4 novembre 2018

Violences : l’école n’est que le reflet de la société

Créteil : un élève braque son professeur en plein cours

Il ne sert à rien de réformer l'école sans réformer la société.
Les violences dont sont victimes professeurs et élèves à l’école ne sont pas le fait de l’école, mais celui d’une société qui transpire la brutalité.


Tant que des voitures seront brûlées sur un terrain vague ou sur un parking en banlieue, que de modestes habitants des cités seront forcés pour rentrer chez eux de montrer patte blanche à des trafiquants de stupéfiants, que la police, les pompiers ou des soignants ne pourront pas pénétrer en sécurité dans ces zones perdues de la République, que le voile féminin intégral sera de facto toléré sur certaines parties du territoire, il serait absolument inutile, et parfaitement ridicule, vaste et vain gaspillage des deniers de l’Etat, comme de la confiance des citoyens dans les pouvoirs publics, que l’Etat tente, fût-ce à grands frais, de remettre notre école sur la bonne voie : ce serait cataplasme sur jambe de bois.

- fin des extraits - 

Par Gérard Mamou - 30 octobre 2018

Lire l'article en entier.


Débat sur le communautarisme islamique à l'école (CNEWS, 11/10/18, 18h39)

ECHANGE TENDU : https://www.youtube.com/watch?v=C4yTI...
Débat chaud bouillant sur le communautarisme islamique à l'école, présenté par Laurence Ferrari, avec :
- Ivan Rioufol (Journaliste au Figaro)
- Charlotte d'Ornellas (Journaliste à Valeurs Actuelles)
- Clément Viktorovitch (Docteur en Science Politique)
- Jean-Claude Dassier (Editorialiste politique à CNEWS)
- Igor Zamichiei (Secrétaire départemental Communiste)
- Brigitte Boucher (Journaliste LCP)














































Dans le domaine éducatif, chacun sait qu’il faut s’y prendre le plus tôt possible, et avec une ferme autorité, pour ancrer dans l’esprit et les pratiques des enfants les habitudes et les réflexes les plus sains et les plus indispensables à la vie commune – familiale, amicale, sociale. Qu’il faille dans le même mouvement respecter la nature singulière de chaque enfant, et ne rien faire qui puisse entraver son adaptation au monde nouveau qui l’attend, est une évidence morale, même si pour les adultes la synthèse relève d’une quasi aporie. Ce défi devient crucial lorsque les enfants prennent le dessus sur les adultes, mais le principe reste déterminant. C’est pourquoi, de toute la profondeur de sa compréhension, Hannah Arendt pouvait porter, dans Reflections on Little Rock, ces jugements objectifs, tranchés et assez cruels :

« L’éducation progressiste, […] en abolissant l’autorité des adultes, nie implicitement leur responsabilité à l’égard du monde dans lequel ils ont fait naître leurs enfants, et refuse le devoir de les guider dans ce monde. »

Et dans La Crise de la culture :

« Avec la conception et la naissance, les parents n’ont pas seulement donné la vie à leurs enfants ; ils les ont en même temps introduits dans un monde. En les éduquant, ils assument la responsabilité de la vie et du développement de l’enfant, mais aussi celle de la continuité du monde. Ces deux responsabilités ne coïncident aucunement et peuvent même entrer en conflit. En un certain sens, cette responsabilité du développement de l’enfant va contre le monde : l’enfant a besoin d’être tout particulièrement protégé et soigné pour éviter que le monde puisse le détruire. Mais ce monde aussi a besoin d’une protection qui l’empêche d’être dévasté et détruit par la vague des nouveaux venus qui déferle sur lui à chaque nouvelle génération. » « L’école n’est en aucune façon le monde », mais « l’institution qui s’intercale entre le monde et le domaine privé que constitue le foyer pour permettre la transition entre la famille et le monde ». « Vis-à-vis des jeunes, les éducateurs font figure de représentants d’un monde dont […] ils doivent assumer la responsabilité, même si, secrètement ou ouvertement, ils le souhaitent différent de ce qu’il est. Cette responsabilité n’est pas imposée arbitrairement aux éducateurs ; elle est implicite du fait que les jeunes sont introduits par les adultes dans un monde en perpétuel changement. Qui refuse d’assumer cette responsabilité du monde ne devrait ni avoir d’enfant, ni avoir le droit de prendre part à leur éducation. »

