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27 novembre 2011

Enseigner le français : l'orthographe (par M. Bréal)


         Tout cela, dira-t-on, est fort bien. Mais ce n’est pas de la grammaire. Que deviennent pendant ce temps les trois sortes d’e, et la règle des participes, et même qui s’accorde quand il précède et qui ne s’accorde pas toujours quand il suit, et les différentes manières d’écrire quelque et toutes ces autres règles que nous avons apprises dans notre jeunesse et qu’en écrivant nous nous félicitons de savoir si bien appliquer ? De tout cela, il n’a pas encore été question, et nous sommes ainsi conduits au second inconvénient que nous signalions au commencement, savoir la part exagérée qui est faite dans nos écoles à la langue écrite, et particulièrement à l’orthographe.

Les conditions particulières de notre langue, le caractère savant de notre civilisation ont fait de la France le pays de l’orthographe. Une réforme pareille à celle de Grimm en Allemagne, ou même à celle de l’Académie espagnole, rencontrerait chez nous d’insurmontables résistances. Mais je voudrais au moins que les finesses de notre orthographe restassent réservées au lycée et qu’on n’en incommodât point nos petits paysans. Je voudrais aussi que l’instituteur apprît à distinguer ce qui se rapporte à la langue écrite et ce qui appartient à la langue parlée, et qu’il ne confondît pas ces deux sortes d’enseignements. Quand vous dites, par exemple La maison que j’ai vu bombarder; et La maison que j’ai vue tomber, où est la différence dans la prononciation ? et à moins que vous ne songiez au futur poète qui peut se trouver dans la classe, et qui a besoin de connaître les règles de prosodie, à quoi sert dans la langue parlée une telle distinction ? Enseignez-la tant que vous voudrez au collège, mais faites-en grâce à l’école primaire. Vous nous dites qu’il faut écrire entendus dans cette phrase : Les hommes qui vous cherchent sont ici ; on les a entendus entrer. Je le veux bien, mais essayez de prononcer cet s et vous verrez qu’il vaut mieux ignorer la règle en parlant.

C’est pourtant à des vétilles orthographiques que l’on gaspille le meilleur du temps, de la peine et de la bonne volonté de nos enfants. Plus la règle est subtile, plus le maître y attache d’importance : Un couvre-pied, des couvre-pieds. Mais il faut écrire : Un serre-tête, des serre-tête (parce que chacun ne serre qu’une tête). Les deux Corneille étaient frères. – Les Corneilles, les Racines sont rares. – Où est la différence, je vous prie, et qui songera jamais à faire entendre cet s ? – Ne voyez-vous pas qu’au lieu de la pomme vous donnez à l’enfant la pelure, et au, lieu de la chose, non pas même le mot, mais l’image du mot ? Les bons élèves retiennent la règle, les médiocres la savent à moitié et prennent l’habitude de l’à-peu-près. Les esprits lents se découragent d’apprendre une science si difficile : leur pensée va ailleurs, souvent là où elle ne devrait pas aller ; ils perdent le respect de la classe et du maître.

L’orthographe nous prend plus de temps que l’histoire naturelle. Elle n’a jamais fini de commander ; toujours elle a par devers elle quelque subtilité nouvelle. Née dans l’école, grandie dans l’école, elle en est devenue le tyran. Elle est le tourment de l’élève et, par un juste retour des choses, le désespoir du maître. Non seulement elle coûte un temps précieux à nos enfants mais c’est un des plus sûrs moyens de les déshabituer de penser. Il faut écrire un verrou, des verrous ; mais il faut : un bijou, des bijoux. Pourquoi ? Dites-leur au moins que dans l’ancienne orthographe française qui comportait une plus grande liberté, on mettait indifféremment l’x ou l’s, et que l’irrégularité actuelle est un reste de cette ancienne incertitude. Je suppose qu’une lecture amène le nom du Rhin ou du Rhône. Pourquoi y a-t-il un h après l’r ; c’est que les mots comme rhétorique, rhume qui viennent du grec, avaient une aspiration, et qu’on a confondu à tort avec ces mots les noms de nos deux fleuves. L’enfant sera enchanté de savoir ces petites choses ; le sens historique s’éveillera en lui ; il aura une idée plus juste de l’orthographe ; il apprendra à distinguer le fond de la forme, l’être de l’apparence, et tout en retenant sa règle, il s’habituera à faire des questions aux autres et à lui-même.

