13 novembre 2011

Apprendre des poésies chez les 5-7 ans, par P. Kergomard



L’enfant, bien développé par l’image, enrichit son vocabulaire en apprenant des poésies ; il fait plus que l’enrichir, il l’ennoblit. Est-ce un fait ce que je raconte là, ou bien suis-je en train de prendre mon désir pour une réalité ? 

Hélas ! pour être traitée trop légèrement à l’école maternelle, la poésie constitue seulement un exercice de mémoire, et c’est lui faire injure que de lui demander si peu. Énumérons, si vous le voulez, tous les trésors que nous pouvons découvrir dans une poésie. D’abord c’est en général une petite histoire d’un genre délicat ; en poésie on parle plutôt du soleil et des fleurs, des enfants roses et gracieux, des papillons, des oiseaux et des actions généreuses que des choses vulgaires et des actes répréhensibles. Il est rare que l’on se permette d’écrire en vers : « Ne prends pas le bien d’autrui, parce que tu irais en prison » ; « Ne mens pas, parce que l’on ne te croirait plus » ; « Travaille pour gagner de l’argent », etc., toutes maximes qui tendent à nous américaniser dans le mauvais sens du mot, et qui seraient capables, si nous n’y mettions bon ordre, de tuer à tout jamais l’élan de notre âme, de notre chère âme française, si prompte à s’élever vers les étoiles. Le poète s’adresse à l’imagination, qui est une des fleurs de l’esprit ; il cherche à faire naître l’émotion, qui est une des fleurs de l’âme. 

Mais ce n’est pas tout ; il habille ses idées d’expressions charmantes, élégantes, gracieuses ; les bonnes choses qu’il dit, il les dit de façon à les faire paraître aussi jolies qu’elles sont bonnes, et le beau et le bon se confondent si bien, grâce à lui, que l’enfant apprendrait à ne plus les séparer… 

Mais est-ce qu’il le voit, ce beau ? est-ce qu’il l’éprouve, ce bon, lorsqu’il apprend ses poésies sans les avoir comprises ? 

Oh ! je sais bien ce qu’on me répond en général ; on me dit : « Nous expliquons tout ; si l’enfant ne répond pas, c’est qu’il a oublié », et je ne prends, en général, cette réponse que pour ce qu’elle vaut, parce que l’explication est trop souvent imparfaite pour avoir été insuffisamment préparée. 

Cela semble si facile, parfois !... et c’est pourtant si difficile… toujours ! Songez donc ! les enfants à qui nous enseignons des poésies, ce sont ces petits Parisiens qui disent : « Al ajette toujours, a n’port jamais », et que les exemples de leur milieu dirigent trop rarement vers les choses élevées ; c’est la petite file de Tours dont la maman a peur que son gâs se noueye ; ce sont les qu’avont d’Angoulême, ce sont les enfants de Lens qui tout récemment n’ont pas pu me comprendre, parce que je leur parlais d’une tasse de lait, puis d’un bol de lait, alors que, pour eux, tout récipient s’appelle une jatte… 

Puisque la difficulté est incontestable, il est intéressant de chercher à l’atténuer, sinon à la vaincre. Elle réside : 1° dans le sens général du morceau, sens qui échappe presque toujours aux enfants ; 2° dans les expressions choisies par le poète, expressions nobles, alors que les enfants ne connaissent que le français vulgaire ou les mots de terroir ; 3° dans le rythme. Ces trois difficultés – principales, car il y en a d’autres – inhérentes à la poésie et au manque de développement des petits écoliers sont aggravées, dans des proportions désolantes, par l’enseignement exclusivement collectif. 

J’ai dit que le sens général des poésies échappe presque toujours aux enfants, et je prends un exemple au hasard – dans le tas considérable. 


On récite le Grillon de Florian. Cette fable a la réputation d’être très facile, aussi l’explique-t-on peu ; en général les enfants n’y comprennent rien du tout. C’est que l’idée morale en est extrêmement délicate : le bonheur dans une situation modeste, obscure même. Cependant faut-il renoncer à cette fable, qui met en scène deux animaux dont l’un est familier aux enfants ? 

