6 novembre 2011

Le pliage en maternelle, par Pauline Kergomard

    Le pliage est un élément éducatif trop méconnu, regardé comme un jeu sans valeur, et par conséquent fort peu employé dans une trop grande quantité de nos écoles maternelles. 

     Il favorise cependant le développement intellectuel, et il occupe et intéresse l'enfant en lui mettant dans les doigts une chose qu'il transforme lui-même.
    Tout le monde devrait connaître la manière de procéder. L'enfant, ayant entre les mains un carré de papier, le plie en deux. Ah! le carré n'est plus carré, c'est un rectangle ou carré long. Beaucoup de choses autour de lui ont la forme rectangulaire, de même que beaucoup sont carrées. Il y a, par exemple, son mouchoir de poche et son ardoise. Il comparera. Plié en deux, le rectangle redeviendra carré; les coins abaissés de ce carré donneront des triangles : c'est de la géométrie palpable.
    Mais, je vous en prie, mes chères lectrices, ne vous attardez pas à la géométrie ! Le morceau de papier carré intéressera surtout l'enfant quand il représentera son mouchoir de poche; le rectangulaire, son ardoise; le triangulaire, le pignon de la maison. Faites-lui faire des cornets qui ne s'appelleront cônes qu'accidentellement ; et exercez-le à faire des pochettes, des salières, des bateaux, des cocotes qui seront des pochettes, des salières, des bateaux, des cocotes. L'invasion de la géométrie et de la philosophie, l'invasion de la synthèse et de l'analyse, l'invasion de la méthode qui, techniquement, part du concret pour arriver à l'abstrait, l'invasion de l'esprit allemand, en un mot, dans nos écoles maternelles, m'effraye et me désole. Il y a peu de jours, je montrais à un enfant un seau, très bien dessiné par la directrice sur un tableau noir, et je voulus lui faire nommer l'anse de ce seau. « C'est une ligne courbe », me répondit-il, et je n'ai jamais pu lui faire nommer l'anse. J'ai fait cette expérience deux fois dans la même journée, dans deux écoles différentes, et deux fois j'ai obtenu le même résultat. Représentez-vous ces mêmes enfants jouant au sable, et disant à un camarade Prends le seau par la ligne courbe. Comme cela est ridicule ! 
    Quoi ! l'intelligence claire et vivante de nos petiots, leur facilité d'assimilation et d'appropriation, leur imagination brillante, toute cette charmante poésie naturelle à l'enfance seraient condamnées à passer sous la toise géométrique, à s'emboîter sans rémission dans le rail horizontal! Un bambin appellerait un mât de cocagne une ligne verticale, et un tambour un « cylindre » ! Devant une montagne neigeuse, au lieu d'être saisi, ému par la grandeur du spectacle, charmé tout au moins par les jeux de la lumière sur la neige, il serait surtout frappé par là forme et s'écrirait : « Oh ! le beau cône tronqué ! » En présence de la mer écumeuse, il verrait seulement le sens horizontal des vagues! Oh! ne commettons pas un crime de lèse-patriotisme qui serait en même temps un crime de lèse-humanité ! Restons Français!
    La pratique de ce modeste pliage est, j'en conviens, plus difficile qu'on ne le pense, et je ne suis pas étonnée, pour ma part, que beaucoup de directrices se soient laissé décourager.
    Ceux qui en ont fait un article du règlement se souvenaient d'avoir confectionné dans leur enfance des bateaux et des porte-monnaie en papier; des souvenirs plus récents leur rappelaient leurs enfants faisant aussi des porte-monnaie et des bateaux, et ils ne doutaient pas que ce qu'ils avaient fait eux-mêmes, ce que leurs enfants avaient fait, ne pût être obtenu dans les écoles maternelles. Ils n'oubliaient qu'une chose, - on oublie souvent bien des choses quand on fait de la pédagogie en chambre, et je suis du nombre des oublieurs : - c'est que la quantité d'enfants réunis dans les écoles maternelles centuple toutes les difficultés.
    Est-ce à dire qu'il faut renoncer au pliage ? Non, certes ! mais pour le pliage il faut procéder, comme pour tous les autres articles du règlement, avec méthode ; il faut aller du simple au composé, du plus facile au moins facile. Essayer de prime abord de faire faire des bateaux, des porte-monnaie, des cocotes, c'est commencer la construction par la charpente, c'est se créer des difficultés presque insurmontables et toujours décourageantes.
    Commençons donc par le commencement.
    La directrice a-t-elle le matériel approprié ? Il consiste, vous le savez, en carrés de papier un peu fort, de diverses couleurs, dont le cent se vend 50 centimes. Mais admettons que la municipalité ait reculé devant cette petite dépense; la directrice préparera elle-même des carrés de papier. Rien de plus simple. Une feuille de papier quelconque représente en général un rectangle ou carré long. En abaissant le petit côté sur le grand côté, on obtient :
    1° Un triangle rectangle;
    2° Un nouveau rectangle ou carré long plus étroit que le premier.



