2 novembre 2018

Philippe de Villiers, Le Mystère Clovis (2018)


Nous sommes dans des temps de grand trouble. Quand on ne sait plus où on habite, le plus sage est de rebrousser chemin pour savoir d'où l'on vient. Clovis est le premier mur porteur sur lequel on peut poser la main. Il soutient la poutre maîtresse de la petite demeure invisible des filiations françaises. 

Aujourd'hui, nous sommes le seul pays au monde où la France n'est plus célébrée. Le seul où l'on a oublié que cette vieille nation, qui n'est pas une start-up nation, est riche d'une histoire que l'on devrait choyer car elle est glorieuse ; d'un art de vivre que
l'on devrait protéger parce qu'il est fragile ; et d'une langue que l'on devrait déposer dans le sanctuaire des cœurs d'enfants plutôt que de développer l'apprentissage de l'arabe à l'école, comme l'a suggéré M. Blanquer, ou encore d'imposer l'anglais dans toutes les grandes réunions scientifiques comme l'ont fait les présidents de la République depuis Giscard l'atlantiste.

Clovis, c'est le roi fondateur pour deux raisons : c'est lui qui a dessiné la première combinaison de la France en rassemblant des territoires, des peuples, des royaumes, par ses victoires ; en convertissant au christianisme les Goths aryens. Sans Clovis, la Gothia aurait succédé à la Romania. 

La deuxième raison, c'est qu'il est le continuateur de la romanitas. Quand il a vaincu les Wisigoths à Vouillé, il s'est vu remettre devant le tombeau de saint Martin - l'apôtre des Gaules - le titre de consul, la chlamyde de pourpre et le diadème du Princeps. Autrement dit, il est devenu le continuateur de Rome. Le conquérant se laisse conquérir par sa conquête. Il se civilise, il aspire à devenir un barbare romanisé : quelle leçon !

(Extrait d'une interview de Philippe de Villiers : «Nous vivons peut-être la fin d'une civilisation, la nôtre»)


Dans une évocation gorgée de couleurs fortes et de furieuses sonorités, Philippe de Villiers fait revivre Clovis et lui donne la parole. Le roi fondateur dévoile les épisodes les plus intimes, les plus secrets, de ses enfances, de ses amours, de ses chevauchées.

Ce livre éclaire d'un jour nouveau le mystère de sa conversion, rétablit la vérité sur la date de son baptême et renouvelle ainsi la perspective symbolique de tout notre passé, de notre destin. Au fil d'un récit haletant, affleurent parfois des correspondances troublantes entre les tribulations du monde de Clovis et les commotions de notre temps : le va-et-vient des peuples en errance, les barbares, les invasions, les fiertés évanescentes, les civilisations qui s'affaissent... Une restitution spectaculaire, passionnante, inattendue, qui nous fait revivre comme jamais les temps mérovingiens et les origines de la France.

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Philippe de Villiers : «Nous vivons peut-être la fin d'une civilisation, la nôtre»
Par Alexandre Devecchio et Eléonore de NoüelMis à jour le 31/10/2018 à 08h53 | Publié le 30/10/2018 à 19h03

ENTRETIEN - Livre après livre, il explore le passé pour mieux éclairer le présent. Dans son nouvel ouvrage, Le Mystère Clovis (Albin Michel), Philippe de Villiers veut voir des correspondances entre le monde troublé de Clovis et l'Europe contemporaine, elle aussi en proie à une crise civilisationnelle profonde.

LE FIGARO. - Pourquoi consacrer un livre à Clovis aujourd'hui?

