7 octobre 2011

Télévision et Concentration




Une autre faculté que les enfants consolident avant l'entrée à l'école primaire est ce que nous appelons en anglais l'executive function, c'est-à-dire la capacité de maintenir son attention sur une tâche, de maîtriser lui-même les déplacements d'attention, et de planifier stratégiquement ses actions en vue d'un objectif. 




Tout récemment, une étude fascinante a été publiée qui démontre que seules neuf minutes d'un dessin animé comme Bob l'Eponge suffisent, par comparaison avec le jeu libre ou même avec une vidéo plus calme, à nettement dégrader cette fonction chez des enfants de 4 ans. Ce résultat ne me surprend pas du tout. J'avais précédemment identifié un effet similaire qui opère sur le long-terme : en moyenne, chaque heure quotidienne que les enfants de moins de 3 ans passent à regarder la télévision commerciale correspond à un doublement du risque de voir survenir des problèmes d'attention cinq ans plus tard. En revanche, la télévision éducative n'avait pas du tout cet effet. 

Frederick Zimmerman : "La façon dont la télévision est utilisée est un problème de santé publique"


LEMONDE | 07.10.11 | 11h14   •  Mis à jour le 07.10.11 | 18h43


source image : http://apegutenberg.canalblog.com/archives/2009/03/index.html 

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La télévision et les jeux vidéo pourraient contribuer à accroitre les problèmes d’attention chez les jeunes

Texte traduit et adapté de ISU study finds TV viewing, video game play contribute to kids’ attention problems, publié sur le site de l’Université de l’Iowa le 4 juillet 2010.
Une nouvelle étude menée par trois psychologues de l’Université Iowa a révélé que l’exposition à un écran de télé est associée à une hausse des problèmes d’attention chez les jeunes. Les résultats de l’étude ont été publiés dans la revue Pediatrics le 5 juillet dernier.

Les chercheurs ont découvert que les enfants qui ont passé plus de temps devant l’écran que les 2 heures recommandées par l’American Academy of Pediatrics avaient 1,5 à 2 fois plus de chances d’avoir des problèmes d’attention.

« La plupart des enfants passe beaucoup plus de 2 h devant l’écran. Dans notre échantillon, la durée moyenne totale du temps de visionnement est de 4,26 h par jour. Notons que cette moyenne est par ailleurs inférieure à la moyenne nationale. »

Une recherche menée sur des élèves du primaire et des jeunes adultes

Les chercheurs ont suivi un premier groupe de 1 323 enfants de 3e, 4e et 5e année pendant 13 mois. L’équipe de recherche a demandé aux parents des jeunes participants de remplir des formulaires sur les habitudes télévisuelles de leurs enfants et sur le temps qu’ils consacraient aux jeux vidéo. Les données sur les problèmes d’attention ont été recueillies auprès de leurs enseignants. Le second groupe était constitué de 210 jeunes adultes qui ont auto-évalué leur exposition à la télévision et aux jeux vidéo et ils ont répondu à des questions portant sur les problèmes d’attention.

On ne sait pas encore exactement pourquoi les médias sur écran peuvent augmenter les problèmes d’attention. « Toutefois, de nombreux chercheurs pensent que cela peut être dû au déferlement rapide d’images ou à d’autres effets visuels qui attirent naturellement l’attention et qui sont utilisés par la télévision et les jeux vidéo », affirme Edward Swing qui a dirigé l’étude.

Douglas Gentile, un des chercheurs ayant mené l’étude, est d’avis que le rythme des émissions de télévision s’est accéléré à cause de « l’effet MTV. »

« Dès son arrivée sur les ondes, MTV a diffusé des clips qui présentaient un flot d’images qui se succédaient à la seconde ou aux deux secondes, explique Gentile. Par conséquent, le rythme des émissions de télévision et des films s’est accéléré lui aussi. »

Le chercheur pense que ce rythme pourrait avoir des effets cérébraux sur le plan du maintien de l’attention.
« La neuroscience nous a appris que le cerveau se développe en fonction de ce qu’il fait, soutient Gentile. Si les enfants entrainent leur cerveau à être constamment soumis à des stimuli (sons, lumière, angles de caméra) ou à recevoir une rétroaction immédiate (comme dans les jeux vidéo), les enseignants qui ne disposent pas d’un budget d’un million de dollars par épisode peuvent avoir de la difficulté à maintenir l’attention de leurs élèves en classe. »

Des liens potentiels entre la télé, les jeux vidéo et le TDAH

En se basant sur les résultats de leur étude, Swing et Gentile concluent que l’exposition à la télévision et aux jeux vidéo pourrait être un facteur qui contribue au développement du trouble d’hyperactivité avec déficit de l’attention (TDAH) chez les enfants.

