9 novembre 2018

A l’école, la violence contre les profs ne vient pas que des élèves

On parle enfin de la violence dont sont victimes les professeurs de la part de certains élèves. C’est bien, mais ces derniers ne sont pas les seuls à faire pression sur le personnel des écoles…
La violence est aussi le fait de l'Education nationale envers les professeurs.



Emmanuel Macron et Jean-Michel Blanquer en visite dans un collège de Laval, le 3 septembre 2018. ©LUDOVIC MARIN / POOL / AFP

Par Laurence David  - 8 novembre 2018

On parle enfin de la violence dont sont victimes les professeurs de la part de certains élèves. C’est bien, mais ces derniers ne sont pas les seuls à faire pression sur le personnel des écoles…

Education, la parole se libère. C’est formidable. Il y a quelques mois nous sortions du déni sur l’antisémitisme et depuis, ça va beaucoup mieux. Tous les espoirs sont donc permis d’une action efficace une fois les geysers émotionnels retombés. Tous les enseignants devraient vraisemblablement bientôt trouver dans leur boîte mail académique, une vidéo de leur ministre, qui, le regard profond et habité plongé droit dans le leur, affirmera qu’il leur fait confiance et les soutient. Que peut-il faire d’autre ? Un homme seul, ou presque, peut-t-il parvenir à changer une culture d’entreprise ? Nous voici au cœur du problème : ce sont autant les politiques successives que les pratiques managériales en vigueur dans l’Education nationale qui l’ont amenée à ce degré de délabrement. Et en matière de culture d’entreprise dévastatrice, le monde de la maternelle et de l’élémentaire, le plus silencieux, est un cas d’école.

Donne-moi ta main… et prends la mienne

Bien sûr, ici comme dans le secondaire, il y a cette omerta face aux faits de violence dont les journaux se font largement l’écho ces jours-ci, avec les mêmes origines : pression de la hiérarchie, peur du jugement des collègues, autocensure, adhésion de certains à l’idéologie de l’excuse et même peur physique des représailles. Mais il y a bien plus : en raison de l’organisation des écoles, les occasions de maltraitance envers les enseignants sont démultipliées et ne viennent pas uniquement de la part d’élèves turbulents ou agressifs, mais aussi de leur hiérarchie.



Ivan Rioufol : «En finir avec l'omerta qui abrutit la France !»
Par Ivan Rioufol
Publié le 25/10/2018 à 19h50

CHRONIQUE - Par paresse ou militantisme, les médias se sont majoritairement faits complices des mensonges des dénégationnistes. Encore aujourd'hui, le langage médiatique oblige le public à décrypter les euphémismes.

La presse est chatouilleuse: elle aime faire la leçon mais déteste en recevoir. Certes, les insanités déversées ces jours-ci par Jean-Luc Mélenchon sur les dos de Radio France et Mediapart ont dévoilé sa fièvre stalinienne. Ces outrances contre des journalistes, coupables d'avoir mis le nez dans le financement de La France insoumise, ont justifié la réplique solidaire, lundi, des sociétés de journalistes, dont celle du Figaro. Reste que les procès en superficialité, voyeurisme ou conformisme, instruits contre les médias, ne sont pas tous infondés. Nombreux sont ceux qui concourent au décervelage de l'opinion. Deux confrères du Monde, Fabrice Lhomme et Gérard Davet, débarquent comme les carabiniers, ces jours-ci, pour décrire, dans un livre salué par la caste, l'islamisation de la Seine-Saint-Denis. Or cela fait plus de vingt ans que ce basculement a été identifié par quelques-uns. Mais ceux-là, à en croire Lhomme et Davet, n'étaient pas crédibles: ils faisaient de l'idéologie, tandis que les deux compères feraient du journalisme. Quand la presse se laisse ainsi aller à l'arrogance, elle montre son ridicule.

