Le Monde du 6 décembre rend compte du rapport remis par Alain
Bentolila à Xavier Darcos sur les Maternelles. Bien sûr, on peut
toujours s'interroger sur la compétence d'un linguiste universitaire sur
la question — disons que sa prestation sur Gafi, le manuel de lecture
qui a formé/déformé tant d'enfants, lui sert de carte de visite — ainsi
que certaines remarques récentes sur le nécessaire apprentissage de
"mots nouveaux" chaque jour en classe — dois-je croire que tous les
instits n'en avaient pas ressenti la nécessité, et depuis quelques
lustres ?
"Pour schématiser, dit Bentolila, les deux premières années [de
Maternelle] on fait la classe au fil de l'eau, avec des activités qui
n'ont pas de réels liens entre elles et sans objectifs clairement
définis. En grande section, soit on continue sur ce modèle, soit on met
les bouchées doubles."
Et de s'attirer les foudres immédiates d'une inspectrice générale,
Viviane Bouysse, affirmant que "rien ne justifie qu'on fasse trop tôt et
mal des apprentissages qui ne relèvent pas des écoles maternelles —
déclaration faite à l'occasion d'un colloque organisé le 27 novembre à
Paris par le SNUIPP-FSU, à qui nous devons depuis si longtemps tant de
prises de positions pédagogiquement avantgardistes…
Je ne suis pas spécialiste des Maternelles, ni du Primaire en
général, et je me garderai bien de donner mon son de cloche — parce que
"cloche" serait, en l'occurrence, le terme vraiment adéquat.
Mais comme les bloggueurs/bloggueuses ici présent(e)s ont du talent,
j'ai demandé à l'une d'entre elles, qui s'y connaît assurément, de bien
vouloir mettre par écrit quelques propositions pour la Maternelle.
Merci à Catherine B-H***, plus connue sous le pseudonyme de Catmano.
Ces "propositions" étaient destinées à mon prochain livre : je les
soumets ici à l'appréciation de toutes et de tous — cela vaut mieux
qu'un discours creux appelant à "définir des programmes clairs et établir
une vraie progression des apprentissages de la petite à la grande
section."
Alain, mon ami, voici ton programme.
Jean-Paul Brighelli
Propositions :
1) Orientation générale :
• L’école maternelle a pour but de donner aux enfants de deux à six ans
les soins que réclame leur développement physique, intellectuel et moral
et de les préparer à recevoir les enseignements prévus dans les
programmes de l’école élémentaire.
• C’est un établissement d’enseignement qui est chargé de former le
passage de la famille ou du mode de garde choisi par celle-ci à l’école
élémentaire. Elle initie au travail et à la régularité de l’école tout
en conservant un mode de fonctionnement et des programmes compatibles
avec le jeune âge de ses élèves.
• En conséquence, les instituteurs devront se préoccuper de permettre à
leurs élèves d’accéder à l’école élémentaire en pleine possession de
leurs facultés motrices et intellectuelles et capables de mobiliser ces
compétences au sein d’activités dirigées.
• Comme on ne se propose pas dans les écoles maternelles de former ou
d’exercer une capacité au détriment des autres, mais de les développer
toutes harmonieusement, il ne peut être question de préconiser aucune
méthode basée sur un système exclusif et artificiel. Les instituteurs
s’appliqueront au contraire à former, à l’aide des différentes méthodes
qu’il aura eu l’occasion de se voir développer au cours de sa formation,
tous les exercices qui répondront aux besoins du petit enfant et qui
mettront en jeu toutes ses facultés.
• Les exercices qu’elle proposera seront variés : la découverte du
monde, le langage, le chant, les premiers essais d’arts visuels, de
lecture, de calcul, de récitation partageront le temps avec les
exercices corporels et les jeux sensoriels de toute sorte. On appliquera
une méthode essentiellement naturelle, familière, toujours ouverte aux
découvertes scientifiques, toujours susceptible de se compléter et de se
réformer dans le sens d’une meilleure intégration des élèves à la suite
de leur scolarité. Des entrevues entre enseignants de maternelle et des
premières classes du primaire seront organisées afin que méthodes et
contenus des deux écoles soient harmonisées.
