9 avril 2018

Coupeurs de têtes et coupeurs de langues, le duo terroriste (Alexandre del Valle)



« Plus on tue au nom de l’Islam, plus l’Occident combat l’islamophobie ». Dans son nouvel ouvrage « La stratégie de l’intimidation » le géopolitologue Alexandre Del Valle met le doigt où ça fait mal. Au fil des pages, il décortique comment djihadisme et terrorisme intellectuel marchent de concert pour anéantir toute capacité de défense de l’Occident.

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Entretien avec un ex-djihadiste pas comme les autres : David Vallat, des gangs islamistes de Lyon à la prévention de la radicalisation en passant par la case prison…

David Vallat a accepté de répondre à nos questions, en ces temps où l’on parle constamment de « déradicalisation ». Il vient de fonder avec l’universitaire Amélie Myriam Chelly, un Centre d’analyse des islamismes et des radicalismes, l’AIPER, qui ambitionne d’être le premier réel instrument efficace de déradicalisation.

Géopolitico-scanner
Publié le 23 Mars 2018

David Vallat a accepté de répondre à nos questions, en ces temps où l’on parle constamment de "déradicalisation". Il était intéressant de donner la parole à quelqu’un qui sait de quoi il parle. D’autant qu’il vient de fonder avec l’universitaire Amely Myriam Chely, un Centre d’analyse des islamismes et des radicalismes, l’AIPER, qui ambitionne d’être le premier réel instrument efficace de déradicalisation, ceci après des échecs ubuesques d’associations tantôt opportunistes tantôt incompétentes qui n’ont enregistré à ce jour aucun résultat probant.

Souhaitons à l’AIPER de parvenir à relever ce défi en jouant un rôle croissant au service de la sécurité de nos concitoyens qui doivent évoluer dans des sociétés multiculturelles de plus en plus multi-conflictuelles…

Vallat est parti en mars 1994 en Afghanistan dans le camp de Khalden. Récupéré par les terroristes algériens et en contact avec des émirs du GIA (abou Fares, Rachid Ramda) ou avec l'idéologue palestinien Abou Qatada, réfugié à Londres, il met sur pied une filière d'armes depuis la Bosnie jusqu'à l’Algérie. Il est alors désigné responsable du fameux groupe islamo-terroriste de "Chasse sur Rhône". Il fréquentera dans ce cadre le célèbre terroriste franco-algérien Khaled Kelkal, auteur d’une série d’attentats en 1995. Arrêté le 29 septembre 1995, Vallat purge sa peine sans victimisme ni culture de l’excuse. Libéré pour bonne conduiteen décembre 1999, fort d’une culture acquise en prison par l’obtention de diplômes et la lecture de milliers de livres, il ressortira étonnamment meilleur du pourtant terrible univers carcéral.

En 2012, c’est de son "silence radio" qu’il va sortir, notamment après les tueries de Mohamed Merah. Et en 2015, il commence même à apparaître au grand jour dans les médias. Face à l’horreur croissance du terrorisme de "troisième génération" et à la montée du phénomène Daesh qui fascine de plus en plus de jeunes en France, il décide de mettre en place "une riposte vidéo d'explication du phénomène djihadiste", en association avec le collectif du LBB, notamment après la tuerie du 13 novembre au Bataclan. En 2016, il publie un essai intitulé "Terreur de jeunesse". Il participe à la campagne "on a toujours le choix", avec le ministère de l’intérieur et "stop djihadisme" en novembre 2016. Il intervient régulièrement dans les prisons. Une nouvelle vocation de contre-radicalisation est née. Il ne s’arrêtera plus.

Alexandre Del Valle : Avec votre parcours atypique d’ancien djihadiste repenti mais qui a purgé sa peine et sans ressentiment ni culture de l’excuse, vous êtes un des rares ex-djihadistes véritablement déradicalisé. Comment avez-vous changé ? Quand ? Dans quelles conditions ?

David Vallat : On peut considérer que ma déradicalisation s'est passée en trois étapes principales : la première, c’est le traitement qui m’est réservé lors de ma garde à vue, lors de l’instruction de l’enquête ainsi que lors mon procès. Lors de ma garde à vue, en pleine vague d’attentats, après une tentative d’attentat sur le TGV Lyon-Paris, le 26 août 1995, je ne suis pas maltraité, moins encore torturé, on me fait passer une visite médicale à l’issue de la garde à vue alors que – et je l’apprendrai plus tard – deux tentatives d’attentat auront lieu durant ces quatre jours, attentats dont les revendications seront prises au sérieux car apportant des détails techniques que seuls les terroristes pouvaient connaître. Et dans ces revendications il y aura la demande de me faire libérer. Je suis donc clairement identifié comme un membre, à ce moment-là, de ce groupe qui frappent mon pays mais pour autant, je ne subirais aucun mauvais traitement.

Lors de l’instruction, la juge fera part d’une vraie objectivité, et considérera les éléments factuels me mettant hors de cause à partir du 29 juin 1995. Cette instruction se fera à charge et à décharge. La seule inéquité pénale avec tous les autres mis en examen de mon pays aura été une aggravation de la peine encourue pour association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste qui passera de cinq à dix ans. C’est le seul cas avéré de rétroactivité pénale de la Ve République. Mis à part ce traitement particulier, je n’ai pas eu à subir de loi scélérate.

Lors de ma détention également, j’ai pu passer des diplômes. Il s’agit là pour moi d’un premier doute dans mes convictions s’agissant de définir qui étaient mes réels adversaires. Ceux que je considérais être mes frères me faisaient passer sous le coup d’une fatwa de condamnation à mort en juillet 1995, alors que ceux que je considérais être mes adversaires me traitaient avec humanité.

Il y a eu ensuite la lecture intensive. Lors de mon incarcération, l’administration pénitentiaire me signifie que je n’ai le droit d’emprunter que deux livres par semaine à la bibliothèque. Avec mon esprit retors, je déciderai d’en lire deux par jour en plus d’une lecture complète du Coran, en arabe, par mois. Au bout de quelques mois de cette lecture intensive, mes critères et ma grille de lecture du monde changeront. Je procèderai à un "reset" total de mes convictions politiques pour commencer à voir le monde de façon plus large.