Philippe de VILLIERS. - Nous sommes dans des temps de grand trouble. Quand on ne sait plus où on habite, le plus sage est de rebrousser chemin pour savoir d'où l'on vient. Clovis est le premier mur porteur sur lequel on peut poser la main. Il soutient la poutre maîtresse de la petite demeure invisible des filiations françaises. Aujourd'hui, nous sommes le seul pays au monde où la France n'est plus célébrée. Le seul où l'on a oublié que cette vieille nation, qui n'est pas une start-up nation, est riche d'une histoire que l'on devrait choyer car elle est glorieuse ; d'un art de vivre que l'on devrait protéger parce qu'il est fragile ; et d'une langue que l'on devrait déposer dans le sanctuaire des cœurs d'enfants plutôt que de développer l'apprentissage de l'arabe à l'école, comme l'a suggéré M. Blanquer, ou encore d'imposer l'anglais dans toutes les grandes réunions scientifiques comme l'ont fait les présidents de la République depuis Giscard l'atlantiste. Clovis, c'est le roi fondateur pour deux raisons: c'est lui qui a dessiné la première combinaison de la France en rassemblant des territoires, des peuples, des royaumes, par ses victoires ; en convertissant au christianisme les Goths aryens. Sans Clovis, la Gothia aurait succédé à la Romania. La deuxième raison, c'est qu'il est le continuateur de la romanitas. Quand il a vaincu les Wisigoths à Vouillé, il s'est vu remettre devant le tombeau de saint Martin - l'apôtre des Gaules - le titre de consul, la chlamyde de pourpre et le diadème du Princeps. Autrement dit, il est devenu le continuateur de Rome. Le conquérant se laisse conquérir par sa conquête. Il se civilise, il aspire à devenir un barbare romanisé: quelle leçon!