    On détache ce petit rectangle, en suivant bien exactement la base horizontale du triangle; on dédouble le triangle, et l'on a un carré parfait.


    Ce carré obtenu, la première leçon consistera à en faire compter les quatre côtés, à faire constater qu'ils sont bien tous les quatre de même grandeur - ce qui se fait en appliquant successivement chacun des quatre côtés sur l'un d'entre eux - et à faire comparer ce carré à tout ce qu'il y a de carré dans la classe.
    Le mouchoir de poche de l'enfant - disons, en passant, qu'il faut que l'enfant ait un mouchoir dans sa poche - sera un excellent point de comparaison.
    Ce carré de papier posé sur l'ardoise pourra être reproduit au crayon par l'enfant, qui en suivra les contours.
    C'est assez pour une fois. Je suis même persuadée que le quart d'heure réglementaire aura été dépassé. A ce sujet, je voudrais persuader aux directrices qu'elles doivent avoir de l'initiative et que, sans se laisser aller à des infractions graves contre le règlement, elles ont plutôt à l'interpréter qu'à le suivre à la minute et à la seconde. Qu'elles écourtent la leçon qui, sensiblement, fatigue les élèves; qu'elles s'attardent un peu à celle qui les captive. A changer trop souvent et trop brusquement d'exercices et d'ordres d'idées, les enfants s'énervent; ils me font, parfois, l'effet de ces pauvres écureuils enfermés dans des cages tournantes : ils tournent, tournent sans cesse. L'essoufflement intellectuel est dangereux.
    J'en reviens à mon carré de papier. La seconde leçon consistera à le faire plier en deux parties égales. Ce n'est pas si facile qu'on pourrait le croire, et il faudra y revenir plusieurs fois pour les mains inexpérimentées, prendre les enfants par groupes, ne pas permettre qu'il y en ait un dans le nombre pour lequel le temps ait été perdu.

    Ce carré plié en deux parties égales est-il resté carré ? Comptons les côtés il y en a encore quatre. Mesurons ces quatre côtés. Ah! ils ne sont plus de même grandeur ; il y en a deux grands et deux petits vis-à-vis l'un de l'autre. A présent le morceau de papier est plus long que large, ou plus large que long. C'est un carré long. Les savants l'appellent un rectangle.
    Reprenez votre exercice de comparaison. Le mouchoir de poche est-il aussi un rectangle ? Non; mais la porte, mais la classe elle-même, mais la table, mais l'ardoise sont des carrés longs.
    N'est-ce pas assez pour la seconde leçon, peut-être même pour la troisième, car, en somme, que s'agit-il d'obtenir? C'est que les enfants arrivent à plier leur morceau de papier en deux parties rigoureusement égales, qu'ils le fassent sans difficulté, peu à peu, même avec grâce. C'est charmant, les petites mains adroites! 
    Mais ce carré long, produit par un carré plié en deux et qui a la même forme que l'ardoise, que la porte, que la classe, etc., tout le temps que les deux moitiés du carré sont appliquées l'une sur l'autre, ne pourra-t-il nous donner, en le dépliant un peu, quelques figures intéressantes ?
    Écartez les deux côtés du carré long et dressez-le sur la table; voici la niche du chien, ou une tente de soldat, ou la toiture de la maison.