L'idéologie est bien l'écueil du journalisme. Mais, en l'espèce, c'est elle qui a incité les sentencieux limiers du Monde à ignorer la portée des révélations des premiers lanceurs d'alerte. Dès les années 90, le journaliste du Point Christian Jelen, disparu depuis, avait tout dit de la France éclatée, des casseurs de la République, de la guerre des rues. En 2002, les auteurs des Territoires perdus de la Républiquesonnaient à leur tour le tocsin. Votre serviteur a apporté son lot, avec d'autres encore. Cependant, parce qu'il ne fallait pas montrer les banlieues du doigt, ni stigmatiser des minorités, ni discriminer l'immigration, ni contrarier l'islam, ni faire le jeu du FN, une omerta a été avalisée par les autruches à carte de presse. Ceux qui ont refusé cette chape de plomb ont, tous, été marginalisés et caricaturés en fascistes et en racistes. Encore aujourd'hui, le langage médiatique oblige le public à décrypter ses euphémismes, comme le faisait le lecteur de l'Est sous la censure soviétique: un «jeune», une «cité sensible», une «voiture folle», un «déséquilibré», un «migrant» sont des mots flous jetés comme des voiles pudiques.

La violence à l'école et la perte d'autorité des enseignants font partie de ces sujets qui s'observent à l'œil nu depuis des décennies, sans avoir pu percer le mur du déni. «Menacer un professeur est inacceptable», a tweeté samedi soir le président de la République. Sa réaction a répondu à la diffusion d'une vidéo montrant un grand gaillard noir, élève d'un lycée de Créteil (Val-de-Marne), en train de pointer un revolver à billes sur la tempe d'une enseignante passive. «Nous allons rétablir l'ordre», a également tonné Jean-Michel Blanquer, ministre de l'Éducation nationale. Reste que si cette scène n'avait pas été diffusée sur les réseaux sociaux, rien n'aurait été montré de ce qu'endurent des enseignants de certains établissements. Leur parole se libérerait-elle enfin des silences imposés par le politiquement correct? C'est ce que semble indiquer le succès que rencontre auprès des professeurs le hashtag #Pasdevague. Les enseignants y déplorent, sous prétexte de bienveillance, la lâcheté des hiérarchies.

Les réalités le prouvent : par paresse ou militantisme, les médias se sont majoritairement faits complices des mensonges des dénégationnistes. Le discours dominant persiste à occulter tout ce qui peut abîmer l'image des minorités protégées, surtout quand elles se laissent aller à la violence, au racisme, à l'antisémitisme, à l'homophobie, au sexisme. Actuellement, les mouvements LGBT s'indignent d'agressions physiques contre certains couples homosexuels. Mais les dénonciateurs restent évasifs sur le profil des brutes. Mardi, Frédérique Vidal, ministre de l'Enseignement supérieur, s'est inquiétée de la «recrudescence» des actes antisémites dans des établissements de l'enseignement supérieur, sans en dire davantage. Or, sachant que le moindre indice suffirait pour dénoncer l'extrême droite, il est loisible d'en conclure que les réflexes pavloviens ne suffisent plus pour désigner les coupables rêvés. Le courage de la vérité est l'impératif qui s'impose à ceux qui s'estiment avoir été bernés par un discours aseptisé. Le conformisme et ses œillères se révèlent être les ennemis de l'intelligence.







































































Ivan Rioufol : «En finir avec l'omerta qui abrutit la France !»
Par Ivan Rioufol
Publié le 25/10/2018 à 19h50

CHRONIQUE - Par paresse ou militantisme, les médias se sont majoritairement faits complices des mensonges des dénégationnistes. Encore aujourd'hui, le langage médiatique oblige le public à décrypter les euphémismes.

La presse est chatouilleuse: elle aime faire la leçon mais déteste en recevoir. Certes, les insanités déversées ces jours-ci par Jean-Luc Mélenchon sur les dos de Radio France et Mediapart ont dévoilé sa fièvre stalinienne. Ces outrances contre des journalistes, coupables d'avoir mis le nez dans le financement de La France insoumise, ont justifié la réplique solidaire, lundi, des sociétés de journalistes, dont celle du Figaro. Reste que les procès en superficialité, voyeurisme ou conformisme, instruits contre les médias, ne sont pas tous infondés. Nombreux sont ceux qui concourent au décervelage de l'opinion. Deux confrères du Monde, Fabrice Lhomme et Gérard Davet, débarquent comme les carabiniers, ces jours-ci, pour décrire, dans un livre salué par la caste, l'islamisation de la Seine-Saint-Denis. Or cela fait plus de vingt ans que ce basculement a été identifié par quelques-uns. Mais ceux-là, à en croire Lhomme et Davet, n'étaient pas crédibles: ils faisaient de l'idéologie, tandis que les deux compères feraient du journalisme. Quand la presse se laisse ainsi aller à l'arrogance, elle montre son ridicule.

