15 août 2013

Peut-on (encore) enseigner l'histoire par l'observation ? (Pierre Jacolino)

Si nous posons cette question, c’est que les principes pédagogiques qui régissent aujourd’hui l’enseignement de l’histoire n’incluent pas celui de l’observation. On peut même voir dans de nombreux ouvrages et articles, depuis les années 60, une critique de la possibilité même d’enseigner ainsi quelque matière que ce soit. La pédagogie actuelle de l’histoire se fonde d’ailleurs sur des pratiques et des théories qui ont été élaborées à partir de cette époque : l’observation est censée être soumise à un questionnement préalable, de manière hypothético-déductive, « problématisée ». Il ne faut donc pas croire, comme le font certains critiques « traditionnalistes », que l’appel à l’observation et l’induction soient des inventions pédagogiques « modernes ». En effet, c’est le principe d’un enseignement par l’observation, autrement appelé « par l’aspect » ou « inductif », qui a longtemps dominé l’enseignement en général et l’enseignement de l’histoire en particulier. Il y a donc, d’une moitié du siècle à l’autre, contradiction entre deux paradigmes antagonistes.

Texte complet de Pierre Jacolino, membre du GRIP --> ici

GRIP : Groupe de Réflexion Interdisciplinaire sur les Programmes.
SLECC : Projet d'expérimentation du GRIP pour l'école primaire signifiant Savoir Lire Écrire Compter Calculer.
"Il est cependant remarquable que bien des illustrations des manuels de CE que nous avons pu citer ont un caractère davantage descriptif que narratif. Même l’illustration de la bataille de Gergovie, dans le Ozouf-Leterrier (III. 7), donne lieu à une comparaison entre les armées romaine et gauloise."
La vie quotidienne, les techniques de culture et les moyens de transport, tout cela et bien d’autres faits de civilisation occupaient les réflexions des élèves, alors même que les programmes ne le réclamaient pas.
Il reste qu’un bon nombre de manuels de l’époque incluaient des images purement narratives, de l’ordre des images d’Épinal, souvent inspirées des précédents picturaux de la peinture académique de la fin du XIXe siècle. On retrouve ainsi, par exemple, la reddition de Vercingétorix, le baiser de Rollon, et toutes sortes de scènes moins détaillées, centrées sur un personnage historique en action, et beaucoup moins adaptées à un travail d’observation. Simples illustrations qui rendent visible un événement qui aurait pu être simplement évoqué par écrit, elles encourent le risque d’être aperçues distraitement, comme la confirmation d’une information déjà donnée par ailleurs. Au mieux, et ce n’est pas négligeable, elles facilitent la mémorisation, parfois à long terme, par le caractère frappant de l’image. Notre hypothèse est que c’est ce type d’illustrations qui a cristallisé les critiques contre l’enseignement de l’histoire de la première moitié du XXe siècle. C’est que la simplification )historiographique due à des objectifs d’unification nationale correspond de manière très convaincante à la simplification iconographique de telles images." (page 17)
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