• Sachant à quel point à cet âge, tout acquis est fragile et sujet à
fluctuations, et combien les progrès dans un domaine mobilisent
temporairement l’attention de l’enfant, allant parfois jusqu’à provoquer
des régressions dans les autres domaines, l’évaluation des progrès de
l’enfant restera globale. L’instituteur s’attachera à solliciter ses
élèves dans tous les domaines, sans fatigue, sans trop de contraintes,
sans excès d’application. Il veillera à leur donner toutes les aides et
toutes les informations nécessaires pour que leur intérêt, leur joie
d’apprendre, leur goût du travail et de l’effort ne s’altèrent pas.
(Voir aussi
Lecture en Grande section, par Catherine Huby)
(Voir aussi
L'éducation maternelle dans l'école (1886) , par Pauline Kergomard)
2) Proposition de programmes par année scolaire :
• Petite Section (enfants de deux à quatre ans) :
a) Vivre ensemble :
Les enfants, encore très jeunes, ne pouvant encore profiter de
l’expérience commune et ayant beaucoup de difficultés à se décentrer de
leur expérience personnelle, il sera vain à cet âge de provoquer des
débats visant à faire émerger des règles de vie collectives. C’est à
l’adulte (PE et ATSEM) de leur faire prendre des habitudes compatibles
avec la vie en société. Celui-ci s’attachera à ne tolérer aucun acte qui
pourrait s’apparenter à de la violence et encouragera la prise en
compte des autres enfants comme des égaux ayant droit aux mêmes égards
que l’enfant lui-même.
- Causeries très simples, mêlées à tous les exercices de la classe et de
la récréation, dès les premiers jours de classe, lors de chaque
activité, puis en cours d’année, lors de chaque problème, le plus
souvent adressé à un enfant ou un petit groupe d’enfants en particulier
- Suivi tout particulier à l’égard des enfants n’ayant pas encore
intégré les premières règles de la vie en collectivité, en les aidant,
grâce aux capacités d’anticipation de l’adulte, à gérer leur
individualité au sein d’un groupe dans le respect du bien-être de chacun
b) Langage :
La disparité des capacités langagières des élèves de cette section
pourra décontenancer l’instituteur et le conduire à considérer que tel
ou tel enfant n’a pas encore sa place dans une structure de type «
scolaire ». Il devra néanmoins se rappeler que les enfants de moins de
quatre ans progressent selon des rythmes personnels très divers et qu’il
peut s’attendre tout au long de l’année (ou des deux années) à voir
progresser à pas de géants tel enfant qui stagnait depuis des semaines
et s’arrêter ou même régresser tel autre qui est en train d’investir un
autre domaine de compétence. Son rôle sera donc de proposer à tous un
langage et des domaines d’exploration riches et variés.
- Exercices de prononciation, comptines, formulettes. L’enseignant aura
reçu au cours de sa formation toutes les informations nécessaires sur
l’appareil phonatoire et sera capable de distinguer facilement les
troubles qui relèvent de sa compétence et ceux qui devront
nécessairement être confiés à un personnel plus qualifié (rééducateur,
orthophoniste)
- Exercices en vue d’augmenter le vocabulaire de l’enfant (voir
découverte du monde) ; premiers exercices de mémorisation : chants,
comptines, récits et contes lus ou racontés quotidiennement ; questions
et réponses
c) Découverte du monde (leçons de choses, connaissance des objets usuels, premières notions d’histoire, de géographie)
Ces exercices, nombreux et variés, partiront toujours d’objets mis sous
les yeux et dans les mains des enfants. Ils donneront lieu à des
causeries à bâtons rompus où l’instituteur s’attachera à solliciter
l’intérêt et la participation de chacun, évitant au maximum le monopole
de la parole par les enfants les plus à l’aise. Au besoin, il
constituera dans sa classe des groupes de niveau et confiera
provisoirement l’un des groupes à l’ATSEM qui mènera alors une activité
de jeu qu’il aura programmée lui-même afin de pouvoir travailler au plus
près des besoins de ses élèves (dans les écoles à plusieurs classes,
ces moments de langage autour d’un phénomène à découvrir pourront faire
l’objet d’une programmation commune et les enfants seront alors répartis
pour ce moment en groupes de besoins).
On traitera au cours de l’année scolaire les points suivants (ces notions seront reprises et élargies en Moyenne Section) :
- Nom des principales parties du corps humain ; des principaux animaux
sauvages et domestiques ; des plantes servant à l’alimentation ou les
plus visibles pour l’enfant (arbres de la cour, de la rue, fleurs
familières, etc.)