Par la force même des choses, nos manuels accordent autant et plus de place à telle règle d’orthographe d’un emploi rare et d’une importance fort secondaire, qu’à tel principe qui doit être appliqué à tout instant. Laissez les premières de côté et attendez pour les expliquer que la lecture d’un texte vous en amène un exemple. Le malheureux élève qui lit son rudiment croit que la langue française est semée de pièges. Ici encore il faut que l’instituteur ne soit pas le serviteur du livre et qu’il présente le rudiment comme un aide-mémoire et non comme un catéchisme dont tous les articles méritent un égal respect.

Quand on traite de l’orthographe, il faut faire une distinction entre le mécanisme grammatical, qui peut s’enseigner par règles, et l’orthographe première des mots, qui ne s’apprend que par l’usage. Ainsi les personnes et les temps du verbe appartiennent au mécanisme grammatical : je sais que la troisième personne du pluriel finit en ent ou nt, que le conditionnel se termine en rais. Mais l’orthographe des verbes eux-mêmes ne peut s’apprendre une fois pour toutes. Je ne saurais pas, si on ne me l’a dit ou si je ne l’ai vu, comment on écrit : fouetter, dompter, astreindre, contraindre. Et de même comment deviner l’orthographe des substantifs tels que moelle, arrhes, abbaye ? Cette partie de notre orthographe française est si compliquée et si capricieuse, elle est si inexplicable pour ceux qui ne savent pas l’histoire de la langue, qu’on ne peut espérer la faire apprendre en ses détails à de jeunes enfants. Enseignez les choses essentielles ; quant au surplus, fiez-vous à votre élève, si vous avez su lui communiquer l’habitude de l’observation et le goût de la lecture. L’opinion qui attribue à l’orthographe une si grande importance, sera pour lui un stimulant suffisant : le jeune homme qui emporte de l’école la connaissance des principales règles de la grammaire, qui aime la lecture et qui sait se servir d’un dictionnaire, peut aisément compléter son éducation sur ce point.

Michel Bréal,  Quelques mots sur l'instruction publique en France, 1872

27 septembre 2011

Le premier ministère de l'Education nationale est fasciste !!!! par Michel Delord

Education nationale / Instruction publique : 

En général, au début du XXème siècle, les ministères chargés des questions d'enseignement s'appelaient ministère de l'instruction. A ma connaissance, le premier qui va changer de nom est le ministère italien.



Plusieurs remarques :
- Mussolini explique la reforme de l'enseignement en Italie est "la plus fasciste des réformes"
- En 45 , les Italiens reviennent au nom "Ministère de l'Instruction Publique"
- La signification de la transformation du nom du ministère traduit la volonté d'augmenter le contrôle de l'Etat sur la vie des jeunes.
- J'ai déjà développé cet aspect des chose de manière plus complète dans : "Huile de ricin et CocaCola : aux sources troubles de la pédagogie de projet" (http://www.sauv.net/ricin.htm) Ce texte a été revu et approuvé par l'auteur E.D. Hirsch de " The school we need and Why we don't have them" Double Day edition 1996) 

 
Citation:
"Le régime fasciste
La vie scolaire

Le contrôle du fascisme s'étendit aussi à l'école : occasion privilégiée d'éduquer la jeunesse au fascisme.


Le 27 Avril 1923 fut approuvée la réforme présentée par Giovanni Gentile qui réalisait un modèle d'école non encore spécifiquement fasciste mais très proche de celui-ci.