L'idéologie est bien l'écueil du journalisme. Mais, en l'espèce, c'est elle qui a incité les sentencieux limiers du Monde à ignorer la portée des révélations des premiers lanceurs d'alerte. Dès les années 90, le journaliste du Point Christian Jelen, disparu depuis, avait tout dit de la France éclatée, des casseurs de la République, de la guerre des rues. En 2002, les auteurs des Territoires perdus de la Républiquesonnaient à leur tour le tocsin. Votre serviteur a apporté son lot, avec d'autres encore. Cependant, parce qu'il ne fallait pas montrer les banlieues du doigt, ni stigmatiser des minorités, ni discriminer l'immigration, ni contrarier l'islam, ni faire le jeu du FN, une omerta a été avalisée par les autruches à carte de presse. Ceux qui ont refusé cette chape de plomb ont, tous, été marginalisés et caricaturés en fascistes et en racistes. Encore aujourd'hui, le langage médiatique oblige le public à décrypter ses euphémismes, comme le faisait le lecteur de l'Est sous la censure soviétique: un «jeune», une «cité sensible», une «voiture folle», un «déséquilibré», un «migrant» sont des mots flous jetés comme des voiles pudiques.

La violence à l'école et la perte d'autorité des enseignants font partie de ces sujets qui s'observent à l'œil nu depuis des décennies, sans avoir pu percer le mur du déni. «Menacer un professeur est inacceptable», a tweeté samedi soir le président de la République. Sa réaction a répondu à la diffusion d'une vidéo montrant un grand gaillard noir, élève d'un lycée de Créteil (Val-de-Marne), en train de pointer un revolver à billes sur la tempe d'une enseignante passive. «Nous allons rétablir l'ordre», a également tonné Jean-Michel Blanquer, ministre de l'Éducation nationale. Reste que si cette scène n'avait pas été diffusée sur les réseaux sociaux, rien n'aurait été montré de ce qu'endurent des enseignants de certains établissements. Leur parole se libérerait-elle enfin des silences imposés par le politiquement correct? C'est ce que semble indiquer le succès que rencontre auprès des professeurs le hashtag #Pasdevague. Les enseignants y déplorent, sous prétexte de bienveillance, la lâcheté des hiérarchies.

Les réalités le prouvent: par paresse ou militantisme, les médias se sont majoritairement faits complices des mensonges des dénégationnistes. Le discours dominant persiste à occulter tout ce qui peut abîmer l'image des minorités protégées, surtout quand elles se laissent aller à la violence, au racisme, à l'antisémitisme, à l'homophobie, au sexisme. Actuellement, les mouvements LGBT s'indignent d'agressions physiques contre certains couples homosexuels. Mais les dénonciateurs restent évasifs sur le profil des brutes. Mardi, Frédérique Vidal, ministre de l'Enseignement supérieur, s'est inquiétée de la «recrudescence» des actes antisémites dans des établissements de l'enseignement supérieur, sans en dire davantage. Or, sachant que le moindre indice suffirait pour dénoncer l'extrême droite, il est loisible d'en conclure que les réflexes pavloviens ne suffisent plus pour désigner les coupables rêvés. Le courage de la vérité est l'impératif qui s'impose à ceux qui s'estiment avoir été bernés par un discours aseptisé. Le conformisme et ses œillères se révèlent être les ennemis de l'intelligence.