- Nom et usage des objets qui sont sous les yeux de l’enfant (objets
servant au vêtement, à l’habitation, à l’alimentation, au travail
scolaire)
- Étude des couleurs et des formes par des jeux
- Notions de jour et de nuit
- Âge de l’enfant, anniversaires, la fratrie, la famille
- Le chaud, le froid, la pluie, le beau temps, la neige, la glace
- Éducation sensorielle : discerner des couleurs, des formes, des longueurs, des sons, des odeurs, des saveurs
- Demeure et adresse de l’enfant, nom de la commune, situation relative
des différentes parties de l’école, petits exercices sur la distance
(moins loin, plus loin)
d) Dessin, lecture, écriture, exercices manuels
Les exercices prématurés de lecture ou d’écriture risquant de provoquer
chez les élèves les plus fragiles un dégoût durable, l’enseignant
restera très modeste dans ce domaine jusqu’à la fin de la Petite
Section. Son travail dans ce domaine se bornera donc à faire découvrir
et apprécier les livres et ce qu’ils contiennent à ses petits élèves.
Les prénoms inscrits sur les casiers, cahiers ou classeurs ainsi que sur
le porte-manteau de chacun ne donneront lieu à aucun exercice de
reconnaissance ou de copie. Ils seront là uniquement pour la commodité
des usagers -lecteurs (adultes de l’école, parents).
- Les activités de dessin seront quotidiennes et on encouragera chaque
enfant à « raconter son dessin » au maître qui transcrira ses paroles
sur la feuille du dessin. Ces dessins seront collectés dans un cahier ou
un classeur qui suivra l’enfant tout au long de l’année scolaire. Les
capacités motrices fines de cet âge étant encore très limitées, on ne
proposera pas à l’enfant de copie de modèle, de thème de travail,
d’exercices de graphisme.
En revanche, de nombreuses activités manuelles seront programmées chaque
jour : peinture, modelage, déchiquetage puis découpage, collage ou
enfilage de petits éléments. Ces activités, très libres, ne viseront pas
à obtenir un contenu esthétique souvent plus valorisant pour
l’enseignant que pour l’enfant lui-même ou l’acquisition de techniques
d’arts visuels issues de l’art contemporain et plaquées sur un projet
conçu par des adultes pour des adultes. Elles seront proposées à
l’enfant uniquement dans le but d’exercer sa motricité fine, de
découvrir et d’entraîner sa discrimination visuelle, de l’encourager à
mener à bien une tâche simple. L’enseignant se bornera donc à offrir un
matériel riche et varié, à installer un goût de bien faire et quelques
petites habitudes de soin, d’effort et de précision.
- Le maître donnera quotidiennement à voir à ses élèves un comportement
de lecteur et scripteur expert. Il écrira sur les dessins produits un
texte grammaticalement correct et encouragera chaque progrès de l’enfant
en valorisant toute production graphique nouvelle (petits ronds,
pointillés, hachures, etc.) et toute représentation du réel plus
conforme à la réalité que les précédentes (bonhomme, animal, véhicule,
objets, etc.)
- Chaque jour, il regroupera ses élèves autour d’un livre pour enfants.
Il commencera par des imagiers très simples de façon à ne pas écarter
dès le départ ceux de ses élèves qui n’ont eu hors de l’école aucun
contact avec les livres. Petit à petit, tout au long des deux années de
la Petite Section, il proposera des livres plus longs, aux textes plus
fournis, en prenant garde toutefois de cibler tous ses élèves. Sa
lecture sera interrompue de nombreuses questions, il donnera à voir les
détails de l’image, se fera expliquer chaque phrase, reformulera en
français plus élaboré les essais de langage de ses tout-petits.
- Les élèves étant encore trop jeunes, il n’essaiera pas de les faire
écrire. Tout au plus pourra-t-il proposer à chaque enfant de reproduire
un graphisme déjà produit et il les encouragera à automatiser le geste
qui leur a permis ce graphisme. En revanche, il travaillera les
compétences à la copie de modèles orientés grâce à des jeux à base de
petit matériel (bâtonnets, jetons, cerceaux, balles, etc.)
e) Calcul
Les exercices proposés feront systématiquement appel au jeu et ne feront
l’objet d’aucune évaluation. Les chiffres ne seront pas proposés à la
copie et le maître s’attachera à ce que l’enfant considère à la fois le
nombre sous son aspect cardinal et ordinal.