Ce n’est pas mon avis ; mais je voudrais préparer l’intelligence de mes petits élèves à la comprendre. Je prendrais peut-être la chose d’un peu loin. Ainsi tous les enfants connaissent des petites filles qui aiment beaucoup à mettre leurs jolies robes et leurs jolis chapeaux pour qu’on les regarde dans la rue. Quand elles ont mis leur toilette du dimanche, elles se tiennent droites comme des cierges et ne veulent pas s’amuser, de crainte de déranger l’harmonie de leur costume. Oh ! elles trouvent la journée lente à passer, elles ne sont pas gaies au fond du cœur ; mais on les regarde et leur vanité est satisfaite. Il y a donc des personnes qui aiment qu’on les regarde. 

Lorsque les petites filles qui aiment qu’on les regarde passent dans la rue, il y en a d’autres plus modestement habillées qui regrettent de n’être pas belles aussi : « Comme elles sont heureuses, se disent-elles, d’avoir un aussi beau chapeau, une robe que l’on voit de si loin » Elles sont un peu jalouses de leurs compagnes élégantes. 

Cela compris, je raconterais une histoire :

La petite Marie portait pour la première fois une jolie robe rose avec une ceinture de même couleur dont les bouts descendaient jusqu’au bas de sa jupe ; elle avait aussi des nœuds roses aux épaules et un chapeau garni de fleurs. Georgette et Louise, qui n’avaient pas de rubans à leur robe et pas de fleurs à leurs chapeaux, la regardaient avec envie. « Quel dommage, se disaient-elles, que notre papa et notre maman ne gagnent pas assez d’argent pour nous habiller comme Marie ! » Et elles avaient envie de pleurer. « Veux-tu jouer avec nous ? demandèrent-elles timidement à la petite fille. – Non, merci ; maman me l’a défendu ; elle a peur que je ne gâte ma jolie robe. » Georgette et Louise furent à ce moment accostées par des petits amis et des petites amies, et l’on organisa une partie de cache-cache. De temps en temps, les enfants passaient en courant devant le banc où Marie était assise ; elle avait l’air triste, et, comme ils avaient bon cœur, ils la plaignaient ; ni Georgette, ni Louise, ne regrettaient plus de n’être pas élégantes. On ne faisait pas attention à elles quand elles passaient dans la rue, mais au moins elles s’amusaient librement, et elles comprenaient que les belles toilettes ne font pas le bonheur. 

Les enfants ont-ils bien compris cette petite histoire ; l’ont-ils racontée de façon à vous convaincre que ce n’étaient pas des mots qu’ils répétaient, mais des idées qu’ils exprimaient : racontez-leur la fable du Grillon. Quand vous aurez fini, demandez-leur si l’insecte aux ailes bleues, pourpres et jaunes ne ressemble pas à une petite fille dont vous leur avez conté l’histoire. Si vos petits élèves sont intelligents, s’ils sont habitués à réfléchir autant qu’on le peut à leur âge, ils répondront : « II ressemble à la petite Marie. La maman de la petite Marie l’habillait avec de belles robes, le papillon est né paré de belles couleurs. » S’ils n’ont pas trouvé tout seuls, mettez-les sur la voie : ce petit exercice de comparaison n’est pas trop fort pour eux.

Et le grillon, à qui ressemble-t-il ? La seconde comparaison coule de source, et rien ne peut désormais rester obscur dans votre explication. Les petites filles modestement vêtues ont fini par plaindre leur camarade que ses beaux vêtements empêchaient de jouer ; le grillon se félicite de ne pas attirer les regards. « Oh ! oh ! dit le grillon, je ne suis plus fâché ; il en coûte trop cher pour briller dans le monde ! »

[La fauvette]
Les enfants ne comprennent pas plus les mots qu’ils ne comprennent le sens. On récite une fable qui s’appelle la Fauvette. Cette fauvette, revenant de faire des provisions, voit avec douleur des « écoliers turbulents » en train de lancer des pierres dans le nid qui abrite ses oisillons. 

