11 juillet 2017

Migrants en France

Cet article n'est plus mis à jour. 

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Rubriques : 



Rennes. Les migrants du squat s'installent Place de la Mairie (17.07.2017)
Un migrant irakien secouru au large de Dunkerque (16.07.2017)
Défiance envers les migrants : les Français sont-ils racistes ? (13.07.2017)
Sur Twitter, le maire de Grande-Synthe interpelle sur le sort des enfants migrants (13.07.2017)
Le gouvernement fait de la réduction du délai de demande d’asile une des clés du plan migrants (12.07.2017)
Orly : manifestation contre des expulsions (12.07.2017)
Philippe présente un plan pour faire face aux migrations (12.07.2017)
Collomb veut régler le "problème fondamental" des demandes d'asile albanaises (12.07.2017)
Migrants : Hidalgo interpelle le gouvernement (07.07.2017)
Des campements de migrants de nouveau évacués à Paris (07.07.2017)
Le Panthéon accueille pour la première fois une cérémonie de naturalisation (06.07.2017)
Laurent Bouvet : « L'insécurité culturelle est toujours là » (06.07.2017)
A la Chapelle, les bénévoles inquiets du sort des réfugiés cet été (06.07.2017)
Obligations d'aide aux migrants à Calais: l'Etat fait appel (06.07.2017)
Édouard Tétreau : «Ce que j'ai vu porte de la Chapelle à Paris» (05.07.2017)
Calais : rixe entre des migrants africains (01.07.2017)
Comment l'extrême-gauche instrumentalise les migrants (30.06.2017)
Niger: 51 migrants probablement morts (30.06.2017)
Paris: 1200 migrants autour du centre La Chapelle (29.06.2017)
Pourquoi la délocalisation des audiences à Roissy pour les étrangers fait-elle polémique ? (28.06.2017)
Immigration : la grande faillite de l'Europe (23.06.2017)
«Calais, c’est pas mieux que la Libye» (21.06.2017)
Anne Hidalgo interpelle le gouvernement sur la crise migratoire qui reprend à Paris (20.06.2017)

Migrants : et si on les laissait passer en Angleterre ? (04.03.2016)
Migrants : l'Angleterre doit prendre ses responsabilités (30.07.2015)




Rennes. Les migrants du squat s'installent Place de la Mairie (17.07.2017)

Modifié le 17/07/2017 à 15:51 | Publié le 17/07/2017 à 13:35

http://www.ouest-france.fr/bretagne/rennes-35000/rennes-place-la-mairie-c-est-l-operation-transat-en-migrant-5140926

Les migrants de la Poterie se sont installés place de la mairie ce midi. Les migrants de la Poterie se sont installés place de la mairie ce midi. | Ouest-France.
Samuel Nohra

Comme ils l’avaient promis, les 175 migrants du squat de la Poterie ont quitté le lieu ce matin à 10 h. Ils se sont ensuite dirigés vers la place de la mairie où ils sont toujours. Ils ont transformé l’opération transat en ville en transat en migrants. Ils attendent que la ville ou la préfecture leur proposent des solutions de logement, du moins pour les plus vulnérables et les enfants.

Ils sont une centaine de migrants, après avoir quitté ce matin le squat de la Poterie, à s’être rendus place de la mairie. Et ils ont transformé l’opération transat en ville en transat en migrant.

Installés sur les marches de l’opéra pour profiter des zones d’ombre, ils attendent d’éventuelles solutions de relogement. Notamment pour les personnes les plus fragiles et les familles avec enfants.

Selon plusieurs sources, une réunion, à l’initiative de la ville, serait organisée à 15 h. Et la ville pourrait proposer un gymnase en solution provisoire.


Il paraît en effet peu probable que les autorités aient envie que la place de la mairie se transforme en squat de longue durée.

Un migrant irakien secouru au large de Dunkerque (16.07.2017)
Mis à jour le 16/07/2017 à 14:59

Un migrant irakien, tentant de rejoindre l'Angleterre, a été secouru dimanche matin par un plaisancier.  A bord d'un radeau de fortune, il dérivait au large de Dunkerque, selon la préfecture du Nord.


"Il serait parti seul hier aux alentours de 23h00 depuis Calais mais, ne pouvant guider son embarcation, il dérivait en direction de l'est" non loin des côtes françaises, a précisé la préfecture.

Agé de 46 ans, l'homme tentait de rejoindre les côtes anglaises à bord d'un radeau composé de simples planches en bois et de bouteilles. Un plaisancier a repéré dans la matinée l'embarcation et a recueilli à bord de son voilier le réfugié, en état d'hypothermie, avant de prévenir le Centre régional opérationnel de surveillance et de sauvetage (CROSS) Gris-Nez.


"A 10h15, le voilier Citron Vert arrive à Dunkerque. L'homme est pris en charge par un véhicule de secours et d'assistance aux victimes du Service départemental d'incendie et de secours du Nord et confié à la Police aux frontières", a indiqué pour sa part dans un communiqué la préfecture maritime de la Manche et de la mer du nord.


A plusieurs reprises depuis 2016 et l'accentuation de la crise migratoire dans le Calaisis, des réfugiés désespérés ont tenté de rejoindre l'Angleterre à bord d'embarcations plus ou moins artisanales mais ont dû, le plus souvent, être secourus en mer.


La densité de trafic, les courants importants, les hauts fonds, du vent en permanence et une basse température de l'eau rendent la traversée de la Manche très difficile et extrêmement dangereuse.

Défiance envers les migrants : les Français sont-ils racistes ? (13.07.2017)
Propos recueillis par Louis Hausalter
Publié le 13/07/2017 à 18:48

La réponse est bien plus complexe. Alors que le gouvernement tente de reprendre la main dans la crise migratoire, une étude de l'Ifop met en évidence les craintes des Français, liées à un sentiment global d'insécurité physique, économique et culturelle. Entretien avec l'un de ses auteurs, Jérôme Fourquet.

Le gouvernement a présenté mercredi 12 juillet un plan destiné à rendre l’accueil des réfugiés plus efficace, alors que plus de 100.000 migrants sont arrivés cette année sur les côtes du sud de l'Europe, selon l’Organisation internationale pour les migrations (OIM). Dans ce contexte, une étude réalisée par l’institut Ifop pour l’association More in common met en évidence un véritable malaise des Français vis-à-vis de l’immigration. Jérôme Fourquet, directeur du département Opinion et stratégies d’entreprise de l’Ifop, en détaille les raisons.

Marianne : Comment résumer l’état d’esprit général des Français vis-à-vis de l’immigration ?

Jérôme Fourquet : L’opinion publique est ambivalente sur la question. Il y a une inquiétude, avec l’idée que les capacités d’accueil seraient dépassées depuis longtemps, et en même temps une certaine sensibilité à la dimension humanitaire. Ces deux sentiments rivalisent et l’un prend l’ascendant sur l’autre en fonction du contexte.

Le contexte actuel semble favoriser une perception défavorable, puisque selon votre étude, 56% des Français jugent que l’immigration a un impact négatif sur la société française...

Oui. Il faut lire cette défiance à l’aune de quatre paramètres. 

Un paramètre économique, d’abord, sur le registre de la fameuse phrase de Michel Rocard selon laquelle « la France ne peut pas accueillir toute la misère du monde ». L’Etat a des problèmes budgétaires et les Français sont pris dans des contraintes de pouvoir d’achat, ce qui ne dispose pas à la bienveillance et à l’accueil. 

Le deuxième paramètre est sécuritaire, puisque l’opinion fait de manière plus ou moins nette un lien entre la maîtrise des flux migratoires et la menace terroriste. 

Le troisième paramètre est sociétal : il recouvre la sensibilité aux problématiques d’intégration et à la présence de l’islam sur notre territoire. 

Enfin, il y a l’attitude des acteurs politiques : est-ce que les décideurs suivent leur opinion publique ou est-ce qu’ils peuvent faire évoluer le regard collectif ? Sur ce dernier critère, c’est un peu la poule et l’œuf.

En Europe occidentale, les Français sont parmi les plus réfractaires à l’accueil de migrants. Comment l’expliquer alors que des pays comme l’Allemagne ou l’Italie en ont reçu bien plus que nous ?

Reprenons notre grille de paramètres. 

Sur le plan économique, l’idée que notre pays a les capacités financières d’accueillir des migrants et que leur arrivée peut même être bénéfique est beaucoup plus répandue en Allemagne que chez nous, en raison d’un taux de chômage deux fois moins élevé, d’un budget à l’équilibre et d’une pyramide des âges vieillissante. 

Sur le plan sécuritaire, la France a été bien davantage touchée que l’Allemagne et l’Italie par les attaques terroristes, d’où une sensibilité plus aigüe sur ce sujet. 

En ce qui concerne l’intégration, tous les pays occidentaux sont confrontés à la question musulmane, mais ce sujet est particulièrement sensible chez nous. 

Enfin, sur le discours des décideurs, on se souvient au moment de la crise migratoire de l’automne 2015 des déclarations frileuses, voire hostiles de Manuel Valls et de toute une partie de la gauche. Et à la différence de l’Allemagne, il existe en France un parti, le Front national, qui pèse entre 20 et 30% des voix en investissant ces sujets.

Toujours selon votre sondage, 38% des Français jugent l’islam incompatible avec la société française. Observez-vous une crispation croissante sur cette question ?

De nombreuses autres enquêtes ont déjà montré que pour une majorité de Français, la présence d’une importante communauté musulmane sur notre territoire n’est pas sans poser problème. Une partie de la population montrait déjà une attitude réfractaire avant les attaques terroristes. En posant cette question après Charlie et le Bataclan, nous avions enregistré une crispation supplémentaire parmi ceux qui étaient déjà convaincus que l’islam posait problème. Dans cette partie de l’opinion, des passerelles assez étroites se sont tissées entre la question migratoire et la question terroriste.

61% des Français estiment que la France doit davantage se protéger du reste du monde. Cela signifie que l’inquiétude sur l’immigration s’inscrit plus globalement dans une défiance vis-à-vis de la mondialisation ?

On aborde généralement la mondialisation uniquement sous son aspect économique : les délocalisations, les travailleurs détachés, les droits de douane... Il existe pourtant un autre aspect, celui des flux migratoires. 

Or, ce sont souvent les mêmes publics qui sont inquiets de l’ensemble de ces phénomènes de globalisation. Une part croissante de la population française, dans les catégories populaires mais aussi désormais dans une partie des classes moyennes, vit sa condition sous le registre de l’insécurisation – on retrouve ici les thèses de Christophe Guilluy. 