- Le nombre : quantités de 1 à 5, ajouts, retraits, partages. Associer chiffre, collection concrète, doigts de la main.
- La comptine numérique : de 1 à 5, premier, deuxième, troisième, dernier.
f) Musique
L’instituteur aura, au cours de sa formation, reçu une instruction
complète sur les capacités vocales et rythmiques d’un enfant de deux à
onze ans. Il sera donc capable de concevoir un répertoire adapté à la
tessiture et aux capacités d’articulation et de vitesse d’élocution de
ses élèves. Il s’attachera à ce que tous ses élèves participent,
allégeant au besoin ses ambitions. Les musiques proposées à l’écoute et à
l’expression corporelle seront choisies de la même façon et
respecteront une progression élaborée allant du simple au complexe.
- Comptines et chants du répertoire traditionnel ou contemporain, jeux de nourrice.
- Exercices portant sur le rythme (rythme corporel, rythme frappé, petites percussions)
- Exercices d’écoute en lien avec la progression d’EPS (expression corporelle)
g) Education motrice
Selon le milieu familial, l’enfant de deux à trois ans qui entre à
l’école maternelle a ou n’a pas eu l’occasion d’exercer sa motricité
large et fine. L’instituteur devra en tenir compte et proposer à tous
ses élèves une progression qui leur permettra de progresser et de
s’approcher de la norme. Il aura pour cela reçu au cours de sa formation
tous les éléments nécessaires à une bonne connaissance des capacités
physiques et motrices de l’enfant. On s’attachera à ce que es actions,
d’abord libres et menées par le simple désir d’agir soient de plus en
plus voulues et organisées, graduellement plus élaborées et articulées
entre elles.
- Jeux libres avec ou sans matériel (balles, ballons, cerceaux, anneaux,
rubans, etc.), premières copies du jeu de l’enseignant ou d’un camarade
(lancer et rattraper, faire rouler, rebondir, etc.)
- Expression corporelle, rondes, jeux dansés (voir Musique)
- Évolutions (marche, course, saut, ramper, grimper, quadrupédie, etc.) avec ou sans obstacles
- Exercices d’équilibre (rouler, glisser, évoluer sur la poutre, etc.)
• Moyenne Section (enfants de quatre à cinq ans) :
a) Vivre ensemble :
La plupart des enfants ayant déjà fréquenté l’école maternelle pendant
une à deux années scolaires devront avoir intégré les habitudes d’une
vie en collectivité harmonieuse. Il se pourra néanmoins que
l’instituteur ait besoin de reprendre les programmes et méthodes de la
classe de Petite Section pour permettre à chacun de progresser dans sa
compréhension des règles de vie.
- Certains contes, chants et poèmes du répertoire traditionnel ou
contemporain seront lus et commentés afin de faire émerger
l’universalité des règles de vie appliquées à l’école. Ils seront suivis
de questions propres à en faire ressortir le sens et à vérifier si les
enfants l’ont compris
- Les causeries, très individualisées en Petite Section, deviendront
plus collectives. On commencera à habituer les enfants à en référer à
l’adulte lors des conflits afin que l’harmonie règne et que chacun se
sente en sécurité au sein de règles communes applicables à tous
b) Langage :
Certains troubles de prononciation peuvent persister tout au long de la
classe de Moyenne Section. Les enseignants, formés à détecter et traiter
les plus simples de ces troubles, mettront tout en œuvre pour que ces
difficultés cèdent avant l’arrivée en Grande Section. Toutes les
facilités lui seront données pour le signalement des cas plus lourds et
il aura à sa disposition une procédure simple pour encourager la famille
à prendre en charge le traitement rapidement. La classe des Moyens est
la classe idéale pour ouvrir l’ouïe de chaque enfant et le préparer à
une articulation correcte et précise qui facilitera grandement les
premières bases de l’apprentissage de la lecture alphabétique.
