4 août 2011

L’ordinateur remplace les professeurs, par Liliane Lurçat

Début du chapitre XIII de Vers une école totalitaire ? L’enfance massifiée à l’école et dans la société de Mme Liliane Lurçat, François-Xavier de Guibert, 2001, pp. 172-174

Chapitre XIII
L’ordinateur remplace les professeurs

Une solution idéologiquement correcte…
Marie-Danielle Pierrelée est une disciple de P. Meirieu. Dans le livre que lui a préfacé Meirieu (Pourquoi vos enfants s’ennuient en classe ? Syros, 1999), elle met en cause le fonctionnement du collège unique, car l’enseignement qu’il dispense serait « théorique, à prétention encyclopédique, conçu pour une petite minorité de forts en thème ». L’organisation du collège provoquerait même une bonne partie des violences chez les jeunes évincés du savoir.
            Elle ne propose pas seulement de réorganiser l’enseignement du collège. Elle veut substituer à l’enseignement des professeurs le tutorat et l’usage généralisé de l’ordinateur. A l’aide de logiciels choisis en fonction des compétences des élèves, l’ordinateur deviendrait précepteur, et le professeur n’aurait plus pour fonction d’instruire, mais de choisir des logiciels. Plus besoin pour lui de rédiger des cours et de rassembler des documents.

… et économique !
            Le tuteur doit jouer le rôle « que jouait autrefois la mère de famille cultivée, exigeante et confiante ». Ce tuteur devra accompagner un petit groupe d’élèves tout au long de leur scolarité au collège. Cette fonction pouvant être avantageusement remplie par les bénéficiaires des emplois-jeunes. (Mais pourquoi les comparer à des mères de famille cultivées ?)
            Dans le projet de M.-D. Pierrelée, les heures de tutorat remplacent les heures de cours, car « trois heures de cours peuvent suffire à amener les jeunes à un niveau largement équivalent. »
            L’essentiel doit être fait au collège avec le tuteur, ce qui demanderait une dizaine d’heures par semaine. L’hétérogénéité subsistera dans le petit groupe, car « il faut apprendre à vivre ensemble, quels que soient le milieu d’origine, l’âge, la religion. »
            Dès lors, il devient possible de créer des groupes de niveau pour les apprentissages strictement scolaires, l’essentiel étant l’éducation en commun. « Le brassage social n’implique pas que les apprentissages proposés le soient d’une façon uniforme. »

La cuisine pédagogiste
            L’enfant est testé dans chaque discipline au début de l’année. Le diagnostic qu’on établira permettra de prescrire un programme de cours « que la société (qui se cache derrière cette entité ? N.d.A.) considérerait comme minimal. »
            Les professeurs doivent se plier aux exigences bien-pensantes des pédagogistes. « Les professeurs subiront des contraintes plus fortes qu’aujourd’hui, ils seront obligés de travailler en équipe pour concevoir des tests, établir des groupes de niveau, préciser les objectifs (…) leurs cours seront moins nombreux mais plus efficaces et plus gratifiants. »

La suppression des professeurs
            M.-D. Pierrelée veut supprimer radicalement la fonction des professeurs en supprimant les classes. L’enseignement oral lui paraît obsolète, elle veut le remplacer par : « les livres, les radios, les télés, ordinateurs et internet ». Qualifié de « cours magistral », l’enseignement du professeur est condamné.
            C’est une mise en cause radicale de la transmission. « Les heures de cours consacrés au transfert des connaissances n’ont plus la même nécessité qu’auparavant, les élèves pourront s’entraîner sur ordinateur avec des exercices auto-corrigés chacun selon son rythme d’apprentissage. »

L’ordinateur-précepteur supprime l’autorité du maître
            Réduit au rôle d’« accompagnateur efficace », le professeur devra se contenter de construire des parcours adaptés aux capacités des élèves, et d’évaluer au fur et à mesure les acquis.
            Les ordinateurs sont parés de tous les mérites, y compris celui d’évaluer les élèves : « ils facilitent beaucoup la pédagogie par objectifs. On peut visualiser d’un seul coup l’évolution de l’enfant et l’endroit où il se situe par rapport à la norme. » De plus, l’ordinateur « peut permettre à chaque élève d’avoir un cursus à la carte tout à fait personnalisé, comme autrefois il l’aurait eu avec un précepteur. »
            Grâce à l’ordinateur et aux tuteurs le collège pourra enfin changer, il ne sera plus un lieu « où les jeunes apprennent avant tout la nécessité de se soumettre à l’autorité, de se conformer aux normes. »
            On ne sait pas en quoi les élèves pourront bénéficier d’une telle idolâtrie de l’ordinateur. Mais on peut imaginer les bénéfices bien réels des fabricants de logiciels qui séduisent tellement les pédagogistes, déjà prêts à leur sacrifier le corps professoral.

Annexes :

Sur la pédagogie par objectifs, voir L’imposture pédagogique de M. Bernard Berthelot




80 avant Liliane Lurçat, ALAIN avait déjà anticipé les ravages que pouvait faire le pédagogisme et le sociologisme si on ne les tenait pas en bride : 

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TICE et MARCHANDISATION
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- Le Cartable de Big Brother (video)

 

- Worldwide Studies on Digital Pedagogy (OCDE, CERI)

 

- Computers At School (Michel Delord)

 

- Michel Delord : Propos historiques et critiques sur les TICE

 

- BOOK : une technologie révolutionnaire qui peut tout changer dans l'éducation (video)

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