Écouter la sagesse collective

Les partis politiques sont les victimes de l'infantilisation des discours. Ce petit monde roupille sur des idées dépassées. Elles sont de moins en moins comprises par la société civile: elle n'a jamais rencontré l'univers cotonneux du vivre-ensemble. Les plus lucides des militants commencent, comme à La République en marche, à prendre conscience du vide qu'il leur faut remplir. Tous ont à s'extraire des idées fausses colportées depuis trente ans. L'audience que rencontre #Pasdevague n'est autre que le besoin des gens de témoigner sans interdits de ce qu'ils vivent dans le monde réel. L'Internet offre cette liberté. La macrocrature a raison de craindre cette glasnost: elle annonce le bouleversement du jeu politique, confisqué aux mains des professionnels, des technocrates, des experts. Les Français en colère ne se laisseront plus museler. Actuellement, des automobilistes, assommés de taxes, se mobilisent sur le Net pour manifester le 17 novembre.

Ce réveil de la société civile est une aubaine. L'utilisation du Web a réussi à déstabiliser les citadelles médiatiques, souvent contraintes de suivre les révélations des réseaux sociaux. Donald Trump, honni des médias, a construit sa stratégie en s'appuyant sur cette démocratie directe. La mise en valeur de cette intelligence collective, qui alimente Google et Wikipédia, reste une perspective politique à exploiter. Émile Servan-Schreiber a parié depuis longtemps sur ce bon sens collectif qu'il utilise dans les marchés prédictifs. Il invite à aller plus loin (1) afin de rendre plus intelligentes nos démocraties fatiguées. L'auteur écrit: «Les responsables politiques pourraient interroger systématiquement la sagesse collective des Français, via un marché prédictif moyen.» Il propose la mise en place d'un ministère des pronostics. L'heure est venue, pour le peuple raisonnable, de reprendre son destin en main.

La Commission européenne, qui a rejeté mercredi le projet de budget de l'Italie pour 2019, n'entend visiblement rien de l'aspiration des peuples à leur souveraineté. Le dogmatisme dont Bruxelles fait preuve accélère sa séparation d'avec la démocratie.
(1) Supercollectif, Fayard.

La rédaction vous conseille :



A l’école, la violence contre les profs ne vient pas que des élèves
Elle est aussi le fait de l'Education nationale envers les professeurs



Emmanuel Macron et Jean-Michel Blanquer en visite dans un collège de Laval, le 3 septembre 2018. ©LUDOVIC MARIN / POOL / AFP

Par Laurence David  - 8 novembre 2018

On parle enfin de la violence dont sont victimes les professeurs de la part de certains élèves. C’est bien, mais ces derniers ne sont pas les seuls à faire pression sur le personnel des écoles…

Education, la parole se libère. C’est formidable. Il y a quelques mois nous sortions du déni sur l’antisémitisme et depuis, ça va beaucoup mieux. Tous les espoirs sont donc permis d’une action efficace une fois les geysers émotionnels retombés. Tous les enseignants devraient vraisemblablement bientôt trouver dans leur boîte mail académique, une vidéo de leur ministre, qui, le regard profond et habité plongé droit dans le leur, affirmera qu’il leur fait confiance et les soutient. Que peut-il faire d’autre ? Un homme seul, ou presque, peut-t-il parvenir à changer une culture d’entreprise ? Nous voici au cœur du problème : ce sont autant les politiques successives que les pratiques managériales en vigueur dans l’Education nationale qui l’ont amenée à ce degré de délabrement. Et en matière de culture d’entreprise dévastatrice, le monde de la maternelle et de l’élémentaire, le plus silencieux, est un cas d’école.

Donne-moi ta main… et prends la mienne

Bien sûr, ici comme dans le secondaire, il y a cette omerta face aux faits de violence dont les journaux se font largement l’écho ces jours-ci, avec les mêmes origines : pression de la hiérarchie, peur du jugement des collègues, autocensure, adhésion de certains à l’idéologie de l’excuse et même peur physique des représailles. Mais il y a bien plus : en raison de l’organisation des écoles, les occasions de maltraitance envers les enseignants sont démultipliées et ne viennent pas uniquement de la part d’élèves turbulents ou agressifs, mais aussi de leur hiérarchie.