La troisième chose aura été la proximité avec des détenus n’ayant pas du tout le même profil que moi. Il y avait bien quelques mises en examen pour terrorisme et appartenant aux mouvances corses, kurdes et basques. J’ai été la première promotion de mise en examen pour terrorisme en lien avec l’islamisme, issu du cru national. Cette proximité avec d’autres détenus, dont certains sont devenus des amis alors que nous étions tous dans la même galère, m’a fait prendre conscience de l’ineptie de les considérer comme des "charbons de l’enfer".

Vous intervenez régulièrement dans la presse et vous avez votre propre vision de la déradicalisation. Est-elle réellement possible ?

Elle ne peut l’être à mon sens que si le sujet concerné en émet la volonté. A défaut de quoi celle-ci restera impossible. En revanche, il est possible de faciliter ou permettre les conditions qui puissent amener le sujet concerné à se poser à nouveau des questions. C’est le préalable nécessaire, le questionnement intérieur à toute réforme de son engagement. Il faut donc, pour ce faire, créer ces conditions et notamment éviter le regroupement des profils dans des unités où ils seraient tous réunis. Car l’effet de groupe primera sur les individualités. Il y a également nécessité absolue à former les agents intervenants auprès des personnes concernées sur l’idéologie et l’univers de sens qui les animent. Nous pouvons nous inspirer également des programmes à destination de nos soldats sur la gestion du stress post-traumatique. Nous savons aujourd’hui que même nos soldats, lorsqu’ils ont été en zone de guerre, ont besoin d’une prise en charge de sorte qu’ils ne rentrent pas chez eux sans avoir évacué leurs traumatismes. Nous pouvons conclure donc que l’articulation de la déradicalisation doit se faire sur a. la connaissance de l’idéologie et de l’univers de sens des sujets concernés, b. l’évitement du regroupement de ce type de profils, c. l’application du retour d’expérience de la gestion du stress post-traumatique.

Nous n’avons peut-être pas encore la méthode dans ses détails mais nous sommes en demeure de nous atteler à la tâche, car nous n’avons pas le choix. En effet, si nous considérons que l’on ne peut revenir de l’idéologie de nos adversaires, c’est qu’ils ont déjà gagné sur le plan des idées alors que c’est bien là que se joue la réussite. Sans angélisme, il faut bien considérer également que même en mettant au point une méthode (des méthodes) s’appuyant sur ces trois aspects, nous ne pourrons pas récupérer tous les profils concernés.
En revanche, si nous ne le faisons pas, nous les aurons tous perdus et ce serait un terrible aveu d’échec s’agissant de nos valeurs humanistes.

Peut-on prévenir la radicalisation et si oui, n’est-il pas plus compliqué, voire impossible de déradicaliser un fanatique suicidaire coupeur de tête ?


C’est justement pour cette raison qu’il faut absolument nous pencher et mettre tous nos efforts sur la prévention. Cela devra se faire, notamment par le biais de l’éducation nationale, pour laquelle une réelle politique de prévention et la mise à disposition d’outils pédagogiques devront se faire au niveau national. Cela existe déjà pour la prévention routière, la prévention aux addictions à la drogue, à la cigarette, il faut donc que nous le fassions également sur la mise en garde auprès des plus jeunes des dangers d’un discours totalisant et tendant à considérer l’autre comme différent ou inférieur. Par exemple, on ne peut pas accepter qu’au nom d’une croyance, on puisse voir des élèves ne pas accepter de jouer avec leurs camarades. Nous en voyons les effets aujourd’hui de sorte que dans certains établissements publics des directeurs refusent de scolariser de jeunes enfants juifs car ne pouvant assurer leur sécurité. Si dans l’école de la République laïque et gratuite, il existe des enfants dont la seule faute est celle de leur Etat civil, c’est que nous sommes en face d’un terrible constat d’échec. Il faut absolument que l’école redevienne ce pour quoi elle a été conçue en 1793 par Condorcet et ses pairs, à savoir apporter à nos enfants à comprendre le monde et à en faire de futurs citoyens sans que le monde et ses travers ne viennent perturber leur scolarité.
Il est inadmissible que ce sanctuaire puisse devenir l’écho de haines confessionnelles.

Parlez-nous de votre centre sur les islamismes et les radicalismes créé par l’universitaire iranologue Amélie Myriam Chelly.


C’est une structure qui entend réussir là où les tentatives, balbutiements, hypothèses relatives à la question de radicalisation ont échoué par le passé en France, voire en Europe. D’abord, nous entendons sortir des sempiternels conflits de chapelles (arabophones contre persanophones, islamisation de la radicalité contre radicalisation de l’islam, etc.) Le centre concentre, en effet, une aptitude à appréhender les textes arabes, persans et turcs. Ensuite, nous entendons nous affranchir de deux problèmes français majeurs : a. le manque d’interdisciplinarité et b. la croyance en une méthode unique à appliquer à chaque sujet radicalisé indistinctement. Penser comprendre un phénomène par un angle unique (seulement par la sociologie ou seulement par la théologie ou la psychiatrie) relève du delirium. Mon empirisme, mes connaissances stratégiques, militaires, théologiques doivent se conjuguer avec les approches objectives, sociologiques, psychologiques, les connaissances de la postmodernité occidentale et de la modernité orientale que d’autres membres, académiques, comme le docteure Chelly, peuvent apporter. Nous sommes tous d’accord par ailleurs pour admettre qu’il doit y avoir autant de processus de déradicalisation qu’il y a d’individus radicalisés. Nous sommes dans de l’humain. L’humain, c’est l’indéterminisme et l’exception. Il faut donc du temps, des convictions, de l’honnêteté et une connaissance des mentalités où sont fomentées ces grilles de lecture idéologiques.
Nos buts ? Ce dont nous parlions : former le personnel pénitentiaire, réinvestir la prévention dans le système scolaire, former les enseignants à gérer les situations délicates et à repérer des signes d’éventuelle radicalisation. Deux d’entre nous enquêtent sur des tendances lourdes sociologiques, économiques et politiques, relevant par bien des aspects des constats d’échecs de la politique de la ville depuis trente ans. La fondatrice et moi aimons bien dire que je suis l’empirie, qu’elle est l’analyse.

Que conseilleriez-vous à nos dirigeants en matière de lutte contre le terrorisme et l’islamisme en général ?


