Affichage des articles dont le libellé est Pédagogie. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Pédagogie. Afficher tous les articles

15 janvier 2012

L’INSTITUTEUR, par Michel Bréal

    Nous pourrions continuer d’examiner les différentes branches d’étude de l’école, pour montrer dans quel sens elles ont besoin d’être modifiées. Mais le lecteur, par ce qui précède, se fait déjà une idée suffisante de l’enseignement qu’il s’agit d’introduire. Nous aimons mieux maintenant appeler son attention sur une lacune qui se présente à tous les degrés de notre instruction publique, mais qui nulle part n’est plus sensible que dans notre enseignement primaire. Tous les étrangers s’en étonnent et nous sommes seuls à n’en avoir point conscience.

    Les questions de méthode ne sont chez nous l’objet d’aucune observation constante et approfondie : la pédagogique, comme l’appellent les Allemands, n’est point cultivée en France. Est-ce le mot qui a été trouvé mal sonnant? Est-ce présomption ou insubordination d’esprit, chacun admettant qu’il trouvera bien par lui-même ce que d’autres ont trouvé? Est-ce le scepticisme que nous professons en général pour les choses que nous ignorons? « Il semble », dit M. Barrau dans un ouvrage couronné par l’Académie des sciences morales , « que la connaissance la plus importante soit celle que l’on appelle Pédagogie. Ce mot grec, emprunté depuis peu aux Allemands, n’est pas ridicule dans leur langue et l’est peut-être dans la nôtre. Il faudrait chercher un nom plus heureux, si la chose elle-même valait la peine. Mais, en vérité, je ne le crois pas. La lecture d’un bon livre, où l’on trouve d’utiles conseils, doit suffire. » Voilà de quel ton nous savons, en France, refuser les connaissances qu’il ne nous plaît pas d’acquérir. Si l’on songe que l’auteur des lignes précédentes, homme très-respectable d’ailleurs, a dirigé pendant plus de vingt ans un journal d’instruction primaire, et qu’il était par conséquent chargé d’initier nos instituteurs au progrès, on commencera à comprendre de quelle façon, dans un pays centralisé  comme le nôtre, s’introduisent les retards et se  creusent les lacunes.
    Nous voyons bien quelle est la pensée de ceux qui trouvent la pédagogie chose si ridicule. Ils croient voir quelque magister vieilli dans sa chaire, se distillant la cervelle sur des vétilles, et discutant avec ses pareils les moyens de rendre l’enseignement plus subtil ou la discipline plus minutieuse. On étonnerait fort ces rieurs, si l’on pouvait faire apparaître à leurs yeux la réalité. D’un côté, ils verraient la classe débarrassée de son appareil scolastique et répondant pleinement aux exigences de la vie, le maître aimé et honoré des élèves et devenu leur éducateur et leur conseiller; les enfants allant avec joie à l’école, parce qu’ils sentent que toutes leurs facultés s’y développent et parce qu’ils y trouvent la satisfaction de tous les bons instincts de leur âge. De l’autre côté, on apercevrait la classe où le rudiment règne encore en maître, les éternelles répétitions, les longues dictées, les laborieux et inutiles exercices. La première de ces écoles est celle qui a mis à profit les leçons de la pédagogie moderne; l’autre est celle qui, aimant mieux s’en passer, continue les errements de l’ignorance et de la routine.
    Il n’est pourtant pas difficile de démontrer que la pédagogie ou, si l’on aime mieux, la méthode, peut et doit être un objet d’enseignement. Ceux qui en nient l’existence ou l’utilité ne nieront point sans doute qu’il existe des maîtres plus ou moins habiles, et qu’eux-mêmes, à tous les moments de leur carrière, ne disposaient point d’une égale expérience. Pourquoi cette habileté doit-elle se perdre avec celui qui la possède? Pourquoi cette expérience doit-elle être regagnée à nouveau par chaque instituteur aux dépens des premières générations qui lui sont confiées? Si l’enseignement est un art, comme tous les autres, il doit avoir ses règles. L’esprit de l’enfant, en ses traits principaux, est partout et toujours le même; les circonstances diverses qui peuvent modifier l’ordonnance intérieure de l’école ne sont pas si nombreuses qu’elles ne puissent être ramenées à un certain nombre de cas; enfin les connaissances qui font l’objet de l’enseignement sont en tous lieux et en tous temps semblables.     Il n’y a donc rien, ni dans le sujet, ni dans les conditions, ni dans la nature de l’enseignement qui s’oppose à l’établissement et aux progrès d’une science pédagogique, c’est-à-dire d’un ensemble d’observations et de préceptes dus à l’expérience des meilleurs maîtres, et constituant un fonds commun auquel tous les nouveaux venus ont le droit et le devoir de puiser.
source de l'image : http://clerval.pagesperso-orange.fr/ecoles/archipoff.htm
    Mais est-il nécessaire de prouver par raison démonstrative la possibilité d’une science qui, partout ailleurs que chez nous, frappe tous les yeux par sa féconde et salutaire activité? Dans les pays où l’enseignement est ce qu’il doit être, les questions de direction et de méthode sont jugées les plus importantes de toutes, et c’est aux progrès de la science pédagogique qu’on y attribue avec raison les effets de plus en plus sensibles de l’instruction primaire. Aussi la discussion est-elle continuellement ouverte. De nombreux ouvrages sur ce sujet paraissent tous les ans, et aussitôt ils sont lus, discutés, critiqués par un public spécial. Journaux, revues, encyclopédies se disputent les observations des hommes les plus compétents. Le futur instituteur, à l’École normale, est mis au courant de cette grande et perpétuelle enquête. Il apprend à connaître les avantages et les inconvénients des méthodes successivement introduites dans les écoles. Il sait quelles idées nouvelles ont été apportées par les grands réformateurs de l’éducation, Montaigne, Coménius, J.-J. Rousseau, Basedow, Pestalozzi. On appelle son attention sur les hommes d’école qui, parmi les contemporains, sont en possession de la plus haute autorité. Quand l’instituteur quitte son séminaire (c’est le nom des écoles normales), il connaît le point précis où est arrivée la science pédagogique. Il ne sera pas tenté de recommencer les expériences avortées, il choisira, en connaissance de cause, parmi les méthodes qui possèdent l’approbation des meilleurs juges, et à son tour, il pourra enrichir de ses propres observations le trésor de l’expérience commune.
    Combien nous sommes loin d’une pareille activité! Quand on demande à un de nos instituteurs quelle méthode il suit dans son école, il répond d’un air étonné, comme si la question n’avait point de sens, ou comme si elle avait besoin d’être complétée : « Vous voulez dire quelle méthode de lecture ? » Il est vrai que dans l’état actuel de notre enseignement, les discussions de ce genre doivent lui paraître superflues; comme on l’a si bien dit , nos instituteurs peuvent parfaitement se passer de cette science, puisqu’ils ont le recueil des ordonnances et des circulaires de nos ministres. C’est là, en effet, pour eux la plus décisive (sinon toujours la mieux coordonnée) des pédagogiques. Ici comme sur beaucoup d’autres points de la vie nationale, le gouvernement français a eu la prétention de concentrer l’élaboration du progrès en une tête qui dispenserait le reste du corps de tout devoir autre que l’obéissance. Mais il est arrivé que non-seulement ce corps s’est trop fidèlement borné au rôle qu’on lui assignait, mais que la tête a cessé de penser, ou a pensé d’une façon insuffisante. Les progrès ne sont possibles dans une nation que quand tout le monde y collabore, et les idées les meilleures restent sans effet, quand elles trouvent les intelligences engourdies par une longue routine. On ne peut songer sans amertume que le vrai promoteur de la pédagogie moderne a écrit en français et pour la France. C’est à l’Émile qu’ont été empruntées la plupart des idées dont s’est nourrie et fortifiée l’éducation allemande. Dans les œuvres de J.J. Rousseau il y a deux parts : d’un côté les théories révolutionnaires du Contrat social, les peintures malsaines de la Nouvelle Héloïse et des Confessions. C’est la part que nous avons faite nôtre et qui a passé dans le sang des générations nouvelles. Mais il y avait en outre un côté généreux et vivifiant : l’amour de l’humanité et particulièrement de l’enfant, la confiance dans ses facultés et le respect de son activité intellectuelle. Cette partie-là, qui était le germe de vie déposé dans les œuvres de Rousseau, nous l’avons laissée aux étrangers. L’Allemagne s’en empara avec avidité. « Il ne faut pas louer l’Émile, écrivait Herder en 1771, il faut le réaliser . » Et en effet les instituts de Basedow et de Pestalozzi ne furent pas autre chose que la réalisation des idées de Rousseau, en ce qu’elles avaient de plus juste et de plus praticable. Les premiers esprits de l’Allemagne, Goethe, Lessing, Kant, Fichte attirèrent l’attention de tous sur ces généreux essais.
    Mais c’est ici que vient se placer une circonstance bien remarquable, et qui montre comment s’y prend un État qui n’attend point, pour remplir ses devoirs, d’être poussé par une opinion publique distraite ou incompétente. Dès 1803, le ministère prussien envoie quelques-uns de ses maîtres les plus distingués auprès de Pestalozzi à Burgdorf et auprès d’Olivier, successeur de Basedow, à Dessau. En 1808, le ministre Altenstein députe toute une série d’instituteurs à Pestalozzi, pour qu’ils s’approprient sa méthode et la rapportent aux écoles prussiennes. Gedike qui dirigeait l’administration de l’enseignement primaire en Prusse, et qui était lui-même un maître éminent, se rangeait parmi les adeptes de Pestalozzi. C’est ainsi que le meilleur de la doctrine de l’Emile est entré dans l’enseignement populaire de l’Allemagne, qui en est aujourd’hui tout pénétré. Les instituts de Dessau et de Burgdorf périrent bientôt faute d’argent. Mais ce qu’ils avaient apporté avec eux de sain et de nouveau se retrouve aujourd’hui dans la dernière des écoles de la Poméranie. Voilà ce que faisait, après léna, le gouvernement prussien, pendant que Napoléon ne songeait à l’instruction publique que pour rouvrir aux enfants de la bourgeoisie les anciens collèges des Jésuites.