Ces Français estiment que leur cadre de vie se dégrade à trois échelles. D’abord l’insécurité physique, c’est-à-dire la petite ou la grande délinquance et désormais le terrorisme. Ensuite l’insécurité économique : c’est la problématique des protections sociales rabotées, de la mise en concurrence, des délocalisations. Enfin l’insécurité culturelle : c’est la question de l’islam, des menus hallal, du port du voile, des droits des femmes, etc.

D’une certaine façon, les migrants sont aux yeux de l’opinion l’incarnation physique de ces processus anxiogènes. En France, le lieu où ces trois formes d’insécurité sont concentrées de manière paroxystique, c’est Calais, ville très populaire et ouvrière dont la population est très peu issue de l’immigration. Les études que nous avons menées ces dernières années montrent que l’explosion du vote FN à Calais est très clairement liée à la pression migratoire, mais aussi aux fermetures d’usines et à la montée de la petite délinquance. En effet, la force du FN est d’avoir réussi à amalgamer ces trois formes d’insécurité de manière cohérente dans son discours, en pointant des responsables : Bruxelles favoriserait ce processus avec le soutien complice de nos dirigeants. Ce n’est pas propre à la France, on retrouve ce discours aux Etats-Unis parmi la classe ouvrière blanche, qui a voté massivement pour Trump, ou dans le discours des pro-Brexit au Royaume-Uni.

Votre étude met aussi en évidence le sentiment d’une « compétition entre les plus démunis ». Qu’est-ce que cela signifie ?


Toute une partie de la population est très dépendante des filets de protection sociale. Or, quand vous êtes déjà fragilisé, vous avez une propension naturelle à vous inquiéter de ce qui peut vous fragiliser davantage. C’est le discours : « Cet argent qu’on va dépenser pour les migrants, ce sera en moins pour ceux qui en ont le plus besoin comme moi. » Ces catégories qui sont le plus en demande des services publics voient donc arriver ces populations nouvelles avec inquiétude. La situation Porte de la Chapelle, à Paris, symbolise bien cette problématique.


Sur Twitter, le maire de Grande-Synthe interpelle sur le sort des enfants migrants (13.07.2017)


Damien Carême a partagé sur Twitter des images d’enfants de migrants qui survivent dans des conditions inhumaines dans une forêt située sur le territoire de sa commune.

LE MONDE | 13.07.2017 à 17h02 • Mis à jour le 13.07.2017 à 19h58 | Par Violaine Morin

Un enfant de migrants dans le bois du Puythouck, à Grande-Synthe, début juillet 2017. Capture d’écran du site Observers.france24.com.

L’une des images partagées mardi 11 juillet sur Twitter par Damien Carême, le maire de Grande-Synthe, a quelque chose de tristement familier. On y voit un petit garçon habillé d’un pull rouge, endormi allongé sur le ventre. Il a sans doute à peu près le même âge qu’Aylan, le petit Syrien retrouvé mort, dans la même position, sur une plage turque en août 2015. La photo avait ému l’Europe et contribué à interpeller sur le sort des migrants.

Cet enfant-là est bien vivant, mais survit dans des conditions sanitaires déplorables au bois du Puythouck, sur le territoire de la commune de Grande-Synthe, dans le Nord. « On s’est tous indignés pour le petit Aylan, commente le maire. Mais j’ai l’impression que depuis, on s’habitue à l’horreur, et je ne veux pas qu’on s’habitue. Quand j’ai vu ça, ça m’a retourné. »

Ces images ont été transmises par les familles à une ONG britannique, puis diffusées par France 24. Le maire confirme que les associations et les agents de mairie de Grande-Synthe connaissent ces enfants, dont un aurait apparemment réussi depuis à passer en Angleterre avec sa mère.

Cette tentative pour interpeller les pouvoirs publics via les réseaux sociaux a connu un écho sur le Web, chaque photo étant retweetée plusieurs centaines de fois. Le maire de Grande-Synthe dit aussi avoir reçu de nombreux messages indignés ou demandant comment contribuer.

Côté gouvernement, cependant, rien de plus que l’audience qui lui a été accordée, mardi 11 juillet, par la ministre déléguée auprès du ministre de l’intérieur, Jacqueline Gourault, qui lui a répondu qu’elle « transmettrait » l’information, sans rien ajouter.

Mercredi 12 juillet, le premier ministre, Edouard Philippe,a dévoilé le plan du gouvernement sur les migrations. Rien, dans ce plan, ne concerne l’ouverture de centres humanitaires pour gérer les situations d’urgence de migrants qui n’ont pas encore déposé de demandes d’asile ou ne souhaitent pas le faire, comme ceux de Grande-Synthe.

« Il n’y a rien sur l’urgence, rien sur l’accueil. Quand le premier ministre est interrogé sur ce point, il répond clairement qu’il n’a pas de solutions pour nous », s’inquiète le maire.

Résultat, « je ronge mon frein tous les jours », dit Damien Carême, forcé de gérer une question qui ne devrait pas, en théorie, rentrer dans les prérogatives de la commune. Dans le bois de Grande-Synthe où vivent environ 350 migrants, les associations et la mairie ont installé des points d’eau et des douches, « au minimum », explique-t-il.

« De toute façon, je l’ai dit à la ministre, si vous ne faites rien, je rouvrirai un camp. » Un camp construit à Grande-Synthe a accueilli jusqu’à 1 400 migrants. Il a brûlé en avril après un an d’activité, àla suite d’une rixe.

Le gouvernement est contre la réouverture de camps, qui « ne génèrent que des problèmes », selon les mots du ministre de la cohésion des territoires, Jacques Mézard, lors de la présentation du plan sur les migrations.

« Leur crainte, c’est l’appel d’air, l’idée que les gens vont affluer si on crée des conditions à peu près correctes, s’énerve Damien Carême. Mais c’est ridicule. Quoi qu’on fasse, il y a un appel d’air, qui s’appelle l’Angleterre. »


« Les politiques passent, les non-solutions restent », déplore encore le maire, qui n’en est pas à sa première tentative pour faire réagir les pouvoirs publics, après avoir interpellé le gouvernement Valls en 2015 et avoir publié une lettre ouverte au président Macron, le 7 juillet 2017.

Le gouvernement fait de la réduction du délai de demande d’asile une des clés du plan migrants (12.07.2017)


Cette évolution, déjà engagée, ne résoudra pas tout. Le texte doit être présenté en conseil des ministres mercredi 12 juillet.

LE MONDE | 12.07.2017 à 06h41 • Mis à jour le 12.07.2017 à 10h20 | Par Maryline Baumard

Protéger plus rapidement ceux qui ont besoin d’un statut de réfugié ; renvoyer plus efficacement les autres. Central dans la politique d’accueil d’Emmanuel Macron, ce double objectif passe par une réduction du temps entre l’arrivée en France et la réponse finale à une demande d’asile. C’est un des points clés du plan qui devait être annoncé en conseil des ministres, mercredi 12 juillet.

Aujourd’hui, l’instruction d’un dossier dure treize mois et ressemble à un parcours du combattant. La centaine de migrants qui arrivent chaque jour en France commencent par tenter d’accéder à une plate-forme d’enregistrement. A Paris, ils dorment des semaines à même le trottoir, devant le boulevard de la Villette, pour espérer se glisser au plus vite dans les bureaux de France terre d’asile, ou à La Chapelle, autour du centre d’accueil d’où 2 800 personnes ont été évacuées vendredi 7 juillet. Ils doivent en passer par là pour obtenir un rendez-vous devant le guichet unique de demande d’asile (GUDA).


« En moyenne, on leur fixe un rendez-vous 25 jours plus tard. Mais cela varie considérablement puisque à Metz, il faut attendre 90 jours, 21 jours dans le Rhône », observe Gérard Sadik, coordinateur de l’asile au sein de l’association de défense des migrants Cimade. C’est seulement lors de ce second rendez-vous qu’un agent préfectoral prend les empreintes et qu’un représentant de l’Office français de l’immigration et de l’intégration (OFII) remet une attestation de demandeur d’asile, marque de l’entrée dans le dispositif ; et rares sont ceux qui arrivent à ce point d’étape avant d’avoir dormi un mois et demi dans la rue.

Augmenter les effectifs pour accélérer la cadence

Une fois ce processus lancé, le demandeur dispose de 21 jours pour introduire son dossier à l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra), laps de temps utilisé par les associations pour écrire le récit de leur vie. Puis il reçoit une convocation pour un entretien avec un officier de protection instructeur. La plupart du temps, le rendez-vous est fixé un mois et demi plus tard.

Au final, il faut compter cinq mois pour l’étape de l’Ofpra, entre l’introduction du dossier et le départ de la lettre qui informe de la réponse. S’il est refusé, l’exilé fait alors appel devant la Cour nationale du droit d’asile (CNDA), qui, à son tour, a besoin de six mois et demi pour statuer. Il s’agit là d’une procédure de droit administratif.

Ces données varient bien sûr d’un cas à un autre, mais le ministre de l’intérieur, Gérard Collomb, souhaite faire tenir ce déroulé en six mois en moyenne. Rien d’original, puisque c’est la suite du mouvement engagé sous le quinquennat Hollande. « Nous sommes passés de neuf mois à cinq aujourd’hui, et serons à trois en fin d’année. Avec des moyens supplémentaires et une modification logistique, on se mettra en situation d’atteindre deux mois », précise le directeur de l’Ofpra, Pascal Brice.

L’office est déjà passé de 60 000 décisions rendues en 2012 (avec, à l’époque, un stock de 30 000 dossiers à la traîne, dont 30 % avaient plus d’un an) à une capacité à traiter 110 000 dossiers à la fin de cette année (avec un stock de 10 000, dont 9 % seulement ont plus d’un an), rappelle son directeur. Pour cela, ses effectifs ont été multipliés par deux et devraient encore bénéficier de moyens nouveaux. Comme la CNDA et comme à l’étape du guichet unique « qui traite actuellement 568 dossiers quotidiens, contre 435 fin 2016 », a calculé Gérard Sadik. Mais là encore, il va falloir augmenter les effectifs des préfectures et de l’OFII pour accélérer la cadence.

Une autre approche de l’accueil à inventer

Reste que pour vraiment compresser les 45 jours avant l’Ofpra, c’est une autre approche de l’accueil qu’il faut inventer. Comme le rappelle Pierre Henry, directeur général de France terre d’asile, « on a mis beaucoup de rustines pour faire tenir le système et pensé trop longtemps le système par segments. Si on veut vraiment avancer, il faut penser globalement et offrir un premier accueil réparti sur tout le territoire ». Un sujet d’autant plus crucial que les campements de rue sont en train de se multiplier en France, empêchés par la police comme à Calais, déjà enkystés comme à Metz, ou latents comme dans la vallée de la Roya.