Il est grand temps de faire le lien du continuum idéologique entre les actions violentes et leurs assises idéologiques, car toute violente que puisse être une action, celle-ci est toujours précédée de la pensée. Pensée qui, elle, s’appuie toujours sur le discours et la littérature. Il faut bien considérer qu’un individu – et je sais de quoi je parle – ne va jamais justifier de tuer et de se faire tuer sans s’appuyer sur une idéologie qui porte cette pensée. Aujourd’hui, nous savons que l’édition en français de Mein Kampf serait ouvertement une incitation à la haine antisémite pour peu que ce livre soit placé entre n’importe quelles mains. Nous avons dans la littérature islamiste de véritables bréviaires de la haine confessionnelle. Par exemple La Voie du musulman d’Abou Bakar El Djezeaïri qui est en vente libre à la FNAC. Comment pouvons-nous prétendre à la lutte contre le terrorisme et la violence religieuse islamiste si nous laissons libre cours à sa doctrine (c’est pour cette raison que nous avons besoin des chercheurs !). Ce livre est, parmi des dizaines d’autres, distribué sans la moindre censure et relayé par la plupart des imams.
Il faut arrêter de craindre également ce procès en "islamophobie" que l'on nous fait lorsque nous condamnons l’inacceptable. Nos dirigeants ne savent pas faire la différence entre un islam spirituel stricto sensu qui a toute sa place dans notre République et un islamisme qui entend régir la cité. Exemple : enterrer un musulman en direction de la Mecque dans un cimetière relève d’une demande que l’on peut considérer comme recevable car spirituelle alors que d’exiger des carrés musulmans relève déjà de la revendication politique. Comment pouvons-nous prétendre au vivre-ensemble si nous ne sommes pas capables d’être enterrés les uns avec les autres ? Il faut bien considérer que toutes les demandes de traitement particulier des pseudo-représentants des musulmans de France s’inscrivent dans la volonté de nous imposer un mode de vie qui relève d’une culture éminemment politique. Nous avons également à considérer le salafisme pour ce qu’il est, à savoir une mouvance sectaire. Exemple : jusqu’à présent on nous a dit que les salafistes quiétistes n’étaient pas dangereux et ne représentaient pas de risque puisqu’ils se désintéressent de la politique. Sauf qu’un salafiste ne va pas voter, non pas parce qu’il ne s’intéresse pas à la politique, mais parce que, à ses yeux, le seul législateur ne peut être que Dieu lui-même et qu’en aucun cas l’homme ne peut prétendre être son propre législateur car ce faisant, il commettrait le plus grand péché qui soit. Nous pouvons donc en conclure que de ne pas aller voter est un geste éminemment politique. Il en est de même des Frères musulmans qui produisent des éléments de langage consistant à relativiser sous couvert d’un discours de spiritualité et de liberté, l’obligation du port du voile par exemple. C’est un sacré tour de force tout de même que de nous vendre qu’une prison portable relève d’une liberté de choix ! Je dis cela tout en faisant bien la différence entre le voile traditionnel que peuvent porter des femmes issues de pays musulmans et celui qui est porté en terme de revendication identitaire par des jeunes femmes nées en France.
Par ailleurs, on voudrait nous faire croire que la critique objective d’une religion serait une atteinte directe à ses adeptes avec le terme "islamophobie", alors que c’est justement la possibilité de critique objective que nous confère la liberté de conscience. Si je condamne de couper la main d’un voleur, cela relève-t-il de l’"islamophobie" ? En effet, selon les tenants de ce terme, la critique du verset qui enjoint de couper la main relèverait d’une sorte de racisme envers les musulmans alors que l’immense majorité des musulmans de ce pays serait horrifiée d’avoir à le faire ou d’y assister.
Le terrain sur lequel nous emmènent les islamistes pour nous censurer est celui de la laïcité car l’Etat n’est pas fondé à se prononcer sur l’orthodoxie d’une pratique religieuse. En revanche, le vrai terrain où nous devons reconquérir notre position vis-à-vis de cette lecture de l’islam (l’islamisme) est celui des libertés et des droits individuels et collectifs fondamentaux. Exemple : on voudrait nous faire croire que cela relève de la culture que de nous faire pratiquer l’excision alors qu’il ne s’agit de rien moins d’autre que l’ablation in vivo des parties génitales d’une femme relevant de l’atteinte à son intégrité physique, voire d’actes de torture ou de barbarie. Je précise pour les confusionnistes que cela n’a rien à voir avec la circoncision qui, elle, peut être prescrite pour des raisons sanitaires. Sans avoir fait d’études de médecine, il ne me semble pas que les parties génitales d’une femme puisse relever d’un traitement médical sanitaire.


    image: http://www.atlantico.fr/sites/atlantico.fr/files/styles/page-profil/public/fiches/2016/12/del_valle.jpg?itok=BaGcwyYB

    Alexandre Del Valle

    Alexandre del Valle est un géopolitologue et essayiste franco-italien. Ancien éditorialiste (France SoirIl Liberal, etc.), il intervient à l'Ipag,  pour le groupe Sup de Co La Rochelle, et des institutions patronales et européennes, et est chercheur associé au Cpfa (Center of Foreign and Political Affairs). Il a publié plusieurs essais en France et en Italie sur la faiblesse des démocraties, les guerres balkaniques, l'islamisme, la Turquie, la persécution des chrétiens, la Syrie et le terrorisme.
    Son dernier ouvrage, La statégie de l'intimidation (Editions de l'Artilleur) est paru en mars 2018


    ALEXANDRE DEL VALLE : « LES STRATÈGES DU DJIHADISME S’APPUIENT SUR LES TEXTES SACRÉS »



    Alexandre Del Valle est spécialiste des questions liées au terrorisme islamiste. Fait rare, il n’hésite pas à parler librement et à décrire ce réel qui nous effraie. Auteur de nombreux ouvrages, dont Comprendre le chaos syrien : des révolutions arabes au jihad mondial (Regards d’Orient) en collaboration avec Randa Kassis, il est actuellement en pleine promotion de La Stratégie de l’Intimidation (L’Artilleur) publié le 21 mars. Durant une heure d’entretien, Alexandre Del Valle a livré un regard sans complaisance sur les problèmes que l’islam pose à nos sociétés ouvertes.