    La pédagogique, dira-t-on, ne traite pas de matières si abstruses qu’un bon esprit, désireux de s’instruire, ne puisse pas lui-même s’en rendre maître. Mais nos instituteurs, une fois engagés dans leur métier, fatigués par le travail quotidien, ne songent guère à étudier une science dont on ne leur a jamais rien dit à l’École normale; ils sont d’ailleurs portés à s’exagérer la valeur de leur expérience personnelle, et à la placer au-dessus de tout le reste. Les conférences d’instituteurs, dont on s’était beaucoup promis , n’ont tenu qu’en partie ce qu’on en attendait : faute de principes communs, faute de connaissances historiques, la discussion n’aboutit pas et tourne toujours dans le même cercle. Nos maîtres ont bien entendu parler de certains perfectionnements : l’enseignement par la vue, les leçons de choses, les jardins d’enfants, tout cela est venu jusqu’à eux, mais confusément. On essaye quelquefois une imitation; mais les expériences, commencées mollement et sur des informations incomplètes, ne réussissent guère.
    Comme il arrive quand une science n’est pas régulièrement cultivée dans un pays, et n’a ni ses écrivains faisant autorité, ni son public spécial, tout le monde se croit en droit de se faire une opinion sur la matière. On se rappelle à quels débats passionnés ont donné lieu, vers 1832, l’enseignement mutuel et l’enseignement simultané : la question se traitait à la Chambre des députés et dans la presse quotidienne. Les conseils municipaux et les pères de famille donnaient aussi leur avis, quelquefois d’une façon impérative. D’un autre côté, des novateurs, s’appuyant parfois sur leurs systèmes philosophiques, proposèrent de nouveaux plans d’études. Tel était le besoin de remédier à l’état de choses existant, que plus d’un établissement privé, soit par conviction, soit pour attirer la clientèle des familles, adopta les procédés nouveaux. Ce n’est jamais impunément que les hommes spéciaux abandonnent un coin du domaine de la pensée : la foule ignorante s’y précipite, et les charlatans s’en emparent pour y élever leurs tréteaux.
    C’est donc un des besoins les plus urgents de notre instruction publique, que les questions de méthode soient mises à l’ordre du jour, introduites dans le programme des écoles normales, discutées publiquement dans des recueils spéciaux, et examinées avec le plus grand soin par tous les hommes compétents. Presque tout nous reste à faire à cet égard. Il est vrai qu’il existe chez nous, comme en Allemagne, des recueils périodiques destinés aux instituteurs. Il est vrai aussi que des efforts sérieux ont été tentés, surtout en ces dernières années, par quelques personnes de bonne volonté, pour perfectionner nos méthodes. Mais nous sommes encore loin des journaux pédagogiques d’outre-Rhin. Si nous examinons un ou deux des recueils composés pour nos instituteurs, nous constatons qu’ils donnent des articles sur une quantité d’objets qu’on pense devoir intéresser nos maîtres d’école, mais il est bien rare d’y voir traiter les questions d’enseignement. Je prends un de ces journaux et je trouve, après un exposé de la politique générale, un article sur les vaisseaux cuirassés, un morceau sur le bon entretien des chemins vicinaux, des nouvelles et faits divers, un article Tribunaux, et enfin le cours authentique de la Bourse. Un feuilleton avec gravures complète le numéro. S’il a paru dans la semaine une circulaire ministérielle ou des mutations dans le personnel, naturellement on les reproduit. Qu’on fasse des journaux pour nos instituteurs comme pour les jeunes demoiselles, je n’y vois pas d’inconvénient, s’ils s’en accommodent; mais ce serait trop juger les choses d’après l’étiquette, que de croire que nous aurons ainsi l’équivalent, même lointain, des nombreux recueils pédagogiques d’Allemagne, où collaborent tous les hommes d’école, et où la méthode de l’enseignement est élevée à la hauteur d’une science.
    Avant tout, il faudrait nous mettre au courant des progrès réalisés à l’étranger. Sous le ministère de M. Duruy, des hommes distingués ont été envoyés en Angleterre, en Suisse, en Belgique, en Allemagne, en Amérique, et l’ensemble de leurs rapports forme une lecture des plus attachantes. Mais les méthodes ne se laissent pas facilement décrire, et rien, en cette matière, ne vaut l’observation immédiate. Je voudrais donc que nos directeurs d’écoles normales allassent prendre connaissance, à leurs moments de loisir, de quelques établissements modèles situés sur nos frontières. Il serait à désirer, en outre, que des échanges se tissent de pays à pays. De même que nous recevons des élèves étrangers dans nos grandes écoles, je voudrais que tous les ans quelques jeunes instituteurs allassent se faire inscrire à l’École normale de Nivelles ou de Lausanne. Par la comparaison, l’esprit d’observation naîtrait en eux : ce qu’ils auraient trouvé de meilleur, ils le rapporteraient chez nous, ils en feraient part à leurs collègues, et la vie et le mouvement remplaceraient petit à petit la pesante indifférence qui règne dans ces régions de notre enseignement public.
    On a dit avec raison que la principale différence entre l’artiste et l’ouvrier, c’est que celui-ci ne réfléchit point sur l’état qu’il exerce. L’introduction des méthodes nouvelles amènera avec elle cette réflexion si nécessaire. Elle transformera la personne morale de nos maîtres d’école. L’instituteur ne doit pas être la machine qui déverse sur les élèves ce qu’on a versé en elle. S’il ne sait que ce qu’il enseigne, il ne sait pas assez. S’il n’a pas médité sur son oeuvre, il n’est pas capable de la bien remplir. La ridicule peur que nous ne devenions trop savants, comme si c’était là le danger dont nous sommes menacés, a fait misérablement réduire, en 1852, le programme des écoles normales, qui, loin d’être excessif, répondait à peine aux plus strictes exigences. Cette défiance de l’esprit qui est l’une des plaies de notre pays, a fait sentir ici son influence malfaisante. Combien de fois n’a-t-on pas dit que les études, dans nos écoles normales, sont trop variées et trop ambitieuses, et que nos maîtres d’école, trop instruits, se trouveront mal à l’aise dans leur enseignement modeste! Apprenons à nous faire une idée plus relevée de l’instituteur. C’est un homme qui prend part dans une mesure restreinte, mais dans une mesure qu’il s’est posée à lui-même, et dont il a conscience, au mouvement intellectuel de son temps. Il connaît l’histoire de son pays : il sait quels sont les besoins de la population au milieu de laquelle il est placé. Il sait aussi l’histoire de l’enseignement élémentaire : il voit quelles en sont les lacunes, et il cherche à parer au plus pressé. Plus il se rendra compte de l’extrême insuffisance de nos écoles, moins il sera exposé aux tentations ambitieuses et indiscrètes. Il ne cherchera pas à excéder sa tâche, qui est déjà bien assez grande, et tout en connaissant ce qui est par delà l’enseignement primaire, tout en s’y intéressant par ses lectures et par ses conversations, il ne sortira pas du cercle dont il s’est tracé les limites.
    On a cru bien faire en rétrécissant l’horizon de nos maîtres d’école : la crainte qu’ils ne se changent en hommes politiques se lit à chaque ligne de nos circulaires ministérielles. Mais le vrai moyen d’attacher les hommes à leurs fonctions n’est pas d’en diminuer l’importance et d’en retirer l’attrait. Montrons-leur, au contraire, combien ils sont encore loin du niveau que nous avons le droit d’exiger d’eux pour l’honneur de notre pays et pour le profit de l’enseignement. A vrai dire, sauf quelques exceptions d’autant plus dignes d’éloges, nos maîtres d’école sont des sous-officiers instructeurs. Ils en ont le parler bref et catégorique ; ils ont, comme eux, le respect du manuel imprimé et la défiance- de tout ce qui n’a pas été prévu par le règlement. L’instituteur n’est pas seulement un maître d’écriture et de calcul, il doit être aussi l’éducateur de ses élèves. Il ne faut pas qu’il laisse l’homme à la porte de sa classe et y entre avec un visage de convention. Plus il se montrera homme, plus il s’adressera à toutes les facultés, à tous les bons sentiments des enfants, mieux il remplira ses fonctions. Qu’il joigne à l’enseignement de la classe celui des excursions faites en commun avec les élèves, qu’il les emmène avec lui, les jours de fête, pour visiter au loin quelque site pittoresque ou quelque monument curieux. Il apprendra ainsi à mieux connaître le caractère des enfants, les ressources d’esprit et de volonté qui sont en chacun d’eux. Par les renseignements qu’il pourra leur donner en route, il leur fera sentir le prix de l’instruction, et du même coup il associera dans leur mémoire, aux idées de travail, celles de plaisir et de joie.
    Mais il serait injuste et peu raisonnable de demander à l’instituteur une transformation aussi complète sans rien faire pour la lui rendre plus facile. Deux points surtout appellent toute l’attention de l’État : l’organisation des écoles normales et la situation hiérarchique de nos maîtres d’école. Nous dirons seulement quelques mots sur l’un et l’autre point.