- Exercices de prononciation, d’écoute fine. Premiers exercices progressifs de conscience phonémique (oral uniquement)
- Enrichissement « exponentiel » du vocabulaire : toutes les activités
de la classe engageront l’enfant à apprendre chaque jour des mots
nouveaux et à les réinvestir régulièrement
- Récitation de chants, de comptines, de poèmes
- Lecture de contes, récits, documentaires par le maître. Celui-ci
s’attachera à encourager l’écoute, la reformulation, l’anticipation des
enfants. Le répertoire sera riche et varié et les méthodes employées
viseront à ne jamais laisser l’intérêt de l’enfant s’étioler et à ne pas
lui demander de s’intéresser à une éventuelle compétence de lecteur
expert (lecture de mots, de phrases, production d’écrits personnels)
- Entraînement régulier à la dictée à l’adulte lors des activités
quotidiennes de dessin (libre, résumant un conte lu en classe, le
déroulement d’un événement vécu par l’enfant), le maître s’attachera
tout particulièrement lors de cette activité à proposer à l’enfant un
modèle de langage oral élaboré et n’hésitera pas à modifier la forme des
propos dictés en lui expliquant les manques de ses propos (négations,
utilisation des temps et modes de conjugaison, connexions logiques,
adjonctions de compléments circonstanciels, structure du récit). Cette
dictée à l’adulte ne fera en aucun cas appel à une éventuelle
reformulation de l’écrit par l’enfant qui risquerait alors de prendre sa
récitation pour de la lecture.
c) Découverte du monde (leçons de choses, connaissance des objets usuels, premières notions d’histoire, de géographie)
Le travail entrepris en Petite Section sera repris et complété, toujours
à partir d’objets réels. Si le besoin s’en fait sentir, les groupes de
besoin seront à nouveau constitués, les membres du RASED pouvant au
besoin compléter les enseignants de l’école pour les cas les plus
difficiles.
On ajoutera aux exercices vus en Petite Section et repris pour approfondissements en Moyenne Section :
- Observations sur la durée (heure, jour, semaine)
- Le nom du jour, de la veille et du lendemain
- Observations sur la saison, ses travaux, ses productions
- Éducation sensorielle : comparer des couleurs, faire discerner et
comparer des nuances, des masses, des températures, des textures
- La terre et l’eau
- Le soleil : sa course apparente dans le ciel, le levant et le couchant
d) Dessin, lecture, écriture, exercices manuels
C’est bien sûr par le dessin que l’élève de Moyenne Section pourra
continuer à s’exprimer. L’agilité manuelle des enfants permettra
maintenant au maître de programmer les premiers exercices de graphisme
préparatoire à l’écriture liée. Certains élèves, plus âgés ou plus
précoces que leurs camarades, commenceront au cours de l’année à
s’intéresser aux lettres et aux symboles en général. Cet intérêt ne sera
surtout pas découragé, en revanche, on n’exigera pas que l’ensemble des
élèves l’éprouve. L’essentiel de la préparation à la lecture se situera
au niveau de la prononciation, de l’écoute pour aboutir au mieux à la
conscience phonémique.
- Les activités de dessin seront quotidiennes et on encouragera chaque
enfant à « raconter son dessin » au maître qui transcrira ses paroles
sur la feuille du dessin. Ces dessins seront collectés dans un cahier ou
un classeur qui suivra l’enfant tout au long de l’année scolaire. Selon
les capacités motrices de ses élèves, le maître les encouragera à
enrichir leurs productions, à établir des liens entre les différents
éléments, à organiser l’espace de leur feuille de manière de plus en
plus conventionnelle ; c’est par ces dessins, encore le plus souvent
libres, qu’il pourra évaluer sans contrôle formel les acquis au niveau
de l’organisation de l’espace, du schéma corporel, l’aisance
psychomotrice et, lors de la dictée à l’adulte, la richesse du
vocabulaire et la conformité syntaxique du discours. Les premiers
dessins d’observation (leçons de choses) et de comptes-rendus (résumés
de contes, d’activités) seront demandés aux élèves au cours de l’année
scolaire. Les dictées à l’adulte pourront alors devenir collectives
(groupe-classe ou petits groupes de besoins).
- Les activités manuelles resteront encore l’un des points centraux de
la journée de classe. Aux activités prévues en Petite Section, on
ajoutera toute activité nécessitant une motricité fine déliée et une
précision accrue (laçages, couture, tissages, etc.). La copie de modèle
sera évitée au maximum, le soin, la précision et l’effort pour mener à
terme son travail seront encouragés.
- Des exercices progressifs de graphisme préparatoire à l’écriture liée
seront mis à l’emploi du temps quotidien. L’instituteur s’attachera à
construire une progression réaliste et exigeante, il pourra s’aider de
manuels dont il suivra alors rigoureusement la progression.
