14 décembre 2011

Mamadou et Bineta, une méthode de lecture toujours efficace




I. — L’écolier de France arrive en classe pourvu d’un vocabulaire français déjà riche. Chaque mot lu —pour peu que le syllabaire ait été judicieusement composé — éveille en son esprit une pensée ou un souvenir. Il s’émerveille de constater que, très vite, les petits signes noirs du livre de lecture se transforment pour lui en réalités vivantes. Cette connaissance du vocabulaire facilite évidemment la tâche du maître ; elle rend l’enseignement de la lecture moins ingrat ; elle permet à l’enfant de deviner, grâce au sens, telle ou telle syllabe dont l’étude exigerait, sans le secours de cette intuition, des efforts considérables.

Beaucoup de petits Africains, au contraire, ne connaissent bien souvent pas un seul mot français quand, pour la première fois, ils viennent s’asseoir sur les bancs de l’école. Si l’on n’y prend garde, le mot lu n’est pour eux qu’un son qui n’évoque aucun souvenir, ne suggère aucune image. L’exercice de lecture leur paraît dès lors fastidieux, insipide, parce que dénué de tout intérêt pratique immédiat.

Il faut que l’enfant comprenne aussi complètement que possible ce qu’il lit, tel est le premier principe qui doit présider à la rédaction d’un syllabaire.

Mais la progression du cours de lecture et la progression du cours de langage sont divergentes. Les faire coïncider est une entreprise impossible. Nous avons essayé de tourner la difficulté : 1° en n’employant dans le présent syllabaire que des mots figurant au cours de langage ou correspondant à des objets qui peuvent facilement être montrés aux élèves ; 2° en composant des phrases exprimant des actions que l’élève peut exécuter ou mimer aisément ; 3° en introduisant dès que possible des « lectures courantes » qui sont à la fois des révisions du cours de lecture et des applications des leçons de langage faites pendant les semaines précédentes.

En d’autres termes, nous avons voulu que les deux enseignements : lecture et langage se prêtent un mutuel appui. Syllabaire et livre de langage sont, dans cette méthode, absolument inséparables. La lecture, au lieu d’être un exercice machinal, purement mécanique, fait ainsi appel à l’intelligence, à la réflexion, puisqu’elle exige un incessant effort de compréhension ; elle renforce les notions étudiées pendant la leçon de langage en ajoutant au souvenir auditif du mot entendu le souvenir visuel du mot (la mémoire visuelle est très développée chez l’élève africain). D’autre part, les mots lus, correspondant à des objets qui ont été vus et palpés, ou à des actions qui ont été exécutées, ne sont plus des expressions vides de sens : ils sont riches de « substantifique moelle ». L’enseignement du français ne peut que tirer un bénéfice considérable de cette convergence des efforts.

II. — Nous avons également voulu faire simple. Chacune des leçons du syllabaire ne contient qu’une seule difficulté nouvelle. Exemple : nous avons soigneusement écarté de l’étude des voyelles et consonnes simples les syllabes inverses (or, ar, ac, is, il etc.) et les articulations composées (br, cr, bl, pl, etc.) qui gênent les enfants et les rebutent quand elles sont abordées trop tôt.

III. — Nous nous sommes efforcé de faciliter la tâche du maître : 1° en donnant après chacune des premières leçons quelques conseils et indications d’ordre pédagogique ; 2° en fixant la répartition hebdomadaire du cours de lecture.

IV. — Nous avons évité toute improvisation hâtive. Le syllabaire a été mis à l’essai dans une dizaine d’écoles, puis rectifié à plusieurs reprises, l’épreuve de la pratique ayant fait ressortir un certain nombre d’imperfections.

Ce petit ouvrage ne prétend d’ailleurs aucunement être une innovation. Nous avons simplement essayé de concilier, puis d’adapter aux écoles africaines des méthodes en usage dans les écoles de France et dont la valeur a été reconnue par les instituteurs.

AVANT-PROPOS de André Davesne, Nouveau syllabaire de Mamadou et Bineta, Istra, 1950.


Directions pédagogiques

La plupart des élèves sont capables de lire le livre entier à la fin d’une seule année scolaire. Mais, pour les moins habiles, deux années d’études sont nécessaires. Au cours de la première année on lit les syllabes, les mots, les phrases, et les meilleurs sujets abordent la lecture courante. Au cours de la seconde année, on relit syllabes, mots, phrases, et, si la méthode a été bien suivie, tous les retardataires doivent lire le livre en entier. A ce moment d’ailleurs, le cours de langage de l’année précédente permet à ces retardataires de comprendre parfaitement tout ce qu’ils lisent.

Les résultats que nous avons obtenus par cette méthode sont des plus encourageants : dans une classe comptant 80 élèves, âgés de 5 à 7 ans, tous nouvellement recrutés, c’est-à-dire ne connaissant ni une lettre ni un seul mot français, un jeune maître, qui a suivi scrupuleusement les indications données dans le présent ouvrage, est parvenu à faire lire presque couramment au bout de 6 mois 75 enfants. La proportion est magnifique. Ces mêmes enfants pouvaient, à la fin de ces six mois, écrire sous la dictée des phrases entières comme « fabilé a du bon savon ; fabilé lave son pantalon » et tenir une petite conversation en français sur les sujets étudiés en langage[1].

Soyons donc optimistes. Disons-nous bien qu’un élève qui lit sans peine lit avec plaisir, et que, dès lors, il apprend rapidement le français.