    Nos écoles normales sont loin jusqu’à présent d’occuper dans l’opinion publique la place importante qui leur est due. C’est d’elles que dépend tout l’avenir de notre enseignement primaire. En élevant l’instruction qu’on y donne, nous serons sûrs de hausser, dans un temps assez court, le niveau de l’instruction qui est distribuée à la jeunesse française. On ne saurait donc y appeler des maîtres assez expérimentés et assez habiles. Cependant c’est un peu au hasard que se recrute la plupart du temps le personnel enseignant de ces écoles : les leçons sont confiées à des professeurs du lycée trop disposés à regarder cette besogne comme accessoire, à d’anciens instituteurs, souvent même à des élèves sortant de l’école ou en faisant encore partie. Il ne faut pas s’étonner dès lors si des branches d’enseignement restent en souffrance. Mais au moins le directeur, qui donne à l’école son impulsion scientifique, pédagogique et morale, devrait-il toujours être un homme considérable par le savoir et par les services universitaires : il semble que l’estime publique dût faire de cette place un objet d’ambition pour les hommes les plus capables. Il n’en est rien : tandis qu’en Allemagne les maîtres les plus éminents de l’enseignement secondaire se trouvent honorés de diriger un séminaire d’instituteurs, l’abîme qui sépare chez nous le lycée de l’école ferait regarder le passage d’un professeur de seconde à la direction d’une école normale comme une disgrâce ou une défaillance. C’est donc dans le personnel de l’instruction primaire qu’il faut ordinairement faire ses choix. Nous en avons trop parlé pour qu’il soit nécessaire d’insister sur les inconvénients de ce cercle vicieux.

    La situation hiérarchique de l’instituteur n’est pas faite pour le stimuler au travail. Il dépend surtout des conseils municipaux et du préfet  : mais ces autorités sont-elles en état d’apprécier sa valeur et de reconnaître ses services? On le juge d’après des circonstances extérieures. Tel instituteur vit en bonne intelligence avec le maire, avec le curé, avec les pères de famille : c’est un bon serviteur. On n’examine pas si cet heureux accord n’est pas obtenu par des complaisances envers toutes les routines. Pour que l’instituteur aime son état et le remplisse avec sécurité, il faut qu’il sente au-dessus de lui une autorité purement scolaire, qui sache le juger d’après son mérite et d’après son travail. Il faut, en outre, que la considération publique soit la récompense de son pénible et dévorant labeur. J’ai vu comment, dans une ville d’Allemagne, où l’enseignement primaire était pourtant de fraîche date, car elle avait appartenu à la France jusqu’en 1815, tous les fronts se découvraient devant le maître d’école; ses anciens élèves, dispersés dans les diverses routes de la vie, revenaient lui demander conseil, et écoutaient avec déférence sa parole, comme au temps où ils étaient assis sur les petits bancs de la classe, et où il leur traçait au tableau les premiers éléments de la lecture. Le gouvernement n’était pas moins empressé que l’opinion à reconnaître son mérite. La qualification de professeur lui avait été accordée, et l’on peut penser si les jeunes générations, en lui parlant, avaient soin de faire précéder son nom de ce titre, si honoré de tous, et qui ne se donne d’ordinaire qu’aux membres les plus anciens et les plus éminents des Universités.

Michel Bréal, Quelques mots sur l'instruction publique en France (1872)

7 septembre 2011

La méthode intuitive, par F. Buisson.

Voyons en quoi consiste la méthode intuitive, comment on l’applique ailleurs, comment on peut l’appliquer chez nous, et s’il est bien vrai qu’elle prétende, en philosophie comme en pédagogie, tout ramener aux sens.