Clovis arrive à la chute de l'Empire romain. Vivons-nous aujourd'hui une période analogue à cette chute?
Il y a des correspondances étranges. Mon livre est à double lecture. Nous vivons peut-être la fin d'une civilisation, la nôtre. C'était la civilisation romaine. Il se trouve que l'Empire romain a chuté en 476, cinq ans avant que Clovis ne soit hissé sur le pavois. Il y a deux points communs entre la déliquescence de l'Empire romain et notre propre décrépitude. À un moment donné, la noblesse sénatoriale romaine, qui ne pense plus qu'à ajouter une couche de porphyre à ses baignoires, ne considère plus le limes, la frontière de l'Empire, comme une urgence à sécuriser. À partir de cet instant, il n'y a plus de différence entre les citoyens et les étrangers. En perdant le limes, Rome va perdre sa fierté, et affaiblir sa capacité à se défendre. Quand il n'y a plus de frontière, l'identité se dilue. Le deuxième point commun désigne la paresse qui abandonne les terres aux Barbares. Le refus du service militaire encourage les Romains de l'otium à confier leur propre sécurité à des Goths ou des Vandales, ce qui reviendrait à laisser travailler des fichés S à l'aéroport de Roissy. En outre, à l'époque, on installe les Barbares partout dans l'Empire romain, dans des enclaves, et on les appelle des «colons». Le mot a une résonance édifiante.
«L'Empire romain a mis cinq siècles à s'effondrer ; nous, à partir de Mai 68, on aura été plus performants, on n'aura mis que cinquante ans.
Les migrants, aujourd'hui, viennent pour survivre, pas pour nous coloniser!
Vous parlez comme les sénateurs romains qui disaient des Barbares: «Ils sont doux et pacifiques.» Si l'on décrypte les deux traits essentiels de la décadence romaine - la submersion extérieure et la décomposition intérieure -, on retrouve quelques-uns des symptômes de l'époque actuelle. Notre classe politique ne semble toujours pas comprendre la nécessité de la frontière. On installe, avec leurs mœurs et leur religion, les nouveaux «barbares» sur des portions du territoire français, au risque de préparer ce que François Hollande avait appelé «la partition». Et ce que Gérard Collomb a décrit comme le «côte-à-côte» avant le «face-à-face». La physionomie de la France d'aujourd'hui, où des Français du commun renoncent à aller et venir dans certains coins de France par prudence, parce que ces zones, je cite Gérard Collomb, «sont soumises à la loi du plus fort, qui n'est plus la nôtre», est désormais celle d'une marqueterie de frontières qui ont migré à l'intérieur alors que des espaces d'extraterritorialité islamique se multiplient, où la charia est une tentation. Ce que je décris là, c'est aussi la situation romaine de la fin de l'Empire. Une différence notable toutefois: ils ont mis cinq siècles à s'effondrer ; nous, à partir de Mai 68, on aura été plus performants, plus «progressistes», on n'aura mis que cinquante ans.
«On trouve des parentés entre le droit communautaire et l'époque mérovingienne. La directive des travailleurs détachés applique le droit du peuple d'origine. Un droit non plus territorial mais personnel, comme sous Clovis.»
La comparaison paraît tout de même tirée par les cheveux! Le contexte n'est pas le même aujourd'hui…
Il est bien pire. Car la grande différence que je sous-entends dans mon livre, entre l'orbis de Clovis et le monde actuel, relève de la démographie: du fait que les Barbares étaient peu nombreux, ils ont été assimilés par la romanitas. Alors qu'aujourd'hui, on est plutôt dans le cas inverse, avec des «Gaulois» livrés à la défrancisation ou qui se barbarisent, sous l'influence de l'«American way of life» ou de l'islam radical. D'après Michel Rouche et Jacques Dupaquier, respectivement historien et démographe, la proportion des Barbares, au moment des grandes invasions, culmine entre 2 % et 5 % de la population autochtone. Il est possible d'assimiler des minorités, surtout quand il s'agit de petites tribus qui n'ont pas de prétention à imposer leur vision de l'avenir parce qu'ils portent sur le monde un regard fruste. Alors qu'à notre époque se croisent sur notre sol des errants désorbités qui ne savent plus où ils habitent face à des migrants qui ne l'ont jamais su. Pour la première fois dans l'histoire de l'Europe, au nom du principe de non-discrimination, on tente de nous soumettre à l'épreuve mortifère de deux bouleversements de civilisation: le premier qui met fin à la frontière physique consiste en l'installation d'une société multiculturelle, donc multiconflictuelle et multidéculturée où nous avons vocation à devenir minoritaires ; et le second, qui met fin à la frontière anthropologique, c'est-à-dire la frontière entre les sexes, entre la vie et la mort, entre l'animal et l'homme. Nous tentons une double expérience de dissociété diversitaire et de désaffiliation. Nous proposons aux citoyens de vivre sans nation, sans famille et sans mémoire. C'est la fabrique de l'homme de sable.
Concernant les frontières, nous faisons face à un paradoxe: effacement des frontières traditionnelles mais apparition de nouvelles microfrontières comme les péages à l'entrée des grandes villes. Est-ce le retour à la féodalité?
Oui, il y a même un double retour à la féodalité. D'abord celui que vous évoquez: les frontières intérieures pour les riches. Des barrières que ne peuvent se payer que les nantis, dans le but de protéger des sanctuaires de bourgeois-bohèmes, ghettoïsés à côté des garages à vélos. Ces cercles de sécurité mercantile permettent pour l'instant aux riches de continuer à survivre comme des riches. Comme dans le film LeDocteur Jivago (1965), ils trouvent distrayant de regarder, depuis leurs belvédères à double vitrage, les rixes des bandes dans la rue. Ils ne manquent pas de faire venir des Africains pas chers afin de faire baisser le prix des courses de sushis. N'oublions pas qu'à Rome les porteurs d'eau et portefaix étaient des Barbares, que les sénateurs romains attiraient à eux pour diminuer le coût de la main-d'œuvre. Ainsi, la frontière s'est déplacée de l'extérieur vers l'intérieur, protégeant des havres réservés aux riches. Conjointement, on trouve des parentés entre le droit communautaire et l'époque mérovingienne. L'Europe de la directive des travailleurs détachés applique aujourd'hui le droit du peuple d'origine. Il s'agit d'un droit non plus territorial mais personnel, comme c'était le cas à l'époque de Clovis.