    Mais oui, la toiture : la preuve, c'est que voici la cheminée! et la directrice, armée d'une paire de ciseaux, fait, en partant de la ligne de faîte du toit, une entaille verticale, puis une horizontale à angle droit, puis une troisième entaille parallèle à la première entaille; elle relève le rectangle ainsi obtenu. C'est bien le tuyau de la cheminée, et les enfants sont joyeux !


    Ce carré, ce carré long» nous fourniront une masse d'objets.
    Pliez d'abord votre morceau de papier en deux, comme tout à l'heure; pliez ensuite en deux chacune des moitiés ainsi obtenues, non pas l'une sur l'autre, mais l'une opposée à l'autre, de façon que leurs bords se rejoignent; écartez les feuillets formés par les plis, dressez votre papier sur la table : c'est un paravent à quatre feuilles.

          

   
Autre chose, avec le carré ou avec le carré long :
    1° Pli au milieu dans le sens de la longueur ;
    2° Chacun des bords rabattus sur le pli du milieu (pas l'un sur l'autre, mais, comme tout à l'heure, de façon qu'ils viennent se rejoindre vis-à-vis) ;
    3° Redressez les deux parties abaissées de chaque côté, effacez le plus possible le pli du milieu, et vous avez la table du réfectoire.


    En attendant mieux, mettons sur la table la serviette roulée et maintenue par son rouleau. La serviette, c'est encore un carré ou un rectangle. Le rouleau, c'est un rectangle plus étroit, dont les deux petits côtés ont été fixés ensemble par un pli double, comme pour un ourlet.

   +    

 = 


     Voulez-vous le banc qui doit être à côté?
    Prenez un rectangle de même longueur que celui qui a fourni la table, mais moins large de moitié, faites les mêmes plis que ci-dessus.

       
      Mais ce banc n'est pas réglementaire il nous faut un banc à dossier.
    Reprenons le rectangle. Il faudrait le plier en cinq parties égales, ce qui est trop difficile pour les en-fants c'est alors qu'il faut appeler le procédé à notre aide. Plions-le en six, supprimons la sixième partie, et dressons ainsi notre petite machine.

1er feuillet, pied du banc;
2ème, siège;
3ème, dossier;
4ème et 5ème, appui du petit meuble.


La même combinaison du rectangle partagé en cinq parties (par le procédé empirique de tout à l'heure) donnera la guérite du soldat le feuillet du milieu donne le fond; de chaque côté du fond, les deux panneaux ou murailles, puis la porte ouverte à deux battants. Un carré de papier placé au-dessus forme toiture.

         

    Je pourrais multiplier les exemples. Mais je voulais seulement donner aux directrices quelques indications. Il me reste à leur montrer maintenant le parti que l'on peut tirer du pliage.
    C'était dans une école maternelle située au sommet d'une ville pittoresque, comme il y en a tant dans notre « doux pays de France » ; les maisons ont escaladé la colline et se cachent dans la verdure, leurs fenêtres sont grandes ouvertes sur la vallée charmante où la rivière déroule, entre deux rangées de saules et de peupliers, son ruban d'argent moiré par la brise.
    Il faisait chaud; les enfants manquaient d'entrain. 
    « Si nous les faisions chanter pour les réveiller un peu? »
    La directrice donne le signal, et voilà tout le petit monde chantant :

Au bivouac où tout sommeille
Le clairon va retentir, etc.