    Emmanuel Macron a jugé que nous luttions contre un terrorisme « endogène ». Pourtant, tout porte à penser que ses racines sont exogènes. Qu’en pensez-vous ?
    C’est évident. Je ne suis pas contre l’idée qui voudrait que le terrorisme islamiste en France soit un phénomène endogène. Mais l’explication est insuffisante. Il y a évidemment des personnalités incontrôlables et des populations que la France ne parvient pas à intégrer, qui font sécession. Si vous voulez, la menace est endogène dans la mesure où elle n’est pas toujours liée à des bases arrières à l’étranger, que tous les terroristes n’ont pas été formés au maniement des armes par des structures telles que l’État islamique ou al-Qaïda. Pour autant, il serait grandement abusif d’affirmer que la menace se bornerait à une dimension strictement endogène ; car les terroristes, y compris quand on les juge « autoradicalisés », un terme que je réprouve, ou quand ils ne sont pas soumis à des liens hiérarchiques au sein d’une organisation djihadiste, sont toujours influencés par les « cerveaux » du djihad mondialisé.


    Aujourd’hui, on peut se radicaliser seul chez soi, mais non sans aide extérieure. Il existe des outils destinés à appuyer la diffusion de l’idéologie djihadiste, des kits, des modes d’emploi ou des protocoles conçus par les penseurs du terrorisme islamiste. Il y a un manuel idéologique, comme Le Management de la Sauvagerie d’Abu Bakr Naji, qui a appelé au djihad mondial, ou les textes d’Abou Mousab al-Souri, deux théoriciens liés à al-Qaïda. Vous avez aussi des magazines, comme celui édité en français par l’État islamique. En outre, des documents techniques circulent dans ces milieux, pour apprendre la fabrication de bombes artisanales, les méthodes pour se fondre dans la population (dans mon livre La stratégie de l’intimidation, je cite dans les annexes tous les textes sacrés islamiques relatifs à la ruse de guerre). L’ensemble forme un modus operandi prêt à l’emploi à destination des candidats au terrorisme.
    J’ai peur qu’Emmanuel Macron ne nie le fait que les organisations islamistes internationales aient une influence mondiale et un réel enracinement théologique.
    Les stratèges du djihadisme s’appuient par ailleurs sur les textes sacrés. De cette manière, ils sont parvenus à légitimer et à décomplexer ceux qui commettent des crimes au nom d’Allah. Imaginez qu’un homme aille poser une bombe dans une synagogue après avoir lu Mein Kampf, en se réclamant des idées d’Adolf Hilter. Dirait-on d’un tel homme qu’il se serait « autoradicalisé » ou qu’il serait un terroriste nazi ? J’ai peur qu’Emmanuel Macron ne nie le fait que les organisations islamistes internationales aient une influence mondiale et un réel enracinement théologique. Car elles sont doctrinalement très attachées par le corpus orthodoxe de l’islam sunnite qu’elles citent savamment. On ne peut pas réduire le terrorisme islamiste à ses petits soldats, si l’on veut l’appréhender correctement et lutter efficacement contre les dangers qu’il pose.

    La guerre de Syrie a-t-elle été un accélérateur pour le djihadisme en Europe ? Peut-on dire qu’elle fut la guerre d’Espagne des jeunes musulmans des quartiers de l’immigration présents en Europe, notamment en France ?
    C’est une question intéressante. Non, ce ne fut pas leur guerre d’Espagne, car celle-ci a attiré à elle les progressistes du monde entier, les volontaires. On se souvient notamment du parcours de l’écrivain britannique George Orwell. Pour ce qui concerne la guerre de Syrie, elle a permis à une fraction des musulmans vivant en France de donner de la cohérence à leurs aspirations à la sécession ou à la haine anti-française/anti-occidentale, préexistante ou latente, c’est-à-dire au séparatisme communautariste-islamiste, en leur permettant de répondre à l’appel lancé par l’État islamique à faire la Hijra, c’est-à-dire l’immigration sacrée pour quitter l’Etat mécréant (dar al harb, territoire de la guerre) vers un État régi par la charia et par le Califat rétabli (dar al-islam).


    L’État islamique leur a dit : l’Hijra est possible en Syrie, ne ratez pas ce moment historique. L’idée de Califat islamique a pris de la consistance. L’utopie devenait une réalité concrète. Donc, la Syrie a été un accélérateur et un révélateur, parce que l’État islamique a convaincu ces musulmans souvent déjà en rupture dans le monde occidental qu’il n’y avait que deux solutions : soit quitter le monde mécréant en faisant son hijra, soit rester dans le dar al-Harb infidèle à condition d’y pratiquer le jihad terroriste.
    Car, dans leur idéologie islamique classique et pas seulement islamiste radicale, notre monde est une terre qui ne peut être qu’en situation de guerre (Dar al Harb) avec le Dar al Islam qu’était alors l’État islamique, mythifié et incarné par le néo-Califat de l’État islamique. La revue de Daesh en français qui s’appelle justement dar al islam explique très clairement et de façon théologiquement convaincante qu’un musulman vivant sur les terres des mécréants est appelé à devenir lui-même un mécréant. De nombreux textes juridiquement incontestables décrivent cette idée d’un combat permanent entre dar al harb et dar al islam tant que le pays mécréant n’est pas converti ou transformé en dhimmi.
    L’appel à la désassimilation précède l’existence de l’Etat islamique.
    J’ajoute à cela une chose très importante que l’appel à la désassimilation précède l’existence de l’Etat islamique. Il est ainsi prôné de longue date d’une façon édulcorée ou habile par les Frères musulmans qui ont pignon sur rue en Occident, ou par d’autres mouvances islamistes comme le Tabligh ou les salafistes quiétistes ou encore le Milli Görüs turc. L’État islamique n’a donc fait que révéler au grand public une réalité déjà prégnante. Au fond, les combattants Daeshiens ne sont rien de moins qu’une avant-garde révolutionnaire et militarisée d’un phénomène panislamiste bien plus large. Il ne sont que la face émergée de l’iceberg ! L’islamisme forme un bloc idéologique polymorphe qui poursuit un même but global d’islamisation-soumission de la planète mais dont les branches multiples, jihadistes et « institutionnelles », divergent plus sur les moyens que sur les fins.
    De ce fait, je pense que quand toute la Syrie sera reprise, la menace persistera. Elle a existé avant Daesh et avant le chaos syrien, elle sévira après, peut-être de façon encore plus massive, plus violente, et plus forte. L’idée centrale de mon livre est que plus on tue au nom de l’islam, plus puissant est le marketing djihadiste qui consiste en fait à promouvoir « l’islam pur » et son ordre totalitaire califalo-chariatique. Al Adnani, l’ex-porte-parole et cerveau de l’Etat islamique, avait bien compris et expliqué qu’il y avait une loi de la répétition et que la vraie victoire du jihadisme est de promouvoir l’idée de l’islam et de la charia. Il l’a dit clairement : « Vous n’avez rien compris si vous croyez que nous sommes vaincus parce que nous perdons notre territoire en Syrie ou ailleurs. Notre territoire c’est le Coran et la charia. Tant que ses idées progressent dans les cœurs, nous sommes vainqueurs ».
    Quand toute la Syrie sera reprise, la menace persistera.
    Il existe de ce point de vue une réelle forme d’efficacité et de génie de la communication islamiste : depuis les atrocités du 11 septembre, de Ben Laden à Daesh, au lieu d’une autocritique massive, les communautés musulmanes ont été gagnées par une accélération de leur processus amorcé de radicalisation, d’islamisation et de sécession. Et Erdogan est passé de l’équivalent de l’islamo-centrisme au projet de rétablir le Califat ottoman…

