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5 juillet 2011

Nuyts : Comment vont-ils penser ?

"Il est un type de liberté sans lequel toutes les autres sont vaines, la liberté de pensée. De penser avec ses propres mots, de dialoguer avec soi-même. Or nos enfants sont en grand danger d’en être privés, car la pensée langagière, ce langage intériorisé, n’est pas innée : elle se construit à base d’analyse, de dialogue entre le texte lu et soi, puis entre soi et soi. L’analyse de textes ayant disparu de l’école, nombre d’enfants ne pensent plus avec des mots. Comment vont-ils penser ?

Quelle sera la liberté d’un jeune qui croit savoir lire, mais ne peut retrouver dans un texte que ce qu’il sait déjà, ou ce que titres, sous-titres et conclusions vont mettre en évidence, parce qu’on a monté chez lui une simple lecture de reconnaissance ? Quelle sera la liberté d’un homme qu’on n’aura pas ouvert à l’analyse, ni à la conscience de soi, de soi responsable de ses actes, de soi situé dans le temps ? Et quelle sera la liberté d’un peuple dont de nombreuses élites auront été si peu construites ?"

2 juillet 2011

Skhole.fr : Livraison XII - Juillet 2011

 Voici la présentation de cette livraison par les webmasters de Skhole :

Chers lecteurs,

Pour cette XIIe livraison de skhole.fr, la dernière de cette année scolaire, nous espérons que ces nouvelles publications éveilleront votre curiosité :

- En quoi l'école est-elle inégalitaire ? Julien Gautier propose d'interroger, à partir de la lecture du sociologue Raymond Boudon, la question de "l'égalité des chances" à l'école et hors l'école, mettant à mal un certain nombre de préjugés et de fausses évidences :
http://skhole.fr/node/304

- Cette analyse est accompagnée d'un article de Raymond Boudon lui-même, dans lequel celui-ci résume ses thèses sur "les causes de l'inégalité des chances scolaires" :
http://skhole.fr/node/308

- Nathalie Bulle s'interroge sur les répercussions de la diffusion croissante, à partir du début du XXe siècle, d'un paradigme évolutionniste en matière d'éducation, et tout particulèrement sur ses conséquences quant à l’enseignement des "humanités" :
http://skhole.fr/node/311

-  Dans "Le marché noir de l'école", Elise Clément, à partir de son expérience, analyse les problèmes soulevés par la généralisation des cours particuliers,  symptôme d'un malaise profond vis-à-vis de l'école. :
http://skhole.fr/node/306

- Un principal de collège s'interroge, de l'intérieur du système, sur la sociologie des cadres de l'éducation, dont il montre qu'elle n'est pas sans incidence sur les problèmes rencontrés par l'école :
http://skhole.fr/node/310

- Nous publions d'autre part ce mois-ci une note de Michel Segal consacrée à la question de la violence scolaire. Il y établit un diagnostic de la situation actuelle dans les collèges et développe un ensemble de propositions que nous croyons utile de porter au débat :
http://skhole.fr/node/305

- Dans le dernier texte publié ce mois-ci, ces propositions sont justement débattues par un principal de collège, qui invite à bien distinguer les différents types de violence exercée en milieu scolaire, et donc de réponses à celle-ci, afin de déterminer ce que l'école peut - ou ne peut pas...
http://skhole.fr/node/309


Nous espérons que ces nouvelles publications vous intéresseront et souhaitons toujours des réactions de votre part. N'hésitez pas à ajouter librement vos commentaires aux articles publiés.

Par ailleurs, nous cherchons toujours à entrer en contact avec des artistes - peintres, plasticiens, photographes, etc. - qui accepteraient de proposer gracieusement leurs travaux pour illustrer les prochains articles publiés dans la revue. Merci de faire circuler cet appel autour de vous.

très cordialement,

Julien Gautier et Guillaume Vergne, professeurs de philosophie et fondateurs de skhole.fr.
Skhole.fr - penser et repenser l'école : http://skhole.fr

1 juillet 2011

Violence & illettrisme (Vaillé)

Joseph Vaillé, Violence, illettrisme : la faute à l’école, Les Éditions de Paris, 2001, 160 pp. – 14 €

