25 octobre 2011

Medias et pensée unique : Concentration des Medias et Formatage des Opinions

Je ne suis pas certain que nos compatriotes soient absolument conscients des graves inconvénients que représente l’inquiétant phénomène de concentration des médias auquel nous assistons depuis une vingtaine d’années. Il semble malheureusement que ce phénomène touche pratiquement toutes les démocraties. C’est ainsi que l’immense majorité de tout ce qui s’imprime, se lit, s’écoute à la radio, ou se regarde à la télévision, se trouve entre les mains d’un nombre très réduit de magnats (les tycoons aux Etats-Unis) des médias. Quoiqu’on pense de le probité des propriétaires des grands médias, on ne peut s’empêcher de se dire que cela doit grandement contribuer à restreindre le spectre des informations qui nous parviennent chaque jour. Autrement dit, nous disposions autrefois d’un véritable arc-en-ciel d’opinions en lisant la presse. De nos jours, le spectre s’est singulièrement réduit et la couleur de ce qui nous parvient me semble gravement monochrome. De nos jours, il ne reste pratiquement plus de presse réellement indépendante à quelques rares exceptions près, comme le Canard Enchaîné qui reste la propriété de ses journalistes et qui ne dépend pas de la publicité. Le plus gênant de ce processus, inéluctable semble-t-il, de concentration des médias, n’est pas réellement apparent. Il est dissimulé et l’on ne voit que la partie émergée de l’iceberg.



En réalité, les médias sont actuellement la propriété d’un entrelacs très complexe de quelques personnages qui sont eux mêmes très interdépendants par des liens d’amitiés, d’intérêts politiques ou financiers. Bref, tout ce petit monde se connaît, s’estime, se rencontre dans les conseils d’administration ou dans les ministères et éventuellement assiste au mariage de...etc.

Tout cela est d’une telle complexité que je mets au défi quiconque n’est pas spécialiste de s’y retrouver.
J’en donnerai quelques exemples ci-dessous, mais il me semble que le meilleur travail sur cette question a été publié par Janine Brémond de l’Observatoire des Media. Lisez cet article et vous serez édifié.. ou effrayé. L’article de Wikipedia est assez bien fait, lui aussi.

Bon. Pour nous montrer que nous ne sommes pas les seuls dans ce cas, rappelons nous que 90% du marché des médias américains sont dans les mains de six conglomérats : Disney, Viacom, Time Warner, Bertelsmann et la General Electric. L’Australo-américain Rupert Murdoch n’est pas seulement un “tycoon” des médias américains (presse, radio et télé) mais c’est aussi un magnat de la presse au niveau mondial, spécialisé notamment dans les tabloïds (la presse de caniveau comme nous disons).


Néanmoins, on pourrait se dire qu’il existe au moins une réelle concurrence entre ces différents propriétaires, ne serait-ce qu’au plan des affaires. C’est sans doute le cas en Amérique mais absolument pas pour la petite France. Dans notre douce france, quelques grands groupes (Lagardère, Dassault...) se partagent l'essentiel des médias. Les neuf principaux groupes de presse français réalisent un chiffre d'affaires qui se situe entre 2,2 milliards d'euros et 280 millions d'euros. Par ordre décroissant de chiffre d'affaires, il s'agit d'Hachette Filipacchi Médias (Lagardère), de la Socpresse (Dassault, 70 titres dont Le Figaro), du groupe Amaury (Le Parisien), de Prisma Presse, du groupe La Vie-Le Monde, d'Emap Media, de Bayard Presse, d'Ouest-France et de Sud Ouest. 

Mais comme je vous l’ai dit, les liens entre les différents partenaires sont à la fois nombreux et complexes.

Prenons un exemple : Le cas de TF1, la chaîne favorite de beaucoup de français. Le principal actionnaire (41% du capital) de TF1 (avec TMC et le groupe AB) est Martin Bouygues comme chacun le sait. Les groupes Pinault et Arnault sont par ailleurs actionnaires de Bouygues. Bernard Arnault dirige le groupe LVMH qui contrôle La Tribune. Il est très proche de Nicolas Sarkozy. D’autre part, le patron du pôle de presse de LVMH est Nicolas Bazire, ancien directeur de cabinet de Balladur et vieil ami de N. Sarkozy...Bref, une grande partie du gratin industriel et politique français se trouve lié de près ou de loin à l’ensemble des médias de l’Hexagone. 

