5 janvier 2012

MÉTHODE CUISSART : exposé par E. Cuissart

La méthode Cuissart a été rééditée en 2012. Voir ici.

 Le texte ci-dessous est la préface du manuel par E. Cuissart.

La méthode que nous offrons aux instituteurs et aux institutrices diffère un peu de toutes celles qui existent. Nous en avons conçu l’idée après la lecture du remarquable rapport de M. Buisson sur l’exposition de Vienne. Mais nous en avions déjà appliqué les principes, comme instituteur, de 1852 à 1865, en employant fréquemment le tableau noir, pour l’enseignement de la lecture. Ce système nous permettait de choisir les mots et les phrases et de les faire servir ensuite à des exercices d’écriture et de dictée.
Beaucoup d’instituteurs font de même aujourd’hui. Ils enseignent simultanément l’écriture et la lecture au moyen d’exercices et de procédés qui leur sont spéciaux. C’est la meilleure des méthodes.
Pourquoi ? – Parce que, dans ce cas, on est sûr que le maître se réserve la plus grande somme d’efforts et de travail, et qu’il tâche d’aplanir à ses élèves les difficultés de ce premier enseignement, toujours si aride et si ingrat.
Il imite en cela la mère qui s’ingénie par mille moyens pour que son enfant arrive, peu à peu, à agir, à bégayer, à se servir de ses organes et de ses membres.
C’est là tout le secret, tout l’exposé de notre méthode.
Nous traçons la voie, nous fournissons une partie des matériaux, nous donnons quelques conseils, mais il faut ensuite que le maître paie beaucoup de sa personne. Du reste, quelle que soit la matière enseignée, rien ne remplace la parole et les démonstrations du maître.
Nous nous servons des images pour plusieurs raisons : elles plaisent aux enfants, elles attirent leur attention, elles fournissent aux maîtres la matière d’une leçon orale préparatoire, c’est le moyen de mettre l’enfant en éveil, de la préparer pour la double ou triple leçon qu’il va recevoir. Les enfants aiment à crayonner, à dessiner. Les images de leur livret pourront encore, au besoin, servir d’exercices de dessin, donner matière à une occupation récréative, ce qui a son importance.
Le son et l’articulation seront en quelque sorte détachés du nom de l’image et représentés ensuite par l’écriture. L’intelligence de l’enfant est ainsi tenue constamment en haleine ; on procède du connu à l’inconnu ; les difficulté sont aplanies, mesurées.
L’écriture vient au secours de la mémoire. L’enfant retiendra mieux la forme d’une lettre quand il l’aura écrite ; de même, en écrivant toutes les lettres qui entrent dans la composition des syllabes et des mots, il sera amené à mettre l’orthographe naturellement et sans efforts.

Cliquer sur l’image pour voir tout le livret  I de la methode cuissart.

Instructions sur l’emploi de la méthode


La méthode comprend trois livrets :
1er livret, étude des voyelles et des consonnes simples ;
2ème livret, étude des sons et des articulations composées ;
3ème livret, lectures courantes enfantines.
Les quelques premières leçons seront consacrées à des exercices préparatoires à l’écriture. On fera distinguer aux élèves la droite de la gauche, le haut du bas, la ligne supérieure et la ligne inférieure ; on les exercera à tracer de petites lignes horizontales, verticales, obliques, etc., de façon à ce qu’ils puissent bientôt faire ce qu’on est convenu d’appeler des bâtons. Tous ces exercices se feront au tableau noir et sur les ardoises.
Toutes les leçons doivent se donner par le maître, du geste et de la voix, au moyen de la craie, au tableau noir.
Le maître parlera et fera parler ; il n’abandonnera une leçon pour la leçon suivante que lorsque la première aura été parfaitement sue. Il ne faut rien laisser derrière soi. C’est le moyen d’aller vite.
Les moniteurs, quand on sera dans la nécessité de les employer, ne serviront qu’à faire répéter les leçons déjà démontrées, expliquées et apprises, à guider une lecture mécanique au tableau noir ou sur les livrets, à surveiller l’exécution d’une page d’écriture ou d’une copie quelconque.
Le maître n’oubliera pas que chaque leçon doit avoir pour but de faire distinguer un son, une lettre, de les faire lire, écrire et qu’elle doit, par la manière dont elle sera donnée, contribuer au développement intellectuel et moral de l’élève. Il est difficile de préciser complètement à quel genre de questions chaque leçon doit donner lieu ; nous indiquerons cependant :
Exercices de langage, leçon orale sur l’image.
Indication au tableau de la forme de la lettre, ou écriture des lettres composant les sons ou articulations.
Leur reproduction sur l'ardoise un certain nombre de fois, ou sur des cahiers, au moyen de crayons doux.
Exercices d'application au tableau noir, toujours reproduits sur l'ardoise, des divers matériaux de la leçon, des devoirs de récapitulation etc.
Exercices fréquents de lecture collective, des syllabes, des mots, puis lecture individuelle par chaque enfant désigné isolément, au hasard, en ayant soin de s'occuper surtout de ceux qui vont moins vite.
Dictée des mots lus et écrits, dès que les enfants seront assez exercés à l'écriture.
Explication des mots, construction de phrases orales dans lesquelles entreront les mots étudiés.
8° Culture du sens moral, qualités du cœur, sentiments de patriotisme, de charité, d'humanité à développer, etc.