« Nous savons que le cerveau s’adapte et évolue en fonction des stimuli de l’environnement auquel il est exposé à plusieurs reprises. Par conséquent, il n’est pas déraisonnable de croire que les stimuli de l’environnement peuvent augmenter le risque de développer le TDAH, de la même manière que les stimuli de l’environnement, comme le tabagisme, peuvent augmenter le risque de cancer. »

« Même si notre étude ne portait pas spécifiquement sur le TDAH, nous nous sommes concentrés sur des problèmes d’attention qui sont vécus par les élèves atteints du TDAH, ajoute Swing. Par exemple, nous avons été surpris de constater que, sur une période d’un an seulement, les enfants les plus exposés à l’écran risquaient de développer des problèmes d’attention en classe. »

Swing souligne que les liens trouvés entre les problèmes d’attention, l’exposition à la télévision et aux jeux vidéo sont significatifs, mais faibles.
Il est important de noter que le temps passé devant la télévision ou devant les jeux vidéo ne peut pas uniquement expliquer le développement des problèmes d’attention. De toute évidence, d’autres facteurs entrent en ligne de compte.
Les chercheurs ont l’intention de continuer à étudier les effets sur l’attention du temps passé devant le petit écran. Ils espèrent aussi mener prochainement des recherches qui pourraient cerner les aspects les plus dommageables de la télévision et des jeux vidéo sur l’attention.

Edward L. Swing, Douglas A. Gentile, Craig A. Anderson, David A. Walsh (2010). Television and Video Game Exposure and the Development of Attention Problems. Pediatrics, vol. 126, no 2 (août 2010), p. 213-222 (télécharger l’article en prépublication [PDF])



À lire sur un sujet similaire

Les effets négatifs de la télévision sur les enfants en bas âge

« Une équipe formée de chercheurs de l’Université de Montréal, du Centre hospitalier universitaire (CHU) Sainte-Justine et de l’Université du Michigan on trouvé que les enfants exposés à la télévision dès l’âge de deux ans sont plus à risque d’avoir des difficultés à l’école et de développer de mauvaises habitudes pour la santé. »
[Lire le billet du RIRE]

Avoir une console de jeu à la maison pourrait affecter le rendement scolaire de certains garçons

« Selon les résultats d’une nouvelle étude publiée dans la revue Psychological Science, posséder une console de jeux vidéo pourrait nuire au progrès scolaire de certains enfants. Les parents de jeunes garçons gagneraient à les encourager à s’adonner aux jeux vidéo avec modération. »
[Lire le billet du RIRE]

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TV and video games hurt kids’ concentration

by Pat Curtis on July 5, 2010 : 
http://www.radioiowa.com/2010/07/05/tv-and-video-games-hurt-kids-concentration/
A new study by three psychologists at Iowa State University suggests children’s short attention spans can be blamed on a combination of television watching and video games.

Previous research has pointed to TV viewing as a contributing factor in young people’s inability to concentrate. This is the first study to factor in video games.

Doug Gentile, an associate professor of psychology at ISU, says it’s unclear why excessive time in front of video screens ruins a kid’s ability to focus, but he has a theory. “If you spend a lot of time watching screen media, (the images) do a lot of things to help your attention. They flicker, which makes us look at them. They change in sound effect and sound level, which make us look. Therefore, you don’t need to try to pay attention to them. This is why we find television so relaxing,” Gentile says.

He suggests parents restrict their children to no more than two hours a day viewing a screen. ”I think many parents, when the teacher says their kid is having problems maintaining attention, they feel at a loss, they don’t know what to do and often they think the only thing they have open to them is perhaps medicating their child,” Gentile says. “This study actually offers some hope for parents that here’s something they can do before they take that step.”

The ISU researchers studied more than 1,300 grade-schoolers in Iowa and Minnesota over 13 months. Their results appear in the August issue of the journal “Pediatrics,” now available on-line.
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