    Il y a un portrait-robot du terroriste islamiste français. En un sens, Khaled Kelkal en est le patient zéro. Quand Gérard Collomb nous dit à propos de Redouane Ladkim, auteur de l’attentat de Trèbes, « nous l’avons suivi et nous pensions qu’il n’y avait pas de radicalisation, mais il est passé à l’acte brusquement. Il était connu pour possession et deal de stupéfiants. On ne pouvait pas dire qu’il allait être un radical passant à l’acte dans les temps qui venaient » : ne prend-il pas un peu les Français pour des idiots ?
    Écoutez, il n’y a que trois possibilités dans pareil cas de figure : soit on prend quelqu’un pour un idiot, soit on est soi-même idiot, soit on est ignorant. Récemment je parlais avec David Vallat, ex-terroriste islamiste de la première vague appartenant au réseau de Chasse-sur-Rhône, qui était proche de Khaled Kelkal [terroriste islamiste algérien, responsable des attentats perpétrés en France à l’été 1995, abattu par la gendarmerie en septembre 1995, ndlr]. Il est aujourd’hui repenti et engagé dans la contre-radicalisation au sein de sa courageuse organisation AIPER aux côtés de Myriam Amély Chelly.  
    Voici ce qu’il m’a dit en relatant sa formation terroriste en Afghanistan dans les années 1990 : « C’est une profonde ignorance de croire qu’un type qui fume du cannabis de temps en temps ne peut pas être un sincèrement un islamiste radical et un croyant désireux de gagner le paradis. Toute l’idéologie djihadiste repose sur le fait que le sacrifice suprême pour Allah – mourir en martyr – est la seule voie qui GARANTIT d’aller tout droit au paradis, peu importe ce qu’on a pu faire durant le reste de sa vie ». Et de nombreux textes de l’islam officiel, classique, vont dans ce sens. 


    De fait, la tradition islamique accorde clairement des libertés supérieures aux candidats au djihad, car il s’agit d’un don de soi supérieur qui dépasse même les prières et rituels en acquisitions de « crédits spirituels ». Le « martyr » guerrier valorisé par le Coran, les hadith et la Sîrah (vie de Mahomet) est même le seul acte exceptionnel qui autorise d’enfreindre des rituels ou des comportements habituellement impératifs. L’islam est donc, sur ce point, très différent du christianisme. Un chrétien ne peut être à la fois pécheur et racheté, amour et haine à la fois, sa religion n’acceptant pas cette contradiction. Alors qu’un islamiste a le droit de pécher même de façon ultra-violente s’il meurt en martyr dans le but d’étendre le règne de l’islam. Cela prouve que c’est une religion qui est d’abord une religion politique. Qui peut aujourd’hui l’ignorer ?
    Un islamiste a le droit de pécher même de façon ultra-violente s’il meurt en martyr dans le but d’étendre le règne de l’islam.
    Depuis les années 1990, on sait que certains terroristes peuvent être aussi des voyous, des braqueurs de banque ou des trafiquants. Il est inexcusable de ne pas le savoir et de croire que cela « prouverait » qu’ils ne sont pas musulmans. Même la grande université Al-Azhar du Caire, la plus haute autorité sunnite, refuse de les qualifier de non-musulmans. Des gens fort paradoxaux existent donc dans la mouvance islamiste. Mais une personne prête à donner sa vie pour son dieu est une personne profondément religieuse, qui ne fait pas semblant, car le don de sa vie n’est pas rien. Certains assument même leurs paradoxes, parce qu’ils ont la certitude d’être « purifiés » grâce à un sacrifice qui vaut absolution de tous les mauvais comportements passés. David Vallat l’a su dès son adhésion à la mouvance islamiste pro-GIA et pro-bosniaque, on le lui a expliqué. Cette contradiction apparente fait partie du « package ».