    Le chant fini, on se rassied, et, fidèle à mes habitudes d'investigation intellectuelle, je demande si les enfants ont bien compris ce qu'ils ont chanté…
    Hélas ! « ce bivouac où tout sommeille » ne leur avait rien dit du tout,… oh! mais… du tout.
    Que faire ? Le temps s'alourdissait de plus en plus; une leçon abstraite risquait de transformer l'école maternelle en un « bivouac où tout sommeille »…
    « Si nous faisions du pliage ? »
    Le pliage était, il faut l'avouer, peu en honneur dans cette école, quoiqu'elle fût pourvue – luxe inusité  – d'une provision de carrés de papier.
    « Que ceux qui veulent jouer avec moi s'approchent ! » dis-je ; et, sans attendre de réponse effective, bien sûre d'ailleurs qu'on viendrait peu à peu (ce qui arriva en effet), je pliai en trois parties égales un carré de papier, et je dressai devant moi la table ainsi obtenue. La moitié d'un autre carré de papier, également pliée en trois parties égales, me donna un banc, que je plaçai auprès de ma table. Tout en causant avec mon petit monde, qui peu à peu se pressait autour de moi, je découpai avec mes ongles un plat rond, que je plaçai sur la table, et je le remplis de boulettes de papier, chargées de représenter les pommes de terre.
    On tira au doigt mouillé qui serait le maître et la maîtresse de maison; la bonne fut elle-même désignée par le sort, puis la première série d'invités, et l'on procéda au partage des pommes de terre.
    « Si les autres faisaient de la musique, pendant ce temps? »
    Aussitôt les enfants entonnent

Au bivouac où tout sommeille
Le clairon va retentir, etc.

    Instinctivement je prends un carré de papier, je le plie en deux parties égales, puis, écartant les deux extrémités restées libres, je campe la tente sur la table.
    « Voyez-vous ceci ? c'est une maison de soldat; une tente. Cette tente est en papier; les vraies sont en toile. Ces maisons-là sont faciles à transporter. Quand les militaires vont en voyage, ils les roulent, les emportent, et, quand ils veulent se reposer, se mettre à l'abri, ils les dressent dans la campagne. 
    « Faisons une deuxième tente, une troisième, etc.
- Mais les soldats, où sont-ils ?
    - En voici un.

    « Mon soldat, c'est tout simplement un rectangle de papier que je plie en deux parties égales dans le sens de la longueur, ce qui me donne un nouveau rectangle de même longueur, mais plus étroit.
    « Faites la même opération que moi, et mettez des lettres, A, B dans le sens de la longueur (côté du pli), C, D encore dans le sens de la longueur du côté opposé.
    « A peu près au tiers de la longueur (côté du pli) placez une cinquième lettre, E.
    « Partant de E et vous dirigeant vers C, faites une déchirure oblique, que vous arrêtez un peu avant d'arriver au bord.
    « Cela vous donne une espèce de triangle en papier;relevez-le, vous avez le capuchon de la capote militaire. » (C'est absolument le procédé qui donne les capucins de cartes.)


    Vous savez l'amour des enfants pour les « semblants », vous comprenez leur joie.
    « D'autres soldats d'autres soldats »
    Et je faisais d'autres soldats, en effet, lorsqu'un petit raffiné dit d'un air tant soit peu dédaigneux : « Ils n'ont pas seulement de fusils! »
    C'est vrai pourtant, qu'ils n'avaient pas de fusils!Mais, quand on est bien lancé, on ne s'arrête pas pour si peu. Je coupai une petite bande de papier, je la roulai entre le pouce et l'index, j'assujettis mon rouleau (mon allumette) par un pli à l'un de ses bouts, puis, prenant un de mes « soldats », je fis avec mon ongle deux petites entailles, l'une au-dessus de l'autre, près du bord de la capote, à droite; je fis entrer un bout de mon rouleau par l'entaille supérieure et le fis ressortir par l'entaille inférieure … le fusil se dressa tout fier…
    Mon soldat était au complet.
    Quand tous les soldats furent armés et placés en ligne, on cria « En avant !... Marche !... »
    Mais ils se fatiguent, les soldats. La journée est finie, ils ont sommeil,… où dormir ? Vite, les maisons de toile, les tentes. Elles sont dressées en un clin d'œil. C'est le campement des soldats, leur bivouac.
    Nous enlevons aux soldats leurs fusils, leurs armes, nous les désarmons.  
    Après avoir vainement essayé de placer les fusils en faisceaux, nous les mettons en ordre le long des tentes, nous couchons nos soldats, qui tombent de sommeil, et les enfants chantent tout doucement pour ne pas les réveiller – des paroles que maintenant ils comprennent :

Au bivouac où tout sommeille,
Le clairon va retentir.

