25 juin 2017

«Tariq Ramadan ne mérite pas d'être français» (Céline Pina et Fatiha Boudjahlat, 21.04.2016)

Quand des djihadistes tuent 148 des nôtres, lui participe à un meeting «contre les dérives racistes et islamophobes de l'état d'urgence» et tandis que nous sommes attaqués pour ce que nous sommes, il exhorte les jeunes frères musulmans à «faire que la culture française soit considérée comme une culture musulmane parmi les cultures musulmanes».


FIGAROVOX/TRIBUNE - Le Monde et Médiapart ont publié des enquêtes sur Tariq Ramadan qui vient de demander la nationalité française. Céline Pina et Fatiha Boudjahlat dénoncent les positions du théologien.






Céline Pina est militante et essayiste. Elle vient de publier Silence Coupable aux Editions Kero
Fatiha Boudjahlat est Secrétaire Nationale du MRC à l'Education, engagée pour la laïcité et l'égalité homme-femme.

Céline Pina et Fatiha Boudjahlat : «Tariq Ramadan ne mérite pas d'être français»
Tariq Ramadan ne doit pas être privé de parole, mais bien de la nationalité française: Il ne mérite pas d'être des nôtres. Rejeter avec éclat sa demande de nationalité poserait un acte politique fort.
Monsieur Ramadan est un rhétoricien de talent, sa stratégie réside dans une duplicité qui ne trompe plus guère que les accommodants. Présenté par eux comme islamologue, il n'est qu'islamiste. Il ne produit pas du sens, ne restitue pas le contexte historique mais il produit de la norme religieuse et fige l'islam dans un passé mythifié. Au nom de cette conception archaïque de l'islam, la lapidation ne lui pose aucun problème moral, tout juste consent-il, du bout de sa foi et des lèvres, à proposer un moratoire, mais il n'arrive pas à condamner cet acte barbare. Il n'est ni Charlie, ni Paris, ni Bruxelles, ni Islamabad, ni Grand-Bassam mais perquisitionnable (note bas de page: un tweet qu'il a envoyé juste après les massacres du 13 novembre disait clairement: «je ne suis ni Charlie, ni Paris mais perquisitionnable»)





Quand des djihadistes tuent 148 des nôtres, lui participe à un meeting «contre les dérives racistes et islamophobes de l'état d'urgence» et tandis que nous sommes attaqués pour ce que nous sommes, il exhorte les jeunes frères musulmans à «faire que la culture française soit considérée comme une culture musulmane parmi les cultures musulmanes».





Cet homme, pour notre plus grande fierté, n'est pas français. Cet homme, pour notre plus grand malheur, pourrait le devenir. Peu avare de provocation, il en a fait la demande. Notre pays s'illustrerait à lui refuser un tel honneur. Car Tariq Ramadan n'en est pas digne. Il ne pourrait intégrer un pacte Républicain sur lequel il ne cesse de cracher: Tariq Ramadan ne peut s'intégrer à notre belle Nation. Il refuse d'accorder aux femmes l'égalité des droits, dénigre la laïcité et combat toute forme d'émancipation. Ce qu'il prône est tout simplement incompatible avec la dignité humaine. Il n'est pas là pour devenir des nôtres, mais pour islamiser la France, pour faire en sorte que les lois que se donnent les hommes soient soumises à un ordre religieux impossible à contester. Son projet est la soumission de notre libre arbitre aux pseudos vérités immanentes de la vision la plus obscurantiste et archaïque de l'islam et il s'en cache à peine, adaptant son discours à son auditoire. Or notre République n'est pas plus à «islamiser» qu'à «catholiciser» ou à «judéiser». La Constitution que nous nous sommes donnés en tant que peuple souverain dispose que la France est un République démocratique, laïque, indivisible et sociale. La religion n'a pas sa place comme principe d'organisation de notre sphère politique et refuser de l'entendre c'est être incapable de s'élever jusqu'à la citoyenneté. Notre République émancipe. Elle pose que l'identité première d'un individu n'est pas communautaire, religieuse ou ethnique. Elle est politique, ce qui pose le citoyen comme sujet autonome. Elle permet le commun, elle dépasse les particularismes sans les abolir ou les avilir en une haine des autres.
Tariq Ramadan sait cela. Mais s'il se permet de se moquer ainsi de nous, c'est qu'il compte sur la faiblesse de nos représentants et de notre Régime. Il s'estime vainqueur dans tous les cas de figure, soit qu'il obtienne la nationalité française, soit qu'elle lui soit refusée, auquel cas il en prendra prétexte pour se poser en victime du blanc, de l'Occident, de la République, de la France. Il faut donc motiver ce refus indispensable et l'assumer politiquement, sans le déléguer à l'Administration préfectorale. Par ce refus, la France se protège. Par ce refus, la République définit le pacte Républicain. Monsieur Ramadan n'a que trop joué de la lâcheté des politiques, comme de leur incapacité à faire respecter les principes de notre République, car Tariq Ramadan n'est qu'un tigre de papier. Il ne tire son pouvoir que de l'incapacité de ceux qui nous dirigent à donner sens aux idéaux qui nous ont construit en tant que peuple, en tant que nation, en tant que pays.
Car, dans le cadre d'une demande de naturalisation, la nationalité d'un pays n'est pas de droit. Certains éléments sont appréciés en opportunité comme le fait de prôner des valeurs incompatibles avec celles du pays auquel on souhaiterait appartenir. A ce titre, refuser la nationalité française à Tariq Ramadan est une évidence et relève de l'instinct de survie de notre régime démocratique et républicain ; donner le plus d'éclat et assumer publiquement possible à ce refus, feront de cette évidence un acte politique.