Ce violent réquisitoire, convaincu et souvent convaincant, s’appuie sur le précédent ouvrage pour déplorer d’un même souffle les méthodes pédagogiques pratiquées dès la maternelle et leur incitation indirecte à la violence ; car l’enfant, rendu par lesdites méthodes « incapable de comprendre et d’exprimer ses émotions, perd la maîtrise de soi ». S’appuyant sur un solide bon sens et sa longue expérience de formateur, l’auteur dresse un tableau à la fois tragique et comique de l’enseignement primaire contemporain. Même s’il se veut plein d’espoir et confiant dans la possibilité de corriger les errements passés et présents de la méthode globale d’apprentissage de la lecture, il nous décrit par le menu les ravages psychologiques du formalisme grammatical (ah, les temps verbaux réduits à trois, les pronoms personnels séparés de ce qu’il désigne dans leur contexte, le sacro-saint « schéma actanciel ») auquel sont soumis les écoliers, raconte de tristes anecdotes, entre dans des considérations philosophiques qui nous emportent au fil de ce petit volume. L’ennemi, c’est le pédagogisme et c’est cette lecture globale, silencieuse, et rapide, voire prédictive – parée de tous les qualificatifs cachant une réelle incompréhension. Les dégâts, ce sont une mémoire mal entraînée, une culture au rabais (et non plus littéraire), un apprentissage dirigiste. Nous échapperons peut-être au pire : à un enseignement qui privilégie à l’inné l’acquis, aux « cerveaux gauches » trop indépendants les individus visuels et soumis.

Source : R. Vaissermann, « Joseph Vaillé, Violence, illettrisme : la faute à l’école », Défense de la langue française (D.L.F.), n° 208, avril-juin 2003, pp. 59-60

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Pour en savoir plus, voir ici : http://ecolereferences.blogspot.com/search/label/Nuyts 

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Voir aussi ce que dit Marc-Olivier Sephiha dans son article "Dysorthographies au collège" (Skhole) : 

[...]

C/ Quelles sont les autres difficultés rencontrées par ces élèves ?

1) Difficultés d'apprentissage
Tant que la retranscription des sons n’est pas automatisée, il est très difficile pour ces élèves d’acquérir des notions grammaticales, orthographiques, lexicales, littéraires, etc., car leur attention est obnubilée par des tâches simples qui auraient dû être devenues réflexes. Il est très difficile également pour ces élèves de suivre un cours non écrit, de prendre des notes, etc. (ce qui nécessite de tout écrire au tableau[5]).
2) Difficultés comportementales
Ces élèves présentent, souvent, des problèmes de comportement.
Dans le rapport à soi-même : chez ces élèves, on découvre souvent une perte de l’estime de soi, une vision globalement négative de la vie. Dans leurs autoportraits, on trouve fréquemment des déclarations comme « la vie ses nulle, et ses vrai ! » ou (in extenso ; les mots raturés le sont sur la copie): « Je suis une fille je sui petite d taille et je suis une fill qui esme rire et parler. Et je sui surtout pas inteligent mais une ratca rackaein rakaieu racaille. ». Tandis que les élèves qui n’ont pas ces difficultés ont tendance à parler de leurs moments de joie, de gaieté, de leur attitude généralement positive face à la vie…
Dans le rapport aux autres, deux possibilités s’offrent à ces élèves : ils « implosent » ou « explosent » (ou alternativement). Soit ils se « renferment », se mettent dans un état d’« absentéisme intérieur », se font le plus discret possible afin d’être le moins interrogés ; soit ils cherchent un exutoire pour regagner sur un autre plan une estime de soi bien entamée ; c’est alors souvent le choix de la perturbation, voire de la provocation, de l’agressivité, verbale et/ou physique. Le seul élève ayant fait preuve de violence physique devant et envers moi (renversant tables et chaises dans un accès de rage, avant de s'enfuir en courant, parce que je gardais son carnet de correspondance pour rédiger un mot) était un élève gravement dysorthographique, que j'avais essayé, en vain, d'orienter vers un dépistage de dyslexie et une UPI (unité pédagogique d’intégration, appelée désormais Unité localisé pour l’inclusion scolaire - ULIS). Les deux années passées, la majorité des élèves repérés en début d’année comme dysorthographiques ont été vus ensuite par les CPE du collège Georges Pompidou, pour des problèmes comportementaux[6]On voit ici comment s’imbriquent les plans comportemental et pédagogique. Tâchons maintenant de comprendre d’où viennent ces difficultés.

II/ QUELLES SONT LES CAUSES DE CES DIFFICULTES ?

A/ Ces élèves sont-ils dyslexiques?

Malgré mon absence initiale de connaissances en orthophonie, j'ai pu mieux comprendre ce problème de deux façons. D’abord grâce à ma compagne institutrice, qui s'est occupée d'un CP durant cinq ans ; et avec qui, ainsi qu'avec ses collègues professeurs des écoles, nous avons échangé fréquemment au sujet de leurs élèves de cours préparatoire et d'autres niveaux, et de l'effet sur eux de différentes méthodes de lecture, j'y reviendrai. J'ajoute, sur un plan plus théorique, la lecture d'essais éclairants sur l'école primaire, aussi bien d’ouvrages d'instituteurs, de professeurs que d'orthophonistes, de neurologues ou de pédiatres. J’en cite certains par la suite.
  

[...] 

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Violence scolaire, voir : 
Michel Segal, Traiter la violence scolaire
Un principal de collège, Avis à propos de la note de M. Segal sur la violence scolaire
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Archives (2011 à 2014)

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