Le mot intuition, qui n’est pas encore d’un usage très commun, est un mot parfaitement formé, qui appartient à notre bonne langue[1], et, comme tous ceux qui expriment un fait très simple, il est plus facile à comprendre qu’à définir. C’est ici même, si je ne me trompe, c’est à la Sorbonne qu’il a fait son entrée dans l’enseignement officiel, vers 1817, avec tout l’éclat qu’avait alors la parole de M. Cousin. 

L’intuition, c’est l’acte le plus spontané de l’intelligence humaine, celui par lequel l’esprit saisit une réalité, sans effort, sans intermédiaire, sans hésitation. C’est une «perception immédiate», qui se fait d’un seul coup d’œil en quelque sorte. S’agit-il d’une réalité matérielle ? Les sens la perçoivent aussitôt : c’est le cas le plus simple, le plus familier, le plus facile à remarquer. S’agit-il d’une idée, d’une vérité, de réalités enfin qui ne tombent pas sous les sens ? Nous disons encore que nous les saisissons par intuition, lorsqu’il suffit à notre esprit qu’elles se présentent à lui pour qu’il les affirme et les comprenne, sans le secours du raisonnement et de la discussion. Nous procédons par intuition toutes les fois que notre esprit, soit par les sens, soit par le jugement, soit par la conscience, connaît les choses avec ce degré d’évidence et de facilité que présente à l’œil la vue distincte d’un objet. Ainsi l’intuition n’est pas une faculté à part, ce n’est pas quelque chose d’étranger et de nouveau dans l’âme humaine. C’est l’âme humaine elle-même apercevant spontanément ce qui existe en elle ou autour d’elle. De là, trois sortes d’intuitions ou, plus exactement, trois domaines dans lesquels l’intuition peut s’exercer sous des formes diverses, mais toujours avec les mêmes caractères essentiels : l’intuition sensible, c’est celle qui se fait par les sens; l’intuition mentale proprement dite, celle qui s’exerce par le jugement sans l’intermédiaire ni de phénomènes sensibles ni de démonstration en règle; enfin l’intuition morale, celle qui s’adresse au cœur et à la conscience.

Ces trois intuitions ou plutôt ces trois noms de l’intuition embrassent les diverses parties de l’activité intellectuelle de l’homme à l’état instinctif, pour ainsi dire. Juger par intuition, c’est presque juger d’instinct.

Par ce rapide exposé, vous voyez tout de suite en quoi notre définition française de l’intuition diffère de celle des philosophes allemands, et vous pressentez que la méthode intuitive qui en dérivera ne sera pas celle qui attend tout des sens. L’usage a prévalu en Allemagne, malgré de hautes et notables exceptions, de ne prendre le mot « intuition » (Anschauung) que dans le sens de l’intuition sensible, et, par conséquent, de faire consister l’enseignement intuitif dans ce qu’on a nommé chez nous l’enseignement par l’aspect ou par les yeux. Nous, au contraire, sans diminuer la part de ce genre d’enseignement, nous croyons que l’intuition a bien d’autres services à rendre.

La méthode intuitive, telle que nous la comprenons, est celle qui en tout enseignement fait appel à cette force sui generis, à ce coup d’œil de l’esprit, à cet élan spontané de l’intelligence vers la vérité. Elle consiste non dans l’application de tel ou tel procédé, mais dans l’intention et dans l’habitude générale de faire agir, de laisser agir l’esprit de l’enfant en conformité avec ce que nous appelions tout à l’heure les instincts intellectuels.

La méthode intuitive, c’est celle qui dit au maître : Votre tâche devient de jour en jour plus lourde et plus compliquée. Pour la remplir, il faut vous faire aider. Par qui ? Par de bons livres, de bons procédés, de bons programmes ? Oui, sans doute, mais plus encore par l’élève lui-même. C’est votre plus sûr auxiliaire, votre collaborateur le plus efficace. Faites en sorte qu’il ne subisse pas l’instruction, mais qu’il y prenne une part active, et vous aurez résolu le problème. Au lieu d’avoir à le faire avancer malgré lui en le traînant par la main, vous le verrez marcher joyeusement avec vous.
La méthode intuitive n’a pas d’autre secret; elle traite l’enfant comme un être qui a en lui-même l’instinct du savoir et toutes les facultés nécessaires pour l’acquérir; elle s’applique à laisser faire la nature autant que possible.

Sans doute la nature ne se suffira pas toujours, mais au moins ne faut-il pas la rebuter; c’est ce qui distingue l’éducation du dressage : l’une développe en réalité des dispositions naturelles, l’autre n’obtient que des résultats apparents à l’aide de procédés mécaniques.

Ferdinand Buisson, Extrait de la conférence sur l’enseignement intuitif, faite aux Instituteurs délégués à l’Exposition universelle de 1878. Delagrave, éditeur, p. 331.

Extrait de :
MODES, MÉTHODES ET PROCÉDÉS D'ENSEIGNEMENT
F. Brémond, Lectures de pédagogie pratique, Librairie Delagrave , Paris, 1931, pages 39-61 :

La méthode active, H. MARION
De la manière d’interroger, E. CAZES
Chapitre disponible en entier : http://michel.delord.free.fr/bremond_37-61-methodes.pdf 



[1]  « Tout homme est intuitivement convaincu de la vérité de cette proposition : deux est plus qu’un. » (Boulainvilliers.)
— « Locke appelle avec quelque raison connaissance intuitive celle qui se forme du premier et du plus simple regard de l’esprit. » (Le P. Buffler.)


6 septembre 2011

Le GRIP (Groupe de Réflexion Interdisciplinaire sur les Programmes)

GRIP 
Groupe de Réflexion Interdisciplinaire sur les Programmes
Présidence : Jean-Pierre Demailly
Secrétariat : Guy Morel
Trésorerie : Isabelle Voltaire
Site informatique : Muriel Strupiechonski
Site internet : http://www.slecc.fr/GRIP.htm 

Positions du GRIP sur la crise de l'école et les moyens de s'en sortir >>>
Qu'est-ce que le GRIP ? >>>
Les programmes du GRIP >>>
Projet SLECC >>>
Les Editions du GRIP >>>
Pédagogie >>>
Débats sur les programmes >>>
Echos du GRIP >>>
Communiqués du GRIP >>>
Documents >>>
Vie du GRIP (AG et CA) >>>


Présentation du GRIP sur Bonnet d'âne

En attendant le Grip
 
J'ai demandé au GRIP, via ses représentants les plus notoires, une note qui ferait le pendant à celle de Bernard et Françoise Appy sur la "Troisième voie". Comme ça tarde un peu — pour cause de congrès, à Roncq, du 22 au 24 août —, j'ouvre ce fil, en attendant…
Et histoire de rendre l'accès plus aisé aux commentaires… Commentaires (333)


Canal Roncq

J’étais donc, du 22 au 24, dans la riante cité de Roncq, entre Lille et Tourcoing — un plat pays qui n’est pas le mien.
Pourquoi diable le GRIP (http://grip.ujf-grenoble.fr/) tenait-il congrès dans ce paysage désolé, sous ce ciel bas et lourd qui pesait vraiment comme un couvercle ? Pourquoi diable avais-je quitté mon Midi ensoleillé, et troqué pour trois jours ma bouillabaisse safranée contre un bouillon de poisson incolore ? « Waterzooie ! Waterzooie ! Waterzooie ! Morne plat ! » fait dire Goscinny à un chef belge (1).
Bref, le premier contact fut rude.
Lire la suite …


Grip un jour, Grip toujours

LES OPÉRATIONS, C’EST COMME LES MOUSQUETAIRES…
Le GRIP a travaillé, a agi ; il a élaboré des programmes de grammaire (de la GS à la 5e) qui seront bientôt sur son site à côté des programmes de maths du primaire ; il a fait connaître — sur ce blog — son analyse nuancée des nouveaux programmes de grammaire ; il a poursuivi ses efforts pour la consolidation et l’extension de son réseau d’écoles SLECC.
Et il a fondé ses propres éditions, projet ambitieux et risqué qui motive ces quelques lignes précédées d’un titre « d’artagnanesque » — hommage narquois à la moustache du maître des lieux.