L’école crève de ses lâchetés…

Durant les quarante-deux années qu’a duré ma carrière professionnelle, j’ai exercé successivement les fonctions de professeur de lettres, de proviseur de cités scolaires, d’inspecteur général, de conseiller de ministre. J’ai beaucoup publié, notamment sur la pratique éthique et professionnelle du chef d’établissement scolaire. J’ai donc eu l’occasion de témoigner de la qualité, de l’écoute et du courage de belles personnalités de notre système éducatif, auxquelles je dois beaucoup, – mais surtout qui ont permis à notre école de résister aux coups de boutoir et aux lâchetés qui ont jalonné son existence, et qui hypothèquent lourdement son avenir. Il s’agit, en particulier, de la dévalorisation et du désinvestissement de la pratique des sanctions, sinon même des obstacles fréquemment mis à leur application par la hiérarchie supérieure, « pour des raisons politiques », comme on me l’a souvent signifié, parfois de façon risible.

Je n’en fournirai ici que deux brèves illustrations, concernant la conduite inadmissible, en l’occurrence, d’adultes en charge d’élèves (l’équivalent se retrouve naturellement quant au comportement d’élèves dans les textes et structures officiels, comme dans les instructions circonstancielles émanant des autorités supérieures).

L’intendant d’un des lycées que j’ai dirigés, homme d’une haute valeur professionnelle et morale, excédé par l’incompétence, la mauvaise volonté et le comportement asocial d’un personnel pourtant essentiel à la bonne marche de son service, rédige à son sujet un rapport parfaitement objectif et circonstancié. Il le signe. J’y ajoute, manuscrite, la mention suivante : « En accord total avec l’ensemble des termes de ce rapport », je contresigne le document et l’adresse à mon supérieur hiérarchique. Ce dernier, quelques jours plus tard, me joint au téléphone et me pose immédiatement la question suivante : « Dites-moi : il est comment, votre intendant ? »

Je résume le deuxième épisode. Pour me faire enfin céder à sa demande de suppression d’un rapport très sévère que j’avais rédigé sur un personnel « protégé » par sa fonction syndicale, mon supérieur hiérarchique me convoque toutes affaires cessantes dans son bureau. Devant mon refus d’obtempérer à son injonction répétée, et faute d’arguments recevables, il me lance tout à coup : « Je sais que vous êtes un proviseur reconnu, mais on me dit que les résultats de votre lycée sont en baisse ! » (ce qui, en l’occurrence, n’était pas le cas)

…qui sont celles de la société

Ce type de comportement, assez induré, peut en partie expliquer l’état de déréliction croissante où se trouve notre système éducatif, quant à son niveau de qualité et de réussite : les comparaisons internationales en fournissent, chaque année davantage, une preuve indiscutable. Mais c’est aussi le cas des questions de sécurité, morale comme physique, et de discipline : la comptabilité officielle des incidents journaliers, par hypothèse incomplète, en atteste amplement. – Et cependant, le fond de la question n’est plus du tout celui-là.

En réalité, dans la période si troublée et désaxée que nous connaissons aujourd’hui, il est proprement impossible, impensable même, que notre école puisse se rétablir par elle-même : cette crise s’inscrit dans un contexte bien plus large. J’aimerais pouvoir dire qu’il y suffirait que n’y soient nommés que des responsables académiques et départementaux, mais d’abord nationaux, hyper déterminés à la redresser, dotés du courage et de l’énergie nécessaires, et surtout soutenus par leur ministre. Ce n’est hélas plus du tout la question ! En effet, l’Education nationale, aujourd’hui, ne constitue plus un domaine séparé, comme par miracle, du reste de la communauté nationale, et de toutes les autres responsabilités de l’Etat ! Si elle l’a jamais été, l’école n’est plus ce lieu quasi sacré, où n’entrent ni les disputes ni la violence de la vie sociale et politique : chaque jour qui passe montre désormais, sur quasiment tous les plans, y compris les plus triviaux, que notre vie sociale et politique et la réalité de notre institution scolaire sont étroitement imbriquées. Et que donc leur destinée même sera conjointe, dans notre pays, pour le pire ou pour le meilleur.