La directrice est intelligente ; elle a de l’entrain, elle aime les enfants, elle explique avec brio ; mais elle va un peu vite, se contente d’à peu près, et ne se doute pas de la peine qu’il faut prendre pour extirper une idée fausse logée dans une petite cervelle. « Qu’est-ce qu’un écolier ? demande-t-elle. – C’est un enfant polisson, répond une petite fille. – C’est un enfant polisson », répondent en chœur tous les enfants, et la jeune femme passe outre. Mais… je l’arrête. « Est-ce que vous êtes des polissons, mes enfants ? – Oh non ! madame. – Cependant vous êtes des écoliers. Est-ce que, par hasard, vous ne savez pas ce que c’est que des écoliers ? » Et ils l’ignoraient en effet ; nous nous figurons trop facilement que les enfants sont familiarisés avec tout ce qui, pour nous, est usuel. La maîtresse, invitée à donner l’explication, s’en tire à merveille, puis demande à tous les enfants : « Qu’est-ce qu’un écolier ? C’est un enfant qui va à l’école. – Très bien. » Et encore une fois elle se dispose à passer outre. « Pas encore, lui dis-je ; adressez-vous individuellement à la petite fille qui, tout à l’heure, vous a fait une réponse erronée. » – « Qu’est-ce qu’un écolier ? lui demande de nouveau avec beaucoup de bonne grâce la maîtresse. – C’est un enfant polisson », reprend la fillette, qui en était restée à son idée primitive. Et alors, il a fallu travailler ! « Tu viens à l’école, et parce que tu viens à l’école tu es une écolière. Pourquoi es-tu une écolière ? – Parce que je viens à l’école. – Comment s’appelle une petite fille qui va à l’école ? – Une écolière. – Et un petit garçon qui va à l’école ? – Un écolier. – Quand les enfants sont sages à l’école, ce sont des écoliers ? … – sages. Et quand ils sont polissons, ce sont des écoliers ?... – polissons. – Tu comprends bien maintenant que tous les écoliers ne sont pas polissons, puisqu’il y a ici beaucoup d’enfants sages ? – Oui. – Eh bien, dis-moi maintenant ce que c’est qu’un écolier.  – C’est un enfant qui va à l’école. – Bravo ! »

Vous vous tromperiez, chères lectrices, si vous croyiez que la victoire a été aussi rapide que je le raconte au paragraphe précédent ; il y a eu plusieurs tâtonnements ; mais, enfin, l’enfant y est venue d’elle-même, et tout à fait d’elle-même, sans qu’il ait été nécessaire de lui souffler les premières syllabes de sa réponse. Les vingt minutes réglementaires en ont été fort écornées mais personne n’avait perdu son temps. D’abord, et c’est le point principal, la maîtresse avait compris : 1° qu’il ne faut jamais laisser un enfant avec une idée fausse ; 2° qu’il est parfois très difficile de remplacer une idée fausse par une idée juste ; 3° que tout ce qui nous paraît couler de source pour nous-mêmes est une nouveauté pour le petit enfant ; 4° que nous sommes de grands coupables quand nous n’essayons pas de surprendre les procédés de compréhension de nos petits élèves. Enfin la petite fille avait appris – pour un moment, car il faudra recommencer cent fois – qu’il s’agit de réfléchir pour bien répondre ; ses petits camarades, que j’avais associés à la leçon, l’avaient appris eux aussi ; quant à moi, j’étais contente, comme je le suis toutes les fois que je crois avoir fait la conviction dans l’esprit d’une maîtresse. 

[Ceux que j'aime]

Autre exemple : Ceux que j’aime.

J’aime maman, qui promet et qui donne
Tant de baisers à son enfant.

Je tiens infiniment à cet exemple parce que les deux vers et l’idée qu’ils expriment sont d’une simplicité telle qu’il ne peut venir à l’idée de personne que les enfants n’ont pas compris. 

A personne, ai-je dit ? Ce n’est pas tout à fait exact parce que, dès le premier vers et d’après la façon dont il était coupé, j’ai été persuadée que les enfants n’y avaient vu que du feu. En effet, ils avaient récité sur le ton criard de la lecture :
 « J’aime maman, qui promet et qui donne » ; ils s’étaient arrêtés là, comme si l’idée était achevée, et, un peu plus tard, ils avaient ajouté : « tant de baisers à son enfant ». C’était bien cela, en effet, les enfants n’avaient pas compris que le second vers était le complément indispensable de l’idée ébauchée dans le premier ; et il a fallu du temps et de la peine pour les faire respirer après « promet » et leur faire dire sans interruption « et qui donne tant de baisers à son enfant ».