Sur ce point de l’hébergement, la réponse apportée par l’Etat risque d’être très insuffisante, puisque pour Gérard Collomb, accueillir dignement entraînerait un « appel d’air », comme il l’a fait comprendre aux associations travaillant à Calais.


Son annonce, vendredi 7 juillet, à ces mêmes acteurs, de créer 7 000 places d’hébergement pour les demandeurs d’asile a d’emblée été jugée insuffisante. « Officiellement, nous sommes à 83 000 places ouvertes, en additionnant tous les dispositifs qui existent. Il faut logiquement atteindre les 110 000 si on veut que tous les demandeurs 2017 soient hébergés », ajoute Gérard Sadik, qui observe que « 20 % de ces places ne sont pas occupées par des demandeurs, mais par des déboutés, des “dublinés” [selon l’accord de Dublin, un réfugié doit déposer sa demande d’asile dans le premier pays où il a été contrôlé, souvent la Grèce et l’Italie] ou des réfugiés qui n’arrivent pas à trouver un logement classique ». A ses yeux, ce sont donc « 140 000 places qui seraient nécessaires » pour éviter la rue… Un total bien loin de la promesse de Gérard Collomb.

Pour faire tenir son plan, le gouvernement table sur le renvoi de ceux qui ont laissé des empreintes ailleurs en Europe ou ont été déboutés de l’asile. Mais même avec une procédure à six mois, il y a peu de chance qu’il fasse mieux que ses prédécesseurs. A l’heure actuelle, 10 % des « dublinés » repartent et 3 % des déboutés sont renvoyés…

Quant à la baisse des entrées en France, attendue avec la multiplication des accords bilatéraux de renvois et des conventions avec les pays tiers, c’est du très long terme. Or, en attendant, 57 % des nouveaux arrivants en Italie sont francophones…


Orly : manifestation contre des expulsions (12.07.2017)

http://lefigaro.fr/flash-actu/2017/07/12/97001-20170712FILWWW00323-orly-manifestation-contre-des-expulsions.php

Par Le Figaro.fr avec AFP
Mis à jour le 12/07/2017 à 20h56 | Publié le 12/07/2017 à 20h51

Près de 200 personnes ont manifesté aujourd'hui devant le ministère de la Transition écologique contre l'expulsion de 150 habitants, dont une majorité de Syriens, qui occupent des maisons vacantes appartenant à l'État près de l'aéroport d'Orly.

Ces 150 personnes, dont 70 enfants, occupent depuis 2015 ces logements, vides depuis plusieurs années selon les associations, qui appartiennent à la Direction générale de l'aviation civile (DGAC), rattachée au ministère de la Transition écologique.

Une procédure d'expulsion concernant 12 pavillons a été engagée par la DGAC, selon l'association Droit au logement (DAL), qui affirme qu'une cinquantaine d'habitants de la Cité de l'air à Athis-Mons ont reçu un commandement à quitter les lieux. Mais tous "risquent l'expulsion", précise l'association.
"Ils ont commencé à squatter il y a deux ans. Avant l'endroit était désert, il y avait de la prostitution, du trafic", a expliqué à l'AFP Jean-Baptiste Eyraud, porte-parole du DAL, précisant que les nouveaux habitants avaient fait du lieu un "endroit super chouette".

L'association a indiqué avoir demandé à rencontrer Nicolas Hulot, le ministre de la Transition écologique, dans un courrier resté pour l'instant sans réponse. "Montrez-vous, on veut un rendez-vous, Monsieur Hulot", scandaient les manifestants devant le ministère.

"Il y a des enfants qui sont nés à la Cité de l'Air, il y a des Syriens, des Bosniaques, des Roms, des Algériens, des Marocains, des Italiens... on vit ensemble", s'est exclamé au haut-parleur Sid Touahri, 54 ans, qui se présente comme le "premier" des habitants de la cité.

Le DAL demande à ce que l'État mandate une association pour gérer ce lieu, estimant qu'il n'y a "pas d'urgence" à expulser les habitants et que les reloger à l'hôtel serait "la plus mauvaise solution".

LIRE AUSSI :



Philippe présente un plan pour faire face aux migrations (12.07.2017)


Par Le Figaro.fr avec AFP
Mis à jour le 12/07/2017 à 14h08 | Publié le 12/07/2017 à 13h19

La France va créer d'ici 2019, 7500 places d'hébergement pour les demandeurs d'asile et 5000 pour les réfugiés, a annoncé aujourd'hui le premier ministre Edouard Philippe, jugeant que son pays n'était pas "à la hauteur" sur le dossier des migrants.


"4000 places seront créées en 2018" pour les demandeurs d'asile "et 3500 en 2019", et par ailleurs "5000 places" seront créées sur la même période pour aider les réfugiés à accéder au logement, a indiqué Philippe en présentant un "plan d'action" pour les migrants.

"Nous ne sommes pas à la hauteur de ce que doit être la France" dans la façon "dont nous mettons en place des moyens pour accueillir les demandeurs d'asile et ceux qui ayant obtenu l'asile deviennent des réfugiés", a souligné le premier ministre.

Parallèlement, le chef de gouvernement a confirmé son intention de vouloir raccourcir les délais de traitement des demandes d'asile, qu'il souhaite voir passer de 14 à 6 mois.

Le gouvernement français entend bien distinguer les migrants économiques de ceux qui viennent chercher refuge sur le territoire français, et souhaite par conséquent se montrer ferme vis-à-vis de ceux qui seront déboutés de leur demande d'asile. Ces migrants feront "systématiquement l'objet d'une mesure d'éloignement" dès le rejet de leur demande, a déclaré Philippe.

"En 2016, sur 91.000 étrangers interpellés en situation irrégulière sur le territoire, seuls 31.000 se sont vus délivrer une obligation de quitter le territoire français et moins de 25.000 ont effectivement quitté le territoire, ces chiffres ne sont pas satisfaisants", a-t-il détaillé.

Un délégué interministériel, placé sous la houlette du ministre de l'Intérieur, sera également nommé, a précisé M. Philippe, sans toutefois donner de date. Le chef du gouvernement qui a déclaré que ces mesures allaient faire l'objet d'un projet de loi "en septembre 2017", a affirmé vouloir faire preuve de "beaucoup d'humilité" car, a-t-il dit, "j'ai parfaitement conscience que la question qui nous occupe aujourd'hui est une question difficile".

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Collomb veut régler le "problème fondamental" des demandes d'asile albanaises (12.07.2017)

http://lefigaro.fr/flash-actu/2017/07/12/97001-20170712FILWWW00225-collomb-veut-regler-le-probleme-fondamental-des-demandes-d-asile-albanaises.php

Par Le Figaro.fr avec AFP
Mis à jour le 12/07/2017 à 17h22 | Publié le 12/07/2017 à 17h11

Le ministre de l'Intérieur Gérard Collomb a assuré aujour'hui vouloir résoudre "dans les prochaines semaines" le "problème fondamental" de la demande d'asile albanaise en France, qui concentre "75%" des dossiers albanais au niveau européen.


"Il y a évidemment une question qui est tout à fait fondamentale, dans la mesure où aujourd'hui (ces ressortissants albanais) n'ont plus besoin de visas. Mais dès qu'ils arrivent dans notre pays ou d'autres pays européens, ils demandent l'asile", a affirmé M. Collomb, lors des questions au gouvernement à l'Assemblée nationale.

Au niveau européen, "aujourd'hui, 75% de la demande d'asile albanaise se fait en France", a affirmé M. Collomb.

En 2016, l'Albanie a été le premier pays d'origine des demandeurs d'asile en France, avec 7.432 dossiers (mineurs compris), soit un doublement sur un an, selon l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra).

"Evidemment, pour notre pays, en particulier pour la frontière est, depuis Metz jusqu'au sud, c'est un problème fondamental", a ajouté M. Collomb. Près de 700 demandeurs d'asile, essentiellement albanais, passent chaque jour par le camp de Blida à Metz, aménagé en avril par l'Etat.



Paris : le campement de migrants évacué vendredi à porte de la Chapelle commence à se reformer (10.07.2017)
« Plus de 250 personnes » ont été recensées dimanche dans les divers campements porte de la Chapelle, selon Pierre Henry, directeur général de France Terre d’asile.

Le Monde.fr avec AFP | 10.07.2017 à 14h11 • Mis à jour le 10.07.2017 à 15h51

Lors de l’évacuation du campement de La Chapelle, le 7 juillet 2017.

L’évacuation de près de 2 800 migrants à peine terminée vendredi, plus de 200 Afghans et Soudanais ont recommencé à s’installer, lundi 10 juillet, aux alentours du centre de premier accueil porte de la Chapelle, dans le nord de Paris.

« Plus de 250 personnes » ont été recensées dimanche dans les divers campements de ce quartier populaire, selon Pierre Henry, directeur général de France Terre d’asile. « On était à 300 petits-déjeuners hier [dimanche] et on devrait en faire autant aujourd’hui [lundi] », témoigne Francoise Davisse, du collectif Solidarités Migrants Wilson, qui distribue chaque matin pain et thé aux abords du centre de la porte de la Chapelle.

A 9 h 30, une file d’hommes patientait devant les tréteaux dressés sous un pont, à l’abri de la pluie, a constaté une journaliste de l’Agence France-Presse. Quelques tentes sont installées sur les trottoirs, des hommes dorment entre les blocs de pierre du boulevard Ney, à l’endroit même où le campement a été évacué vendredi.


« Avant la fin du mois, ils seront mille »

« Il y a des nouveaux, et d’autres, qui reviennent des gymnases [où ils avaient été logés vendredi] parce que c’était trop excentré ou qu’ils voulaient retrouver des gens qu’ils connaissent », explique Mme Davisse, pas surprise de ce phénomène. « Avec l’été, on sait qu’il y a plus de monde, dit-elle. Avant la fin du mois, ils sont mille. »

Hamza, un Soudanais de 25 ans, est arrivé la veille de Vintimille. « On m’avait dit qu’ils prendraient les gens pour leur donner un abri, mais je suis arrivé trop tard », raconte-t-il, installé sous les voies de l’autoroute A1. « Cela fait une semaine que je ne me suis pas lavé. Je veux demander l’asile, mais j’ai mes empreintes en Italie », ajoute le jeune homme qui s’interroge : « C’est comme ça la France ? »

Les migrants évacués vendredi ont été mis à l’abri en Ile-de-France, notamment dans des gymnases. Cette grosse opération, la 34e en deux ans à Paris, intervenait deux mois après l’évacuation de 1 600 personnes au même endroit, le 9 mai. « Je suis ici depuis un mois mais j’ai raté l’évacuation vendredi, j’étais à Nanterre », dit Rachid, un Afghan. « Moi j’avais rendez-vous », raconte Morseid, un autre Afghan qui dort « près de la gare de l’Est ».