- Dans la deuxième moitié de l’année scolaire, si tous les élèves ont
commencé à marquer de l’intérêt pour les symboles, les chiffres, les
lettres, l’instituteur pourra mettre en place une progression visant à
apprendre à tous ses élèves le nom des lettres de l’alphabet, les
minuscules scriptes et cursives seront privilégiées, on ne demandera pas
à l’élève de lire ou de copier des mots entiers. Ces exercices
resteront ludiques et ne feront pas l’objet d’une évaluation.
e) Calcul
Les exercices proposés feront systématiquement appel au jeu et ne feront
l’objet d’aucune évaluation formelle. Les chiffres ne seront pas écrits
et le maître s’attachera à ce que l’enfant considère à la fois le
nombre sous son aspect cardinal et ordinal.
- Le nombre : quantités de 1 à 10, ajouts, retraits, partages, la moitié, comparaisons, égalité.
- La comptine numérique : de 1 à 10, premier, deuxième... dixième. Avant, après.
f) Musique
L’instituteur aura, au cours de sa formation, reçu une instruction
complète sur les capacités vocales et rythmiques d’un enfant de deux à
onze ans. Il sera donc capable de concevoir un répertoire adapté à la
tessiture et aux capacités d’articulation et de vitesse d’élocution de
ses élèves. Il s’attachera à ce que tous ses élèves participent,
allégeant au besoin ses ambitions. Les musiques proposées à l’écoute et à
l’expression corporelle seront choisies de la même façon et
respecteront une progression élaborée allant du simple au complexe.
- Comptines et chants du répertoire traditionnel ou contemporain, jeux de nourrice.
- Exercices portant sur le rythme (rythme corporel, rythme frappé, petites percussions), la pulsation (vite / lent)
- Exercices d’écoute en lien avec la progression d’EPS (expression corporelle)
- Exercices et jeux d’écoute : grave, aigu ; découvrir quelques
instruments, en étudier les caractéristiques, en reconnaître le son,
trier (cordes, vent, percussion).
g) Education motrice
Le maître encouragera les élèves qui n’auraient pas fréquenté la Petite
Section à participer aux activités motrices pour lesquelles il aurait de
l’appréhension. Le travail moteur s’organise de plus en plus et
commence à devenir collectif.
- Jeux organisés avec ou sans matériel (balles, ballons, cerceaux, anneaux, rubans, etc.), premiers jeux à règle.
- Expression corporelle, rondes, jeux dansés (voir Musique)
- Évolutions (marche, course, saut, ramper, grimper, quadrupédie, etc.)
avec ou sans obstacles, évolutions dans un milieu moins familier (pleine
nature, piscine, mur d’escalade, neige, etc.)
- Exercices d’équilibre (rouler, glisser, évoluer sur la poutre, etc.)
• Grande Section (enfants de cinq à six ans) :
a) Vivre ensemble :
Les enfants doivent avoir intégrer l’ensemble des règles qui régissent
la vie de l’école ainsi que les valeurs en usage dans notre société.
- Les contes, chants et poèmes utilisés en Moyenne Section seront repris
et complétés par d’autres visant à faire acquérir à chacun les droits
et les devoirs d’un élève scolarisé
- Les causeries collectives auront pour origine non plus la vie
quotidienne de la classe, mais plutôt des principes généraux.
L’instituteur veillera à rester dans le strict cadre de la laïcité et le
respect des valeurs familiales. Il gardera présent à l’esprit les mots
de Jules Ferry (lettre aux instituteurs, 17/11/1883) : « ...avant de
proposer à vos élèves un précepte, une maxime quelconque, demandez-vous
s'il se trouve, à votre connaissance, un seul honnête homme qui puisse
être froissé de ce que vous allez dire. Demandez-vous si un père de
famille, je dis un seul, présent à votre classe et vous écoutant,
pourrait de bonne foi refuser son assentiment à ce qu'il vous entendrait
dire. Si oui, abstenez-vous de le dire ; sinon, parlez hardiment, car
ce que vous allez communiquer à l'enfant, ce n'est pas votre propre
sagesse, c'est la sagesse du genre humain, c'est une de ces idées
d'ordre universel que plusieurs siècles de civilisation ont fait entrer
dans le patrimoine de l'humanité. Si étroit que vous semble, peut-être,
un cercle d'action ainsi tracé, faites-vous un devoir d'honneur de n'en
jamais sortir, restez en deçà de cette limite plutôt que de vous exposer
à la franchir : vous ne toucherez jamais avec trop de scrupule à cette
chose délicate et sacrée, qui est la conscience de l'enfant. »
b) Langage :
Les exercices de langage oral seront combinés aux premiers exercices de
langage écrit (lecture, écriture). Les exercices oraux proposés
règleront d’eux-mêmes les dernières difficultés de prononciation des
élèves. Les recours aux structures spécialisées (rééducateurs,
orthophonistes) seront à nouveau facilités afin de garantir à tous les
enfants un démarrage de l’école élémentaire efficace.
