13 janvier 2012

Direction de la lecture (1880)

    § 1. — Il ne suffit pas qu’un livre soit bien choisi, il faut que le maître le tienne avec son cœur et qu’il y porte la vie. En Amérique, on lui recommande « d’étudier d’abord le morceau qui doit être lu, d’en dire assez aux élèves pour les y intéresser, avant même qu’ils ouvrent leurs livres . » Excellent conseil à donner et à suivre partout.
    Il en est d’autres qui n’ont pas moins d’importance. Ils se rattachent spécialement à la prononciation. Nous les empruntons à des instructions rédigées pour les Directeurs des écoles publiques de Philadelphie. Il est bon, ce nous semble, que l’on sache comment, de l’autre côté de l’Atlantique, les pédagogues les plus autorisés entendent la conduite d’une leçon de lecture.

    § 2. Comment on comprend en Amérique la direction de la lecture.

    « Pour lire avec sentiment, intelligence et grâce, le lecteur doit comprendre ce que l’auteur a voulu exprimer, entrer dans l’esprit du texte et savoir maîtriser sa voix.

    « Il n’est pas au pouvoir de tous d’arriver à être bon lecteur, mais, comme la lecture est une des branches les plus importantes des matières du programme, il convient d’y donner toute l’attention capable de conduire l’élève au plus haut degré d’habileté qu’il peut atteindre.

    « On accordera, dans les divisions supérieures, une attention particulière au timbre, à la plénitude, à l’élévation de la voix.

    « La répétition d’une phrase mal lue produit de bons résultats, à la condition qu’à côté de l’indication des fautes, la prononciation correcte soit donnée par le maître ou par un élève que la difficulté n’arrête pas. Des lectures d’ensemble peuvent présenter quelques avantages, pour qu’on les arrête instantanément si elles deviennent monotones et chantantes, ou si elles aboutissent à provoquer une façon de lire désagréable et peu naturelle. De courtes phrases valent mieux dans ce cas que de longues périodes.

    « Il faut que l’esprit de l’élève soit en correspondance avec le ton qu’exige la lecture. Un enfant triste, nonchalant, étourdi ne saurait lire convenablement. L’instituteur doit éveiller la pensée, stimuler l’esprit. La leçon que l’élève peut comprendre est celle qu’il convient de choisir.

    « Le sujet des lectures sera l’objet de conversations ; les idées des élèves se produiront, et on les corrigera si elles sont fausses. On pourra s’assurer qu’ils ont gardé quelque souvenir du texte en posant des questions, et en demandant de substituer un ou plusieurs mots qui changeront la forme d’une phrase ou d’un passage sans en altérer le sens, ou bien en adressant quelques questions exigeant, comme réponse, l’emploi d’une partie de cette phrase .

    « Parmi les fautes les plus communes, il convient de citer les arrêts inutiles, les hésitations et les répétitions. Pour les guérir, l’instituteur ne reculera pas devant les efforts les plus ardents et les plus déterminés. Elles peuvent provenir du manque de soin, de l’emploi des livres d’un degré trop élevé, ou de l’inaptitude de l’élève à saisir l’idée à temps, de manière à l’exprimer clairement; elles résultent encore de l’indulgence du maître dans les exercices de récitation. « Un mauvais lecteur ne peut ni bien étudier ni bien réciter. »

    « Pendant l’exercice, l’attention tout entière du maître et des disciples se portera sur le texte de la lecture. On provoquera les élèves à se critiquer les uns les autres, avec convenance et à propos, toutefois. Durant le cours de la leçon, nulle interruption ne sera tolérée ; mais lorsqu’elle sera terminée, ceux qui ont noté une erreur la signaleront ad libitum, et indiqueront la vraie prononciation. Chacun expliquera et justifiera ses critiques particulières.

    « Il est inutile d’insister sur la déclamation, tant que les élèves n’ont pas une pratique suffisante de la lecture. »



    Résumons les idées développées dans ces instructions.
L’important est d’arriver « à une pratique suffisante de la lecture.» Il serait même bon d’atteindre « à un haut degré d’habileté. » On ne le peut sans un maître assez fort pour maintenir un calme parfait pendant la lecture ; — assez intelligent pour la préparer, choisir les textes qu’exige la tournure d’esprit de ses élèves, les leur faire comprendre et aimer, leur imposer le ton qu’elle exige. Il aura lui-même une prononciation correcte, l’autorité et le zèle nécessaires afin de corriger les répétitions, les hésitations et les accents répréhensibles. Voilà ce que l’on demande aux maîtres qui doivent habituer leurs élèves à lire « avec sentiment, intelligence et grâce. » Avons-nous toujours en France cette idée élevée des obligations imposées à celui qui dirige la lecture ? Si non, ne serait-ce pas que l’on oublie parfois de regarder la lecture « comme une des branches les plus importantes des matières du programme ? »

    Il est un autre point que nous devons toucher ici : l’étude qu’il faut faire du texte de la lecture au point de vue grammatical et des idées qu’il renferme.

Ce texte fait suite à :
1."Ecriture-lecture (1880)" ;
2. Phonomimie.
3. Prononciation.
4. Choix des livres de lecture

dans

Leçons élémentaires de pédagogie pratique (par un inspecteur d’Académie honoraire), Paris, 1880.

source de l'image : http://www.lepetitcelinien.com/2010_03_01_archive.html
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