Le 25 Mars 1927, le ministre de l'instruction Pietro Fidele déclara qu'il voulait " fasciser l'école", ce qui signifiait en particulier éduquer la jeunesse pour qu'elle " fasse partie du fascisme" et qu'elle participe activement " à créer le climat historique favorable à la révolution fasciste" . Dans le but de bien signifier la volonté d'augmenter le contrôle de l'Etat sur tous les éléments de la vie des jeunes , quelques années plus tard le Ministère de l'instruction Publique fut renommé Ministère de l'Education Nationale"


http://www.storia900bivc.it/pagine/breia/breia1f.html

Pour une recension de l'ouvrage, voir le blog Etudes coloniales.


Complément : Titres des ministères italiens de l'enseignement de 1922 à 1945


Citation:
"1922 - 1924 Giovanni Gentile
1924 - 1925 Alessandro, Conte Casati
1925 - 1928 Pietro Fedele
1928 - 1929 Giuseppe Belluzzo

Ministers of National Education
Ministri dell'Educazione *****

1929 - 1932 Balbino Giuliano
1932 - 1935 Francesco Ercole
1935 - 1936 Cesare Maria De Vecchi
1936 - 1943 Giuseppe Bottai
1943 Carlo Alberto Biggini
1943 Leonardo Severi, first post-PNF minister
1943 - 1944 none
1944 Adolfo Omodeo
1943 - 1944 Giovanni Cuomo

Ministers of Public Instruction
Ministri della Pubblica istruzione

1944 Adolfo Omodeo
1944 Guido De Ruggero
1944 - 1945 Vincenzo Arangio-Ruiz "
http://www.geocities.com/CapitolHill/Rotunda/2209/Italy1871_19453.html


source : EDUCATION versus INSTRUCTION : quelques documents (Michel Delord)

7 septembre 2011

La méthode intuitive, par F. Buisson.

Voyons en quoi consiste la méthode intuitive, comment on l’applique ailleurs, comment on peut l’appliquer chez nous, et s’il est bien vrai qu’elle prétende, en philosophie comme en pédagogie, tout ramener aux sens.

Le mot intuition, qui n’est pas encore d’un usage très commun, est un mot parfaitement formé, qui appartient à notre bonne langue[1], et, comme tous ceux qui expriment un fait très simple, il est plus facile à comprendre qu’à définir. C’est ici même, si je ne me trompe, c’est à la Sorbonne qu’il a fait son entrée dans l’enseignement officiel, vers 1817, avec tout l’éclat qu’avait alors la parole de M. Cousin. 

L’intuition, c’est l’acte le plus spontané de l’intelligence humaine, celui par lequel l’esprit saisit une réalité, sans effort, sans intermédiaire, sans hésitation. C’est une «perception immédiate», qui se fait d’un seul coup d’œil en quelque sorte. S’agit-il d’une réalité matérielle ? Les sens la perçoivent aussitôt : c’est le cas le plus simple, le plus familier, le plus facile à remarquer. S’agit-il d’une idée, d’une vérité, de réalités enfin qui ne tombent pas sous les sens ? Nous disons encore que nous les saisissons par intuition, lorsqu’il suffit à notre esprit qu’elles se présentent à lui pour qu’il les affirme et les comprenne, sans le secours du raisonnement et de la discussion. Nous procédons par intuition toutes les fois que notre esprit, soit par les sens, soit par le jugement, soit par la conscience, connaît les choses avec ce degré d’évidence et de facilité que présente à l’œil la vue distincte d’un objet. Ainsi l’intuition n’est pas une faculté à part, ce n’est pas quelque chose d’étranger et de nouveau dans l’âme humaine. C’est l’âme humaine elle-même apercevant spontanément ce qui existe en elle ou autour d’elle. De là, trois sortes d’intuitions ou, plus exactement, trois domaines dans lesquels l’intuition peut s’exercer sous des formes diverses, mais toujours avec les mêmes caractères essentiels : l’intuition sensible, c’est celle qui se fait par les sens; l’intuition mentale proprement dite, celle qui s’exerce par le jugement sans l’intermédiaire ni de phénomènes sensibles ni de démonstration en règle; enfin l’intuition morale, celle qui s’adresse au cœur et à la conscience.

