19 avril 2012

Enseigner l'écriture liée de la PS au CP : les points essentiels, par Catherine Huby

Le texte qui suit a été rédigée par Catherine Huby, membre du Groupe de Réflexion Interdisciplinaire sur les Programmes et auteur de plusieurs manuels (lecture, français, mathématiques) pour l'école primaire.

Deux ou trois petites choses pour bien démarrer l'apprentissage de l'écriture liée :

Deux ou trois petites choses pour bien démarrer l’apprentissage de l’écriture liée.

1) Les prérequis (TPS/PS/MS/GS/CP) :


--> une motricité large harmonieuse
L’enfant est à l’aise dans son corps ; il maîtrise peu à peu la marche, la course (rapide ou lente), les sauts (vers le haut ou loin devant) ; coordonne ses mouvements pour grimper, ramper, danser ; ajuste sa force pour lancer de plus en plus précisément une balle, un ballon, un sac lesté vers une zone bien précise ; guide un objet posé au sol d’un endroit à un autre en le poussant avec le pied ou par l’intermédiaire d’un objet (bâton ou crosse de hockey par exemple).
Son équilibre s’améliore : il se déplace sans bousculer d’objets, même dans un espace restreint, peut marcher sur une poutre de 20 cm de large posée au sol, se déplacer avec un récipient plein d’eau sans en renverser, commence à gérer son équilibre lorsqu’il est en position instable (sur un pied, un vélo sans roulettes, à skis, avec des patins à roulettes, etc.)

--> l’orientation dans l’espace
L’enfant apprend peu à peu à nommer les lieux et à verbaliser des positions relatives. Il apprend à ranger des objets en ligne ou en pile, à représenter cet espace à l’aide de petits objets qu’il ordonne les uns par rapport aux autres, puis par le dessin.
Jusqu’en MS, le dessin reste sur la feuille une collection de graphismes indépendants les uns des autres (il dessine par exemple une voiture en haut à gauche, un bonhomme couché en-dessous, un arbre la tête en bas, en bas à droite et un oiseau en haut et vous annonce : "Papa est dans sa voiture et il regarde l’oiseau sur l’arbre.")
Au cours de la MS, il devrait normalement (c’est-à-dire si l’école faisait pratiquer le dessin et le valorisait dans le sens de la "conquête de l’espace-feuille) perfectionner son dessin et être capable à l’issue de cette classe de dessiner même maladroitement les quatre éléments cités au "bon endroit".

--> la motricité fine
Les mains deviennent indépendantes l’une de l’autre. Petit à petit, l’enfant passe d’un mouvement ample qui part de l’épaule à un mouvement partant du coude, puis du poignet.
L’enjeu de la GS et du CP est d’obtenir que ce mouvement passe du poignet aux doigts et particulièrement au trio pouce/index/majeur.
Certains enfants jeunes ont encore besoin d’un appui ventral et de mouvements partant du poignet jusqu’à la fin du premier trimestre de CP.
La position correcte des doigts est à privilégier (voire à imposer) dès que l’enfant commence à réellement dessiner.
Elle peut s’obtenir naturellement par des jeux de doigts où l’on montrera à l’enfant comment lever l’index seul puis comment poser la pulpe du pouce sur l’articulation de la dernière phalange du majeur. Écarter alors légèrement pouce et majeur, y poser le crayon en le faisant reposer au niveau de la main sur la jonction pouce-index et lui demander de poser l’index sur le crayon. Lui faire faire alors de petits gribouillis sur une feuille posée à plat sous la main.
Privilégier les crayons pas trop gros.
L’obliger à poser le bouchon s’il s’agit d’un feutre (énormément d’enfants gardent le bouchon dans la main gauche et, du coup, ne se servent pas de celle-ci pour maintenir la feuille de papier). A ce sujet, les spécialistes ont remarqué une proportion très supérieure à la norme d’enfants étiquetés gauchers depuis quelques années et se sont rendu compte qu’il s’agissait en fait d’enfants qui, ayant enlevé le bouchon du feutre de la main droite et le gardant bien serré dans celle-ci, avaient utilisé la main gauche par défaut et n’ayant reçu que des encouragements (la peur du gaucher contrarié et les statistiques sur la précocité intellectuelle très favorables aux gauchers ayant joué leur partie) sont devenus des "droitiers contrariés".
De très nombreuses activités peuvent aider à une bonne construction de cette motricité fine sous forme de jeux : dessin et peinture, bien sûr, enfilage de perles, découpage, modelage, déchiquetage de papier, collage de gommettes ou de tout petits éléments (graines, café, riz, semoule, etc.), jeux de construction (lego, knex, mécano, ...), jeux d’imitation à l’aide de petits personnages et objets (playmobil, voitures miniatures, trains sur rails, ...) et vie quotidienne (s’habiller et se laver seul, lacer ses chaussures, se boutonner, enclencher le curseur d’une fermeture à glissière et la remonter, balayer et ramasser à l’aide d’une pelle, faire la poussière, essuyer la table du petit déjeuner, remplir et vider le lave-vaisselle, laver un objet, éplucher soi-même sa mandarine ou son orange dont la peau a été préalablement incisée, remplir soi-même son verre, couper sa viande ou couper un fruit en quartiers, plier et empiler des serviettes, des mouchoirs, jardiner, bricoler, mettre les croquettes du chat dans la gamelle, ramasser celles qui tombent à côté...).

--------- FIN DE LA PREMIERE PARTIE ---------


Quelques textes de Catherine Huby :

Nuls en maths ! (les élèves n'apprennent pas bien à calculer à l'école)

La dictée à l'adulte : la "rédaction à l'école maternelle

B-A, BA et apprentissage de la langue (L'utilisation de Borel-Maisonny n'est pas dangereuse pour la santé, bien au contraire)

Lecture : le régime enrichi

Le constructivisme et la main à la pâte sont les deux mamelles de l'échec scolaire en science, telle est la thèse défendue par Catherine Huby dans ce texte polémiquement jouissif.

Pauvre Shéhérazade ! A propos de l'article "L’écrit douloureux de Shéhérazade, candidate à l’enseignement"  (blog Interro écrite) qui montre les difficultés de maîtrise de la langue française d'une étudiante préparant les concours de professeur des écoles, Catherine Huby propose un commentaire passionnant. 

Lecture en grande section : présentation du manuel de Thierry Venot, De l'écoute des sons à la lecture (GS).

L'école maternelle : une proposition de programme d'enseignement ambitieux pour l'école maternelle.
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