La maire de Paris, Anne Hidalgo, a appelé à l’ouverture d’autres centres en région, et mercredi le gouvernement doit présenter un plan sur l’asile et l’immigration.

Des campements de migrants de nouveau évacués à Paris (07.07.2017)
Mis à jour le 07/07/2017 à 08:42

VIDÉO - Les préfectures de police de Paris et d'Île-de-France évoquent une opération de «mise à l'abri» pour mettre fin à des campements qui présentent des risques importants pour la sécurité et la santé de leurs occupants et des riverains.

Pour la 34e fois en deux ans, les autorités procédaient ce vendredi matin à l'évacuation de plusieurs campements dans le nord de Paris, à quelques jours de la présentation par le gouvernement d'un «plan migrants». Plus de 2000 migrants s'étaient installés depuis plusieurs semaines porte de La Chapelle, près d'un centre humanitaire très vite saturé. «Cette opération mobilise près de 350 effectifs de la préfecture de Police ainsi qu'une centaine de personnels de l'État et de ses partenaires», affirment la préfecture de police et la préfecture d'Ile-de-France dans un communiqué commun, précisant que les migrants se verront «proposer une solution d'hébergement provisoire en Île-de-France».
Plusieurs centaines d'Afghans, Soudanais, Somaliens se pressaient vers 6 heures en groupes serrés près du centre humanitaire pour migrants ouvert en novembre porte de la Chapelle dans l'attente de leur évacuation imminente. Cette opération mobilise une soixantaine de bus, selon la préfecture d'Île-de-France. Des journalistes présents sur place ont pu filmer l'opération de police.

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Conditions de vie dégradées

Milat, un Afghan de 19 ans, petit sac à dos pour tout bagage, est arrivé porte de la Chapelle il y a deux mois. «On a appris hier qu'il se passerait quelque chose. On va monter dans des bus et ils vont nous emmener dans des hôtels, des centres. Je ne sais pas où mais ce sera bien. Ici la vie n'était pas bien. Je dormais près de l'autoroute», raconte-t-il. La préfecture a indiqué qu'elle procédait à «la mise à l'abri» des occupants de plusieurs campements de voie publique «illicites, qui présentent des risques importants pour la sécurité et la santé de leurs occupants comme des riverains».
Cette évacuation était très attendue alors que le campement ne cessait de grossir et les conditions de vie s'y dégrader, aussi bien d'un point de vue sanitaire que pour les tensions communautaires. Les associations, redoutant pour la vie même des migrants, ne cessaient d'y dénoncer des conditions de vie déplorables et l'absence de structures sanitaires.

» Lire aussi - Paris: le camp de migrants de la Chapelle touché par une épidémie de gale
» Lire aussi - Qu'est-ce que la gale?

Un dispositif d'accueil saturé

Jeudi, le préfet d'Ile-de-France Michel Cadot avait parlé de 1600 migrants décomptés dans les quartiers nord de Paris, en promettant qu'une opération de mise à l'abri serait «rapidement» organisée. Selon Pierre Henry, directeur général de France terre d'asile, association chargée des maraudes, le campement grossissait chaque semaine avec «200 personnes supplémentaires». Le 9 mai, un peu plus de 1600 migrants avaient déjà été évacués de campements insalubres installés au même endroit, dans ce qui constituait la plus grosse opération de mise à l'abri en six mois.

Compte tenu de l'accélération des arrivées de migrants dans la capitale, le dispositif d'accueil sature malgré les orientations vers des centres d'hébergement ailleurs en France, qui s'avèrent insuffisantes. Face à cette situation, la maire de Paris a voulu prendre les devants, en court-circuitant le ministre de l'Intérieur Gérard Collomb, qui prépare actuellement un plan sur l'asile. Jeudi, Annne Hidalgo a envoyé au gouvernement et aux parlementaires une proposition d'une dizaine de pages dans l'optique d'une «loi d'orientation et de programmation pour l'accueil des migrants humanitaires et pour une politique nationale d'intégration». Son projet comporte trois axes: l'accueil des migrants, la politique d'intégration et la refonte des structures de pilotage. Reste à voir lequel des deux projets l'emportera...L'exécutif pourrait bien être tenté de faire la synthèse entre la maire de Paris et le locataire de la place Beauvau.

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Migrants : Hidalgo interpelle le gouvernement (07.07.2017)
Mis à jour le 07/07/2017 à 08:18
Anne Hidalgo lors d'une conférence de presse consacrée à l'accueil des migrants, jeudi, porte de la Chapelle, à Paris.

Anne Hidalgo lors d'une conférence de presse consacrée à l'accueil des migrants, jeudi, porte de la Chapelle, à Paris. Crédits photo : GEOFFROY VAN DER HASSELT/AFP
Face à l'afflux de clandestins à Paris, la maire fait des propositions, quelques jours avant les annonces de Collomb.

Un coup de com? Au cabinet du ministre de l'Intérieur, nul ne se hasarde à commenter plus avant l'initiative prise jeudi midi par la maire socialiste de Paris, Anne Hidalgo, sur le dossier des migrants. Celle-ci vient, en effet, de communiquer une proposition d'une dizaine de pages dans l'optique d'une «loi d'orientation et de programmation pour l'accueil des migrants humanitaires et pour une politique nationale d'intégration». Le document a été adressé aux parlementaires et au gouvernement l'après-midi même.


L'affaire jette tout de même un léger froid. Car Mme Hidalgo n'est pas membre de la représentation nationale et, jusqu'à nouvel ordre, c'est l'hôte de Beauvau qui a en charge la politique migratoire, sous l'égide de Matignon. La «proposition» Hidalgo sort donc du chapeau alors que les équipes de ...

Le Panthéon accueille pour la première fois une cérémonie de naturalisation (06.07.2017)
Cent quatre-vingt-trois personnes ayant demandé la nationalité française ont été accueillies jeudi par le préfet de police de Paris, Michel Delpuech, dans le monument.

LE MONDE | 06.07.2017 à 19h44 • Mis à jour le 07.07.2017 à 06h39 | Par Anne Guillard

Une cérémonie de naturalisation était organisée, jeudi 6 juillet en fin de matinée, au Panthéon, à Paris. Une première pour les récipiendaires, bien sûr, mais également dans ce monument de la République.

Ils étaient 183, venus des cinq continents et de soixante pays différents, à se presser sous la coupole du Panthéon pour voir entériné leur accès à la nationalité française, en présence du préfet de police de Paris, Michel Delpuech, et de la maire Les Républicains (LR) du 5e arrondissement, Florence Berthout. Etaient aussi présents pour l’occasion l’ensemble musical de la préfecture de police de Paris, la Musique des gardiens de la paix, et le chœur de l’armée française.

« Un vrai symbole »

Habituellement, ce genre de cérémonie se déroule à la préfecture de police de Paris, salle Marianne, et accueille une cinquantaine de personnes, venant clôturer, après un séjour de plusieurs années en France, la longue procédure administrative afin d’acquérir leur nouvelle nationalité.
Ils sont 140 000 environ chaque année à demander à être naturalisés Français. « Avant je passais devant, maintenant j’y suis rentré », sourit timidement Kamel, originaire de Tizi Ouzou, en Algérie, pour qui le Panthéon « est un vrai symbole ».

Cette cérémonie exceptionnelle a été en partie rendue possible grâce au président du Centre des monuments nationaux, Philippe Bélaval, qui, dans un rapport intitulé « Pour faire entrer le peuple au Panthéon » remis à François Hollande en octobre 2013, préconisait de rendre son attractivité au monument, d’en faire davantage usage dans la vie républicaine, tout en continuant d’y faire entrer des personnalités importantes.

« Je me sens enfin Français »

Parmi les personnes recevant leur livret de nationalité contenant, entre autres, le précieux décret de naturalisation, David, un jeune Chilien de 25 ans, est invité à prendre la parole. Rescapé de l’attaque du Bataclan le 13 novembre 2015, son histoire s’est tragiquement inscrite dans celle du pays.
« Il y a un et demi, j’ai été pris en otage par deux personnes qui se sont senties dériver dans les valeurs de la France (…). Me sentant profondément Chilien, je ne voulais pas être Français, mais aujourd’hui grâce à ce que la France a fait pour moi, je me sens enfin Français. Les hommes de la BRI [brigade de recherche et d’intervention] m’ont libéré de l’assaut sanguinaire des terroristes. Je ne saurais comment remercier la France, les fonctionnaires et toutes les personnes qui m’entourent tous les jours. »

Son échange avec l’un des terroristes, Ismaël Omar Mostefaï, qui lui a demandé ce qu’il pensait de la politique française l’« a profondément marqué », explique-t-il par la suite. « A la question “Que penses-tu de François Hollande ?”, j’ai répondu “Je ne pense rien, je ne suis pas Français”. » Le terroriste lui demande alors d’où il vient. « Je suis Chilien », réplique David. Le terroriste lui laisse alors la vie sauve.

« J’ai senti un désintéressement, quelque chose qui s’est déconnecté dans son regard », se souvient David, encore troublé. « Un traumatisme provoque des transformations, explique-t-il. On veut se séparer de ce qu’on était avant. Devenir français est une forme de résilience. » Même s’il dit « détester ce mot-valise » et évoque plutôt « sortir du placard », tentant de mettre en mots des ressentis que l’on devine forcément complexes.

« Un moment inoubliable »

Le plus jeune de ces Français de fraîche date a à peine 18 ans, il vient du Cameroun ; le plus âgé a 87 ans et vient de Tunisie. Tous expriment leur émotion d’être Français et « d’être honorés aujourd’hui au Panthéon », dit Henri-Joël, 35 ans. Cela fait dix ans que cet Ivoirien d’origine vit et travaille en France, comme responsable comptable dans un cabinet d’audit.

« Ce n’est pas tous les jours qu’on vit ce genre de moment, ça fait chaud au cœur », dit Lilia, 37 ans, venue d’Algérie et responsable des ventes, ébahie de se trouver au Panthéon. Saima, 31 ans, arrivée du Pakistan à l’âge de 18 ans, « est contente pour ses quatre enfants. C’est un moment inoubliable », dit-elle, la voix encore empreinte d’émotion.

Il leur a fallu passer presque deux ans à fournir des montagnes de papiers, justifier ses ressources, passer un entretien d’assimilation à la préfecture ou prouver qu’ils n’étaient pas en délicatesse avec le fisc, ni avec la police et la justice, avant d’obtenir le précieux sésame, qui leur permettra de voter aux prochaines élections et de se déplacer librement.

A la fin de la cérémonie, le livre d’or à leur disposition se remplit des mots, « honneur », « merci », « vive la France », « vive la République »… Amine, 28 ans, ingénieur informatique, dit sa « grande fierté d’appartenir à cette belle nation », quand Dounia, 27 ans, chercheuse, déclare qu’« être près de Marie Curie, ça fait quelque chose ».