    Que pensez-vous des mesures contenues dans le projet de loi anti-terrorisme d’Emmanuel Macron ? Nécessaires ? Suffisantes ? Je pense notamment aux visites domiciliaires remplaçant les perquisitions, aux assignations à résidence élargies ou aux facilités pour fermer les lieux de culte.
    Ces mesures vont dans le bon sens, oui. Cela dit, la loi est largement insuffisante. Le premier acte, si l’on voulait vraiment éradiquer le phénomène de la radicalisation aujourd’hui, serait d’assécher les sources doctrinales, en fermant les centres islamiques et les mosquées de la haine, mais aussi en ôtant toute légitimité aux sources islamiques qui glorifient l’usage de la violence. Il faudrait notamment retirer certains livres de la vente. Les ouvrages d’Aboubaker Djaber el Djazaïri sont vendus à la Fnac ! C’est un homme qui écrit, dans des livres traduits en français, que l’homme musulman a le devoir de tout faire pour s’armer et tuer des mécréants ! Avant de mourir, il a donné des dizaines de conférences dans l’hexagone. Il faut aussi travailler en ligne et sur les réseaux sociaux, où le gouvernement fait la chasse aux fachos et où les musulmans les plus extrémistes ou l’extrême-gauche peuvent tranquillement répandre leurs messages les plus morbides et anti-occidentaux. Songez que Youssef Al-Qardaoui a formé des imams à Château-Chinon tous les étés pendant trente ans. Son livre, qui appelle à tuer les apostats, les blasphémateurs et à frapper sa femme, Le Licite et l’Illicite, est également en vente libre sur Amazone et à la FNAC ! Voilà où nous en sommes.
    Youssef Al-Qardaoui a formé des imams à Château-Chinon tous les étés pendant trente ans.
    Le second acte serait, tout simplement, que l’État reprenne en main l’école et l’éducation des jeunes dans les endroits où la République et la France sont bafoués, et où l’autorité des professeurs est écrasée par celle des caïds. 
    Le troisième acte consisterait à s’occuper plus correctement du problème des prisons. Il faut doubler le nombre de prisons pour en finir avec la surpopulation carcérale. Les prisonniers sont détenus dans des conditions inhumaines qui, par ailleurs, favorisent les pires dérives. Le fait de mélanger des profils de prisonniers très différents fait que les prédicateurs peuvent massivement islamiser, convertir et reconvertir. Les prisons sont des incubateurs de l’islamisme depuis trente ans. Je me rappelle d’une note des renseignements émises dans les années 1990, que j’avais pu consulter, il y était écrit qu’un surveillant pénitentiaire s’était radicalisé, ayant même pris un congé sans solde pour se rendre en Afghanistan !
    Il faut doubler le nombre de prisons pour en finir avec la surpopulation carcérale.
    Le quatrième acte serait d’en finir avec le laxisme judiciaire. La justice française est structurellement incapable de mettre hors d’état de nuire les gens dangereux. Regardez Jawad Bendaoud qui a été relaxé faute de preuve. Il s’est quand même vanté au procès d’être un dealer de cocaïne et de loger des clandestins ! Malheureusement, les parquets ne sont pas transversaux. Par exemple, un type jugé pour une affaire terroriste peut très bien dire qu’il a découpé une fille en morceaux pendant la plaidoirie, on ne pourra pas le retenir contre lui, car « hors sujet ». C’est pourtant en mélangeant les griefs de façon transversale que l’Amérique a fini par coincer Al Capone, pour une simple question de fisc. Il y a aussi un grave problème de laxisme des juges d’application des peines. Les meurtriers ressortent au bout de trois ou quatre ans. Ce n’est pas normal.


    Enfin, le cinquième acte essentiel pour juguler l’adhésion aux thèses islamistes serait de tout faire pour que ces idées ne soient plus attirantes, tant les idées djihadistes que celles de l’islamisme tout court. Ce sont des idées complotistes, séduisantes car elles donnent un sentiment de supériorité à celui qui y adhère. On peut d’ailleurs parler de suprémacisme islamique. Il y est expliqué qu’il ne faut pas vivre avec les mécréants gaulois ou juifs, maléfiques par nature, etc.
    Donc, une fois que l’État aura été repris en main, il faudra opposer à la fierté suprémaciste de l’islamisme, la fierté assumée d’être français.
    Je reste convaincu que le meilleur moyen de détourner une personne attirée par le séparatisme islamique est le patriotisme assimilateur. Plus une entité développe et transmet de la fierté, moins l’interlocuteur se replie sur ses propres racines d’origine. On le voit en Argentine avec les Arabes syro-libanais, qui sont totalement assimilés. Carlos Menem, ancien président, est d’origine syrienne. Parce que là-bas on intègre avec le patriotisme plutôt que la haine de soi.

    La lutte contre le djihadisme passe-t-elle aussi par la lutte contre les propagandistes de l’islam rigoriste, qu’ils soient ouvertement salafistes ou abrités derrière des associations pseudo humanitaires, utilisant le registre de la victimisation, à l’image du CCIF ?
    Évidemment. Il faut détruire les pôles de l’islam institutionnel qui distillent le suprémacisme, la haine ou le séparatisme islamiques. Ce sont des « coupeurs de langues » prétendument victimes, promouvant le séparatisme d’une manière insidieuse. Ils font taire ceux qui osent associer l’islamisme à la violence, hurlant au « pas d’amalgame ». Les djihadistes sont, quant à eux, des coupeurs de têtes. Ils nous intimident en tuant. Mais les islamistes « coupeurs de langues » sont complémentaires plus qu’opposés aux « coupeurs de têtes ». Les premiers aident les seconds car ils entendent interdire de remonter à la source idéologique du djihadisme, à la charia. Or on ne peut pas lutter efficacement contre le djihadisme sans déjouer les attaques culpabilisantes et liberticides des propagandistes de l’islamiquement correct.
    Il faut détruire les pôles de l’islam institutionnel qui distillent le suprémacisme, la haine ou le séparatisme islamiques.
    Ces derniers utilisent tous les moyens offerts par le politiquement correct en vigueur : en appliquant l’antiracisme à l’islam, en mélangeant ainsi les genres (faire passer la critique de l’islam pour une critique des musulmans), ils agissent en empêcheurs de désigner les sources. Ces coupeurs de langues islamiquement corrects sont à la fois les Frères musulmans, les lobbys wahhabites du Golfe, l’Organisation de la Coopération islamique mondiale, l’ISESCO (UNESCO de l’Islam), le « pôle turco-ottoman » porté par Erdogan, etc, pôles que j’analyse en détails dans mon ouvrage. Ces pôles très actifs et influents qui exercent des pressions sur tous les gouvernements occidentaux, les médias et les universités, ont réussi à criminaliser la critique de l’islam notamment en nouant une alliance rouge-verte avec les antiracistes de gauche, unis par un même anti-occidentalisme viscéral.