Oui, les opérations, c’est comme les mousquetaires : pour faire le compte, il en faut quatre, dès le début. Et ce n’est pas un hasard si cette règle efficace, établie en pédagogie du calcul depuis la fin du XIXe, est battue en brèche depuis plus de trente ans par les nouveaux scoliastes de la gent didacticienne affiliés au Café pédagogique.
Lire la suite …

http://bonnetdane.midiblogs.com/archive/2008/06/11/grip-un-jour-grip-toujours.html



Lecture en GS
Catherine Huby, institutrice à Saint-Pantaleon-les-Vignes (une école rurale, profondément rurale) a bien voulu faire une Note sur un livre signé de Thierry Venot, instituteur spécialisé (les fameux RASED) qui tourne du côté de Gien. Membre du GRIP, par ailleurs, dont nous avons souvent parlé sur ce blog.
    Pourquoi cette Note ? Parce qu’il est temps de reprendre les choses à la base — dès l’école maternelle. Parce qu’il est temps aussi de donner aux « professeurs des écoles », qui protestent aujourd’hui contre des programmes qu’ils ne comprennent pas, après tant d’années de décervelage patient dans les IUFM et leurs dépendances, des outils qui leur permettent d’amener leurs élèves, tous leurs élèves, dès le départ, dans les starting blocks de la lecture et de l’écriture. Parce qu’il n’est jamais trop tôt pour bien faire — nous le savions confusément, après que des décennies de pédagogisme nous ont prouvé qu’il n’était jamais trop tôt pour mal faire.


Grip forever
J’ai maintes fois parlé du GRIP sur ce blog (1). Et des expériences qu’il a lancées dans le cadre du projet SLECC — Savoir Lire Ecrire Compter Calculer. Des colloques organisées ici et là (2). Des réussites éclatantes de celles (3) et ceux qui appliquent les programmes patiemment écrits par ces jeunes gens (et quelques-uns plus très jeunes, qui sont revenus de tout — et en particulier des IUFM et du constructivisme).
Parce qu’on peut parler de réussite, lorsque tous les enfants d’un Grande Section — ou quasiment tous — savent lire et compter, en fin d’année — ou que tous les élèves de CP — ou très peu s'en faut — maîtrisent les quatre opérations avant la fin de l’année. Si bien qu’on en est à se demander par quelle aberration des programmes qui marchent, qui marchent pour tous et pas seulement pour des enfants pré-imbibés de langue et de culture françaises, ne sont pas les conseillers préférés du ministre.

21 juillet 2011

Compter, Calculer au CP, Pascal Dupré (SLECC)

Premier ouvrage publié par GRIP – Editions, et naturellement conforme aux préconisations de programmes du GRIP, ce fichier est beaucoup plus ambitieux que les nouveaux programmes du primaire publiés le 19 juin 2008 par le Ministère. Cette ambition n'entraîne cependant pas l'auteur – instituteur à GIEN – au-delà des capacités d'apprentissage des enfants, puisque ces exercices ont été testés par plusieurs classes du réseau expérimental SLECC.

La progression proposée associe étroitement l'étude de la numération jusqu'à 99 et la pratique progressive des 4 opérations. 

Les notions doivent être introduites par la manipulation de matériels classiques (bonbons, billes, brochettes, boulier, règle graduée, etc…), sans oublier les doigts de la main, manipulations qui permettent aux élèves de se familiariser intuitivement avec les grandeurs et les relations arithmétiques. (Présentation sur le site Lire-écrire)

Il s'agit "de s'appuyer sur les méthodes mises en place par les fondateurs de l'école publique, comme Ferdinand Buisson à la fin du XIXe siècle, que certains enseignants ont complètement redécouvert.

En calcul, on s'oriente vers "un apprentissage simultané des quatre opérations et de la numération pour permettre de bien comprendre la numération décimale, ce qui se faisait avant les maths modernes. Et nous revenons au travail sur les nombres concrets."

En lecture, cette méthode consiste à apprendre, dès le départ, simultanément l'écriture de chaque lettre et sa lecture. C'est une méthode d'écriture-lecture (voir explications de Liliane Lurçat) qui associe le son à la lettre et diffère des méthodes actuelles : on part de l'élément son et de la lettre qui lui correspond, pour aller à la syllabe, au mot, à la phrase et enfin au texte".  



----------------------
http://www.slecc.fr/fiches_SLECC_CP.htm

Fiches téléchargeables
Numération et Calcul CP : Les nombres de 1 à 9 >>>
nombres 1 à 12 >>> (premier trimestre)
nombres 13 à 40 >>> : fiches proposées par Mme Bravo, institutrice en CP


Fiches de géométrie
Géométrie au CP >>> 


Fiches d'écriture des chiffres
Fiches d'écriture des chiffres >>> 


Conseils pédagogiques de Pascal Dupré

- Des outils pour apprendre à calculer



Fiches proposées en complément
Rue des Instits, La Page des copines : CALCUL CP : les quatre opérations

Fiches proposées en complément du fichier Compter Calculer au CP, Pascal Dupré, GRIP-Editions



  • Evaluations >>>

  • Matériel pour élèves >>>
 
  • Documents pour affichage >>>

  • Problèmes : jusqu'à 15 >>>



On peut aussi trouver de nombreux conseils de leçons, avec exemples de manipulation à faire en classe sur le livre du maître du Chatelet CP qui a une progression proche du Compter calculer CP : http://manuelsanciens.blogspot.com/ (ne pas se fier au livre de l'élève qui ne paie pas de mine si on ne connaît pas tout ce qui a été fait en manipulation, à l'oral et sur l'ardoise avant)

article sur le boulier :
http://ecolereferences.blogspot.com/2012/07/de-lemploi-du-boulier-par-rosalie.html

procédé La Martinière : http://ecolereferences.blogspot.com/2011/09/le-procede-la-martiniere-calcul-mental.html

Forums 
----------------------
Prise de notes et mise en chapitres de la discussion qui se trouve sur le forum EDP : http://forums-enseignants-du-primaire.com/topic/217295-de-capmath-a-sleec/page__st__500 à propos du fichier de mathématiques pour le CP Compter, Calculer au CP de Pascal Dupré.


  Télécharger « de cap maths a sleec.doc »



Compter, calculer au CE1
Compter, calculer au CE1 (Pascal Dupré, Catherine Huby)






La classe de CP de Pascal DUPRE

Des nouvelles de SLECC (Savoir Lire Ecrire Compter Calculer)
Une classe expérimentale à GIEN

Nous vous avons informé de l'activité du GRIP (Groupe de Recherche Interdisciplinaire sur les Programmes) et des objectifs SLECC dans notre Lettre N° 24.

Un exemple parmi d'autres : , lui-même membre du GRIP. Le Journal de GIEN lui a consacré un article dans son numéro du 13 septembre 2006. En voici des extraits.