De ce fait fondamental découle une évidence aveuglante. La priorité politique absolue est que l’Etat, sous toutes ses formes et par toutes ses forces, se fasse enfin respecter, sur la totalité des territoires de notre pays, dans tous les domaines de la vie civile et sociale, et y assure l’ordre républicain et la sécurité, matrices de toutes les libertés publiques et privées. Pour nos dirigeants, faire mine d’essayer, ou même essayer loyalement de rétablir, dans la seule éducation, l’ordre et la sécurité nécessaires aux études, comme si cela pouvait s’effectuer indépendamment de ses autres fonctions régaliennes, s’avèrera pour l’école comme pour le pays tout entier d’une parfaite et coûteuse inutilité – temps et énergie gaspillés en pure perte, voire pire. Tant que des voitures seront brûlées sur un terrain vague ou sur un parking en banlieue, que de modestes habitants des cités seront forcés pour rentrer chez eux de montrer patte blanche à des trafiquants de stupéfiants, que la police, les pompiers ou des soignants ne pourront pas pénétrer en sécurité dans ces zones perdues de la République, que le voile féminin intégral sera de facto toléré sur certaines parties du territoire, il serait absolument inutile, et parfaitement ridicule, vaste et vain gaspillage des deniers de l’Etat, comme de la confiance des citoyens dans les pouvoirs publics, que l’Etat tente, fût-ce à grands frais, de remettre notre école sur la bonne voie : ce serait cataplasme sur jambe de bois.

« L’effondrement de l’autorité n’est-elle pas la vraie et seule crise de civilisation ? »

Sur ce champ crucial, déterminant, je veux citer ces propos de Raymond Aron, comme si souvent d’une clairvoyance et d’une honnêteté intellectuelle hors de pair. Ils pourraient s’appliquer à la très grave situation où se trouvent actuellement la France et notre pauvre Europe :

« Si des pères, des maîtres, des supérieurs hiérarchiques, des prêtres n’inspirent plus de respect, il ne subsiste que la puissance nue ou l’anarchie. »1

« L’effondrement de l’autorité n’est-elle pas la vraie et seule crise de civilisation ? »2

Et peut-être surtout ce dur constat, si actuel :

« Pendant ces années de décadence3, […] quel gouvernement pouvait sortir de la compétition entre des partis qui se perdaient dans des intrigues parlementaires et qui refusaient d’ouvrir les yeux ? Baisse de la natalité, baisse de la production, effondrement de la volonté nationale : il m’est arrivé par instants de penser, peut-être de dire tout haut : s’il faut un régime autoritaire pour sauver la France, soit, acceptons-le tout en le détestant. »4

Pour qu’un esprit tel que Raymond Aron, si affectivement et intellectuellement attaché aux libertés publiques et privées, en vienne à se résoudre, certes douloureusement, à leur réduction, il fallait que la menace fût exceptionnellement grave et imminente. Et elle l’était ! C’est à nous aujourd’hui qu’il incombe de prendre la mesure des dangers que traversent la France et l’Europe, pour les affronter, avec la lucidité, la détermination et les moyens nécessaires.

Price: EUR 8,90
(18 customer reviews)
53 used & new available from EUR 3,81

Price: EUR 5,00
 (1 customer reviews)
23 used & new available from EUR 5,00




Échecs du vivre-ensemble: on en demande trop à l’école
Iannis Roder, lance l'alerte: ce n'est pas aux seuls profs de soigner les fractures sociales
 - 22 octobre 2018

Seize ans après avoir tiré la sonnette d’alarme dans Les Territoires perdus de la République, le professeur d’histoire en Seine-Saint-Denis Iannis Roder signe un ouvrage personnel, Allons z’enfants… Au-delà du diagnostic sur les banlieues, une lueur d’espoir pour la génération post-Charlie.

« Les crises de l’enseignement ne sont pas des crises de l’enseignement, ce sont des crises de la vie. » On est porté à avoir un bon a priori quand un livre qui parle d’éducation met en exergue une citation de Charles Péguy, grand penseur, entre autres, de l’idée républicaine et de l’école républicaine. On a tendance à avoir un a priori encore meilleur quand ce livre est écrit par Iannis Roder, l’un des co-auteurs des Territoires perdus de la République, publié il y a seize ans, sous la direction d’Emmanuel Brenner, nom d’emprunt choisi par l’historien Georges Bensoussan.