Laurent Bouvet : « L'insécurité culturelle est toujours là » (06.07.2017)

FIGAROVOX/ENTRETIEN - Selon l'enquête « Fractures françaises » parue il y a quelques jours, 65% des Français estiment qu'il y a trop d'étrangers en France et seuls 40% des citoyens ont une opinion positive de l'islam. Laurent Bouvet analyse les raisons du silence des politiques sur ces questions pourtant cruciales.

Laurent Bouvet est professeur de Science politique à l'Université de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines. Il a publié L'Insécurité culturelle chez Fayard en 2015. Son dernier livre, La gauche Zombie, chroniques d'une malédiction politique, est paru le 21 mars 2017 aux éditions lemieux. Il est l'une des principales figures du Printemps Républicain.

FIGAROVOX.- Une enquête réalisée fin juin 2017 révèle notamment que 65% des Français estiment qu'il y a trop d'étrangers en France et qu'ils sont 61% à estimer que les étrangers ne font pas d'efforts pour s'intégrer. Qu'est-ce que cela vous inspire?

Laurent BOUVET.- Une double réflexion. La première, c'est que ces chiffres sont élevés et qu'ils témoignent d'une difficulté, pour dire le moins, de la part de la majorité de nos concitoyens à appréhender l'immigration comme un sujet neutre de politique publique (c'est-à-dire ni comme un bien ni comme un mal en soi). On en reste à un doute qui non seulement concerne les populations étrangères qui arrivent et s'installent en France mais encore à l'égard des pouvoirs publics dans la gestion de cette immigration.

La seconde réflexion tient au fait que le sujet n'a pas été abordé pendant la campagne présidentielle, pas davantage que les enjeux, plus larges, du «commun», de ce que c'est aujourd'hui qu'être Français, des frontières du pays, de notre «identité nationale». Et que cette occultation n'a pas fait disparaître cet enjeu fondamental pour nos concitoyens, contrairement à ce qu'ont voulu croire certains observateurs ou certains responsables politiques.

Comment expliquez-vous un tel décalage entre les hommes politiques et les électeurs? Pour la présidentielle, les candidats ont fait campagne sur l'économie et ont délaissé le sujet de l'immigration...

Il y a plusieurs attitudes, plusieurs explications à cet «économisme» très dominant chez les politiques aujourd'hui.

D'abord, la conviction, érigée en véritable dogme chez certains, que les enjeux économiques sont premiers et déterminent tous les autres. C'est le cas aussi bien dans l'héritage marxiste à gauche: «l'infrastructure» détermine la «superstructure», les rapports de force dans la production déterminent la nature de l'État autant que les rapports moraux et les clivages politiques que dans l'héritage libéral: l'individu est réduit à un homo oeconomicus dont les besoins, les capacités et les intérêts déterminent les rapports sociaux, dans une société «civile» qui est avant tout un lieu d'échange, à la manière d'une place de marché. L'État lui-même n'étant que le régulateur extérieur de ce lieu premier, assurant son bon fonctionnement. Pour ces deux faces de la même médaille économiciste, politique, religion, morale… sont des conséquences de l'économie. Donc tout changement ou toute conservation passe par cette sphère première de l'activité humaine. Toute solution, y compris à une question comme celle de l'immigration, est économique.

Ensuite, il y a la crainte d'aborder des enjeux tels que l'immigration ou la place de la religion dans la société par exemple. Crainte de «faire le jeu du FN» dans le langage politique de ces 20 dernières années suivant un syllogisme impeccable: le FN est le seul parti qui parle de l'immigration dans le débat public, le FN explique que «l'immigration est une menace pour l'identité nationale», donc parler de l'immigration, c'est dire que «l'immigration est une menace pour l'identité nationale»! La seule forme acceptable d'aborder le sujet étant de «lutter contre le FN» en expliquant que «l'immigration est une chance pour la France» et non une menace. Ce qui interdit tout débat raisonnable et raisonné sur le sujet.

Enfin, les partis et responsables politiques qui avaient prévu d'aborder la question ont été éliminés ou dans l'incapacité concrète de le faire: songeons ici à Manuel Valls et François Fillon. Et notons que le FN lui-même n'a pas joué son rôle pendant la campagne, en mettant de côté cette thématique de campagne pour se concentrer sur le souverainisme économique, notamment avec la proposition de sortie de l'euro. Tout ceci a déséquilibré le jeu politique et la campagne, et n'a pas réussi au FN d'ailleurs qui s'est coupé d'une partie de son électorat potentiel.

D'après cette enquête, seuls 40% des Français ont une opinion positive de l'islam, et 74% d'entre eux pensent que les musulmans veulent imposer leur fonctionnement aux autres. Emmanuel Macron a déclaré lors de la clôture du ramadan que «personne ne pouvait faire croire que l'islam n'était pas compatible avec la République», balayant ces inquiétudes...

L'opinion majoritairement négative de l'islam de la part de nos compatriotes vient de l'accumulation de plusieurs éléments. Le premier, ce sont les attentats depuis le début 2015, à la fois sur le sol national et de manière plus générale. Les terroristes qui tuent au nom de l'islam comme la guerre en Syrie et en Irak ou les actions des groupes djihadistes en Afrique font de l'ensemble de l'islam une religion plus inquiétante que les autres. Même si nos compatriotes font la part des choses et distinguent bien malgré ce climat islamisme et islam. On n'a pas constaté une multiplication des actes antimusulmans depuis 2015 et les musulmans tués dans des attaques terroristes depuis cette date l'ont été par les islamistes.

Un deuxième élément, qui date d'avant les attentats et s'enracine plus profondément dans la société, tient à la visibilité plus marquée de l'islam dans le paysage social et politique français, comme ailleurs en Europe. En raison essentiellement de la radicalisation religieuse (pratiques alimentaires et vestimentaires, prières, fêtes, ramadan…) d'une partie des musulmans qui vivent dans les sociétés européennes - l'enquête réalisée par l'Institut Montaigne l'avait bien montré.

Enfin, troisième élément de crispation, de nombreuses controverses de nature très différentes mais toutes concernant la pratique visible de l'islam ont défrayé la chronique ces dernières années, faisant l'objet de manipulations politiques tant de la part de ceux qui veulent mettre en accusation l'islam, que d'islamistes ou de partisans de l'islam politique qui les transforment en combat pour leur cause. On peut citer la question des menus dans les cantines, celle du fait religieux en entreprise, le port du voile ou celui du burkini, la question des prières de rue, celle de la présence de partis islamistes lors des élections, les controverses sur le harcèlement et les agressions sexuelles de femmes lors d'événements ou dans des quartiers où sont concentrées des populations musulmanes, etc.

En plus de tout cela et peut-être à cause de tout cela, cette enquête montre aussi que la plupart des Français ne font pas confiance aux institutions politiques. La classe politique est-elle de plus en plus déconnectée de la réalité du pays? Jusqu'où pourrait aller cette crise de légitimité?

C'est une question très importante, très grave devrait-on dire, qui dépasse évidemment le cadre de la gestion plus ou moins réussie de l'immigration. La défiance se concentrait jusqu'ici sur l'économie justement, nos compatriotes jugeant majoritairement que les responsables politiques ne pouvaient plus (pour des raisons d'évolution de la mondialisation) ou ne voulaient plus (pour des raisons idéologiques par adhésion au libéralisme ou au projet européen notamment) agir politiquement, qu'ils étaient ou qu'ils s'étaient en fait dépossédés de leur pouvoir, et donc de la légitimité possible que l'on pouvait leur accorder.

Aujourd'hui, cette défiance s'étend à de multiples sujets, notamment aux enjeux sur l'identité commune et à l'immigration. Et, de ce point de vue, l'occultation de ces enjeux à laquelle on a pu assister pendant ces derniers mois, pendant la campagne dont cela aurait dû être un des points essentiels, est une très mauvaise nouvelle. Cela va encore renforcer cette défiance aux yeux de nos concitoyens car non seulement les responsables politiques ne peuvent ou ne veulent plus agir sur l'économie mais en plus ils tournent la tête dès lors qu'il s'agit d'immigration ou de définition d'une identité commune pour le pays et ses citoyens.

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A la Chapelle, les bénévoles inquiets du sort des réfugiés cet été (06.07.2017)
Par Rozenn Morgat — 6 juillet 2017 à 09:00

Collectifs et associations s'activent devant la non-prise en charge des migrants qui affluent dans ce quartier parisien. Plus d'un millier vivent à la rue à proximité d'un centre de premier accueil totalement débordé.

A la Chapelle, les bénévoles inquiets du sort des réfugiés cet été

A la porte de la Chapelle, dans le nord de Paris, la situation n’est plus tenable. Pour les réfugiés installés aux abords du centre humanitaire totalement saturé, comme pour les bénévoles qui leur viennent en aide. Depuis le début du mois de juin, les associations et collectifs présents sur place alertent l’Etat et la mairie de Paris sur les conditions sanitaires dans lesquelles vivent près de 1 200 migrants sans-abri, le centre ne pouvant recevoir que quatre cents personnes. Or «une centaine de nouveaux primo-arrivants s’installent chaque jour» explique Clarisse Bouthier, du collectif Solidarité Wilson. En conséquence, le nombre de sans-abri dormant à même le sol ou sous des abris de fortune ne cesse chaque jour d’augmenter. «Avec les bénévoles, on est sur les rotules» souligne Clarisse Bouthier. Yann Manzi, le vice-président d’Utopia 56, dénonce aussi le «déni du gouvernement» : «Tous les gens à la rue sont pris en charge par des citoyens, alors que c’est à l’Etat de s’en occuper !»

Le système solidaire improvisé par des centaines de volontaires du quartier depuis novembre dernier fonctionne tant bien que mal. Mais depuis que le centre est totalement débordé par les arrivées en continu, tout ce petit monde peine à joindre les deux bouts. Mardi, le conseil de Paris dirigé par Anne Hidalgo a de nouveau tiré la sonnette d’alarme auprès de l’Etat, plaidant pour la «mise à l’abri» de ces réfugiés et l’ouverture de nouveaux établissements, notamment dans les «métropoles situées sur les routes migratoires».