UNE CLASSE EXPERIMENTALE DANS UNE ECOLE GIENNOISE
 
Le monde enseignant s'interroge, et se divise aussi, sur la pertinence des méthodes d'apprentissage des savoirs fondamentaux. Pour lutter contre l'échec scolaire, un retour à des principes plus classiques est proposé et des classes expérimentales sont mises en place comme à l'Ecole du Centre de Gien avec Pascal Dupré.

Les statistiques le montrent régulièrement : l'échec scolaire reste important en France. A l'origine une acquisition désastreuse des savoirs fondamentaux (lecture, écriture, calcul) qui ruine la scolarité d'un grand nombre d'enfants (voir nos éditions du 2 février et du 27 avril 2006).

Une partie du corps enseignant s'en désole et est entrée en résistance pour promouvoir le retour à des méthodes de lecture, dites syllabiques (à tort car on devrait plutôt dire alphabétiques), plus traditionnelles.
…

(…) Marc Le Bris, instituteur et auteur de Et vos enfants ne sauront pas lire, ni compter... l'un des piliers du Groupe de réflexion interdisciplinaire sur les programmes (GRIP), mis en place par des enseignants de tous horizons pour promouvoir une école de la réussite à travers des programmes rénovés, a été déchargé d'enseignement cette année. Il lui a été demandé de travailler à l'élaboration de programmes et à la coordination du réseau Savoir Lire Ecrire Compter Calculer (SLECC). Il pourra donc suivre la mise en place et les travaux des classes expérimentales autorisées par le ministère, dont celle de Pascal Dupré.

Note : Marc Le Bris a depuis choisi de démissionner du GRIP, lors de l’Assemblée Générale (AG) du GRIP le 04/10/2008. Documents :
- Compte rendu de l 'AG sur le site du GRIP : ici.
- Intervention de Marc Le Bris (voir cette intervention aussi dans le compte rendu)

Revenir aux fondamentaux

Cette classe expérimentale, qui intéresse un CP où l'apprentissage de la lecture constitue l'essentiel du programme, aurait dû voir le jour dès l'an dernier. "L'autorisation est arrivée en fin d'année scolaire alors que le conseil d'école s'était prononcé favorablement début février" raconte Pascal Dupré. Ce délai démontre les réticences que peut rencontrer un tel projet même si "les réponses ont été plus ou moins rapides selon les Académies"… et plus ou moins motivées. Car certaines demandes ont été rejetées ce qui a bien failli arriver à celle de l'instituteur giennois au prétexte "que le travail d'équipe au niveau des enseignants" n'était pas suffisamment pris en compte. Mais finalement tout est rentré dans l'ordre et la classe expérimentale sera mise en place en ce début d'année scolaire. Pascal Dupré n'aura pas pour autant les coudées franches. "Cette expérimentation restera limitée car nous sommes obligés de suivre les programmes 2002 pour permettre aux enfants d'avoir un cursus scolaire normal par la suite, même si nous avons plus de latitude dans le choix des méthodes"  

Pour Pascal Dupré qui adhère au projet du GRIP, il s'agit "de s'appuyer sur les méthodes mises en place par les fondateurs de l'école publique, comme Ferdinand Buisson à la fin du XIXe siècle, que certains enseignants ont complètement redécouvert. Cette méthode consiste à apprendre, dès le départ, simultanément l'écriture de chaque lettre et sa lecture. C'est une méthode d'écriture-lecture (voir explications de Liliane Lurçat) qui associe le son à la lettre et diffère des méthodes actuelles : on part de l'élément son et de la lettre qui lui correspond, pour aller à la syllabe, au mot, à la phrase et enfin au texte".  

En calcul, la démarche est identique. On s'oriente vers "un apprentissage simultané des quatre opérations et de la numération pour permettre de bien comprendre la numération décimale. Bref, c'est ce qui se faisait avant les maths modernes. Et nous revenons au travail sur les nombres concrets." détaille Pascal Dupré.


Liberté pédagogique dans un monde éducatif divisé

Au delà, les classes expérimentales comme la sienne, ont l'ambition de produire de nouveaux manuels. "C'est pourquoi nous démarrons l'expérience en cours préparatoire" ajoute-t-il.

Pourtant, "le mouvement dépasse le seul cycle primaire pour s'étendre au secondaire, principalement au niveau des professeurs de français, les plus atteints par les lacunes de leurs élèves en lecture. C'est aussi vrai pour les professeurs de langues". Le label SLECC devrait coloniser d'autres établissements et toutes les autres matières.

Pour l'heure, deux exigences sont demandées à ceux et celles qui ont pris la responsabilité de cette tâche : accepter une évaluation des résultats obtenus et prévenir les parents de leur démarche. Ce sera chose faite dès la semaine prochaine pour les parents d'élèves de la classe de Pascal Dupré, heureux, pour sa part "de ne plus avoir à se cacher pour conseiller une méthode plus traditionnelle aux parents qui me le demandent, preuve à la fois de leur malaise et de leur prise de conscience".

Au-delà, l'existence des classes expérimentales constitue aussi une manifestation de la liberté pédagogique… au cœur d'un monde éducatif très divisé, au niveau de la hiérarchie, des syndicats, des parents d'élèves et du pouvoir économique, à savoir les éditeurs qui n'envisagent pas sereinement, si les programmes venaient à changer rapidement, de publier de nouveaux livres scolaires, et de jeter à la benne ceux dont ils disposent aujourd'hui.  

Mais de là à réveiller les fantômes des années de plomb… il y a une marge que certains sont bien tentés de biffer. Or, l'école de la République n'est pas infaillible et ne peut s'affranchir d'une remise en question que, d'ailleurs, les faits lui imposent.

Il est à souhaiter que le débat, désormais public, reste exemplaire, et ne prenne en compte que l'intérêt, supérieur à toute autre considération, des enfants.

Martial Poncet, Le Journal de Gien, 13 septembre 2006.


Lettre d'un professeur de mathématiques à l'Université
Ralph A. Raimi, Dept. of Mathematics, University of Rochester, Rochester, NY, USA
"Cette première publication du GRIP pour les mathématiques SLECC montre une excellente appréciation de l'esprit d'un enfant et de la nature des mathématiques et elle s'appuie sur les deux pour commencer un programme d'enseignement de l'arithmétique attrayant et raisonné." 4 October 2008
Lettre de Ralph Raimi >>>


Les fondements théoriques : 

  • H. Whitney, THE MATHEMATICS OF PHYSICAL QUANTITIES
            PART I : MATHEMATICAL MODELS FOR MEASUREMENT
            Whitney Hassler, Institute for Advanced Study
            American Mathematical Monthly, February 1968

  • COMPTER-MESURER-CALCULER 
                   OU « LA CONNAISSANCE INTIME DU NOMBRE »
               
                      Compter-Calculer jusqu’en 1970 
- L’enseignement simultané de la numération et de la mesure
- L’enseignement simultané de la numération et des quatre opérations
- L’importance du calcul mental
                   Depuis 1970
- Rupture de la liaison entre l’apprentissage de la mesure et l’apprentissage du calcul
- Réduction du calcul au numérique
- Rupture de la liaison entre l’apprentissage du calcul et de la numération
- Destruction de la notion même de calcul mental
- Faut-il savoir calculer à la main ?
http://www.slecc.fr/GRIP_buisson/06calcul.pdf

------------------------------------------
Commentaires :
http://www.neoprofs.org/t31751p195-les-maths-au-cp#824665