    Les autres exercices manuels (piquage, tressage, etc.) mériteraient, eux aussi, des chapitres spéciaux ; si j'ai donné la préférence au pliage, c'est d'abord parce qu'il est dédaigné, ensuite parce qu'il est, de tous les exercices manuels, le plus propre à faire naître et à alimenter la causerie. 
    Une fois sur la piste, il n'y a qu'à vouloir ; chaque jour amène une découverte.
    Je me trouvais dans un des départements les plus pittoresques, mais aussi les plus pauvres de France. L'école maternelle – pas pittoresque du tout – était misérable. Une seule salle, basse, sombre, carrelée, humide; un corridor étroit, froid et noir; une cour suspendue à la montagne, battue par le vent du nord. Les enfants étaient assis dans la classe, le long dumur; je touchai la main à tous ils étaient glacés.
    Que pourrions-nous bien faire pour réchauffer ces pauvres petits ? Sauf les tableaux de lecture et quelques ardoises, il n'y avait rien.
    La pauvreté rend ingénieux ; j'envoyai la femme de service et quelques-uns des enfants chercher des cailloux sur la route. « Apportez-en beaucoup, leur dis-je, un plein panier. »
    Quand ils revinrent avec une ample provision, je fis vider le panier au milieu de la classe; j'appelai tout mon petit monde. « Il faut trier les cailloux ; nous mettrons les gros dans ce coin, les tout petits dans celui-ci, et les moyens dans celui-là. En voici un que j'appelle gros; un autre que j'appelle petit, et un troisième que j'appelle moyen; il est plus petit que les gros et plus gros que les petits. » Ce n'était pas « malin », comme on dit vulgairement, aussi le travail se fit-il vite et bien. Quelques bébés mirent bien un peu de désordre dans le triage, mais notre exercice y gagna en frais éclats de rire.
    Le triage achevé, je partageai mon monde en deux groupes : « Nous allons maintenant placer nos cailloux, les gros, les uns à côté des autres, pour faire une ligne aussi droite que possible. Puisqu'il y a deux groupes, cela fera deux lignes droites; chacun à son tour placera son caillou, même les bébés s'ils travaillent mal, les grands répareront leurs fautes. » Vous voyez d'ici les deux lignes censées parallèles qui bientôt traversèrent la salle, toujours sombre, mais où les enfants, agissants et heureux, n'avaient plus froid.
    Le même exercice fut renouvelé avec les petits cailloux, puis avec les moyens.
    Mes deux lignes, c'était le tracé du chemin de fer. Il y en a un dans la contrée; les enfants comprenaient.
    Alors nous avons placé nos cailloux trois par trois, trois petits, trois moyens, trois gros puis plusieurs groupes de chacun; puis chaque groupe de trois s'est composé 1° d'un petit, d'un gros et d'un moyen; 2° d'un petit et de deux gros; 3° de deux petits et d'un gros; 4° de deux petits et d'un moyen; 5° d'un petit et de deux moyens, etc.
    Le temps passe vite quand on travaille et qu'on s'amuse; les parents arrivaient pour chercher leurs enfants; j'ai promis de revenir dans l'après-midi; je voulais montrer à la directrice, sinon tout le parti qu'elle pourrait tirer de ce matériel scolaire inattendu (car les cailloux peuvent donner lieu à une quantité considérable d'exercices), mais au moins quelques combinaisons nouvelles.
    L'après-midi, nous avons fait de jolis festons avec nos cailloux; il fallait encore un peu compter pour cela. Par exemple les cailloux en ligne oblique de gauche à droite en descendant (le cinquième en bas, destiné à former la pointe du feston), et 4 cailloux en oblique de gauche à droite encore, en remontant.
    Le feston obtenu, nous avons passé au dessin grec 5 cailloux horizontaux, 4 verticaux formant l'angle droit, 4 parallèles aux verticaux, 4 horizon-taux, etc.
    Feston et dessin grec peuvent et doivent servir à apprendre méthodiquement les nombres deux, trois, quatre, cinq, etc., puis à l'addition, puis à la sous-traction, puis à la multiplication, puis à la division. Ainsi notre premier dessin nous donne 5 + 4 + 4. Si nous retranchons une des branches du feston, nous avons 13 - 4 = 9. Si nous en retranchons une seconde, nous avons 9 – 4 = 5.
    Notre feston se compose de 3 fois 4 cailloux plus 1 = 12 + 1 = 13 cailloux.
    Si nous partageons notre feston en trois parties, il y aura 4 cailloux pour chaque part, plus 1.
    Nous avons fait des ronds aussi, puis des carrés, et puis la façade d'une maison ; nous avons terminé par un « bonhomme ».
    En cherchant bien, nous finirions par nous passer des municipalités qui nous refusent le matériel scolaire et puis, qui sait ? elles comprendront peut-être que nos efforts nous donnent droit à un matériel moins rudimentaire.
    Les municipalités ont, il est vrai, une circonstance atténuante : elles ne sont pas tenues d'être pédagogues. Souvent les choses que nous leur demandons leur paraissent puériles. Il faudrait les persuader. J'avais, il y a cinq ans, demandé des cubes au maire d'une grande ville du Midi. Des cubes, et beaucoup d'autres choses en même temps. Et le maire m'avait promis : c'est si difficile de refuser !    
    L'année suivante, en repassant dans la même ville, je constatai avec regret que la promesse était restée à l'état de promesse.
    Je réitérai ma demande. Le maire me promit de nouveau.
    Mon arrivée est signalée une troisième fois. – Encore moi ! – Or rien n'a été donné de ce qui m'a été promis; il faut bien faire quelque chose cependant, ne fût-ce que pour me faire patienter… Le maire commande des cubes, et, chose merveilleuse, il en commande beaucoup.