Limite atteinte

En attendant des réponses concrètes, les volontaires de la Chapelle sont sur le qui-vive. Chaque jour, en plus de leurs boulots, ils distribuent le minimum vital : couvertures, sacs de couchage, eau. «Il n’y a que trois sanitaires pour 1 200 personnes !» constate Yann Manzi, «c’est comme si l’Etat ne voulait pas voir. On ne met pas de toilettes, comme pour dissuader les gens de se fixer près du centre.» Le collectif Solidarité Wilson offre, lui, un petit-déjeuner chaque matin. Les approvisionnements sont stockés chez les volontaires, déchargés aux aurores, puis remballés vers l’heure du déjeuner. «C’est une organisation de dingue» explique encore Clarisse Bouthier, pour qui la dernière distribution a duré près de dix heures. Face à l’afflux de nouveaux réfugiés à l’approche de l’été, la permanence des bénévoles atteint sa limite : «Hier, j’avais neuf cents gobelets. J’ai dû aller en acheter d’autres. Pareil pour le petit-déjeuner, j’ai fait trois allers-retours au supermarché. Le tout de notre poche.» Une cagnotte en ligne a été mise en place par le collectif, qui demande depuis des mois à la mairie un local pour stocker la nourriture et l’eau.

Pour tous, l’arrivée des congés d’été est une vraie préoccupation. «Pendant les vacances, nos effectifs vont beaucoup diminuer, alors que les réfugiés seront de plus en plus nombreux» s’inquiète Clarisse Bouthier. Pierre Henry, le directeur de France terre d’asile s’alarme aussi de voir la porte de la Chapelle devenir «un gigantesque entonnoir» pendant la période estivale, si aucun dispositif durable n’est créé. «On ne demande pas au gouvernement de financer l’extérieur du centre» explique le directeur, «mais on sait que l’Ile-de-France accueille 50 % des primo-arrivants, il faut absolument de nouvelles structures réparties sur l’ensemble du territoire.»


Epuisés et agacés, les bénévoles attendent les solutions promises par le ministre de l’Intérieur Gérard Collomb, qui devrait dévoiler un «plan» sur l’asile dans les prochains jours. Sans quoi, l’été à la Chapelle se passera, selon Pierre Henry, «avec plus de sécurité [l’emploi de la force pour déloger les réfugiés, ndlr]». Et moins d’humanitaire.


Obligations d'aide aux migrants à Calais: l'Etat fait appel (06.07.2017)
Par Le Figaro.fr avec AFPMis à jour le 06/07/2017 à 12:35 Publié le 06/07/2017 à 12:23
Le préfet du Pas-de-Calais Fabien Sudry a annoncé aujourd'hui que l'Etat avait fait appel de la décision du tribunal administratif de Lille ayant ordonné fin juin des mesures d'aide aux migrants à Calais.

"L'Etat vient de faire appel de la décision du tribunal administratif prise en référé", a déclaré M. Sudry en marge d'un déplacement consacré à la "renaturation" de l'ex-Jungle de Calais. "C'est une décision du ministère de l'Intérieur avec un appel devant le Conseil d'Etat", a-t-il précisé.

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Édouard Tétreau : «Ce que j'ai vu porte de la Chapelle à Paris» (05.07.2017)
 Mis à jour le 05/07/2017 à 19:43
http://www.lefigaro.fr/vox/societe/2017/07/05/31003-20170705ARTFIG00231-edouard-tetreau-ce-que-j-ai-vu-porte-de-la-chapelle-a-paris.php
Des milliers de migrants sont entassés porte de la Chapelle, à Paris, dans des conditions déplorables.Des milliers de migrants sont entassés porte de la Chapelle, à Paris, dans des conditions déplorables. Crédits photo : CHRISTOPHE ARCHAMBAULT/AFP

TRIBUNE - L'État est dépassé par l'afflux des migrants, qui ne fait que commencer, s'inquiète l'essayiste.

Il est 12 h 15 en l'église Saint-Denys de la Chapelle. Le père Hervé, Guinéen arrivé en France voici quatre ans, concélèbre la messe de sa paroisse chargée d'histoire de France. Sainte Geneviève, en 475, construisit cette chapelle après avoir soulevé le peuple de Paris contre les Huns. Elle honorait ainsi la mémoire de saint Denys, premier évêque de Paris, décapité deux siècles plus tôt. En 1429, Jeanne d'Arc est venue prier ici la veille de son assaut pour libérer Paris des Anglais.

En ce jeudi de juin 2017, les fidèles, de tous âges, viennent prier, communier et se ressourcer, avant, pour la plupart d'entre eux bénévoles d'associations humanitaires, de repartir porter secours et assistance aux 1600 migrants de la porte de la Chapelle. Ceux que les médias et les autorités publiques ne semblent plus considérer ni nommer.

Nous ne voulons pas voir une réalité que nous essayons de contenir en bricolant depuis des années, et qui est en train de nous dépasser

Comment ...

Calais : rixe entre des migrants africains (01.07.2017)
Par Le Figaro.fr avec AFPMis à jour le 01/07/2017 à 15:25 Publié le 01/07/2017 à 15:19

Une rixe opposant une centaine de migrants africains, des Erythréens face à des Ethiopiens, armés de bâtons et de pierres, a débuté vers 13h15 dans la zone industrielle de Calais, indique la préfecture du Pas-de-Calais.
"Il y a un blessé léger mais l'intervention était toujours en cours", vers 15 heures, a indiqué le directeur de cabinet de la préfecture, précisant que des précédentes violences hier soir, toujours entre Érythréens et Éthiopiens, avaient fait neuf blessés légers.

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Comment l'extrême-gauche instrumentalise les migrants (30.06.2017)

 Par Rachida Samouri  Publié le 30/06/2017 à 09:00

Manifestation, le 11 juin dernier, en faveur de l'accueil des migrants, Porte de la Chapelle à Paris.

Manifestation, le 11 juin dernier, en faveur de l'accueil des migrants, Porte de la Chapelle à Paris.

REPORTAGE - A Paris ou à Calais, ils sont nombreux à se mobiliser pour porter assistance aux migrants. Mais, sur le terrain, des riverains dénoncent l'entrisme d'activistes d'extrême-gauche qui, sous prétexte d'assistance humanitaire, visent à déstabiliser le vivre-ensemble et à en découdre avec les forces de l'ordre pour instaurer le chaos.


«Pas de quartier pour les racistes ! Pas de racistes dans nos quartiers ! Solidarité pour les sans-papiers !» Le mot d'ordre de cette manifestation organisée le 25 mai dernier au cœur du quartier de La Chapelle était clair : dénoncer la stigmatisation des migrants symbolisée, selon leurs organisateurs, par une pétition dénonçant le harcèlement de rue subi par les femmes et relayée par un article du Parisien daté du 19 mai. Le cortège, réuni place de La Chapelle, entame un petit tour du quartier, pancartes à la main. Quelques migrants intimidés sont mêlés au groupe. Encouragés à prendre la tête de la manifestation, ils sont aussi poussés à donner de la voix dans le mégaphone, répétant maladroitement quelques slogans soufflés à ...

Niger: 51 migrants probablement morts (30.06.2017)
Par Le Figaro.fr avec AFPMis à jour le 30/06/2017 à 07:14 Publié le 30/06/2017 à 07:13

Environ 600 migrants d'Afrique de l'Ouest ont été secourus depuis le mois d'avril dans le désert nigérien après avoir été abandonnés par des passeurs, a indiqué hier l'Organisation internationale pour les migrations (OIM). L'organisation a toutefois estimé que les 51 migrants portés disparus la semaine dernière, après avoir été abandonnés en plein désert sur la route de l'Europe via la Libye, étaient probablement morts. Les 51 migrants "sont (donc) présumés morts", même si "les corps n'ont toujours pas été retrouvés", a-t-elle dit.


"L'opération de sauvetage de l'OIM a secouru depuis le mois d'avril 600 migrants abandonnés dans le désert du Sahara" qui ont été hébergés dans son centre du nord du Niger, dans le cadre de son projet "Aide et secours aux migrants dans la région d'Agadez" (MIRAA)", a indiqué l'organisation. La dernière partie de cette opération s'est déroulée dimanche quand 24 migrants, dont des Gambiens, des Nigérians, des Sénégalais et des Ivoiriens, ont été rescapés par l'armée nigérienne et transférés vers un centre de transit de l'OIM.

Ces miraculés faisaient partie d'un groupe de "75 migrants" ayant embarqué à bord de trois véhicules à Agadez pour la Libye, et ont alerté les autorités de la disparition de 51 de leurs compagnons, désormais donnés pour morts, selon l'OIM. Les autorités sont retournées là où elles avaient découvert les survivants dans l'espoir de sauver les autres migrants "mais ne les ont pas retrouvés en raison d'une tempête de sable", explique l'OIM.

Fatoumi Boudou, le préfet de Bilma (nord) a assuré que des recherches effectuées par les forces de défense et de sécurité (FDS) "dans un rayon de 65 km" ont permis de "découvrir une seule tombe" à côté de laquelle elles ont trouvé "une carte d'identité d'un étudiant du Nigeria". "Nous sommes restés dans le désert pendant dix jours. Après cinq jours, le chauffeur nous a abandonnés. Il est parti avec toutes nos affaires, en nous disant qu'il reviendrait nous chercher dans quelques heures mais il n'est jamais revenu", a raconté à l'OIM, Adaora, une rescapée Nigériane de 22 ans.


Début juin, 44 migrants, parmi lesquels des bébés, avaient été retrouvés morts en plein désert dans la région d'Agadez, sur la route menant à la Libye voisine.


Paris: 1200 migrants autour du centre La Chapelle (29.06.2017)
Par Le Figaro.fr avec AFPMis à jour le 29/06/2017 à 13:55 Publié le 29/06/2017 à 12:29

Près de 1.200 personnes vivent dans la rue aux alentours du centre humanitaire pour migrants ouvert dans le nord de Paris, porte de la Chapelle, selon l'association France terre d'asile (FTDA) qui a été mandatée pour mener des maraudes.

"Nous avons décompté 1.178 personnes au cours de la semaine du 19 au 25 juin", a indiqué Pierre Henry, directeur général de FTDA, faisant état de "200 personnes supplémentaires par semaine". "Plus on attend, plus la situation est dégradée", a-t-il ajouté, jugeant une évacuation "obligatoire".
Le 9 mai, un peu plus de 1.600 migrants avaient déjà été évacués de campements insalubres installés autour de la porte de La Chapelle, dans ce qui constituait la plus grosse opération de mise à l'abri en six mois.

"Le vrai sujet est: que peut-on mettre en place pour éviter d'y avoir recours d'ici un mois ?", a ajouté le responsable de FTDA, plaidant pour l'ouverture d'autres centres humanitaires, ailleurs qu'à Paris. "Si rien n'est fait d'ampleur, on va continuer à gérer le bazar".

La maire de Paris Anne Hidalgo avait écrit au ministre de l'Intérieur fin juin pour lui demander la création de nouvelles places d'hébergement "sur toute la France", sans quoi "plusieurs milliers" de migrants risquent de camper dans les rues de Paris cet été.