Présentation de l'ouvrage par Pascal Dupré :
Ces fiches sont destinées aux enseignants qui souhaiteraient mettre en oeuvre dans leur classe de CP les programmes proposés par le GRIP dont elles ne sont qu’une progression possible. Elles ne sauraient se suffire à elles-mêmes et nécessitent un important travail préparatoire en classe. Pour vous donner une idée de ce travail vous pouvez consulter les analyses2 et les exemples de leçons proposées sur le site SLECC.
     Vous trouverez dans ces documents aussi bien des « fiches de leçons » que des « fiches d'exercices », certaines pourraient donc figurer dans un manuel, d'autres dans un fichier de travail de l'élève. En début de CP, les consignes écrites seront lues aux enfants, elles figurent à titre indicatif pour les adultes. Elles ont déjà été testées dans des classes depuis 2 ans et nous espérons encore les améliorer grâce aux critiques que vous pourrez apporter. En vue d'une future publication, elles seront complétées par des fiches de géométrie et d'écriture. La progression est donnée à titre indicatif et il est possible que les premières leçons demandent plus de temps si un travail préparatoire n'a pas été réalisé en maternelle.
     Notre but est de montrer qu’il est possible d’enseigner simultanément, dès le début, la numération et le calcul et que l’introduction de toute nouvelle notion par des manipulations n’empêche pas le passage à la formalisation ( utilisation des signes d’opérations, opérations posées ). Pour ce faire, la progression suivie par ces fiches est très largement inspirée des instructions officielles de 1923 qui ont marqué les manuels scolaires jusque dans les années 1960. Elle adopte un principe alors mis en exergue, puis progressivement oublié depuis les années 1970 :

« … Partout, l'opération manuelle doit précéder l’opération arithmétique ; l’expression du langage courant doit précéder l’expression du langage mathématique... C'est sur des faits qu’il faut appuyer - et, nous ajouterons, c'est à des faits qu’il faut appliquer - les calculs, les idées... »
     Une lecture rapide de ces fiches pourrait en effet laisser croire que le travail écrit est surévalué par rapport à la manipulation mais elles seront complétées d'un livre du maître décrivant les pratiques préalables indispensables à leur bonne utilisation selon cet incontournable triptyque : « Faire, dire, écrire »
     Ces phases de manipulation nécessitent un matériel simple mais suffisamment varié pour « connaître » les nombres, au sens où Ferdinand Buisson l'entendait dans l’article Calcul intuitif du Dictionnaire pédagogique : « connaître un objet, ce n’est pas seulement savoir son nom, c’est l’avoir vu sous toutes ses formes, dans tous ses états, dans ses diverses relations avec les autres objets ; c’est pouvoir le comparer avec d’autres, le suivre dans ses transformations, le saisir et le mesurer, le composer et le décomposer à volonté ».
     L'opération manuelle est l’entrée dans l'abstraction. Les dix doigts de la main, base de notre numération décimale, sont le premier support de cette « incarnation » du nombre et de la comptine numérique. Viennent ensuite tous les objets de la vie quotidienne de l'élève : crayons, cahiers, billes, bonbons... puis des objets plus neutres : bûchettes, bouliers... sans oublier l'utilisation des unités du système métrique et de la monnaie.
     Mesurer avec une règle graduée, peser avec un balance Roberval, toutes ces activités ne nécessitent pas de définitions préalables mais ce sont au contraire les bases qui permettront plus tard d'installer ces abstractions.
      De même on abordera les relations arithmétiques entre les nombres (quatre opérations, fractions...) sans chercher d'entrée à les conceptualiser mais en les utilisant dans les situations les plus courantes. Pour la soustraction, par exemple, les jeux traditionnels (billes, cartes, dés...) donnent toutes les occasions d'aborder les différents aspects de l'opération : combien reste-t-il en cas de perte ? Qui gagne ? Qui a le plus ? Qui a le moins ? Quelle est la différence entre les deux ? Combien manque-til pour combler l'écart ?...
     La division, présentée comme une barrière conceptuelle infranchissable au CP à cause de ses deux fonctions (calcul de la valeur d'une part et calcul du nombre de parts), connaîtra la même approche. Toutes les situations de partage équitable ou de distribution entre un nombre déterminé d'enfants (gâteaux, matériel scolaire, jeux de cartes...) font appel à cette opération, elle est donc facile  à mettre en acte : quand je partage un paquet de 12 petits gâteaux entre 4 enfants, j'en donne déjà 1 à chacun, combien en reste-t-il à distribuer ? La répétition de mises en scène aussi simples permettra sans théorisation excessive de faire le lien entre division et soustractions à répétition (12- 4 = 8, 8- 4 = 4...) et multiplication (dans 12, il y a 3 fois 4). Quant au calcul du nombre de parts, toutes les situations de regroupements : se ranger par 2, faire des équipes de 4, 5, 6... permettent une schématisation induisant l'utilisation de la même opération.
     Tout comme la lecture ne peut se construire sans l'écriture, la numération ne peut se construire hors du calcul. Rien dans ce processus d’apprentissage ne justifie la restriction à une, deux, voir trois opérations : seule l'approche simultanée des quatre opérations (dans la manipulation, l'expression en langage courant puis l'écriture mathématique) permet de conduire à la connaissance intuitive du nombre.

Table des matières : 
Un
Deux
Couple, paire
Trois
Quatre
Mesurer en cm (1)
De plus, de moins, la différence
L’unité
Problèmes
Partager en 2 ou 3
Partager en 4
Cinq 20 4
Autant que – rendre la monnaie
Mesurer en cm (2)
Six
Plus petit que
Sept
Celui qui suit, celui qui précède La semaine
Sept -Suite
Huit
Neuf
L’addition
La soustractionProblèmes sur l’addition
Problèmes sur l’addition et la soustraction
Nombres pairs et impairs
Introduction à la multiplication et à la division
La multiplication
La division

20 juillet 2011

Denis Kambouchner, Une école contre l'autre : Analyse de la pensée éducative de Philippe Meirieu

Avec une patience admirable, Denis Kambouchner a lu et décortiqué la pensée de Meirieu. Il en a démonté pièce par pièce tous les faux raisonnements en rétablissant ce que dicte le bon sens le plus élémentaire. Chaque argument de Meirieu, destiné normalement à être définitif, est retourné comme une peau de lapin et, très souvent, l’accent est mis sur la sottise, la méconnaissance profonde du métier ou tout simplement la mauvaise foi qui l’a inspiré.
Denis Kambouchner fait par ailleurs preuve d’une connaissance intime du métier d’enseignant, même au niveau du Primaire, ce qui n’est pas courant chez les professeurs du Secondaire et a fortiori du Supérieur. Devant tant de calme autorité - le livre est le contraire d’un pamphlet -, même les soutiens habituels de la pensée pédagogiste (les rédacteurs du Monde de l’Éducation, par exemple) ont dû reconnaître la valeur imparable de l’argumentation.
---------------------------------------------------------------------
Si vous voulez vous exercer à parler comme M. Philippe Meirieu, je vous conseille d'utiliser la pédagogie informatico-ludique.
Voici la présentation du jeu de « production écrite » se trouvant sur sauv.net (Sauver les Lettres) :
Trois heures du matin et plus que quatre heures pour terminer ce rapport pour avant-hier dernier délai, et accessoirement accéder à la hors-classe. Heureusement, le projet est bien avancé et il ne reste pratiquement plus que l'introduction et la conclusion à parachever, seules parties de l'ouvrage sûres d'être lues.
Mais voilà, l'inspiration a disparu avec les derniers rayons du soleil...
Heureusement, nous avons le remède : le Meirieutron. Son fonctionnement est simple : soit on sélectionne manuellement des bouts de phrase, soit on laisse le Meirieutron agir et on est bon pour l’IUFM.
---------------------------------------------------------------------
Plus sérieusement, je crois qu'il y a un ouvrage qui s'occupe spécifiquement de la philosophie de Philippe Meirieu (voir son site web et son forum), c'est Une école contre l'autre de Denis Kambouchner. 



