13 juillet 2012

Connaître et utiliser le système métrique, par A. Lenient (6/6 b)


Le système métrique, ainsi que l’indiquent le programme-modèle publié par le Ministère en 1871 et l’organisation pédagogique des écoles de la Seine, doit naturellement être enseigné aux élèves du cours élémentaire.
C’est dans cette partie de l’arithmétique surtout que l’instituteur devra faire appel à l’intuition pour donner aux enfants une connaissance exacte de nos mesures et de nos poids ; et c’est dans le choix des problèmes qu’il devra observer rigoureusement le principe pédagogique que nous venons d’exposer, à propos des prix réels, des valeurs vraies.
Combien de fois ne nous est-il pas arrivé à tous, en visitant une classe, de demander à un enfant, même dans le cours supérieur, de tracer au tableau noir une ligue de 1 décimètre, et de voir l’enfant conduire son morceau de craie d’un bout à l’autre du tableau? Un second, que nous envoyions corriger l’erreur du premier, traçait, par contre, un trait long à peine d’un centimètre.
Et lorsque nous proposions d’évaluer à peu près la hauteur du plafond de la salle de classe, celle de la maison d’école, du clocher de l’église, quelles réponses entendions-nous? —Un hectomètre!… un kilomètre!… ... un décimètre!...
Les pauvres petits n’avaient pas le moindre no­tion de ces mesures, dont ils débitaient ainsi les noms au hasard.
Combien de grandes personnes, du reste, sont encore incapables aujourd’hui, lorsqu’elles entrent chez un épicier, un boucher, un détaillant quelconque, de reconnaître, à première vue, si le marchand met bien dans la balance les poids nécessaires pour opérer sa pesée! Combien pourraient découvrir instantanément une erreur ou une fraude?
Et si les mesures de capacité ne portaient pas leurs noms en caractères très apparents, combien aussi seraient dans l’impossibilité de distinguer un litre, un double litre ou un demi-litre, un décilitre ou un centilitre !
L’expérience, la pratique de ces mesures manque complètement à ces personnes. C’était à l’école qu’elles auraient dû être familiarisées avec leur usage, leur maniement.
Toutes les classes aujourd’hui possèdent non seulement de grands tableaux de notre système métrique, (des tableaux sont insuffisants), mais toutes ou presque toutes ont des collections complètes des mesures elles-mêmes, des compendiums ou des nécessaires métriques.
Celles qui n’en possèdent pas encore n’ont qu’à les réclamer. Je suis bien convaincu qu’aucun conseil municipal ne voudrait refuser 25 francs pour une acquisition de cette nature[1].
Puis, en attendant, l’instituteur ne peut-il se procurer bien facilement des spécimens de ces mesures, en faisant appel à la générosité, à la bienveillance des commerçants, ses voisins?
Mais il faut que ces collections servent. Les instituteurs et les institutrices ne doivent pas considérer les nécessaires métriques comme un objet d’ornement et s’attacher surtout à les garder soigneusement, intacts, dans une armoire toujours fermée à clef.
Il faut que les enfants les manient, qu’ils s’en servent journellement, pour effectuer des mesurages, des pesages, que le maître leur indiquera et qu’il dirigera.
Nous ne verrons plus alors, au bout de trois et de quatre ans de séjour à l’école, des élèves se tromper aussi grossièrement qu’ils le font encore aujourd’hui.


[1] L’appareil le meilleur à notre avis et l’un des moins coûteux est celui de Level, qui contient, entre autres, pour l’exposé des relations des mesures de surface et pour celles des mesures de capacité et de volume, une série de boîtes qui sont certainement ce qu’il y a, sous ce rapport, de plus ingénieux et de plus simple.

De l’enseignement élémentaire de l’arithmétique
dans les écoles primaires

Des bouliers-compteurs ou numérateurs
et du calcul mental 6/6

par A. Lenient

Journal des instituteurs, 11 mars 1877

La publication s'étale sur 6 n° :
1) 4 fév 1877 ; 2) 11 fév 1877 ; 3) 18 fév 1877 ; 4) 25 fév 1877 ; 5) 4 mars 1877 ; 6) 11 mars 1877

L'original est à : http://www.inrp.fr/numerisations/ 


L'article BOULIER du Dictionnaire de pédagogie et d'instruction primaire Buisson 1887 reprend massivement les analyses développées dans cet article par Lenient :

Pour un recueil d'articles du Dictionnaire Buisson de 1887, consulter la page

LIRE ÉCRIRE COMPTER ; LA PÉDAGOGIE OUBLIÉE (site de michel Delord)
ou

LIRE ÉCRIRE COMPTER ; LA PÉDAGOGIE OUBLIÉE (site du SLECC)


TROISIÈME PARTIE. COMPTER-CALCULER : « LA CONNAISSANCE INTIME DU NOMBRE »

Introduction

Compter-Calculer jusqu’en 1970
L’enseignement simultané de la numération et de la mesure                       
L’enseignement simultané de la numération et des quatre opérations   
L’importance du calcul mental                                        
Depuis 1970
Rupture de la liaison entre l’apprentissage de la mesure et l’apprentissage du calcul
Réduction du calcul au numérique                     
Rupture de la liaison entre l’apprentissage du calcul et de la numération
Destruction de la notion même de calcul mental
Faut-il savoir calculer à la main ?                

Articles du Dictionnaire Pédagogique

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Calcul intuitif
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Calcul mental (1e partie)
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