FTDA organise des maraudes pour signaler les cas les plus vulnérables, à charge pour les gestionnaires du centre de premier accueil de déterminer les critères d'entrée dans le dispositif, a précisé M. Henry.

Les migrants, dont beaucoup d'Afghans, d'Erythréens et de Soudanais, se sont réinstallés dans des conditions d'hygiène et de sécurité déplorables, sous les ponts de l'autoroute A1 et entre les voies d'accès au périphérique. Ils campent autour du centre humanitaire, qui avait justement été ouvert en novembre pour mettre fin au cycle des installations et évacuations de campements en pleine crise migratoire. Mais faute de places où les orienter ensuite, le dispositif sature.

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Starbucks va embaucher 2500 réfugiés (21.06.2017)
Par Le Figaro.fr avec Reuters
Mis à jour le 21/06/2017 à 10:25 Publié le 21/06/2017 à 07:10

La chaîne de cafés américaine Starbucks a dit mardi qu'elle allait embaucher 2.500 refugiés en Europe dans le cadre d'un plan de recrutement de 10.000 réfugiés sur cinq ans dans 75 pays présenté fin janvier. Le groupe a précisé avoir commencé à recruter des réfugiés dans huit pays européens, l'Allemagne, l'Autriche, l'Espagne, la France, la Grande-Bretagne, les Pays-Bas, le Portugal et la Suisse.

L'initiative de Starbucks, qui avait été prise peu de temps après le décret, toujours bloqué, de Donald Trump interdisant l'entrée aux Etats-Unis aux réfugiés de sept pays majoritairement musulmans, avait été mal accueilli par certains aux Etats-Unis. Mais il semble qu'il n'y ait pas de réaction similaire en Europe, avec seulement une poignée de personnes exprimant sur Twitter leur désapprobation de l'embauche de réfugiés.

Ces derniers représenteront quelque 8% des effectifs actuels de 30.000 personnes de Starbucks en Europe. Quelque 1,7 million de réfugiés et de migrants, en provenance surtout de pays ravagés par la guerre et les violences tels que la Syrie, l'Irak, l'Afghanistan ou encore l'Erythrée, ont afflué dans l'Union européenne depuis 2014.


L'engagement de Starbucks en faveur des réfugiés "montre que des entreprises comme les nôtres peuvent utiliser leur taille pour avoir un impact positif sur la vie des gens", a déclaré Martin Brok, président de Starbucks Europe, Afrique et Moyen-Orient, cité dans un communiqué.


Pourquoi la délocalisation des audiences à Roissy pour les étrangers fait-elle polémique ? (28.06.2017)
A partir de septembre, les étrangers non admis sur le territoire seront jugés à l’aéroport Charles-de-Gaulle. Des audiences tests se déroulent mardi.

LE MONDE | 28.06.2017 à 17h27 • Mis à jour le 04.07.2017 à 11h49 |
http://www.lemonde.fr/societe/article/2017/06/28/pourquoi-la-delocalisation-a-roissy-des-audiences-pour-les-etrangers-fait-elle-polemique_5152613_3224.html

Par Jeanne Cavelier

L’annexe du tribunal de grande instance de Bobigny, près de l’aéroport de Roissy-Charles-de-Gaulle, le 28 août 2013.
Les premières audiences expérimentales, samedi 24 juin, n’ont pas éteint la polémique. La délocalisation, en septembre, des audiences pour les étrangers non admis en France du tribunal de grande instance (TGI) de Bobigny (Seine-Saint-Denis) vers une annexe, à l’aéroport Paris-Charles-de-Gaulle, à Roissy-en-France, continue d’inquiéter.
  
Absence de visa, d’attestation d’accueil, titres de voyage falsifiés, périmés… Certains étrangers, arrêtés à leur descente d’avion, ne sont pas admis à entrer sur le territoire. S’ils ne sont pas réacheminés vers leur pays d’origine ou de provenance au bout de quatre jours, c’est à un juge de décider de leur maintien, ou non, dans la zone d’attente pour les personnes maintenues en instance (ZAPI). Le temps pour l’administration d’évaluer, par exemple, si leur demande d’asile est recevable.

Leurs situations étaient jusqu’ici examinées à Bobigny. Après les premières audiences tests, samedi, dans une salle de l’aéroport Roissy-Charles-de-Gaulle, celles prévues mercredi 28 juin ont été annulées, la police aux frontières (PAF) ayant dû déplacer les personnes maintenues dans la zone d’attente pour des « travaux de mise aux normes des locaux », selon la police. Les prochaines et dernières audiences tests sont prévues le 4 juillet.

D’où vient le projet de délocalisation et quel est son objectif ?

L’idée d’une délocalisation des audiences à Roissy remonte à 2003. Nicolas Sarkozy, alors ministre de l’intérieur, souhaite accélérer le renvoi des étrangers non admis sur le territoire. En 2012, Manuel Valls, Place Beauvau, reprend le dossier et finance la construction des locaux au sein de l’aéroport, pour un coût de 2,7 millions d’euros. Mais la ministre de la justice d’alors, Christiane Taubira, suspend ensuite le projet, affichant son opposition « à titre personnel ».

Un rapport, remis à la garde des sceaux en 2013, préconise plusieurs mesures préalables à l’ouverture de l’annexe afin de garantir les droits des étrangers : déplacements de clôtures, amélioration de la signalisation extérieure, séparation de la porte entre la ZAPI et la salle d’attente de l’annexe, etc. C’est Jean-Jacques Urvoas, successeur de Mme Taubira, qui demande la mise en service de la salle, à la fin de 2016. Ces travaux d’aménagement auraient coûté 1 million d’euros supplémentaires, d’après l’Association nationale d’assistance aux frontières pour les étrangers (Anafé).

La mise en service de cette annexe évitera, à partir de septembre, d’avoir à conduire les étrangers en passe d’être jugés à la ville et préfecture de la Seine-Saint-Denis. Jusqu’à présent, ils « doivent se lever très tôt, sont transportés par un car de CRS jusqu’au tribunal, où ils sont conduits au deuxième sous-sol, avant d’être groupés dans une petite salle d’attente borgne » et ne repartent que « très tard en fin de journée », décrit le président du tribunal, Renaud Le Breton de Vannoise, qui évoque des raisons « humanitaires » à cette délocalisation.

L’opération permettrait aussi d’économiser sur les allers-retours entre les deux lieux et sur la mobilisation des policiers pour les convois. Un argument que contestent les opposants au projet, évoquant le coût de la salle et des trajets des personnels du tribunal, ainsi que l’embauche d’interprètes supplémentaires sur place.

Pourquoi la délocalisation fait-elle polémique ?

Les avocats du barreau de la Seine-Saint-Denis, qui dénoncent une « justice d’exception », ont décidé de boycotter les audiences expérimentales. Ils sont soutenus par des représentants du Conseil de l’ordre, du Conseil national des barreaux, de la Conférence des bâtonniers, du barreau de Paris et d’autres grands barreaux français, qui ont manifesté à Roissy le 29 mai.

L’Observatoire de l’enfermement des étrangers (OEE) s’oppose aussi à cette salle d’audience délocalisée. Il compte parmi ses membres l’Anafé, la Cimade, la Ligue des droits de l’homme ou encore le Syndicat de la magistrature. La Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH) a, quant à elle, émis de fortes réserves.

Cette délocalisation porterait atteinte au droit de la défense, le lieu, situé à 35 kilomètres de Paris et mal desservi par les transports, étant difficilement accessible aux avocats. Un éloignement qui limite aussi de facto le principe de publicité des débats. « Si la justice n’est pas rendue ailleurs que dans les palais de justice, au cœur des villes, c’est qu’elle l’est au nom du peuple français, qui doit pouvoir y assister », souligne la bâtonnière de la Seine-Saint-Denis, Valérie Grimaud.

Présent à la première audience test, le président de l’Anafé, Alexandre Moreau, a dû par exemple aiguiller des proches de personnes maintenues, perdus à leur arrivée à l’aéroport faute d’indications claires. Les difficultés se trouvent multipliées pour les non-francophones et les familles disposant d’un revenu trop modeste pour payer le transport jusqu’à Roissy.

Pour les opposants à cette délocalisation, celle-ci menace également le droit à un procès équitable des personnes jugées. La proximité du tribunal avec la zone d’attente spéciale, un centre de rétention, et les liens quasi quotidiens du juge avec le personnel de cette zone peuvent brouiller l’apparence d’indépendance de la justice. « Après avoir rencontré le juge des libertés et de la détention, certains étrangers nous disent qu’ils ont vu “le juge de la police”, affirme Laure Palun, coordinatrice associative de l’Anafé. Comment la personne peut-elle savoir qu’elle est présentée à un juge impartial, et expliquer sereinement sa situation si le lieu est sous contrôle de la police aux frontières (PAF) ? »

L’OEE a déjà pu constater des problèmes similaires dans l’annexe du TGI de Meaux, mise en service à l’automne 2013 au Mesnil-Amelot, en Seine-et-Marne, qui jouxte le centre de rétention administrative. Les membres de l’OEE devraient publier une position commune à l’issue des audiences expérimentales.

Qui sont les étrangers concernés par ces audiences ?

Environ sept mille étrangers passent chaque année par la ZAPI. Leur maintien « est prononcé pour une durée qui ne peut excéder quatre jours », selon le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile. Si la PAF ne parvient pas à les réacheminer vers leur pays d’origine ou de provenance, elle saisit le juge des libertés et de la détention du tribunal de Bobigny pour l’autoriser à prolonger de huit jours ce maintien dans la ZAPI. Cette période étant renouvelable une fois, les personnes peuvent y rester pendant vingt jours.

Les étrangers maintenus sont répertoriés en trois catégories juridiques. 
- Les « non-admis » ne remplissent pas les conditions nécessaires pour accéder au territoire français. 
- Idem pour les personnes « en transit interrompu », qui ne sont pas en situation de poursuivre leur voyage vers un pays étranger. 
- Enfin, certaines personnes sollicitent leur admission au titre de l’asile.

La PAF retient aussi parfois des mineurs non accompagnés. Le procureur de la République doit alors lui désigner sans délai un administrateur ad hoc, qui l’assiste et le représente dans toutes ses démarches.


Hongrie: dix accusés dans le procès du «camion charnier» (21.06.2017)
Par Florence La Bruyère, correspondante à Budapest — 21 juin 2017 à 10:57

Un des suspects dans l'enquête sur le camion charnier découvert en Autriche, à son arrivée le 29 août 2015 au tribunal de Kecskemét en Hongrie
Un des suspects dans l'enquête sur le camion charnier découvert en Autriche, à son arrivée le 29 août 2015 au tribunal de Kecskemét en Hongrie Photo ATTILA KISBENEDEK. AFP 
C’est dans les environs de Kesckemét, ville située à mi-chemin de Budapest et de la frontière serbe que des trafiquants avaient embarqué des réfugiés dans un camion en 2015 pour un voyage mortel.