2002, année névrotique
Retour en arrière. Le 21 avril 2002, Jean-Marie Le Pen accède au second tour de l’élection présidentielle face à Jacques Chirac. Le 11 mai, la Marseillaise est sifflée lors de la finale de la Coupe de France de football. Le 5 novembre sort en librairie l’ouvrage de l’universitaire Daniel Lindenberg, Le Rappel à l’ordre : Enquête sur les nouveaux réactionnaires, dressant une liste d’intellectuels accusés de représenter en France le nouveau pouvoir des réactionnaires. Les trois événements ne sont pas sans relation. L’irruption de Jean-Marie Le Pen au deuxième tour de l’élection de 2002 traduisait la défiance d’une part grandissante de l’électorat vis-à-vis des vieux partis de gouvernement. Les sifflets du 11 mai traduisaient la défiance grandissante d’une partie de la population – notamment celle des quartiers dits « défavorisés » vis-à-vis des valeurs de la société et de la République française. Le livre de Lindenberg traduisait la défiance grandissante d’une partie des universitaires français vis-à-vis du principe de réalité. La même année, en septembre 2002, le collectif Les territoires perdus de la République, auquel participa Iannis Roder, tentait d’alerter l’opinion sur la situation à laquelle les enseignants des « quartiers difficiles » pouvaient être confrontés au jour le jour, en particulier la montée en puissance du communautarisme et de l’antisémitisme. Il n’est rien de dire que l’appel fut peu entendu. Le fait même que Georges Bensoussan ait préféré diriger et publier son ouvrage sous un pseudonyme en disait déjà long sur l’esprit de l’époque.
Des sifflets aux attentats
Seize ans plus tard, les choses n’ont pas vraiment changé. L’électorat manifeste toujours plus fortement sa défiance vis-à-vis de la classe politique en accordant des scores de plus en plus importants au Front national, les représentants des « territoires perdus » ne se contentent plus de siffler la Marseillaise pour exprimer leur défiance vis-à-vis des valeurs républicaines mais choisissent désormais la voie des armes, et une partie de l’intelligentsia a fait de la défiance vis-à-vis du réel un art de vivre plus qu’une méthodologie. Il a fallu les attentats de janvier et novembre 2015 pour qu’une certaine prise de conscience apparaisse mais elle est dramatiquement tardive. « En janvier 2015, si surprise il y avait, écrit Iannis Roder, elle était le fait de ceux qui n’avaient pas voulu entendre, pas voulu écouter ce que les professeurs, entre autres, dénonçaient depuis des années. »
Seize ans après Les Territoires perdus, Iannis Roder fait à nouveau le point de la situation dans son dernier ouvrage, Allons z’enfants… La République vous appelle, s’appuyant largement sur son expérience de professeur d’histoire-géographie enseignant depuis vingt ans dans un collège de Saint-Denis. Par choix, par conviction. « Au risque de paraître prétentieux, je suis resté parce que je me sentais utile et parce que mes élèves me le disaient. » Si l’expérience relatée est passionnante, au fil des portraits et récits égrenés dans l’ouvrage, elle brosse aussi un tableau pas toujours rassurant de l’état du système scolaire français et de sa capacité à fédérer une population et un public scolaire difficiles, partageant de plus en plus massivement « une vision du monde des plus inquiétante ».
L’école, un investissement d’avenir
L’école républicaine est probablement la première victime des échecs du vivre-ensemble. Une école, nous dit Iannis Roder, « mise en première ligne », à laquelle, à travers ses enseignants, on demande beaucoup et toujours plus, surtout en ces temps de menace terroriste et de djihadisme rampant. Ceux qui témoignaient de l’antisémitisme et du complotisme qui se développaient après les attentats du 11 septembre 2001 passaient déjà pour de funestes Cassandre mais la tâche ne semble pas plus aisée aujourd’hui pour les « lanceurs d’alerte », comme en témoigne le procès intenté à Georges Bensoussan il y a quelques mois, à l’initiative duquel on trouve le CCIF ou le MRAP et aussi, assez tristement, la Ligue des Droits de l’Homme, qui naguère défendit pourtant un certain Dreyfus. Tandis qu’on fait un procès à ceux qui avertirent en leur temps de la catastrophe qui venait, on continue à exiger de l’école qu’elle fasse tout pour remédier aux maux d’un pays schizophrène.
Dans Allons z’enfants, Iannis Roder montre qu’il y croit encore, détaillant les initiatives, les discussions, les confrontations à travers lesquelles il tente de tirer vers le haut des élèves que tout quelquefois semble entraîner vers le bas. La conclusion de son ouvrage reste à ce titre positive : « Il faut espérer, dit-il, que, tous les ans, il y ait des milliers de M. Germain, l’instituteur d’Albert Camus pour permettre à l’école de continuer à survivre, pour que la société, à travers elle, survive elle aussi. Car l’école, écrit-il encore, est le seul lieu où certains élèves vont entendre qu’il y a d’autres manières d’envisager le monde que celle qui a cours chez eux ; elle est parfois le seul endroit où ils peuvent encore rencontrer des gens qui ne pensent pas comme eux et n’ont pas les même représentations. » Un précieux privilège, plus menacé que jamais.

Price: EUR 18,90
(0 customer reviews)
15 used & new available from EUR 9,15


Follow on Bloglovin
 

Archives (2011 à 2014)

Vous aimerez peut-être :

Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...