Commentaire client : Les vrais raisons du malaise de l'école
VEZON Franck Ce livre est une analyse brillante et objective, des véritables raisons qui nourrissent le malaise scolaire tant au niveau des élèves que des enseignants. Son auteur a le courage d'affronter l'idéologie pédagogiste dominante aujourd'hui et dont l'épisode allègre n'était que la partie émergée. Une lecture enrichissante donc pour ne pas se laisser pièger par les discours démagogiques de ceux qui veulent faire "grandir" nos enfants sans mettre le savoir à sa vraie place, c'est-à-dire, au centre...
------------------------------------------------------
Sur le site Formapex, une excellente présentation claire et concise : 

Denis KAMBOUCHNER : né en 1953, il est professeur d'histoire de la philosophie moderne à l'Université Paris-I. Spécialiste de Descartes, à qui il a consacré L'homme des passions (2 vol., Albin Michel, 1995), il a dirigé l'ouvrage : Notions de philosophie (3 vol., Folio-Essais, 1995).

Résumé :

La crise de l'école qui perdure en France n'est pas simplement de structures, de moyens ou de société : c'est aussi une crise de doctrine. Comme la persistance du conflit entre “pédagogues” et “républicains”, la faillite des réformes successives est liée à cette crise intellectuelle, dont il est urgent de chercher à sortir.
 
Que veut donc dire aujourd'hui “enseigner” ? Que faut-il attendre des élèves ? Quelle culture doit-on leur offrir ? Ces questions appellent une reprise philosophique en vue de laquelle il sera utile de discuter les ouvrages du principal représentant français de la réforme pédagogique, Philippe Meirieu. Menée avec rigueur, cette discussion devrait dégager les principes d'une rénovation enfin réfléchie.
 
Commentaire :
À la lecture de ce livre, je me suis rendu compte à quel point les idées de Philippe Meirieu avaient connu leur heure de gloire. Sans avoir jamais rien lu de lui, son point de vue m’était étonnamment familier tant il avait été relayé, suggéré, monté en épingle, imposé, médiatisé, expliqué, reproduit, vulgarisé et arrivé jusqu’à l’instituteur de base que je suis. 

Pourtant, j’étais toujours resté rétif et méfiant face à ces innovations qui devaient “révolutionner” l’enseignement. Outre que ces pratiques pédagogiques étaient des balivernes qui tournaient le dos à la recherche de l’efficacité, je sentais que, sous une apparence de logique et de bons sentiments, il y avait quelque chose de véritablement pervers derrière tout cela. Au lieu d’être un art au service d’un enseignement véritablement et authentiquement laïque, la pédagogie à la Meirieu devenait l’esclave de l’idéologie. 

Or, pour peu que les présupposés idéologiques sur lesquels Meirieu s’appuyait ne soient plus dans l’air du temps (les années 80 et 90 sont bien révolues aujourd’hui), tout l’édifice pédagogique “révolutionnaire” se lézarde et tombe en ruine. Et cela n’a pas manqué… 

Mais encore fallait-il le démontrer. C’est ce que Denis Kambouchner a fait dans son livre. 

Avec une patience admirable, il a lu et décortiqué la pensée de Meirieu. Il en a démonté pièce par pièce tous les faux raisonnements en rétablissant ce que dicte le bon sens le plus élémentaire. Chaque argument de Meirieu, destiné normalement à être définitif, est retourné comme une peau de lapin et, très souvent, l’accent est mis sur la sottise, la méconnaissance profonde du métier ou tout simplement la mauvaise foi qui l’a inspiré. 

Denis Kambouchner fait par ailleurs preuve d’une connaissance intime du métier d’enseignant, même au niveau du Primaire, ce qui n’est pas courant chez les professeurs du Secondaire et a fortiori du Supérieur. Devant tant de calme autorité - le livre est le contraire d’un pamphlet -, même les soutiens habituels de la pensée pédagogiste (les rédacteurs du Monde de l’Éducation, par exemple) ont dû reconnaître la valeur imparable de l’argumentation.

Pédagogie et nouvelles technologies : blog de Mario Asselin



Mario Asselin : "Ce secteur a pris une telle importance dans ma vie au cours des quatre dernières années que mon changement d'orientation professionnelle est résolument tourné vers cet objet d'études et de travail. Je crois fermement que les outils technologiques sont de beaux leviers pour favoriser des apprentissages plus nourriciers et féconds. Mais ça doit rester simple à utiliser..."

29 juin 2011

Twittérature : une forme de littérature!

Fin d’après-midi aujourd’hui. Je consulte parfois mon agrégateur de fils de nouvelles à cette heure où je m’apprête à quitter le bureau. Je ne vais pas très loin cette fois puisque le premier lien qui s’offre à moi est un...
28 juin 2011

Québec, ville du patrimoine mondial, vue par les jeunes

Encourager le travail des jeunes, c’est toujours stimulant. C’est dans cet esprit que je me suis présenté à l’Hôtel de Ville de Québec en fin d’avant-midi, quelques jours après avoir fait la même chose dans le cadre de la...
29 mai 2011

Rupert Murdoch n'a pas tout dit à la tribune de l'e-G8

Ça se passait mardi dernier au Jardin des Tuileries à Paris. La réunion des chefs d’État et de gouvernement du G8 était précédée cette année d’un événement réunissant «le gratin» de l’internet mondial au Forum e-G8. Sur la base de... Commentaires( 1 )

Lire le blog : http://carnets.opossum.ca/mario/archives/tags/pedagogie_et_nouvelles_technologies/ 

18 juillet 2011

Fausse opposition 1 : « décodage contre sens »

L’éducation semble être en proie à de fausses oppositions. Il n’y a encore pas si longtemps, avant que la recherche et le bon sens ne prennent le dessus, le débat portant sur la meilleure manière d’apprendre à lire aux enfants, s’est vu caractérisé comme un débat « décodage contre sens » (phonics vs. meaning). Or, il s’est avéré en fait que, loin d’être en opposition, le décodage – ce que l’on pourrait considéré comme la part technique dans la lecture -  et la compréhension étaient liés entre eux d’une manière indissociable. Le déchiffrement fluide, - qui pour la majorité des enfants est mieux assuré par l’enseignement direct et systématique des correspondances entre lettres et sons et des façons de les assembler (= phonics ou méthode alphabétique) ainsi que par beaucoup de pratique de lecture - , est une condition indispensable de la compréhension.
Hung Hsi WU
COMPÉTENCES DE BASE VERSUS COMPREHENSION CONCEPTUELLE
Une fausse dichotomie dans l'enseignement des mathématiques
http://www.aft.org/pdfs/americaneducator/fall1999/wu.pdf

 
RéfArt014 : Jean Foucambert 
« Seul argument en faveur de la méthode mixte : l’accès au sens que faciliterait le mixte au détriment des méthodes alphabétiques dont le « laborieux déchiffrage » façonnerait des élèves « déchiffreurs » mais non « lecteurs », selon les accusations de Jean Foucambert. 
 
Or, ces recherches récentes en orthophonie (RéfArt012 et 013) montrent clairement que, même pour ce qui est de la compréhension de texte (résumé d’histoire, questions sur les personnages, sur la signification des détails du texte, etc.), les élèves qui ont appris à lire avec des méthodes alphabétiques ont des résultats nettement supérieurs à ceux qui ont appris avec une méthode mixte. »
Follow on Bloglovin
 

Archives (2011 à 2014)

Vous aimerez peut-être :

Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...