OBSERVATIONS ESSENTIELLES


I. Chaque leçon des livrets pourra faire l'objet de plusieurs leçons ; aller lentement ; revenir souvent en arrière.

II. Les exercices de lecture seront toujours inscrits au tableau noir avant la leçon. Il arrivera que le maître prendra la craie pour écrire des nouveaux mots, indiquer la forme des lettres, la manière de les former, etc.

III. Les leçons seront courtes : un quart d'heure au plus ; il en faut au moins deux par classe du matin et du soir.

IV. Les leçons de lecture seront suivies d'un exercice d'écriture comprenant les matières de la leçon de lecture. Les élèves copieront le tableau noir ou le livret. On lira ensuite la copie. Les moniteurs pourront faire répéter, relire la leçon apprise.

V. Veiller à une articulation nette des syllabes et à une reproduction correcte des mots. Donner peu à écrire afin de pouvoir faire refaire. Revenir souvent sur les mêmes exercices, se pénétrer des conseils et des recommandations indiqués aux procédés.

VI. S'arranger de façon à toujours intéresser ; à tenir l'attention des enfants en éveil ; encourager si peu qu'il y a efforts ; faire que les enfants voient, comprennent qu'ils font des progrès ; procéder avec tact et donner à son enseignement une forme attrayante, récréative. C’est ainsi qu’on doit s’y prendre avec des enfants qui n’ont, et ne peuvent encore avoir ni le goût de l’étude ni l’amour du travail.

                                                                                                          É. Cuissart



Procédés : Ces exercices préparatoires seront tracés, expliqués, démontrés au tableau noir par le maître, et exécutés ensuite sur les ardoises par les élèves, autant de fois et aussi longtemps que le maître le jugera utile. On commencera par la tenue du corps, de la main et du crayon ; on fera distinguer la droite de la gauche, le haut du bas. On fera remarquer le point supérieur, le point inférieur ; même remarque pour les lignes. On indiquera ce qu’on entend par ligne horizontale, verticale, oblique ; on en tracera ; on tracera des lignes parallèles. En passant et fort accessoirement, on fera remarquer les figures de géométrie ; on apprendra à les tracer ; mais il faudra arriver le plus vite possible à ce que les enfants soient à même de faire ce qu’on appelle des bâtons, puis des i, des jambages, des u, des n, m. – Faire faire de nombreux exercices de ces lettres avant d’aborder la première leçon.


Avis général. – Le maître devra, pour tous les exercices des livrets, se servir du tableau noir. Les enfants auront le livret en mains, mais la leçon leur sera expliquée, démontrée au tableau par le maître. C’est le seul moyen de faire comprendre, d’intéresser, et d’enlever à l’étude des éléments cette abstraction et cette monotonie si rebutante pour les enfants. – Les exercices du tableau, lettres, syllabes, mots seront toujours reproduits par les enfants sur l’ardoise d’abord et, plus tard, sur le papier.