Pour devenir Français, il est demandé de maîtriser la langue, des rudiments d'histoire. Monsieur Ramadan réussira ces épreuves scolaires, mais il faut également être capable de s'intégrer à notre monde commun. Posons-lui alors des questions plus politiques et simples. Reconnaît-il comme préalable non négociable l'égalité femme-homme? Reconnaît-il comme préalable la liberté de croire et de ne pas croire? Reconnaît-il la préséance du Droit territorial sur la loi religieuse? Reconnaît-il que l'Islam ne relève pas de la vérité révélée, mais qu'il est une croyance parmi tant d'autres, honorable autant que les autres ou que l'athéisme, ces autres ayant droit de cité dans les mêmes conditions? Condamnera-t-il enfin les terroristes et le terrorisme islamiste, sans astuce et sans détour? Enfin, le cas Ramadan est l'occasion de dépasser la définition technique intelligente que Patrick Weil donne de la nationalité: ce qui «relie en droit un Etat à sa population.» Cette définition est technique, pas politique. Or, face aux attaques des religieux, c'est de politique dont nous avons besoin. Posons à Monsieur Ramadan la question de son allégeance. Va-t-elle à la confrérie des Frères Musulmans ou à d'autres internationales de la violence religieuse? Va-t-elle aux pétro-dollars à qui il doit tant, dont son pseudo statut universitaire (sa chaire universitaire est intégralement financée par le Qatar et Tariq Ramadan n'a pas de publication scientifiquement reconnues)?
La nôtre va à la République Française, or monsieur Ramadan n'est pas un ami de la France et il ne lui veut pas du bien. Nous proposons de renouer avec une disposition du Code pénal: l'article 411-4 sur l'espionnage et la trahison: «Le fait d'entretenir des intelligences avec une puissance étrangère, avec une entreprise ou organisation étrangère ou sous contrôle étranger ou avec leurs agents, en vue de susciter des hostilités ou des actes d'agression contre la France, est puni de trente ans de détention criminelle (…)» la même peine s'appliquant dans le cas ou la personne incriminée fournirait «les moyens d'entreprendre des hostilités ou d'accomplir des actes d'agression contre la France». Quand Monsieur Ramadan rosit de fierté de rejoindre l'Union mondiale des savants musulmans, sous la tutelle de Youssef Al Qaradawi, il montre son soutien à ceux qui préconisent l'élimination physique des homosexuels, des juifs, des mécréants. Ce sont là des ennemis de la France, de la démocratie, du pluralisme. De plus, Monsieur Ramadan fournit «les moyens d'entreprendre des hostilités ou d'accomplir des actes d'agression contre la France» quand il présente cet Etat comme raciste, islamophobe, quand il nourrit la haine de la France et de ses valeurs, quand il incite à la désobéissance sur le principe de la laïcité, quand il méprise les victimes des attentats en ne plagiant que les terroristes et en faisant reposer la responsabilité des tueries de masse, sur l'Etat. Il fournit les armes sémantiques et intellectuelles aux tueurs de Français, d'Ivoiriens, de Nigérians, de Belges, de Pakistanais, de Chrétiens, de Yézidis…
S'intégrer à une Nation demande d'en partager l'âme, l'esprit et les lois, à tout le moins de respecter son histoire, sa culture, son fonctionnement. On ne demande pas la nationalité d'une culture que l'on méprise, d'une histoire que l'on caricature et d'un humanisme que l'on rejette. Sauf à réclamer d'intégrer la nation pour mieux dynamiter notre commun de l'intérieur. A ce titre, cette demande n'est pas seulement une provocation mais une insulte. En remettant Tariq Ramadan à sa juste place, donc en le laissant à la porte, nous indiquerons clairement à tous ce que représente concrètement le fait d'être français, pourquoi certains ne méritent pas de le devenir et pourquoi leurs idéologies n'ont pas leur place chez nous, en Europe, et en fait nulle part ailleurs. La loi prévoit la déchéance de la nationalité française pour les naturalisés convaincus d'actes terroristes. Il serait incompréhensible de donner la nationalité à un tel adversaire de la République et ennemi de la France
Donner de la publicité à ce refus, c'est réaffirmer qu'il y a aujourd'hui en France un gouvernement capable de protéger ce que nous sommes, de l'incarner et de le défendre. Cela sonnerait concrètement le début d'un réveil républicain qui ne se paye plus de mots et qui poserait enfin des actes. La France se protégera en refusant à ce Iago la nationalité Française. Ce faisant, nous nous rappelons que la citoyenneté Française ne s'épuise pas dans le vote, dans la défense de nos droits, mais qu'elle se réalise dans l'accomplissement des devoirs qui nous rendent, selon Lévinas, «responsables les uns des autres». Monsieur Ramadan, lui, n'est responsable que de désordres, d'imposture et de haine.

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