1 juillet 2011

Violence & illettrisme (Vaillé)

Joseph Vaillé, Violence, illettrisme : la faute à l’école, Les Éditions de Paris, 2001, 160 pp. – 14 €

Ce violent réquisitoire, convaincu et souvent convaincant, s’appuie sur le précédent ouvrage pour déplorer d’un même souffle les méthodes pédagogiques pratiquées dès la maternelle et leur incitation indirecte à la violence ; car l’enfant, rendu par lesdites méthodes « incapable de comprendre et d’exprimer ses émotions, perd la maîtrise de soi ». S’appuyant sur un solide bon sens et sa longue expérience de formateur, l’auteur dresse un tableau à la fois tragique et comique de l’enseignement primaire contemporain. Même s’il se veut plein d’espoir et confiant dans la possibilité de corriger les errements passés et présents de la méthode globale d’apprentissage de la lecture, il nous décrit par le menu les ravages psychologiques du formalisme grammatical (ah, les temps verbaux réduits à trois, les pronoms personnels séparés de ce qu’il désigne dans leur contexte, le sacro-saint « schéma actanciel ») auquel sont soumis les écoliers, raconte de tristes anecdotes, entre dans des considérations philosophiques qui nous emportent au fil de ce petit volume. L’ennemi, c’est le pédagogisme et c’est cette lecture globale, silencieuse, et rapide, voire prédictive – parée de tous les qualificatifs cachant une réelle incompréhension. Les dégâts, ce sont une mémoire mal entraînée, une culture au rabais (et non plus littéraire), un apprentissage dirigiste. Nous échapperons peut-être au pire : à un enseignement qui privilégie à l’inné l’acquis, aux « cerveaux gauches » trop indépendants les individus visuels et soumis.

Source : R. Vaissermann, « Joseph Vaillé, Violence, illettrisme : la faute à l’école », Défense de la langue française (D.L.F.), n° 208, avril-juin 2003, pp. 59-60

-------------------------------------------------------------------------------------------------------------------
Pour en savoir plus, voir ici : http://ecolereferences.blogspot.com/search/label/Nuyts 

-------------------------------------------------------------------------------------------------------------------
Voir aussi ce que dit Marc-Olivier Sephiha dans son article "Dysorthographies au collège" (Skhole) : 

[...]

C/ Quelles sont les autres difficultés rencontrées par ces élèves ?

1) Difficultés d'apprentissage
Tant que la retranscription des sons n’est pas automatisée, il est très difficile pour ces élèves d’acquérir des notions grammaticales, orthographiques, lexicales, littéraires, etc., car leur attention est obnubilée par des tâches simples qui auraient dû être devenues réflexes. Il est très difficile également pour ces élèves de suivre un cours non écrit, de prendre des notes, etc. (ce qui nécessite de tout écrire au tableau[5]).
2) Difficultés comportementales
Ces élèves présentent, souvent, des problèmes de comportement.
Dans le rapport à soi-même : chez ces élèves, on découvre souvent une perte de l’estime de soi, une vision globalement négative de la vie. Dans leurs autoportraits, on trouve fréquemment des déclarations comme « la vie ses nulle, et ses vrai ! » ou (in extenso ; les mots raturés le sont sur la copie): « Je suis une fille je sui petite d taille et je suis une fill qui esme rire et parler. Et je sui surtout pas inteligent mais une ratca rackaein rakaieu racaille. ». Tandis que les élèves qui n’ont pas ces difficultés ont tendance à parler de leurs moments de joie, de gaieté, de leur attitude généralement positive face à la vie…
Dans le rapport aux autres, deux possibilités s’offrent à ces élèves : ils « implosent » ou « explosent » (ou alternativement). Soit ils se « renferment », se mettent dans un état d’« absentéisme intérieur », se font le plus discret possible afin d’être le moins interrogés ; soit ils cherchent un exutoire pour regagner sur un autre plan une estime de soi bien entamée ; c’est alors souvent le choix de la perturbation, voire de la provocation, de l’agressivité, verbale et/ou physique. Le seul élève ayant fait preuve de violence physique devant et envers moi (renversant tables et chaises dans un accès de rage, avant de s'enfuir en courant, parce que je gardais son carnet de correspondance pour rédiger un mot) était un élève gravement dysorthographique, que j'avais essayé, en vain, d'orienter vers un dépistage de dyslexie et une UPI (unité pédagogique d’intégration, appelée désormais Unité localisé pour l’inclusion scolaire - ULIS). Les deux années passées, la majorité des élèves repérés en début d’année comme dysorthographiques ont été vus ensuite par les CPE du collège Georges Pompidou, pour des problèmes comportementaux[6]On voit ici comment s’imbriquent les plans comportemental et pédagogique. Tâchons maintenant de comprendre d’où viennent ces difficultés.

II/ QUELLES SONT LES CAUSES DE CES DIFFICULTES ?

A/ Ces élèves sont-ils dyslexiques?

Malgré mon absence initiale de connaissances en orthophonie, j'ai pu mieux comprendre ce problème de deux façons. D’abord grâce à ma compagne institutrice, qui s'est occupée d'un CP durant cinq ans ; et avec qui, ainsi qu'avec ses collègues professeurs des écoles, nous avons échangé fréquemment au sujet de leurs élèves de cours préparatoire et d'autres niveaux, et de l'effet sur eux de différentes méthodes de lecture, j'y reviendrai. J'ajoute, sur un plan plus théorique, la lecture d'essais éclairants sur l'école primaire, aussi bien d’ouvrages d'instituteurs, de professeurs que d'orthophonistes, de neurologues ou de pédiatres. J’en cite certains par la suite.
  

[...] 

-----------------------------------------------------------------------------
Violence scolaire, voir : 
Michel Segal, Traiter la violence scolaire
Un principal de collège, Avis à propos de la note de M. Segal sur la violence scolaire
Follow on Bloglovin
 

Archives (2011 à 2014)

Vous aimerez peut-être :

Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...