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Eugène Cuissart sur le blog :

1) Manuel de lecture Cuissart

2) Cuissart, Trois Conférences pédagogiques (1894)

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Notice nécrologique lue sur le site La Vie Rémoise maintenu par Jean-Yves Sureau :

CUISSART (Eugène Philippe).
Député de l’Aisne, chevalier de la Légion d’honneur, officier de l’Instruction publique, ancien membre du Conseil supérieur de l’Instruction publique, président d’honneur des associations républicaines des cantons de Laon et Marle, conseiller général du canton de Rozoy-sur-Serre, né le 24 septembre 1835, au Thuël (Aisne), décédé à Paris, chez les Frères de Saint-Jean de Dieu, le 14 décembre 1896.


D’une humble et laborieuse famille d’ouvriers agricoles, il n’avait suivi que les classes de la petite école de son hameau, lorsqu’il se destina à l’enseignement. Dès l’âge de 16 ans, nous le voyons instituteur-adjoint à Liesse, et bientôt, par son travail opiniâtre et personnel, il obtint tous les titres de l’enseignement primaire, et même le baccalauréat ès-sciences. Il fut successivement professeur, puis directeur de l’école primaire préparatoire du lycée de Saint-Quentin ; M. Duruy, ministre de l’instruction publique, le nomma, en 1865, inspecteur primaire à Nyons. Il passe à Grenoble de première classe en 1872, puis à Lyon en 1873, et enfin à Paris en 1880. Par trois fois, il est élu membre du Conseil supérieur de l’instruction publique. Il est auteur de nombreux ouvrages d’enseignement primaire très estimés et fort répandus ; il a aussi écrit, sous le pseudonyme de Jean-Louis, des articles de vulgarisation politique. Enfin, le 20 août 1893, les électeurs de la première circonscription de Laon l’envoyèrent siéger à la Chambre des députés. Sa vie honorable, toute de travail, son dévouement sans bornes, son caractère facile et désintéressé lui avaient acquis une juste popularité. Aussi ses obsèques (16 et 17 décembre 1896) eurent le caractère d’un véritable deuil public, tant la foule était nombreuse et contristée. Quatorze discours furent prononcés :

* À Paris, par MM. :
- le Dr Laurens, sénateur ;
- Drouard, inspecteur primaire délégué ;
- Boudréaux, maire de Lislet ;
* Au Thuël, par MM. :
- Macherez, sénateur, au nom du parti républicain de l’Aisne ;
- Morlot, au nom des députés de l’Aisne ;
- Malézieux, au nom du Conseil général ;
- Brasseur, conseiller d’arrondissement du canton de Rozoy ;
- Babillot, au nom du conseil municipal et des habitants du Thuël ;
- Proriot, inspecteur primaire, au nom du corps enseignant ;
- Laureau, au nom de l’Association amicale des anciens militaires ;
- Tranchart, instituteur à Rozoy-sur-Serre ;
- Caustier, au nom de l’Union de l’Aisne, de Paris ;
- Bellard, au nom des associations républicaines de la première section de Laon ;
- le Dr Gérard, maire de Montcornet, ami particulier de M. Cuissart.

Source : AMB 1898. (lu sur http://picardie.genfrance.org/index.php?showtopic=287)



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Copies (Usage et abus des)

Nouveau dictionnaire de pédagogie et d'instruction primaire publié sous la direction de Ferdinand Buisson (1911)

Les copies jouent un grand rôle dans l'enseignement primaire. Il n'y a même pas longtemps qu'on fait autre chose que des copies dans les écoles. On copie moins depuis que le maître parle davantage. Mais on copie encore, et on copiera toujours beaucoup, au début de l'enseignement. Faut-il le regretter, faut-il viser à la suppression totale de la copie? Nous ne le croyons pas. Nous approuvons au contraire cet exercice, mais à une condition, c'est que la copie soit tout à la fois un exercice d'écriture, de lecture, d'orthographe, de récitation même au besoin, et que toujours il ait pour résultat de meubler l'intelligence des enfants de faits et de connaissances à leur portée. Voilà un lourd programme pour un exercice en apparence si modeste. Nous nous expliquons. 