Mais le résultat obtenu, voici bien une autre difficulté : le mot « baiser » n’est pas du vocabulaire des gens du peuple. Ils embrassent leurs enfants ; ils ne leur donnent pas de baisers. Vous doutez peut-être de mon assertion ? Eh bien, voyez un peu : « Vous aimez votre maman parce qu’elle vous donne quelque chose, leur ai-je dit. Que vous donne-t-elle ?
– Du pain ! de la viande ! de la soupe ! du vin ! du café ! »

Bref, de tout excepté des baisers. Je veux les ramener vers l’idée de la poésie. « Oui, leur dis-je, votre maman vous donne bien de tout cela ; mais elle vous donne aussi autre chose qui vous fait bien plaisir. Rappelez-vous ce que vous avez récité : « J’aime maman, qui promet et qui donne tant de baisers à son enfant ». Réfléchissez bien. Que vous donne-t-elle, votre maman ?
– De la viande ! du vin !» etc. Alors, j’ai pris un enfant sur mes genoux, je lui ai dit : « Comme tu es bien gentille, je vais te donner un baiser ». Après le lui avoir donné : « Tu vois bien, c’est ça un baiser ; je t’avais promis un baiser et je te l’ai donné ; maintenant, je te promets deux baisers : les voici ; et encore je te promets beaucoup, beaucoup de baisers, autant de baisers que tu en voudras », et je l’ai couverte de baisers. 

On avait compris. 

Hélas ! il y a beaucoup d’enfants qui ignorent non seulement le mot, mais la chose ! Que leur apprendrons-nous, si ce n’est cette chose exquise qui leur manque, le baiser,… presque autant que le mot. 

L’enseignement exclusivement collectif des poésies donne lieu aux méprises les plus regrettables. Si quelques enfants, parmi les plus avancés, entendent et répètent exactement, la plupart des autres se laissent tromper par les analogies des sons, et entassent avec candeur dans leur mémoire non-sens sur énormités.

[L'Araignée et le Ver à Soie]

Ainsi on récite l’Araignée et le Ver à soie. Disons, en passant, qu’entre autres idées fausses ayant cours dans les écoles, il faut noter celle de l’inutilité des fils de l’araignée. On les compare à ceux du ver à soie, et l’on n’a pas assez de mépris pour les premiers, tandis que l’on ne sait pas assez exalter les seconds. Au point de vue industriel, c’est permis ; mais en histoire naturelle, est-ce qu’il n’y a pas identité absolue ? Et cette observation, lancée, revenons à notre poésie.

Pour moi, mon travail est utile,
     Si je fais peu, je fais bien.

Ces deux vers sont, par altération, remplacés pour une quantité d’enfants par ceux-ci :

Pour moi, mon travail étudie,
  Si je fais peur, je fais bien.

Comment ne pas emporter une tristesse navrante d’une école où l’on a entendu de pareilles énormités ? Croyez-vous vraiment que si l’explication avait été bien faite, les résultats seraient aussi décevants ? Croyez-vous aussi que si les mots avaient été bien détachés, bien prononcés par la maîtresse d’abord, puis par quelques enfants, choisis surtout parmi ceux qui ont besoin d’être suivis avec plus de sollicitude, croyez-vous que si l’on avait fait réciter ensuite à tous, sans leur permettre de crier, pour éviter le brouhaha, croyez-vous enfin que si l’on avait fait chaque jour réciter quelques élèves individuellement, on n’aurait pas mieux réussi ?

[Grenouille verte, Danseuse alerte]

Dans le même ordre d’idées, voici deux autres vers qui font partie d’un chant d’école :

Grenouille verte,
Danseuse alerte.

Les enfants chantent ainsi :

Gre-nouille verte,
Dan-seusalerte.

Ici c’est le chaos intellectuel et malheureusement presque inextricable. Avec beaucoup de peine, nous arrivons à faire un mot des deux parcelles séparées gre-nouille, l’animal est assez familier aux enfants ; l’adjectif « verte », qui s’adapte à grenouille, est fait pour nous aider plutôt que pour nous entraver. Quant au second vers, que de peines ! Il faut avoir assisté à ces séances de redressement intellectuel pour s’en faire une idée. Nous avons d’abord détaché le mot alerte, puis nous l’avons expliqué par le fait séance tenante – l’inspectrice générale faisant d’abord le tour de la classe d’un pas lourd, puis faisant un second tour d’un pas leste, vif, alerte… et tous les enfants l’imitant ensuite dans les mêmes conditions. 

« Eh bien, maintenant que vous êtes des marcheurs alertes, faites-moi voir si vous êtes aussi des danseurs alertes. » Vous croyez peut-être que la seconde expérience alla toute seule ? pas du tout. Il fallut encore danser lourdement, puis lestement pour faire comprendre la danse alerte ; il fallut parler de danseurs alertes, avant d’en arriver aux danseuses alertes, et enfin à la « danseuse alerte » de la poésie, et je ne suis pas bien sûre d’avoir fait pleine lumière dans les esprits. 