    Ces cubes ont été reçus à l'école, juste au moment où j'y arrivais. Le maire m'accompagnait. Il a vu d'abord les enfants se précipiter en désordre sur les morceaux de bois, que j'avais fait déposer dans le préau; puis il les a vus se grouper selon leurs goûts et se servir des cubes selon leurs aptitudes ceux-ci faisant un escalier, ceux-là élevant des colonnes, d'autres alignant des rails de chemin de fer ; et, les larmes aux yeux, il m'a dit « Si j'avais su le parti qu'on pouvait tirer de ces morceaux de bois, il y a longtemps qu'ils seraient ici ».

Cet texte est un extrait du chapitre 9 de Pauline Kergomard, L'Education enfantine dans l'école, 1886.

L'ouvrage de Pauline Kergomard, L'éducation maternelle dans l'école, paru en 1886, a contribué à installer définitivement en France l'idée d'école maternelle. 

I- Education
1. L'école maternelle - 2. Le local - 3. Qu'est-ce qu'une école maternelle ? - 4. L'école maternelle éducatrice - 5. L'école maternelle mixte - 6. L'éducation, ensemble de bonnes habitudes - 7. Education morale 

II- La section des petits
8. Eléments éducatifs dont dispose l'école maternelle

9. Le sectionnement

Voir aussi l’article « Maternelles (Ecoles) » de P. Kergomard dans le dictionnaire Buisson de 1911 : http://www.inrp.fr/edition-electronique/lodel/dictionnaire-ferdinand-buisson/document.php?id=3142)

III- La section des grands 
10. Encore et toujours l'école maternelle éducatrice 


PAR

Mme P. KERGOMARD

INSPECTRICE GÉNÉRALE DES ÉCOLES MATERNELLES


LIBRAIRIE HACHETTE ET Cie, PARIS, 1886

source de l'image : "grenouille sauteuse" par Tête à modeler : http://www.teteamodeler.com/vip2/nouveaux/creativite5/fiche967.asp

  Version complète ou chapitre par chapitre : 

http://michel.delord.free.fr/kergomard-educmater.html

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