6 septembre 2011

La méthode naturelle qui convient à l’enseignement, par Octave Gréard primaire, O. Gréard, 1871


* Éviter tous les devoirs qui faussent la direction de l’enseignement sous prétexte d’en élever le caractère :
-         modèles d’écriture compliqués et bizarres,
-         textes de leçons démesurés,
-         séries d'analyses et de conjugaisons écrites,
-         définitions indigestes ;

* ménager les préceptes et multiplier les exercices ;

* ne jamais oublier que le meilleur livre pour l'enfant, c'est la parole du maître;

* n'user de sa mémoire si souple, si sûre, que comme d'un point d'appui, et faire en sorte que l'enseignement pénètre jusqu'à son intelligence, qui seule peut en conserver l'empreinte féconde ;

* le conduire du simple au composé, du facile au difficile, de l'application au principe ;

* l'amener, par des questions bien enchaînées, à découvrir ce qu'on veut lui montrer ;

* l'habituer à raisonner, faire qu'il trouve, qu'il voie ;

* en un mot, tenir incessamment son raisonnement en mouvement, son intelligence en éveil ;

pour cela,

¤ ne rien laisser d'obscur qui mérite explication, pousser les démonstrations jusqu'à la figuration matérielle des choses, toutes les fois qu'il est possible ;

¤ dans chaque matière, dégager des détails confus, qui encombrent l'intelligence, les faits caractéristiques, les règles simples qui l'éclairent;

¤ aboutir en toutes choses à des explications judicieuses, utiles, morales ;

   en lecture, par exemple, tirer du morceau lu toutes les explications instructives, tous les conseils de conduite qu'il comporte;

   en grammaire, partir de l'exemple pour arriver à la règle dépouillée des subtilités de la scolastique grammaticale, choisir les textes de dictée écrite parmi les morceaux les plus simples et les plus purs des œuvres classiques; tirer les sujets d'exercices oraux, non des recueils fabriqués à plaisir pour compliquer les difficultés de la langue, mais des choses courantes, d'un incident de classe, des leçons du jour, des passages d'histoire de France, de géographie, récemment appris ; inventer des exemples sous les yeux de l'élève, ce qui pique son attention, les lui laisser surtout inventer lui-même et toujours les écrire au tableau noir;

   ramener toutes les opérations du calcul à des exercices pratiques empruntés aux usages de la vie;

   n'enseigner la géographie que par la carte, en étendant progressivement l'horizon de l'enfant de la rue au quartier, du quartier au canton, à la commune, au département, à la France, au monde ; animer la description topographique des lieux par la peinture des particularités de configuration qu'ils présentent, par l'explication des productions naturelles ou industrielles qui leur sont propres, par le souvenir des événements qu'ils rappellent;

   en histoire, donner aux diverses époques une attention en rapport avec leur importance relative et traverser plus rapidement les premiers siècles pour s'arrêter sur ceux dont nous procédons directement ; sacrifier sans scrupule les détails de pure érudition pour mettre en relief les grandes lignes du développement de la nationalité française; chercher la suite du développement moins dans la succession des faits de guerre que dans l'enchaînement raisonné des institutions, dans le progrès des idées sociales, dans les conquêtes de l'esprit, qui sont les vraies conquêtes de la civilisation ; placer sous les yeux de l'enfant les hommes et les choses par des peintures qui agrandissent son imagination et qui élèvent son âme; faire de la France ce que Pascal a dit de l'humanité, « un grand être qui persiste perpétuellement », et donner par là même à l'enfant une idée de la patrie, des devoirs qu'elle impose, des sacrifices qu'elle exige :

tel doit être l'esprit des leçons de l'école.

La méthode naturelle qui convient à l’enseignement primaire
O. GRÉARD.
Extrait du Rapport sur l'instruction primaire à Paris, 1871-72.