Ces trois intuitions ou plutôt ces trois noms de l’intuition embrassent les diverses parties de l’activité intellectuelle de l’homme à l’état instinctif, pour ainsi dire. Juger par intuition, c’est presque juger d’instinct.

Par ce rapide exposé, vous voyez tout de suite en quoi notre définition française de l’intuition diffère de celle des philosophes allemands, et vous pressentez que la méthode intuitive qui en dérivera ne sera pas celle qui attend tout des sens. L’usage a prévalu en Allemagne, malgré de hautes et notables exceptions, de ne prendre le mot « intuition » (Anschauung) que dans le sens de l’intuition sensible, et, par conséquent, de faire consister l’enseignement intuitif dans ce qu’on a nommé chez nous l’enseignement par l’aspect ou par les yeux. Nous, au contraire, sans diminuer la part de ce genre d’enseignement, nous croyons que l’intuition a bien d’autres services à rendre.

La méthode intuitive, telle que nous la comprenons, est celle qui en tout enseignement fait appel à cette force sui generis, à ce coup d’œil de l’esprit, à cet élan spontané de l’intelligence vers la vérité. Elle consiste non dans l’application de tel ou tel procédé, mais dans l’intention et dans l’habitude générale de faire agir, de laisser agir l’esprit de l’enfant en conformité avec ce que nous appelions tout à l’heure les instincts intellectuels.

La méthode intuitive, c’est celle qui dit au maître : Votre tâche devient de jour en jour plus lourde et plus compliquée. Pour la remplir, il faut vous faire aider. Par qui ? Par de bons livres, de bons procédés, de bons programmes ? Oui, sans doute, mais plus encore par l’élève lui-même. C’est votre plus sûr auxiliaire, votre collaborateur le plus efficace. Faites en sorte qu’il ne subisse pas l’instruction, mais qu’il y prenne une part active, et vous aurez résolu le problème. Au lieu d’avoir à le faire avancer malgré lui en le traînant par la main, vous le verrez marcher joyeusement avec vous.
La méthode intuitive n’a pas d’autre secret; elle traite l’enfant comme un être qui a en lui-même l’instinct du savoir et toutes les facultés nécessaires pour l’acquérir; elle s’applique à laisser faire la nature autant que possible.

Sans doute la nature ne se suffira pas toujours, mais au moins ne faut-il pas la rebuter; c’est ce qui distingue l’éducation du dressage : l’une développe en réalité des dispositions naturelles, l’autre n’obtient que des résultats apparents à l’aide de procédés mécaniques.

Ferdinand Buisson, Extrait de la conférence sur l’enseignement intuitif, faite aux Instituteurs délégués à l’Exposition universelle de 1878. Delagrave, éditeur, p. 331.

Extrait de :
MODES, MÉTHODES ET PROCÉDÉS D'ENSEIGNEMENT
F. Brémond, Lectures de pédagogie pratique, Librairie Delagrave , Paris, 1931, pages 39-61 :

La méthode active, H. MARION
De la manière d’interroger, E. CAZES
Chapitre disponible en entier : http://michel.delord.free.fr/bremond_37-61-methodes.pdf 



[1]  « Tout homme est intuitivement convaincu de la vérité de cette proposition : deux est plus qu’un. » (Boulainvilliers.)
— « Locke appelle avec quelque raison connaissance intuitive celle qui se forme du premier et du plus simple regard de l’esprit. » (Le P. Buffler.)


23 juillet 2011

Ouvrages critiques relatifs à l'école et à l'enseignement (SAGES)

Le SAGES présente sur son site des livres intéressants pour ceux qui s'intéressent à l'avenir de l'enseignement en France. 