«Nos élites désignent les peuples comme un véritable danger à redouter.»
À vous entendre, cette chute est en partie liée à la construction européenne?
La construction européenne est, à la vérité, une déconstruction de l'Europe. Elle est à l'Europe ce que Le Corbusier est au Mont-Saint-Michel, une grimace hideuse de «cité radieuse». Nous sommes devant une prétention inouïe: une gouvernance acéphale qui vise à se débarrasser des nations millénaires, des souverainetés, des États, des ferveurs et des peuples. D'ailleurs, quand un peuple a le malheur de s'exprimer dans les urnes et de crier qu'il ne veut pas mourir, on hurle au populisme. C'est éloquent. Nos élites désignent les peuples comme un véritable danger à redouter. À cause de l'extension indéfinie du système européiste et mondialiste. Après la chute du mur de Berlin, on a élevé le mur de Maastricht. C'est un mur érigé sur quelques pierres branlantes de la postmodernité globale: on a cru à la fin de l'histoire, à l'émergence des fraternités cosmiques, au marché planétaire de masse qui devait dissoudre les identités récalcitrantes comme de simples calculs rénaux. On transforme le citoyen en consommateur compulsif. On marchande ses rêves et on lui vend de nouvelles pulsions que le divin marché exauce. Enfin, après la chute du Mur, on a cru à la fin des idées et des religions, au nom d'un syncrétisme consumériste post-laïque. Aujourd'hui, nous réalisons que cette projection futuriste était une illusion mais nous en payons le prix fort.
Pourquoi avoir soutenu Emmanuel Macron, européen déclaré?
Je n'ai soutenu personne. Emmanuel et Brigitte Macron sont venus au Puy du Fou le 19 août 2016. Je leur en suis reconnaissant, vu que les autres allaient promener leurs Ray-Ban à Disneyland. Durant nos conversations, nous avons abordé les sujets de fond. Ce qui m'avait frappé à l'époque, c'est que nous portions le même regard sur la fonction présidentielle symbolique, la sacralité régalienne, la posture du mystère au sens gaullien du terme, le danger de désagrégation, le choc identitaire, la nécessité de combattre l'islamisme et de ne pas installer l'Islam en France. Lorsque j'ai suivi ses premiers pas au Louvre, puis vu Trump sur les Champs-Élysées, Poutine à Versailles, je me suis dit: «Il a compris, il pratique la verticalité régalienne.» Et tout à coup, patatras. La Fête de la musique avec les rappeurs en résille à l'Élysée, le doigt d'honneur à Saint-Martin et enfin les anathèmes contre les peuples eurosceptiques, qu'il qualifie de «lèpre populiste». Le choix est simple: ou bien Emmanuel Macron comprend le choc identitaire et se décide à démanteler la contre-société où des populations entières sont déjà en sécession, en imposant la France, en l'imposant physiquement dans les quartiers, en l'imposant moralement, mentalement, culturellement. Ou bien il continue à jouer le fondé de pouvoir de Bruxelles et il sera balayé.
«L'avenir, c'est la postmondialisation, le retour aux valeurs simples, aux ancrages, aux terroirs, aux voisinages affectifs, aux retrouvailles avec le temps long, à la transcendance.»
Que peut nous enseigner Clovis au XXIe siècle?
L'histoire est imprévisible. Cinq ans avant que Clovis n'accède au pouvoir, toutes les élites sont absolument désespérées. La rumeur partagée est partout la même dans les hypocaustes (thermes, NDLR) : «C'est la fin de la civilisation!» L'empereur disparaît. L'Empire se délite. On n'a pas idée de la violence du phénomène. Et tout à coup surgit Clovis. Un pur produit du Barbaricum, sur lequel les évêques vont miser. Ils ont préféré un Franc païen à un Goth aryen. En d'autres termes, personne n'a rien vu venir. Pour un tel sursaut, il faut deux conditions: un mouvement d'idées et un petit reste d'élites visionnaires. Il faut Clovis plus Remi. Le mouvement d'idées est là, mais les élites visionnaires manquent à l'appel. L'avenir, c'est la postmondialisation, le retour aux valeurs simples, aux ancrages, aux terroirs, aux voisinages affectifs, aux retrouvailles avec le temps long, à la transcendance. Le «nouveau monde» de Macron est devenu l'ancien monde. Nous allons vivre la fin de la politique du tout calcul-statistique, et le retour de la politique des hiérarchies distinctives. Depuis Giscard, la vie politique française se décline et se dégrade en une vision économétrique. On n'a plus de visionnaires mais les mécaniciens pullulent. Ils augmentent les impôts en arguant qu'ils vont les baisser. Leurs mensonges sont toujours chiffrés et leurs chiffres sont toujours faux. La politique, ce n'est pas cela, Soljenitsyne me l'avait dit au cours de notre dernier échange: «L'Occident croit que la politique se confond avec l'économie. La politique, c'est la civilisation.» Voilà le langage que les peuples veulent entendre. La prédiction de Soljenitsyne, «les dissidents étaient à l'Est, ils vont passer à l'Ouest», se vérifie, car chaque jour, les résistants aux pesanteurs du système sont de plus en plus nombreux. Qu'est-ce qu'un dissident? C'est un indépendant d'esprit. Qui échappe, par une pensée personnelle, à la chape de plomb.

- Crédits photo : Albin Michel
«Le Mystère Clovis»; de Philippe de Villiers, Éditions Albin Michel, 432 pages, 22 euros.
Cet article est publié dans l'édition du Figaro du 31/10/2018. Accédez à sa version PDF en cliquant ici
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