Education, la parole se libère. C’est formidable. Il y a quelques mois nous sortions du déni sur l’antisémitisme et depuis, ça va beaucoup mieux. Tous les espoirs sont donc permis d’une action efficace une fois les geysers émotionnels retombés. Tous les enseignants devraient vraisemblablement bientôt trouver dans leur boîte mail académique, une vidéo de leur ministre, qui, le regard profond et habité plongé droit dans le leur, affirmera qu’il leur fait confiance et les soutient. Que peut-il faire d’autre ? Un homme seul, ou presque, peut-t-il parvenir à changer une culture d’entreprise ? Nous voici au cœur du problème : ce sont autant les politiques successives que les pratiques managériales en vigueur dans l’Education nationale qui l’ont amenée à ce degré de délabrement. Et en matière de culture d’entreprise dévastatrice, le monde de la maternelle et de l’élémentaire, le plus silencieux, est un cas d’école.

Donne-moi ta main… et prends la mienne

Bien sûr, ici comme dans le secondaire, il y a cette omerta face aux faits de violence dont les journaux se font largement l’écho ces jours-ci, avec les mêmes origines : pression de la hiérarchie, peur du jugement des collègues, autocensure, adhésion de certains à l’idéologie de l’excuse et même peur physique des représailles. Mais il y a bien plus : en raison de l’organisation des écoles, les occasions de maltraitance envers les enseignants sont démultipliées et ne viennent pas uniquement de la part d’élèves turbulents ou agressifs, mais aussi de leur hiérarchie.


Pour comprendre la situation, il faut savoir qu’un directeur n’est pas, comme un proviseur ou un principal de collège, un chef d’établissement. Il n’a donc aucun pouvoir hiérarchique sur les membres de son équipe, il n’est que l’un d’entre eux et assume souvent un temps de classe en plus de sa fonction de direction. Il ne dispose d’aucune aide administrative, puisqu’en ces temps de vaches maigres, les rares contrats aidés ont été supprimés à la rentrée 2017, au motif que, selon le ministère « des actions sont menées pour alléger les tâches administratives des directeurs. Le recours à l’informatique y contribue » (Réponse ministérielle à Dimitri Houbron, député LREM du Nord)L’intégralité des consignes ministérielles doit donc être absorbée par le directeur et les enseignants.

C’est cette spécificité qui va permettre de maximiser l’impact de deux techniques  de management dévastatrices, maniées avec art par la hiérarchie : l’injonction paradoxale et le principe de l’avalanche.

Va à droite et en même temps à gauche

L’injonction paradoxale consiste à transmettre deux obligations ou injonctions contradictoires, qui, s’interdisant mutuellement, induisent une impossibilité logique à les exécuter. Les exemples foisonnent. Exiger que l’on aille ouvrir un portail, situé à l’autre bout de l’école, à tout parent emmenant son enfant en retard, tout en interdisant de laisser sa classe sans surveillance. Demander d’organiser des cachettes pour le confinement en cas d’attaque terroriste mais exiger l’approbation du texte qui explique où elles se trouvent en conseil d’école, devant des parents élus dont on ignore si, investis d’une mission de transmission, ils ne diffuseront pas l’information via les outils numériques. Donner la consigne de s’entraîner aux évacuations incendie, mais ne pas former les enseignants au maniement des extincteurs. Prévoir dans les textes un coin-parents ouvert à tous, même à ceux éventuellement fichés S et faire respecter le plan Vigipirate…

Vous ne pourrez pas dire que vous ne saviez pas…

A cela s’ajoute le principe pervers de l’avalanche. Les cadres de l’institution sont parfaitement conscients que bien des missions demandées au personnel des écoles sont irréalisables. Leur souci est donc double : assurer malgré tout la transmission de l’ordre qui vient d’en haut mais éviter qu’une question embarrassante ne remonte, où que parfois, un outil utile à sa défense ne tombe aux mains d’un fonctionnaire et qu’il n’en fasse usage. L’avalanche est alors la solution. Il faut avoir, une fois, ouvert un courrier venant d’une inspection académique pour prendre la mesure de la perversité de l’acte : multiples pièces jointes, contenant des liens, ouvrant sur d’autres liens. Erratum. Envoi différé de pièces complémentaires. Désinhibée par l’absence de frais de port, l’administration se lâche. Tout est bon pour submerger le destinataire et lui faire endosser toutes les responsabilités en douce : il est informé, il sait. S’il faillit, c’est qu’il n’a pas accompli correctement la mission dont on l’avait chargé, il est donc le seul fautif car nul n’est censé ignorer la parole de la hiérarchie.