    Combien de fichés S sont-ils susceptibles de passer à l’acte ? Et combien de personnes gagnées à cette idéologie ne sont pas suivies par les services de renseignement…
    Les radicalisés idéologiques qui pourraient passer à l’acte violent sont entre 12000 et 20000 en France. Là, je vous parle des durs de durs, des partisans de l’Etat islamique ou d’Al-Qaïda peut être un jour prêts à mourir. Les islamistes plus habituels, ou, au moins favorables à l’idéologie islamiste globale, comprenant la charia, la supériorité de l’islam sur les autres religions et modes de vie, sont quant à eux au minimum 100.000. Mais ce chiffre peut exploser, si on ajoute à ces 100.000 individus tous les musulmans qui, lorsqu’ils sont interrogés, répondent préférer l’islam à la République. L’étude de l’Institut Montaigne, menée par un musulman, a ainsi démontré que 46 % des musulmans français sont de bons républicains, mais que 25 % sont au moins conservateurs (favorables au voile islamique et à l’essentiel de la Charia), et que 28 % d’entre eux sont entrés en sécession islamiste contre la société française. Plus de la moitié des musulmans de nationalité française se reconnaissent donc d’abord et prioritairement musulmans. Faites le calcul, il y a du monde.


    Nous sommes donc confrontés à un véritable problème géopolitique de fracture civilisationnelle. Cela ne détruira pas la France, je ne souscris pas à cette thèse. Toutefois, une partie de la population s’inscrira de plus en plus en rupture avec la majorité de manière chronique, comme ce peut être le cas dans d’autres régions du monde (sud de la Thaïlande, Philippines, Nigéria, Liban, la Tchétchénie en Russie ou l’ouest de la Macédoine). Le politiquement correct et le padamalgamisme islamo-gauchiste agit en fin de compte, comme je l’ai dit à Edwy Plenel sur le plateau de Salut les terriensle 24 mars devant Ardisson, comme un « facilitateur d’islamisme », une forme de collaboration.
    Comprenons bien en effet que cette idéologie ne s’implante que dans les endroits où elle trouve un écho, un terreau favorable. En Argentine, les musulmans ne sont pas radicalisés grâce au patriotisme argentin. Idem au Brésil, pays fier de son identité chrétienne. Le djihadisme s’épanouit en revanche sur le communautarisme, même quand il est non violent, un communautarisme fruit de la haine de soi de l’Européen culpabilisé prêt à disparaître civilisationnellement pour se faire pardonner ses « fautes » passées. Vous avez en effet des gens qui se placent volontairement dans un ghetto identitaire, car la nouvelle limite entre l’ennemi géo-civilisationnel panislamiste et nos sociétés ne se situe plus en mer méditerranée mais à l’intérieur de nos villes… Il s’agit là d’un « Limes intérieur », car il y a dans nos sociétés multiculturelles -devenues inévitablement multiconflictuelles – des extraterriorialités juridiques et civilisationnelles, ceci à l’intérieur de nos propres cités.


    Pourquoi le spectre de la 3ème Guerre mondiale n'est pas une simple vue d'esprits en mal de frissons 

    Après les mouvements de l’OTAN en Europe de l’Est aux frontières de la Russie puis ceux de la marine américaine et en Mer de Chine, puis après les bombardements américains en Syrie (7 avril) et en Afghanistan (13 avril), subitement décidés par une Administration Trump qui semble ainsi rompre brutalement avec l’isolationnisme annoncé pendant la campagne présidentielle américaine, le spectre d’une "troisième Guerre mondiale" a recommencé à hanter les esprits.
    Géopolitico-scanner

    Publié le 21 Avril 2017

    L’idée que l’Europe et l’Occident puissent connaître à nouveau la guerre en conséquence des tensions occidentalo-russes autour de l’Ukraine du bourbier syrien - où se côtoient dangereusement les armées occidentales, russe, syrienne, turque et iranienne, - ou en réaction aux essais nucléaires et balistiques de la Corée du Nord (sans oublier la revendication de la Mer de Chine Méridionale par Pékin), ne cesse de gagner du terrain. Et les attentats islamistes presque mensuels et parfois même hebdomadaires dans des capitales européennes font dire à certains qu’une guerre est déjà livrée depuis des années sur notre sol et qu’il s’agit à la fois d’une guerre civilisationnelle et pas seulement terroriste puis d’une guerre asymétrique à la laquelle nous avons le plus grand mal de faire face.

    Deux décennies de doctrine pacifiste béate qui ont bercé les Européens dans l’illusion de la Paix universelle et de la tolérance ont finalement débouché sur un brutal atterrissage dans le réel et dans le retour de la tragédie.
    L’expression Troisième Guerre mondiale paraît, donc, exagérée, dans la mesure où les risques de guerre les plus imminents sont régionaux, locaux (Inde-Pakistan ; Inde-Chine ; Corée du Nord/Asie méridionale et orientale; Syrie ; Iran ; ou Ukraine), et dans la mesure où l’arme atomique a un fort pouvoir de dissuasion, puisqu’elle peut décourager à la fois le faible et le fort, dès lors que l’un des deux ennemis est capable de rayer de la carte la capitale de l’autre avec des conséquences et séquelles inimaginables à côtés desquels ceux d’Hiroshima et Nagasaki seraient des détails.
    En janvier 2017, c’est une personne plutôt réputée pour sa modération verbale ; Michaël  Gorbatchev, qui a tiré la sonnette d’alarme et a averti qu’une troisième guerre mondiale semblait en phase de préparation à la lumière du réarmement constaté partout dans les grands pays du monde et autres puissances émergentes, exceptées la vielle Europe de l’Ouest. Ainsi, le rapport sur le Monde en 2035, publié par la CIA évoque « les paradoxes du progrès » selon lesquels en dépit des opportunités économiques et technologiques, jamais nos sociétés n’ont été menacées par autant de risques de guerre (Ukraine, les tensions en mer de Chine méridionale, la Syrie, l’Iran, etc).

    Déjà, avant l’arrivée au pouvoir de Donald Trump, l’ex-Chef d'État-Major de l'Armée de Terre américaine, le général Mark Milley, déclarait à son auditoire sur un ton très martial, lors de la réunion annuelle de l'Association of the United States Army à Washington-DC : "La volonté stratégique de notre nation, les États-Unis, est remise en cause et nos alliances sont testées de manières auxquelles nous n'avons pas été confrontées depuis de nombreuses décennies (…). Je veux être bien clair avec ceux qui veulent nous faire du mal ... l'armée des États-Unis - en dépit de tous nos défis, en dépit de notre tempo opérationnel, en dépit de tout ce que nous avons fait, nous allons vous stopper et nous allons vous battre plus durement que vous ne l'avez jamais été auparavant. Ne vous méprenez pas à ce sujet (…).