 

VIVE L'ECOLE REPUBLICAINE, Textes et discours fondateurs, éd. Librio, août 1999.
Cette anthologie, présentée par Philippe Muller, contient les rapports et discours suivants :

- Rapport sur l'instruction publique, présenté par Talleyrand, 1791 (introduction)
- Rapport et projet de décret sur l'organisation générale de l'instruction publique, présentés par Condorcet, 1792 (extraits)
- Ouvrage posthume de Michel Le Peletier sur l'éducation publique, 1793
- Rapport sur l'instruction publique, présenté par Antoine de Fourcroy, 1802 (extraits)
- Rapport sur l'instruction publique, présenté par François Guizot, 1833 (extraits)

- Exposé des motifs et projet de loi sur l'instruction publique, présentés par Frédéric de Falloux, 1849 (extraits)

- Rapport à sa Majesté l'Empereur sur l'enseignement supérieur, présenté par Victor Duruy, 1865-1868 (extraits)
- Projet de loi sur la gratuité absolue de l'enseignement primaire, présenté par Jules Ferry, 1880
- Projet de loi sur l'enseignement primaire obligatoire, présenté par Jules Ferry, 1880 (extraits)
- Rapport sur la laïcité et l'obligation de l'école primaire, présenté par Paul Bert, 1880 (extraits).

TABLEAU NOIR, Résister à la privatisation de l'enseignement, par Gérard de Sélys et Nico Hirrt, éd. EPO, Belgique, décembre 1998.
Des milliers d'écoles fermées. Des millions d'enseignants mis à pied. Des dizaines de millions d'enfants à peine alphabétisés. Les autres, obligés de payer, et cher, pour apprendre. Science-fiction  ? Non ! C'est la stratégie secrètement mise en oeuvre aujourd'hui pour privatiser l'enseignement. Partout dans le monde. Une catastrophe culturelle, sociale et démocratique sans précédent si cette stratégie aboutit. Cet ouvrage salutaire la dévoile, preuves à l'appui. Le lire, c'est entrer en résistance.

Gérard de Sélys : journaliste et essayiste belge dont les livres, les révélations et les chroniques radiodiffusées remuent les méninges et secouent les institutions depuis des années. A publié, entre autres, Médiamensonges, Alinéa 3, L'Europe telle qu'elle et Privé de public, A qui profitent les privatisations ? (EPO). Le Cartable de Big Brother (VIDEO)

VERS UNE ECOLE TOTALITAIRE ? par Liliane Lurçat, éd. François-Xavier de Guibert, octobre 1998.
Depuis de longs mois, la crise de l'école est au coeur de l'actualité, qu'il s'agisse des faits divers, de la politique ou de débats d'idées qui semblent le plus souvent obscurs au grand public. Mais, en fait, d'une manière accélérée sous la conduite de ses nouveaux responsables, l'école subit en ce moment une transformation radicale, dans ses objectifs, comme dans ses moyens. Ce changement inquiète les parents. Pourtant, ils n'en soupçonnent pas encore l'ampleur. L'objectif, c'est "l'école de masse", où les individualités ne doivent plus être prises en considération. C'est ainsi que la décrivent les sociologues et les "pédagogistes" qui inspirent les décisions ministérielles avec l'ambition de bouleverser la société en commençant par les enfants. Les moyens, c'est "le pédagogisme", c'est-à-dire la prétention de faire de la pédagogie un "en soi" supérieur à toutes les disciplines. En analysant les textes les plus récents des penseurs qui dirigent l'école aujourd'hui, des plus anodins en apparence aux plus confus, Liliane Lurçat discerne clairement, derrière le projet pédagogique, un véritable projet politique : remplacer l'instruction obligatoire par l'école obligatoire, pour créer un "homme nouveau". Une démarche suicidaire vers une école totalitaire ?

Enseignante et chercheur au CNRS, Liliane Lurçat est docteur en psychologie et docteur ès lettres. Elle a mené des recherches dans des écoles maternelles et primaires de Paris et sa banlieue durant toute sa carrière. 