- Exercices oraux : questions très familières ayant pour objet
d’apprendre aux enfants à s’exprimer nettement. Exercices progressifs
portant sur la phrase, le mot, la syllabe, le phonème.
- Mémoire : récitation de poèmes, comptines, chants et formulettes.
- Lecture de contes, récits et documentaires par le maître : poursuite
du travail entrepris en Moyenne Section. La production d’écrits
personnelle ne relevant pas des compétences orthographiques d’un enfant
de cinq à six ans, le maître continuera à ne demander à l’enfant que ce
dont il est capable : produire à l’oral ou par le dessin un résumé d’un
épisode ou une hypothèse sur la suite de l’aventure. Cet oral, remanié
au besoin par le maître, sera transcrit en regard du dessin et relu à
l’enfant. Au cours de l’année scolaire, l’enseignant pourra montrer à
l’enfant les mots qu’il sait déchiffrer seul et l’encourager à lire le
texte produit à deux voix
- Dictée à l’adulte : le maître encouragera ses élèves à produire seuls
ou en groupe de nombreux textes oraux qu’il retranscrira pour eux à
l’écrit. Comme en Moyenne Section, il attachera ses efforts à faire
acquérir à ses élèves un langage oral élaboré et correct syntaxiquement.
Ces exercices donneront lieu aux premières leçons orales de grammaire
(le nom, l’adjectif qualificatif, le verbe, utiliser les pronoms,
enrichir la phrase par des compléments, conjuguer correctement à l’oral,
distinguer le présent, le futur, le passé) et aux premiers essais de
déchiffrage dès que les élèves en sont capables
c) Découverte du monde (leçons de choses, connaissance des objets usuels, premières notions d’histoire, de géographie)
On continuera à enrichir les connaissances de l’élève selon le principe
proposé pour les élèves plus jeunes. On pourra ajouter à l’observation
du réel des documents (livres pour enfants, documentaires audiovisuels)
toujours adaptés à leur âge et sollicitant leur intérêt. On s’efforcera
de combiner toutes les fois qu’on le pourra, en les rattachant à un même
objet, la leçon de choses, le dessin, les éléments d’éducation civique
et morale (vivre ensemble), les jeux et les chants, de manière que
l’unité d’impression de ces diverses formes d’enseignement laisse une
trace plus durable dans l’esprit des élèves. On essaiera de régler
autant que possible l’ordre des leçons par l’ordre des saisons, afin
d’encourager l’élève à reprendre hors de la classe ses habitudes
d’observation, de comparaison, de jugement.
Les exercices à proposer dépendront du lieu où l’enfant évolue (ville,
campagne, région). A titre indicatif, on pourra consulter le programme
suivant :
- Septembre : la rentrée des classes ; la fin de l’été, ses
manifestations météorologiques ; les lieux de vacances (mer, montagne,
campagne), le relief.
- Octobre : L’automne, fruits et légumes, arbres à feuillage caduque ou persistant
- Novembre : Les jours raccourcissent, l’éclairage, l’habillement
- Décembre : Le foyer, la famille, les fêtes. Les températures, le chauffage
- Janvier : la Nouvelle Année, mouvement de la Terre autour du Soleil. Vivre à la montagne.
- Février : Carnaval et les déguisements, l’habillement, le corps humain, l’hygiène alimentaire, taille et poids
- Mars : La maison, la construction, les principaux matériaux, les métiers. Les abeilles, la ruche.
- Avril : La végétation. Graines, racines, tiges, fleurs, etc. Les nids d’oiseaux, les insectes.
- Mai : L’eau, ruisseau, rivière, fleuve, mer, marée, la natation. La pêche, poissons d’eau douce ou de mer.