    Il faut que tout change pour que tout reste pareil

    Le monde a changé. Aussi nombre d’analystes estiment, comme le défunt Samuel Huntington, que la pire menace pour nos sociétés occidentales ouvertes à tous les vents et repentantes est essentiellement civilisationnelle, incarnée qu’elle est par le projet néo-impérial islamiste. Pourtant, d’après les stratèges de l’OTAN et les principaux idéologues et politiques américains interventionnistes, démocrates ou républicains, qui ont violemment dénoncé la passivité d’Obama et le programme néo-isolationniste et pro-russe de Donald Trump, le monde de l’Après guerre froide ne serait pas très différent de celui de l’affrontement Est-Ouest - qui s’est soldé par la chute de l’Ex-URSS et le démantèlement du parc de Varsovie - puisque la menace soviétique aurait laissé la place à une menace russo-chinoise vue comme une continuité du Heartland soviétique. Selon cette thèse, exprimée le plus clairement par le penseur américain Robert Kagan, le danger principal ne serait pas le terrorisme islamiste, mais viendrait des puissances » révisionnistes » dont le noyau-dur serait le tandem Russie-Chine. Ces outsiders auraient l’ambition de « défier » l’ordre planétaire instauré par les États-Unis depuis la seconde guerre mondiale et devraient être stoppés d’urgence « avant qu’il ne soit trop tard ».  Selon Kagan, si l’Amérique renonce à être le gendarme du monde, l’ordre actuel (occidentalo-centré et américain) s’effondrera et le monde sera plongé dans « une phase d’anarchie violente » et « le coût de cette descente aux enfers défiera l’entendement ». Pour ce faucon interventionniste résolument russophobe, l’idée initiale de Donald Trump d’un « rapprochement américain avec la Russie ne pouvait qu’enhardir Vladimir Poutine, et le durcissement des rapports avec la Chine ne pouvait qu’inciter Beijing à tester la détermination militaire de la nouvelle administration ». Dans cette optique, tout signal de faiblesse envoyé par l’Amérique et tout désengagement de l’armée américaine comme Obama l’a voulu en Irak, Syrie, Afghanistan, Asie du sud et Europe de l’Est, aiguisera les appétits revanchards de la Chine et de la Russie qui se sentiront encouragés à avancer encore plus leurs pions et à prendre la place des Occidentaux aux portes du Japon,  en Corée du Sud dans les pays de l'Asie du Sud-Est, en Syrie, en Ukraine, en Géorgie, et jusque dans les Pays Baltes et même en Pologne et dans les Balkans. Et ceci débouchera inévitablement sur une conflagration planétaire de par les jeux d’alliances stratégiques entre Etats. D’après Kagan, les tentatives de reset ou de «réinitialisation» des relations avec la Russie portées par Obama et Trump (brièvement) ont porté le premier coup à la réputation d’allié fiable de l’Amérique car les Russes qui venaient d’envahir la Géorgie se sont crus récompensés pour cette agression tournée contre des alliés des Américains en Europe centrale. En Asie de l’Est, l’administration Obama se serait également discréditée car son fameux «pivot» stratégique vers l’Asie aurait été essentiellement velléitaire puisque non associé à des dépenses de défense significatives pour assurer une présence militaire américaine dissuasive dans la région.

    Les logiciels n’ont pas été changé et ont la vie longue malgré leur désuétude

    Comme nous l’avons vu précédemment, alors que l’ennemi du III ème type, asymétrique et civilisationnel, n’est pas un ennemi classique et qu’il se réfère à une idéolgie planétaire qui est diffusée en toute liberté dans les réseaux sociaux et nombre de mosquées ou centres islamistes radicaux dans nos propres territoires et auprès de nos propres citoyens, nos stratèges atlantistes pensent toujours que l’ennemi est la Russie et que le terrorisme salafiste doit être combattue de façon exclusivement sécuritaire comme le terrorisme classique d’extrême gauche, et qu’il ne doit être différencié non seulement de l’islam mais aussi de l’islamisme politique type Frères musulmans qui serait de nature différente et qui apparaît même pour beaucoup comme l’antidote aux salafistes jihadistes. Pour eux, la barbarie terroriste n’est liée qu’à une réalité « nihiliste » qui n’aurait « rien à voir avec l’islam », et cette menace serait d’autant plus sous-estimée par rapport aux Etats nucléaires Russie Chine ou Corée du Nord que nos stratèges occidentaux n’ont pas hésité depuis des décennies à jouer avec l’islamisme radial sunnite contre jadis la Russie communiste puis ensuite la Serbie, l’Irak de Saddam, la Libye de Kadhafi et la Syrie de Bachar où Laurent Fabius estimait que Al-Qaïda (Al-Nosra /Fatah al Sham/Tahrir al-Sham) « fait du bon boulot »...

    En réalité, la guerre asymétrique livrée par l’islamisme planétaire et ses stratèges adeptes du mythe impérial Califal est une des facettes d’une véritable guerre de civilisation, globale, multiforme, dont la source idéologique et le moteur est le projet totalitaire panislamiste chariatique, qui doit être combatte dans sa globalité idéologique et sa forte dimension subversive, et pas seulement dans sa dimension terroriste, simple face émergée de l’iceberg. L’islamisme radical terroriste ou non, tel qu’il a frappé jeudi soir aux Champs Elysée ou avant au Bataclan, à Nice ou à Berlin, nous livre essentiellement une guerre du « troisième type » qui revêt une très forte dimension psychologique. En effet, le terrorisme islamiste violent, tout comme « l’islamisme de gouvernement » ou communautariste,  à la Frères musulmans ou à la Erdogan,  repose en grande partie sur la stratégie de sidération-culpabilisation et sur le victimisme qui consiste à justifier le projet totalitaire impérial islamiste au nom de la dénonciation de « l’islamophobie » et de la persécution des musulmans, chères à tous les islamistes, hard ou soft. Cette guerre doit d’abord être gagnée contre nous-mêmes, c’est-à-dire contre la haine de soi et l’ouverture des démocraties à ses prédateurs, tel celui des Champs Elysées, qui, comme presque la quasi-totalité de ses prédécesseurs soi-disant « loups solitaires », avaient été repérés, emprisonnés, relâchés, et ont pu compter sur la passivité et le laxisme de notre justice pour narguer les policiers et recommencer à s’en prendre à eux dès leur libération anticipée…




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