LA DESTRUCTION DE L'ENSEIGNEMENT ELEMENTAIRE ET SES PENSEURS, par Liliane Lurçat, éd. François-Xavier de Guibert, février 1998.
Depuis une vingtaine d'années, des formes nouvelles et tout à fait spécifiques sont apparues dans l'échec scolaire. L'auteur, qui a fait de longues études sur l'écriture et le langage écrit de l'enfant, démontre qu'à ces échecs de plus en plus nombreux, correspondent des raisons précises qui tiennent au système nouveau des apprentissages fondamentaux: lecture, écriture, calcul. Elle démonte les mécanismes idéologiques totalement irresponsables à travers lesquels un certain nombre de penseurs, à la fin des années 60, ont entrepris la destruction systématique des grandes bases de l'enseignement élémentaire. Rien de théorique dans sa démonstration. Beaucoup d'exemples concrets grâce auxquels le lecteur, parent d'élève ou, tout simplement, homme de bon sens, découvrira avec stupéfaction une "machination" extravagante contre l'intelligence et le bon sens. Au terme de cette analyse, le plus grand sujet d'étonnement et d'émerveillement que l'auteur nous fait partager, c'est que, malgré tout, tant d'enfants aient pu réussir à s'en sortir.
Liliane Lurçat, voir aussi : 
* LA DEBACLE DE L'ECOLE : Introduction par Laurent LAFFORGUE 


21 juillet 2011

Discipline (Ferdinand Buisson) : le parfum de l'encre violette, les coups de règle sur les doigts, les blouses grises, les élèves en rang ?

Avant tout, il faudrait ruiner dans l'esprit de nos maîtres une certaine idée de la discipline, idée fausse qui les égare: c'est l'assimilation à quelque degré de la discipline scolaire à la discipline militaire […]. Les prescriptions des règlements scolaires, l'uniformité d'exercices et de mouvements, la loi du silence et de l'immobilité et toutes les autres obligations que nous imposons dans nos écoles, ne viennent pas de la nature des choses ou des principes de la pédagogie, ce ne sont pas des devoirs moraux à proprement parler, mais seulement des nécessités résultant du fait matériel de la réunion d'un grand nombre d'enfants dans un même local, sous un même maître qui doit suffire à tout et à tous. Ce sont autant de gênes et de limites à la liberté, à la spontanéité, à la gaieté de l'enfance, qu'il nous est impossible d'éviter, mais qu'il serait absurde d'ériger en axiomes ou de prendre sérieusement comme points essentiels de discipline. Ils ne constituent pas la discipline, ils en font plutôt l'embarras et la complication.

Ferdinand Buisson, Dictionnaire de pédagogie et d'instruction primaire, 1880, article Discipline.

Pour une confusion analogue à celle entre discipline scolaire et discipline militaire, voir ici la clarification de la confusion entre culture de l'esprit et culture sociale : Cultures et culture : distinguo nécessaire.

 

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Pour une présentation de Ferdinand Buisson, lire sur SLECC :

LIRE ÉCRIRE COMPTER - LA PÉDAGOGIE OUBLIÉE

Choix d'articles
du Dictionnaire de pédagogie et d'instruction primaire
de Ferdinand BUISSON

Textes choisis et commentés par Michel DELORD et Guy MOREL

Sommaire

Une révolution pédagogique : le Dictionnaire de pédagogie et d'instruction primaire de Ferdinand Buisson, par Michel DELORD et Guy MOREL

PREMIÈRE PARTIE. LES CHEMINS DE LA RAISON : LA MÉTHODE INTUITIVE

Introduction
MÉTHODE INTUITIVE,PROGRAMMES ET ABUS DES MÉTHODES
BRÈVES REMARQUES SUR L'ENSEIGNEMENT SCIENTIFIQUE
L'ABSTRACTION MATHÉMATIQUE DANS LA MÉTHODE INTUITIVE ET LES ' MATHS MODERNES ''
POUR TOUTES LES MATIÈRES, L'ENSEIGNEMENT CONCEPTUEL DES RUDIMENTS

Articles du Dictionnaire Pédagogique
Intuition et méthode intuitive
Analogie
Activité
Abstraction
Leçons de choses
Condillac
Mémoire

