25 septembre 2011

Pour commencer à étudier la philosophie médiévale, par Leo Strauss

Leo Strauss

« Pour commencer à étudier la philosophie médiévale », in La renaissance du rationalisme politique classique, Paris, Gallimard, 1995, p. 286.

§ 1 – Comment étudier l’histoire intellectuelle en générale ?

§ 2 – Aussi exactement et intelligemment que possible.

§ 3 – Une compréhension an-historique ou « idéalisante » : il est possible de comprendre un philosophe mieux qu’il ne s’est compris lui-même.
La compréhension historique suppose qu’on comprenne un auteur exactement comme il s’est compris lui-même.

§ 4 – Souvent l’interprète présuppose qu’il dispose d’un point de vue supérieur à celui du vieil auteur (progressisme). Aussi interprète-t-il la pensée du vieil auteur dans les termes de la pensée d’aujourd’hui.
Notre compréhension du passé tendra à être plus adéquate, à mesure que nous nous intéresserons plus au passé ; mais nous ne pouvons nous intéresser sérieusement, c’est-à-dire passionnément, au passé si nous savons à l’avance que le présent  est, sur le point décisif, supérieur au passé.
La tâche de l’historien de la pensée est de comprendre les penseurs du passé exactement comme ils se sont compris eux-mêmes ou de faire revivre leur pensée selon l’interprétation qu’ils en donnaient eux-mêmes.

§ 5 – L’infinie variété des manières de comprendre un texte ne supprime pas le fait que l’auteur du texte, en l’écrivant, ne le comprenait que d’une seule manière.

§ 6 – L’historicisme : toutes les époques sont également « proches de Dieu ». La pensée de toutes les époques est également vraie, car chaque philosophie n’est essentiellement que l’esprit de son temps. Mais tous les philosophes du passé ont prétendu avoir trouvé la vérité et non simplement la vérité de leur temps.

§ 7 – Ne poser a priori au texte du passé que la question générale de la vérité sur le tout.

§ 8 – Liberté d’esprit, savoir que je ne sais rien : En s’engageant dans l’étude de la philosophie du passé, l’historien doit cesser de se repérer par rapport aux signaux modernes, au milieu desquels il vit depuis sa plus tendre enfance ; il doit essayer de se repérer par rapport aux signaux qui guidaient des penseurs du passé.

§ 9 – Accorder le bénéfice du doute aux penseurs du Moyen-Age n’est pas possible.

§ 10 et 11 – L’influence de la philosophie sur le judaïsme du Moyen-Âge fut loin d’être salutaire.

§ 12 – Dans une certaine mesure, Scholem ne fait que dire explicitement ce qui est contenu dans l’opinion généralement acceptée sur le sujet.

§ 13 – La philosophie médiévale s’interroge sur les fondements de la religion.
La philosophie moderne est distincte de la science. Sa critique de la religion repose sur ce présupposé.
Querelle des anciens et des modernes.
§ 14 – La philosophie classique (antique et médiévale) s’interroge sur sa propre nécessité ou légitimité.

§ 16 – Approfondissement du § 8.

§ 17 – Combiner le devoir d’exactitude (ne pas se contenter de connaissances par ouï-dire) et le devoir tout aussi contraignant d’appréhension globale (ne pas se spécialiser aveuglement dans un seul domaine restreint).
Comment faire ? A. On doit commencer par des observations détaillées à des points stratégiques. 1) Hayy ibn Yaqhân et Robinson Crusoé ; 2) Commentaires modernes sur des textes du Moyen-Age ; 3) Polémiques modernes contre les enseignements du Moyen-Age.

§ 18 – B. Comparaison précise des divisions les plus typiques de la philosophie et de la science au Moyen-Age et à l’époque moderne. Philosophie de la religion =/= théologie naturelle.

§ 19 – La conception médiévale et la conception moderne de la poésie.

§ 20 – La terminologie est d’une importance capitale. Chaque terme désignant un sujet important implique une philosophie tout entière.
La question des traductions.

§ 21 – Il faut réfléchir de façon cohérente sur la différence entre la scolastique chrétienne et la philosophie islamique et juive.

§ 22 – La différence entre Islam et judaïsme d’un côté et chrétienté de l’autre : D’un côté, la religion est une foi formulée dans des dogmes élaborés par la théologie ; de l’autre, c’est une loi, un code d’origine divine dont s’occupe la science de la loi, halaka ou fiqh.
La science de la loi ainsi comprise est beaucoup moins proche de la philosophie que ne l’est la théologie dogmatique. Par conséquent, le statut de la philosophie est en principe beaucoup plus précaire dans le monde islamique et juif qu’il ne l’est dans le monde chrétien.
Maïmonide et Averroès font une justification légale de la philosophie.

§ 24 – La situation précaire de la philosophie dans le monde juif ou islamique rendait nécessaire ou garantissait son caractère privé et donc un degré plus élevé de liberté intérieure.

§ 25 – La religion est conçue par les musulmans et les juifs comme une loi avant tout. Aussi la religion entre-t-elle dans l’horizon des philosophes comme fait politique avant tout. Par conséquent la discipline philosophique traitant de la religion n’est pas la philosophie de la religion mais la philosophie politique ou la science politique, celle de la République et des Lois de Platon. Ils n’ont pas La Politique d’Aristote.

§ 26 – Le prophète est interprété conformément à la problématique du philosophe-roi chez Platon, c’est-à-dire du fondateur de la communauté politique parfaite.

§ 27 – Lois naturelles ou rationnelles =/= opinions généralement acceptées.

§ 28 – Doctrine de la double vérité (averroïsme latin) =/= enseignement exotérique fondé sur des arguments rhétoriques, et enseignement ésotérique, fondé sur des arguments scientifiques ou démonstratifs. Cf Phèdre : supériorité de l’enseignement oral sur l’enseignement écrit ; La République et Les Lois : la nécessité des mensonges pieux ; la technique littéraire utilisée par Platon lui-même dans ses ouvrages.


Lire des extraits de  Leo Strauss, Foi et Raison, par Gérald Sfez (Lecteur Google Books) : 


Chirine Raveton (Paris IV), Pourquoi et comment étudier la philosophie médiévale ?, in KLĒSIS – REVUE PHILOSOPHIQUE : 2009 = 11


Laurent Jaffro, Léo Strauss : art d'écrire, politique, philosophie ; Texte de 1941 et études

L'ambition de cet ouvrage est d'examiner la pensée de Leo Strauss (1899-1973) et d'étudier à partir d'elle les stratégies d'exposition et de dissimulation de la philosophie. Strauss demeure en France un philosophe peu connu et parfois mal compris. Il a pu être considéré comme l'auteur d'un seul livre, Droit naturel et histoire, dont les thèses ne peuvent être évaluées qu'à partir de l'art d'écrire qu'il pratiquait et auquel il avait consacré un livre, Persecution and the Art of Writing (1952), qui ne doit pas être tenu pour un simple manuel de lecture des textes classiques, ni séparé de tout enjeu politique et philosophique. Les études ici réunies s'attachent à reconstituer l'idée straussienne de la philosophie. Elles mesurent la portée de l'hypothèse d'un " art d'écrire oublié " et examinent la fécondité et les limites de la conception straussienne de l'écriture philosophique. Ces études sont précédées d'une traduction de la première version de l'article "La persécution et l'art d'écrire" (1941).























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