Enseignants sans défense

C’est aussi grâce à cette méthode que les cadres sont parvenus, jusqu’à ce jour, à priver les enseignants d’un important moyen de défense : le C.H.S.C.T. et le registre santé et sécurité au travail. Les missions du Comité d’Hygiène, de Sécurité et des Conditions de Travail (C.H.S.C.T.) sont de contribuer à la protection de la santé physique et mentale, à la sécurité des salariés, à la prévention, à l’amélioration des conditions de travail et d’assurer une veille sur l’observation des prescriptions légales prises dans ce domaine par l’employeur. Le registre santé et sécurité permet à tout personnel ou usager de signaler une situation qu’il considère comme anormale ou dangereuse, il assure la traçabilité de la prise en compte du problème, conserve l’historique et permet éventuellement sa remontée au C.H.S.C.T.


La place des incidents recensés par le hashtag #PasDeVague est avant tout dans ces registres dont la plupart des professeurs des écoles ignorent l’existence. Tout comme l’est celle de tous les faits qui sont de nature à mettre en danger la santé physique et mentale du personnel : agressions et violences des élèves ou des parents, agressivité verbale répétée d’un inspecteur, manque de personnel formé aux gestes de premiers secours, risques psychosociaux liés aux mauvaises conditions de travail, inadaptation des locaux à la mise en œuvre du Plan particulier de Mise en Sécurité face aux risques d’intempérie ou d’intrusion… L’Education nationale n’a pas su ou voulu mener une campagne volontariste concernant l’accès à ce moyen d’institutionnalisation de la demande d’aide face aux difficultés. Les syndicats, englués dans une culture de la cogestion, n’ont pas su se saisir de cet outil dont leurs homologues des grandes entreprises, plus combatifs et innovants dans les moyens de lutte,  font usage depuis longtemps.

Des paroles et des actes ?

L’effet lampe torche du hashtag #PasDeVague ne doit pas rejeter dans l’obscurité qui règne en dehors du halo, le fait que la violence n’est  pas seulement celle des élèves mais aussi celle de l’institution qui refuse de donner les moyens d’agir et de se protéger à son personnel et le bâillonne. L’action de Jean-Michel Blanquer ne sera complète et crédible que si, au-delà de sa volonté de rétablir l’ordre dans les établissements, il manifeste, par des actions concrètes, celle de redonner la parole sur leurs difficultés aux enseignants.  L’instauration d’une médecine du travail et la mise en fonctionnement effective d’outils institutionnels de dialogue tels que le C.H.S.C.T. seraient un minimum.

Enfin, une rupture dans l’usage dévastateur de la communication et des éléments de langage à double tranchant serait aussi un signe fort. Le ministre ne peut ignorer que les visites Potemkine dans des établissements soigneusement sélectionnés par ses équipes ont autant vocation à redorer le blason de l’Education nationale qu’à faire la leçon à l’ensemble de la profession. Cette méthode du « Regardez, eux ils y arrivent », déconnectée de toute analyse d’une réussite qui n’est peut-être due qu’à des paramètres conjoncturellement favorables, relevant de l’exception, est, elle aussi, destructrice. Tout comme l’est l’insidieuse injonction du slogan ministériel « école de la confiance » qui comporte sa part de « Ne trahissez pas celle que je mets en vous » et de « Débrouillez-vous, je ne veux rien savoir ».

Il y a donc beaucoup à faire. Au fil des décennies, management pathogène et plan de communication sont venus s’ajouter à une gestion comptable de l’Education nationale. Le hashtag #PasDeVague est une soupape éphémère et les solutions proposées par Jean-Michel Blanquer, contraint par un contexte gouvernemental très « start up nation », se limitent à la question de la violence des élèves. Mais ne soyons pas dupes, le mal est plus profond.



Follow on Bloglovin
 

Archives (2011 à 2014)

Vous aimerez peut-être :

Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...