Ah ! si l’on avait fait dire d’abord « grenouille », et pas gre-nouille ! si l’on avait montré une grenouille, – il y a presque partout un tableau qui la représente ; – si l’on avait fait dire ensuite « danseuse » en ajoutant « C’est la grenouille qui danse. C’est une danseuse. Elle danse légèrement, comme vous, lorsque vous ne faites pas de bruit ; c’est pour cela qu’on l’appelle danseuse alerte. »

Si, si, si…


[La Laitière et le Pot au Lait]

Une autre fois c’était la Laitière et le Pot au lait. Le ton de la récitation, les mots écorchés me chagrinèrent, il me semblait impossible qu’un morceau de poésie ainsi « crié » eût été compris. Je priai la directrice de désigner l’enfant qui savait le mieux la fable, et quand il eut fini :
« Comment s’appelait la laitière ? » lui demandai-je,
Il resta muet ; je renouvelai ma question, je m’adressai à quelques-uns de ses camarades. Même insuccès dont je ne fus d’ailleurs pas surprise, les enfants ayant récité « Perrettesursatête », comme s’il se fût agi d’un seul mot : «Perrettesursatête».
Je vins donc à leur secours. « Elle s’appelait Perrette, comme d’autres s’appellent Mariette, Georgette, Antoinette. Comment s’appelait-elle ?
– Perrette.
– C’est bien.
– Que portait-elle sur sa tête ? »
Cette seconde question n’eut pas d’abord plus de succès que la première ; cependant je finis par obtenir cette réponse :
«Une laitière !
Comment ! une laitière ! Perrette portait une femme sur sa tête ? »

source : http://elle-brode.over-blog.com/article-la-laitiere-et-le-pot-au-lait-64392386.html

Ici la maîtresse intervint : « Dans ce pays, me dit-elle, « laitière » est synonyme de « pot au lait » ; le vase dans lequel on met le lait s’appelle une laitière. »
Vous voyez d’ici le malentendu. Mais alors que comprenaient les enfants lorsqu’ils disaient : « Notre laitière ainsi troussée comptait déjà dans sa pensée»? etc., etc.
Oh ! mon Dieu ! ils ne comprenaient rien ; c’était du fouillis, du galimatias !
Il tombe sous le sens cependant que lorsqu’il s’agit d’un exercice de langage, et l’étude d’une poésie est l’exercice de langage par excellence, on doit faire traduire d’abord en français les expressions du terroir. Dans le cas présent, le titre de la fable lui-même, la Laitière et le Pot au lait, appelait, exigeait cette traduction. Car, enfin, dans l’esprit de ces enfants pour lequel une « laitière » signifiait un « pot au lait » que devenait le pot au lait indiqué dans le titre ? S’agissait-il de deux pots au lait ? C’est à s’y perdre !
Et puis : « Racontez donc la fable comme un conte ! »

« Il y avait une fois une marchande de lait (comment appelle-t-on les marchandes de lait ?) qui s’appelait Perrette (comment s’appelait cette laitière?). Un jour, elle allait vendre son lait à la ville. Elle avait mis son pot au lait sur sa tête ; mais le pot au lait était en terre durcie, ou bien en bois, ou bien en fer battu, ou bien en cuivre, et c’était lourd et dur sur la tête de Perrette ; alors elle avait mis un petit coussin, un coussinet », etc. 

Ces enfants étaient intelligents, vivants, charmants j’ai passé avec eux un moment inoubliable !
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[Conclusion.]
Et si l’on me demande la conclusion de ces nombreuses pages, je dirai : L’enfant a un corps qu’il faut soigner, une âme qu’il faut respecter, une intelligence qu’il faut développer ; en transformant notre école maternelle en école préparatoire, en traitant l’enfant en « matière scolaire », nous sommes coupables envers son corps, envers son âme, envers son intelligence. Si nous péchons, c’est par ignorance, ignorance de l’enfant lui-même dont nous avons la charge, et c’est ici ou jamais le cas de dire « charge d’âme » ; tous nos efforts doivent donc tendre vers les études psychologiques. Il y a de bons livres ; il faut les lire et les vivre ; mais il y a surtout l’enfant, le livre vivant ; il faut le pénétrer, ce qui équivaudra à le respecter, à l’aimer.

CINQUIÈME PARTIE, ÉDUCATION INTELLECTUELLE, CHAPITRE III

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