Éviter tous les devoirs qui faussent la direction de l’enseignement sous prétexte d’en élever le caractère : modèles d’écriture compliqués et bizarres, textes de leçons démesurés, séries d'analyses et de conjugaisons écrites, définitions indigestes ; ménager les préceptes et multiplier les exercices ; ne jamais oublier que le meilleur livre pour l'enfant, c'est la parole du maître ; n'user de sa mémoire si souple, si sûre, que comme d'un point d'appui, et faire en sorte que l'enseignement pénètre jusqu'à son intelligence, qui seule peut en conserver l'empreinte féconde; le conduire du simple au composé, du facile au difficile, de l'application au principe ; l'amener, par des questions bien enchaînées, à découvrir ce qu'on veut lui montrer; l'habituer à raisonner, faire qu'il trouve, qu'il voie; en un mot, tenir incessamment son raisonnement en mouvement, son intelligence en éveil ; pour cela, ne rien laisser d'obscur qui mérite explication, pousser les démonstrations jusqu'à la figuration matérielle des choses, toutes les fois qu'il est possible ; dans chaque matière, dégager des détails confus, qui encombrent l'intelligence, les faits caractéristiques, les règles simples qui l'éclairent; aboutir en toutes choses à des explications judicieuses, utiles, morales ; — en lecture, par exemple, tirer du morceau lu toutes les explications instructives, tous les conseils de conduite qu'il comporte; — en grammaire, partir de l'exemple pour arriver à la règle dépouillée des subtilités de la scolastique grammaticale, choisir les textes de dictée écrite parmi les morceaux les plus simples et les plus purs des œuvres classiques; tirer les sujets d'exercices oraux, non des recueils fabriqués à plaisir pour compliquer les difficultés de la langue, mais des choses courantes, d'un incident de classe, des leçons du jour, des passages d'histoire de France, de géographie, récemment appris ; inventer des exemples sous les yeux de l'élève, ce qui pique son attention, les lui laisser surtout inventer lui-même et toujours les écrire au tableau noir; — ramener toutes les opérations du calcul à des exercices pratiques empruntés aux usages de la vie; — n'enseigner la géographie que par la carte, en étendant progressivement l'horizon de l'enfant de la rue au quartier, du quartier au canton, à la commune, au département, à la France, au monde ; animer la description topographique des lieux par la peinture des particularités de configuration qu'ils présentent, par l'explication des productions naturelles ou industrielles qui leur sont propres, par le souvenir des événements qu'ils rappellent; — en histoire, donner aux diverses époques une attention en rapport avec leur importance relative et traverser plus rapidement les premiers siècles pour s'arrêter sur ceux dont nous procédons directement ; sacrifier sans scrupule les détails de pure érudition pour mettre en relief les grandes lignes du développement de la nationalité française; chercher la suite du développement moins dans la succession des faits de guerre que dans l'enchaînement raisonné des institutions, dans le progrès des idées sociales, dans les conquêtes de l'esprit, qui sont les vraies conquêtes de la civilisation ; placer sous les yeux de l'enfant les hommes et les choses par des peintures qui agrandissent son imagination et qui élèvent son âme; faire de la France ce que Pascal a dit de l'humanité, « un grand être qui persiste perpétuellement », et donner par là même à l'enfant une idée de la patrie, des devoirs qu'elle impose, des sacrifices qu'elle exige : tel doit être l'esprit des leçons de l'école.

Extrait de :
MODES, MÉTHODES ET PROCÉDÉS D'ENSEIGNEMENT
F. Brémond, Lectures de pédagogie pratique, Librairie Delagrave , Paris, 1931, pages 39-61 :

La méthode active, H. MARION
De la manière d’interroger, E. CAZES

Chapitre disponible en entier : http://michel.delord.free.fr/bremond_37-61-methodes.pdf 



Présentation d'Octave Gréard sur le site de l'INRP : 
http://www.inrp.fr/edition-electronique/lodel/dictionnaire-ferdinand-buisson/document.php?id=2826

Notice biographique sur le site de l'Académie française : 
http://www.academie-francaise.fr/immortels/base/academiciens/fiche.asp?param=464 
Octave GRÉARD (1828-1904)

Élu en 1886 au fauteuil 34

Grand-croix de la Légion d'honneur

Prédécesseur : Frédéric-Alfred de FALLOUX
Successeur : Émile GEBHART
Œuvres
Discours et travaux académiques
Haut fonctionnaire, historien de la littérature, critique littéraire
Biographie
Né à Vire (Normandie), le 18 avril 1828.
Professeur-inspecteur général honoraire, recteur de l'Académie de Paris, il avait été élève de l’École normale, directeur de l'Enseignement primaire de la Seine. Il eut le prix Halphen à l'Académie des Sciences morales et politiques et fut reçu à cette Académie en 1875. Vice-recteur pendant vingt-trois ans, Octave Gréard a créé les lycées de jeunes filles ; a présenté en 1893 un exposé des réformes orthographiques proposées par la Commission du Dictionnaire dont il fit partie, a complété la réforme du baccalauréat ; il a écrit des ouvrages d'enseignement et de critique : L'Enseignement secondaire des Filles, L’Éducation des Femmes par les Femmes, Étude sur les Lettres d'Abélard et d'Héloïse.
Grand-croix de la Légion d'honneur. Il fut élu à l'Académie française le 18 novembre 1886 en remplacement du comte de Falloux et reçu le 19 janvier 1888 par le duc Albert de Broglie. Il a répondu au discours de réception de MM. de Freycinet et Jules Lemaître.
Mort le 25 avril 1904.
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