carle sur le financement de l'enseignement privé par les municipalités... La liste est longue et bien connue.

Mais sa cohérence a-t-elle été suffisamment analysée ? A qui profite le crime ? Il ne s'agit pas seulement de faire des économies, mais d'un programme idéologique : faciliter l'évasion scolaire en direction du privé.

Il existe aujourd'hui 8 200 établissements catholiques sous contrat (soit 1 961 037 élèves), auxquels il faut ajouter 256 établissements juifs (38 000), huit protestants (2 760), 82 établissements bretons catholiques (4 241), 44 écoles bretonnes Diwan (3 076), 26 écoles basques (2 508), 50 occitanes (1 627) et huit catalanes (6 000). La France est divisée, moins citoyenne, mais ce n'est rien au regard de ce qu'on lui prépare.

L'Etat n'a plus d'argent pour l'école publique, mais en trouve pour financer l'ouverture de classes catholiques en banlieue. Xavier Darcos, ancien ministre de l'éducation nationale, a même promis 10 millions d'euros à l'école privée pour l'aider à payer ses formations (qu'il a supprimées dans le public !). Une facture que Luc Chatel hésite tout de même à régler. Peu importe. Le mécénat continuera par d'autres moyens : les niches fiscales.
Deux fondations consacrées à financer les écoles privées, surtout les plus religieuses, se sont vu reconnaître le statut d'"utilité publique" : la Fondation Saint-Matthieu et la Fondation pour l'école. Cette dernière est issue de "Créer son école", qui s'inspire d'un autre réseau : les Créateurs d'écoles.
Le livre d'Eddy Khaldi et Muriel Fitoussi, Main basse sur l'école publique (Démopolis), nous éclaire sur la généalogie de ce mouvement : un mélange de hauts fonctionnaires, voire de futurs ministres (comme Xavier Darcos) et de têtes pensantes issues du Club de l'Horloge (Nouvelle Droite) ou de l'intégrisme catholique ("opusiens" et traditionalistes), bien décidés à animer ensemble un lobby en faveur du "pluralisme scolaire".

Le site "Créer son école" vous apprend à créer une "école indépendante". Et la Fondation pour l'école se charge du reste, c'est-à-dire des financements... Elle a obtenu le statut d'utilité publique en un temps record. Un an à peine après sa création, François Fillon signait le décret ! Désormais, 60 % à 75 % des dons qu'elle reçoit sont déductibles des impôts et donc investis dans les écoles hors contrats de son choix. Une liste de partenaires qu'Anne Coffinier, sa fondatrice, ne tient pas à rendre publique, mais qui compte de nombreux établissements catholiques intégristes. Comme l'école de la Sainte-Famille à Dijon, tenue par la Fraternité Saint-Pie-X.

L'inspection d'académie y a relevé des pratiques d'endoctrinement et d'humiliation (bonnet d'âne et Scotch sur la bouche) d'un autre âge. Sans que leurs rapports ne soient vraiment suivis d'effets. Ce qui n'est pas sans rappeler le climat d'impunité qui régnait à l'école bordelaise Saint-Projet, jusqu'à ce que les caméras des "Infiltrés", magazine de France 2, dévoilent le goût de ses élèves pour le racisme, et celui de ses profs pour Pétain. La fondatrice de la Fondation pour l'école ne cache pas qu'elle pourrait financer cette école si elle le demandait...

Il existe bien d'autres écoles, particulières ou communautaires, qui attendent de fleurir grâce aux niches fiscales saignant les déficits publics en plus des 7 milliards que l'Etat verse directement aux écoles privées au titre de la loi Debré. En l'occurrence, dix établissements musulmans, un établissement sikh, et 30 établissements protestants évangélistes auxquels s'ajoutent les 600 établissements (25 000 élèves) du mouvement "Créer son école"... C'est dire si les niches fiscales ne font pas que creuser la dette. Elles creusent aussi la tombe de l'esprit républicain.

Caroline Fourest (Sans détour)
Article paru dans l'édition du 04.09.10


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Voir la pièce de théâtre l'Ecole des marchands de Christophe Le Gall

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