- Juin : Les fruits d’été. Éléments de météorologie : orage, grêle, vent, arc-en-ciel. Les voyages.
d) Dessin, lecture, écriture, exercices manuels
Le dessin et le langage oral resteront le mode d’expression
individuelle dominant, les compétences des élèves en écriture ne leur
permettant pas de s’exprimer par écrit. L’écriture liée sera enseignée,
les premières bases de la lecture alphabétique seront posées. Si
toutefois certains élèves s’essayaient à l’écriture personnelle de
quelques mots, le maître réécrirait les mots en regard de la production
de l’enfant, afin de lui en signaler l’orthographe normale.
- Les dessins libres cèderont peu à peu le pas aux dessins relatant un
événement ou rendant compte d’une observation, sans toutefois être
supprimés. La dictée à l’adulte deviendra de plus en plus collective, le
maître s’attachant à ce que tous ses élèves participent à l’activité.
- Les exercices manuels que l’enfant maîtrise mieux maintenant feront
l’objet d’une seule séance hebdomadaire plus longue. On pourra commencer
à proposer des exemples tirés d’œuvres reconnues dont il ne sera pas
demandé de copie. L’enseignant s’attachera à proposer systématiquement
un atelier portant sur les volumes (modelage, collage, etc.) afin que
l’élève commence à percevoir et représenter le monde en trois
dimensions.
- Le maître concevra une progression qui mènera tous ses élèves à
l’écriture liée normalisée. Il s’aidera au besoin d’un manuel dont il
suivra rigoureusement la progression. En fin d’année, l’enfant sera
capable de copier sur un cahier seyes agrandi ou à double interligne une
phrase d’une dizaine de mots en respectant les caractéristiques de
chaque lettre. L’étude des majuscules de l’écriture cursive ne fera pas
l’objet d’un apprentissage.
- Au cours de l’année scolaire, par des exercices progressifs
quotidiens, le maître amènera tous ses élèves à reconnaître les lettres
de l’alphabet, à lire des syllabes simples (consonne + voyelle et
voyelle + consonne) et à commencer à déchiffrer des mots composés de ces
syllabes.
e) Calcul
Les exercices de calcul seront programmés quotidiennement sur l’emploi
du temps. Le maître s’attachera à proposer des exercices portant sur des
nombres concrets en respectant une progressivité stricte.
- Premiers éléments de la numération orale et écrite : lire et écrire
les nombres jusqu’à 30, réciter la comptine jusqu’à 69, groupements par
dix.
- Écrire les chiffres selon la norme. Désigner une collection par un nombre.
- Exercices d’ordre. Nombres ordinaux.
- Comparer des collections. Égalité.
- Calcul mental sur les dix premiers nombres : ajouter, retrancher, partager en deux, la moitié, donner 2 à chacun, le double.
- Comparer des longueurs, des sommes de monnaie, des capacités. Le centimètre, l’euro, le litre.
f) Musique
L’instituteur aura, au cours de sa formation, reçu une instruction
complète sur les capacités vocales et rythmiques d’un enfant de deux à
onze ans. Il sera donc capable de concevoir un répertoire adapté à la
tessiture et aux capacités d’articulation et de vitesse d’élocution de
ses élèves. Il s’attachera à ce que tous ses élèves participent,
allégeant au besoin ses ambitions. Les musiques proposées à l’écoute et à
l’expression corporelle seront choisies de la même façon et
respecteront une progression élaborée allant du simple au complexe.
- Comptines et chants du répertoire traditionnel ou contemporain.
- Exercices portant sur le rythme et la pulsation (rythme corporel, rythme frappé, petites percussions)
- Exercices d’écoute en lien avec la progression d’EPS (expression corporelle)
- Exercices portant sur les caractéristiques du son (hauteur, durée,
timbre, intensité), premier répertoire d’œuvres, d’instruments.
g) Education motrice
Le travail moteur est devenu collectif. L’enfant est encouragé à fournir
un effort, adapter son action au milieu et au matériel, coopérer ou
s’opposer au cours de jeux collectifs, organiser ses évolutions.
- Jeux avec ou sans matériel (balles, ballons, cerceaux, anneaux, rubans, etc.), jeux à règle
- Expression corporelle, premiers essais de chorégraphie collective, rondes, jeux dansés (voir Musique)
- Évolutions (marche, course, saut, ramper, grimper, quadrupédie, etc.)
avec ou sans obstacles, mesurer son action, comparer ses résultats
- Exercices d’équilibre (rouler, glisser, évoluer sur la poutre, etc.),
évoluer en milieu moins familier selon les possibilités locales
(natation, ski, escalade, etc.).