DEUXIÈME PARTIE. ÉCRIRE-LIRE : LA MÉTHODE DES MAÎTRES RÉPUBLICAINS

Introduction (En cours de rédaction)
Pourquoi faut-il que nos grands-parents n'aient pas su lire ?
Une rupture avec les procédés scolastiques : l'écriture-lecture de Ferdinand Buisson,
La « lecturisation » : du néant de la pensée aux régressions éducatives et à la coercition douce
Concluons

Articles du Dictionnaire Pédagogique
Abécédaire
Lecture
Écriture-lecture
Lecture : la méthode Schüler
Phonomimie
Orthographe
Dictée
Grammaire


TROISIÈME PARTIE. COMPTER-CALCULER : « LA CONNAISSANCE INTIME DU NOMBRE »

Introduction
Compter-Calculer jusqu'en 1970
L'enseignement simultané de la numération et de la mesure
L'enseignement simultané de la numération et des quatre opérations
L'importance du calcul mental
Depuis 1970
Rupture de la liaison entre l'apprentissage de la mesure et l'apprentissage du calcul
Réduction du calcul au numérique
Rupture de la liaison entre l'apprentissage du calcul et de la numération
Destruction de la notion même de calcul mental
Faut-il savoir calculer à la main ?

Articles du Dictionnaire Pédagogique
Numération
Boulier
Calcul intuitif
Calcul
Calcul mental (1e partie)
Calcul mental (2e partie)
Arithmétique
Division
Problèmes

Les programmes, appareil circulatoire de tout le système scolaire (Michel Delord)

L'essentiel consiste à restaurer des programmes cohérents, de qualité car ce sont en fait les programmes et les progressions qui sont le système circulatoire de tout le système scolaire.

Avoir d'autant plus de refus de l'autonomie pédagogique – sur les contenus - que les mouvements de populations sont en constante augmentation. En 1920, il n'était pas très grave qu'une école du fond du Massif Central n'ait pas exactement les mêmes objectifs à un niveau donné que le reste de la France car les élèves restaient dans la même école.

Ce n'est plus du tout le cas maintenant : à cause du flou artistique des programmes et du passage automatique dans la classe supérieure, on ne sait pas, à quelque niveau que ce soit, ce que savent les élèves d'un niveau donné.

Ce qui donne raison une fois de plus à ceux qui disent que le cours frontal est impossible – et c'est vrai – et qu'il "faut" travailler en petits groupes…

D'ailleurs la question des filières, question réelle, ne peut être posée à partir des conditions actuelles d'enseignement car cela revient à justifier la ségrégation du système.

J'étais intervenu publiquement sur ce sujet sur le forum de la SMF : Forum SMF 03 Juillet 2003.

D'autre part, on pourrait montrer que, tant que la question des programmes n'est pas tranchée, les autres questions ne peuvent l'être : que signifie réformer les IUFM ou les remplacer par une autre structure si l'on ne définit pas le contenu qui doit être enseigné à un niveau donné ?

[Pour définir des programmes, on a besoin d'un système efficace d'évaluation des résultats.]

Si ceci doit se réaliser – et à la fois pour des raisons stratégiques et tactiques il faut que les programmes définissent des objectifs clairs (exemple : en fin de CE2 les élèves doivent savoir faire la division d'un entier quelconque par un nombre à deux chiffres…) mais qu'ils laissent libres les méthodes pour y arriver (Ceci signifie qu'il doit y avoir, dans les IUFM, des gens capables d'enseigner une "méthode syllabique", ce qui n'est pas le cas actuellement, ou d'enseigner correctement la division, ce qui n'est pas le cas non plus …) – nous aurons besoin d'un système efficace d'évaluation des résultats.

Dans cette perspective, vient au premier plan l'appréciation des anciens programmes, de leurs contenus et de la manière dont ils ont été compris et assimilés par les élèves. Nous disposons pour cela de diverses évaluations et ce sont elles dont je vais essayer d'interroger la validité ...

 


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