Dès qu'un enfant commence à tenir une plume et qu'il cherche à imiter tant bien que mal une lettre, une syllabe, un mot, une phrase, il est essentiel qu'il sache quelle lettre il fait, quel mot il écrit, quelle phrase il reproduit. Il faut que ce qu'il trace soit pour lui autre chose que des traits, il faut en un mot qu'il puisse lire son écriture. Ce n'est qu'à cette condition seule que les premiers exercices de copie seront fructueux. 

Quand les enfants commencent à lire couramment les histoires de leur premier livre, ils doivent être déjà exercés à l'écriture. Si, à mesure qu'ils ont parcouru les cahiers de leur méthode, le maître a eu soin d'agir comme il vient d'être dit, ils doivent savoir lire l'écriture lisible, à peu près comme ils savent lire le livre. Alors, il est bon de leur faire copier avec soin quelques phrases, une courte leçon déjà lue, expliquée et comprise. La leçon de lecture suivante, au lieu d'avoir lieu sur le livre, sera donnée au moyen des copies. Chaque enfant lira son travail. Puis tous les enfants d'une même division, échangeant leurs cahiers, liront la copie de leurs camarades, de telle sorte qu'ils auront eu une leçon de lecture sur les manuscrits. 

Si le maître appelle l'attention des élèves sur la manière d'écrire certains mots, sur leur signification, sur les fautes commises dans le devoir, il peut faire servir le simple exercice de copie à une leçon de révision, en faire un véritable devoir d'orthographe d'usage. Que le maître écrive au tableau noir quelques vers d'un morceau de poésie, qu'il les explique, qu'il en exige une copie nette, exacte, et il aura encore fourni à ses élèves la matière d'une leçon de récitation, d'un exercice de mémoire. Les copies, on le voit, bien surveillées, corrigées, expliquées, peuvent fournir les éléments de tout un enseignement pour les petites classes. Et ce serait bien à tort qu'on croirait, en les proscrivant, réaliser un progrès, surtout dans les écoles à classe unique, où le maître n'a pas d'autre expédient pour utiliser toujours, quoique diversement, le temps de tous les élèves. Ce qu'il faut blâmer et arrêter impitoyablement, c'est l'abus de la copie inintelligente, machinale et monotone. Dans quelques écoles, heureusement de plus en plus rares, on retrouve encore des cahiers entiers remplis par des copies que le maître n'a jamais vues. C'est tout le fruit qui reste de longues heures pendant lesquelles les enfants n'ont pas employé, mais tout simplement perdu, leur temps à griffonner au hasard, sans soin comme sans intérêt de leur part ni de la part du maître. C'est ce qu'on appelait faire des pages, c'est-à-dire ne rien faire : le seul but de la copie et sa seule raison d'être a été de laisser au maître quelques instants de répit en donnant aux élèves un semblant d'occupation. Mieux eût valu les envoyer jouer dans la cour. 

L'exercice de la copie n'est bon dans une classe que s'il y est aussi méthodiquement réglé que les autres exercices scolaires, s'il a son heure et son programme comme les autres, s'il a sa marche graduée, s'il est précédé des explications et suivi des corrections qui donnent du prix à tout travail de classe, s'il ne tombe jamais ni au rang de remplissage dans les moments perdus, ni à celui de pensum avoué ou déguisé. 

Savoir bien copier, c'est tout ensemble savoir bien lire et bien écrire ; c'est savoir aussi bien voir, bien retenir, bien fixer son attention et bien comprendre ce qu'on fait. Ne savoir que copier et n'apprendre en copiant qu'à copier, c'est ne se préparer qu'aux emplois les plus restreints, c'est rétrécir et paralyser en soi-même pour l'avenir l'esprit d'initiative, de juge ment, de raisonnement. Que nos élèves d'école pri maire soient donc d'habiles copistes, il le faut, mais qu'ils le soient en quelque sorte par surcroît, et sans avoir payé cet apprentissage ni par une trop grande dépense de temps, ni surtout par le sacrifice d'aptitudes supérieures.
                                                                                                                                 É. Cuissart
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