Mais n’oublions pas qu’un livre n’est qu’un outil, et que l’excellence du travail accompli dépend moins de la valeur de l’outil, que de l’habileté de l’ouvrier.
Directions pédagogiques (suite)

[1] André Davesne, Le français élémentaire. Nouveau cours de langage pour les classes de débutants des écoles africaines. Livre du maître. Paris, Librairie Istra (1956).




Avertissement

« Mamadou et Bineta apprennent à lire et à écrire » se substitue au « Nou­veau syllabaire de Mamadou et Bineta ».

Nous avons voulu que ce manuel pour l’apprentissage de la lecture fût plus avenant que le précédent et d’un emploi plus agréable : les pages sont moins compactes; les illustrations sont beaucoup plus nombreuses et imprimées en deux couleurs.

Nous avons augmenté la longueur des textes afin que l’élève puisse s’exercer suffisamment à l’étude de chaque difficulté.

Par contre nous avons supprimé certaines des indications à l’usage du maître qui accompagnaient chaque leçon dans le précédent ouvrage. Depuis la parution du « Nouveau syllabaire », les maîtres des écoles africaines ont considérablement amélioré leur technique. Le rôle du manuel doit être désormais de faciliter leur tâche en les guidant dans leur travail, mais en leur laissant une large initiative.

Voir aussi :

Mamadou et Bineta

Méthode globale contre Méthode syllabique : une querelle vaine

Dessin sur quadrillage - Cours préparatoire

Table des matières

Avant-propos et directions pédagogiques


2


3


5


6




1re partie – Les voyelles :



                 - i


7
                 - u


8
                 - o


9
                 - a


10
                 - e é


11
                 - è ê


12
Révision


13




2e partie – Les consonnes :



14
et
15
                 - t
16
et
17
                 - p
18
et
19
                 - n
20
et
21
                 - l
22
et
23
                 - d
24
et
25
                 - v
26
et
27
                 - m
28
et
29
                 - r
30
et
31
                 - b
32
et
33




Révision :   ali a bu du dolo


34
                       Moriba va à l’école


35
                 - f
36
et
37
                 - s
38
et
39
                 - c
40
et
41
                 - g                
42
et
43
                 - j


44
                 - k


45
                 - h               


46
                 - x z y


47




Révision :                     


48
                 à l’école


49
                 l’hyène


50
                   le vélo de hamadi


51




3e partie – Les diphtongues. Méthode à employer


53
                 - ou
54
et
55
                 - eu
56
et
57
                 - oi
58
et
59
                 - an, en                 
60
et
61
                 - in, ein, ain
62
et
63
                 - on
64
et
65
                 - ai, ei 
66
et
67
                 - au, eau
68
et
69
                 - er, ed, ez
70
et
71
                 - et, es, est            
71
et
73
Révision
74
et
75




4e partie – Les majuscules               
76
à
79




5e partie – Les articulations composées



                 - bl, cl
80
et
81
                 - br, cr
82
et
83
                 - ch
84
et
85
                 - gn
86
et
87
                 - qu
88
et
89
                 - gu
90
et
91




6e partie – Syllabes inverses. Méthode à employer


92
                 - ac, ar


93
                 - Révision             
94
et
95
                 - eur, oir
96
et
97
                 - ec, er, es
98
et
99
                  



7e partie – Les équivalences et les sons liés



                 - c = s
100
et
101
                 - s = z
102
et
103
                 - g = j
104
et
105
                 - ié, iou, ieu
106
et
107
                 - ien, oin
108
et
109
                 - ill
110
et
111
                 - ail, eil, euil
112
et
113
                 - tion = sion


114
                 - y = ii


115




8e partie – Les lettres nulles             


116
                 - ph = f        
117
à
119




Révision générale – Lecture courante
120
à
123

  ---------------------

Méthodes de lecture, 

Apprentissage de la lecture

1- Michel Delord : Sur la lecture 1 (écriture-lecture, globale, idéovisuelle, maternelle, etc.)

2- L’efficacité des méthodes de lecture

3- Les inconvénients supposés de la syllabique

4- La méthode syllabique (ou alphabétique) - Préjugé 1 : elle condamne les jeunes lecteurs au non-sens

5- Globale / Syllabique / Mixte

6- Dossier Méthodes de lecture (SKHOLE.FR)

7- Ecrire, lire et comprendre : l'enseignement élémentaire (Liliane Lurçat)

8- False dichotomy 1 : Phonics vs. Meaning

9- Fausse opposition 1 : « décodage contre sens »

10- Il faut enseigner le décodage grapho-phonologique

11- Il a vaincu l’illettrisme chez les plus défavorisés (Tom Mc Kay)

12- Brigitte Guigui, institutrice & la querelle des méthodes de lecture

13- L'Alphabet, machine libératrice (C. Kintzler sur Havelock) 

14- Rapport IGEN/ONL 2005 : L'apprentissage de la lecture à l'école primaire

15- Méthode de lecture de Pascal (1ère méthode phonique synthétique)   

16- Irénée Carré, L'enseignement de la lecture, de l'écriture et de la langue française à l'école primaire (1889) 

17- Synthetics Phonics Is The Best (Clarkmannanshire, Scotland) 

18-Supériorité de la méthode alphabétique (compte-rendu de l'expérience de Clarkmanannshire et explications)


 
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