Si l'on est optimiste, on se dit que tout cela n’est pas bien grave car il s’agit de magnats dont la probité ne peut être mise en doute. Il est certain que ces hommes bien connus doivent faire preuve d’une grande indépendance vis-à-vis de la presse et ne pas laisser la bride sur le cou à leurs rédacteurs en chef et à leurs journalistes. Malheureusement, il faut être un peu naïf pour croire que les choses se passent ainsi. Et ceci pour au moins deux raisons, hélas, justifiées par des faits incontournables :

·         Tout d’abord le phénomène d’autocensure : Les opinions des magnats de la presse en question sont bien connues tout comme leurs amitiés réciproques sur l’échiquier économique et politique. Dès lors, il existe une forme insidieuse d’autocensure qui fait qu’aucun journaliste qui tient vraiment à son job n’aura le courage (ou l’inconscience) de proférer des idées qui vont à l’encontre de celles, bien établies, de son grand patron... ou de l’un de ses amis. On a assisté à un exemple récent de ce type de comportement. Ce serait suicidaire. Terminée, l’indépendance de la presse.

·         Hélas, il y a des précédents pour lesquels la censure n’a pas été de l’autocensure mais de la pure et simple censure, largement étalée (par des journalistes courageux) sur la place publique. Il existe aussi des discours extrêmement inquiétants pour la noble idée de l’indépendance de la presse. En voici un exemple : Tout le monde connaît Serge Dassault, le fils de Marcel du même nom, grand avionneur devant l’éternel. Serge Dassault est évidemment PDG de Dassault mais aussi le patron de la Socpress (70 titres dont Le Figaro). Le vendredi 15 décembre 2004, ce dernier s’est laissé aller à quelques confidences sur France Inter sur sa déontologie de patron de presse. Il a dit, textuellement, ceci :
"Les journaux doivent diffuser des idées saines" et les "idées de gauche ne sont pas des idées saines"
Comme les journalistes présents s’inquiétaient de cette affirmation qui équivaut à priver, à peu près, un français sur deux du droit d’écrire dans les journaux, il clarifia sa pensée :
"Ce n’est pas de la désinformation", a-t-il expliqué. Pour lui, les "idées saines" sont "les idées qui font que ça marche". Les "idées de gauche", en revanche, "ne sont pas des idées saines" et "nous sommes en train de crever à cause des idées de gauche qui continuent", a-t-il affirmé.

Voila qui a le mérite d’être clair. Et qui doit nous ôter nos dernières illusions sur la pseudo-liberté actuelle de la presse. C’est donc un fait que, à quelques exceptions notables près, elle n’existe plus.

Je suis persuadé que cette concentration pernicieuse des médias expliquent un certain nombre d’évolutions actuelles :
  • La décroissance persistante et, semble-t-il, inéluctable, de quelques pourcents par an de l’audience des grands médias, surtout de la presse écrite. Ce phénomène semble concerner l’ensemble des pays développés où les médis ont été concentrés. Peut-être que les lecteurs en ont assez de retrouver les mêmes opinions, les mêmes nouvelles, les mêmes analyses dans tous les médias, au même moment.
  • La prolifération actuelle des blogs de toute sorte dans lesquels ont peut effectivement trouver des idées différentes et parfois iconoclastes (comme ici) par rapport à ce que nous rapportent, à l’unisson, les médias.
Enfin, et pour les malheureux qui ne peuvent ou veulent lire les blogs et diversifier leurs sources d’information, c’est le règne sans partage de la Pensée Unique.
Qui est, vous l’avez compris, le Grand Satan de l’auteur de ces lignes.
Alors, cher(e) lecteur(rice), si vous voulez échapper à la concentration pernicieuse des médias, si vous voulez lire des points de vue alternatifs sur ce qui nous est martelé à longueur de journée par le biais d’une presse canalisée et contrôlée, lisez ce blog et ceux de mes amis bloggueurs. Eux et moi, sommes totalement indépendants et supportons la critique. Pour nous, (presque) toutes les idées sont saines.

par  Jacques Duran
voir son site Pensée Unique.


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