  Hongrie: dix accusés dans le procès du «camion charnier»
La tragédie avait provoqué une vive émotion en Europe. Le 27 août 2015, alors que des milliers de réfugiés affluent sur le continent, 71 personnes sont retrouvées mortes dans le compartiment étanche d’un camion frigorifique abandonné sur la bande d’urgence d’une autoroute autrichienne, à Parndorf, à 11 kilomètres de la frontière hongroise. A l’intérieur du véhicule immatriculé en Hongrie, la police autrichienne découvre les cadavres de 59 hommes, huit femmes et quatre enfants dont un bébé de dix mois. Ils sont syriens, irakiens, iraniens, et afghans. L’entassement des corps et leur état de décomposition sont tel que les équipes médico-légales mettront une nuit entière à les dégager. Les victimes, prises en charge par des passeurs au sud de la Hongrie, non loin de la frontière serbe, sont mortes d’étouffement dans des conditions atroces.

La découverte du camion charnier, ainsi que celle, quelques jours plus tard, d’un enfant mort sur une plage turque, provoquent une onde de choc en Europe. «Nous sommes tous bouleversés par ces terribles nouvelles, réagit aussitôt Angela Merkel. Même les journaux allemands ultra-conservateurs appellent au soutien des réfugiés. En phase avec l’opinion publique de son pays, la chancelière prend l’initiative d’accueillir des centaines de milliers de fugitifs en Allemagne.

«1000 à 1500 euros»
Dans le box des dix accusés comparaissant ce mercredi à Kecskemét, neuf ressortissants bulgares et un citoyen afghan de 30 ans, chef présumé du gang de trafiquants. Ce dernier, Samsoor L., vivait depuis 2013 en Hongrie où il bénéficiait de la protection subsidiaire, un statut proche de celui de réfugié. Il disposait de la complicité de compatriotes établis en Serbie, qui lui adressaient des migrants transitant par ce pays.
D’après les enquêteurs, le réseau de trafiquants a généré d’importants profits en convoyant de février à août 2015 au moins 110 personnes à qui il était demandé «de 1000 à 1500 euros» chacune pour passer en Autriche. Les gains étaient rapatriés en Afghanistan.

Le crime est «d’une nature exceptionnelle» selon le parquet hongrois (l’affaire est jugée en Hongrie, lieu de décès des victimes selon les autopsies). Le jour même de la découverte du camion charnier, les trafiquants ont transporté un autre groupe de 81 migrants dans des conditions identiques ; ces derniers ont échappé de peu à la mort en défonçant la porte du camion.
Le procès s’ouvre sur une controverse. La police hongroise aurait-elle pu empêcher le drame ? C’est ce que soutiennent des journalistes d’investigation allemands du Süddeutsche Zeitung et des chaînes NDR et WDR qui ont eu accès aux transcriptions des écoutes. La police magyare avait en effet repéré les trafiquants dès juillet 2015 et les avait mis sur écoute 13 jours avant le drame.

«Pas question d’ouvrir la porte du camion»
Le matin de la tragédie, à 6h16, le chauffeur du camion, qui roule encore en Hongrie, appelle un complice bulgare. «Ils font un boucan pas possible à l’arrière. A la frontière, la police risque de les entendre, qu’est-ce que je fais ?» Le complice appelle alors le chef afghan qui donne ses ordres : «Pas question d’ouvrir la porte du camion […] ni de leur donner de l’eau. Dis [au chauffeur] de continuer. Et s’ils meurent, dis-lui de se débarrasser des corps dans la forêt, en Allemagne».

Mais si la police enregistrait bien ces conversations, qui ont eu lieu en pachtoun, en bulgare et dans un dialecte serbe, elle ne les écoutait pas en live. «Les autorités hongroises n’ont pu faire traduire et analyser ces informations qu’après la découverte du crime» a indiqué à Libération Gabor Schmidt, porte-parole du parquet de la région de Bacs-Kiskun. D’après les données recueillies les jours précédents, rien n’indiquait que les migrants étaient en danger de mort. «Les autorités hongroises n’auraient pas pu empêcher ce crime, vu le déroulement extrêmement rapide des événements» ajoute Gabor Schmidt.

Le procès devrait durer au moins jusqu’au 30 juin. Aujourd’hui, les chefs d’inculpation retenus sont : trafic d’êtres humains, crime en bande organisée, et assassinat commis avec une extrême cruauté. Des crimes passibles de 30 ans de prison, voire de détention à vie.


Florence La Bruyère correspondante à Budapest

Immigration : la grande faillite de l'Europe (23.06.2017)
Par Vianney Passot   Publié le 23/06/2017 à 13:21

FIGAROVOX/ENTRETIEN - Jean-Thomas Lesueur, délégué général de l'institut Thomas More, fait le point sur la politique migratoire de l'Europe. Pour lui, on attend toujours une réponse claire et structurée de la part des États membres de l'Union européenne.

Jean-Thomas Lesueur est délégué général de l'Institut Thomas More. Il a publié en janvier le rapport «Propositions pour refonder la politique migratoire française».

FIGAROVOX.- La mort d'un homme causée par un barrage de migrants en début de semaine a remis la question migratoire au cœur de l'actualité. En parallèle de cet événement, Anne Hidalgo a appelé le gouvernement à l'aide, car elle n'arrive plus à faire face à ce problème à Paris. Où en sommes-nous vraiment en France et en Europe? Les flux migratoires sont-ils devenus ingérables?

Jean-Thomas Lesueur.- L'Organisation Internationale pour les Migrations a enregistré 81 292 arrivées (y compris les décès en mer) en Méditerranée pour le premier semestre 2017, contre 215 702 pour la même période en 2016. La porte grecque est globalement refermée, avec un peu plus de 8 000 arrivées contre 158 000 l'an passé (essentiellement grâce à l'accord avec la Turquie, que cela nous plaise ou non). L'Italie est toujours sous pression (69 000 contre 56 000) et certains s'inquiètent de ce qui se passe aux frontières espagnoles, même si les chiffres restent proportionnellement bas (un peu plus de 3 000).

On peut donc certes considérer que les flux migratoires à l'échelle européenne sont moins «ingérables» qu'ils ne l'étaient en 2016 et surtout en 2015. Mais le problème est qu'ils ne sont toujours pas sérieusement gérés…

C'est vrai à l'échelle européenne où la pression reste forte et les initiatives prises jusque-là, louables si l'on veut, mais insuffisantes. L'Europe doit faire de la garde de ses frontières extérieures une véritable politique structurée et coordonnée avec les États membres (et non contre eux) dans une logique de double ligne de défense. C'est vrai aussi à l'échelle française où les passes d'armes entre le maire de Paris et le ministre de l'Intérieur montrent qu'on n'a toujours pas de solutions.

À quoi peut-on s'attendre durant l'été qui commence? Une accalmie, ou au contraire une nouvelle augmentation des arrivées sur le territoire?

Je l'ai dit, les chiffres d'arrivée sur les côtes méditerranéennes sont en baisse mais restent importants. Les flux semblent à peu près sous contrôle en Méditerranée de l'est mais la pression se déporte sur la Libye, donc l'Italie. Flavio Di Giacomo, porte-parole de l'Organisation Internationale pour les Migrations à Rome, a indiqué que plus 4 800 migrants ont été secourus au large des côtes nord-africaines le week-end dernier… C'est dire que l'accalmie ne semble pas à prévoir, hélas.

Peut-on s'attendre à une réponse à la hauteur du problème de la part du nouveau gouvernement? La question migratoire est-elle suffisamment prise au sérieux en France aujourd'hui?

Il est un peu tôt pour en juger et je ne vais pas faire de procès d'intention. Mais il est vrai que la réponse de Gérard Collomb à Anne Hidalgo ressemble un peu à un vœu pieux. Et il est encore plus vrai que le programme d'Emmanuel Macron pendant la campagne présidentielle ne laissait pas entendre qu'il en faisait un sujet prioritaire.

C'est à une refondation du droit d'asile qu'il conviendrait pourtant de travailler, dans deux directions. D'abord, un durcissement des conditions d'accès - on a vu en 2015 que la fuite d'authentiques réfugiés a créé un appel d'air dans lequel se sont engouffrées des centaines de milliers de personnes qui, pour n'avoir sans doute pas une vie facile chez eux, n'étaient pas pour autant des réfugiés. Ensuite, une accélération des procédures de traitement des dossiers d'une part et une bien plus grande exécution des procédures d'expulsion en cas d'OQTF (Obligations de quitter le territoire français), d'autre part.

Ces mesures seraient à mettre en œuvre en même temps que la politique de surveillance des frontières extérieures européennes, comme je l'ai indiqué.

«Calais, c’est pas mieux que la Libye» (21.06.2017)
Libération
A Calais, le 15 juin, des hommes patientent près de la station-service où les camions font le plein avant de traverser la Manche. Photo Antoine Bruy pour Libération 
Depuis le démantèlement de la «jungle», la situation humanitaire des quelque 500 réfugiés qui errent dans la ville est devenue intenable. Les forces de l’ordre les traquent sans répit et les associations ont bien du mal à les aider.

  «Calais, c’est pas mieux que la Libye»
Calais, année zéro. Devenue depuis deux décennies un des principaux lieux de regroupement sur le sol français des exilés du monde entier, les côtes britanniques en ligne de mire, la ville du Pas-de-Calais vit un éternel recommencement. Bien que bunkerisée - on ne compte plus les kilomètres de clôtures et de fils barbelés déroulés à grands frais par les autorités - Calais reste un eldorado pour des milliers de migrants. Hier soudanais, irakiens ou kurdes, ils sont aujourd’hui principalement érythréens, afghans ou éthiopiens, à errer dans la cité, sans cesse traqués par des forces de l’ordre presque aussi nombreuses qu’eux.

RETROUVEZ NOTRE DIAPORAMA :
Migrants à Calais, la traque permanente

Spectacle absurde, aux premières lueurs de l’aube, de quatre CRS postés au bord d’une voie rapide et dissuadant quatre migrants, installés juste en face, de rejoindre une station-service où les poids lourds viennent faire le plein avant de rallier l’Angleterre. Calais, c’est un ballet permanent de silhouettes anonymes errant le long des bretelles d’autoroutes, un simple sac sur le dos. Des camionnettes de gendarmes et de policiers comme incrustées dans le bitume à certains points «stratégiques». Des discussions saisies à la volée, comme ces six militaires de l’opération «Sentinelle», racontant à la terrasse d’un café comment ils ont découvert, l’autre nuit, «sept Ethiopiens dans une voiture» au terminal Eurotunnel.

Novlangue
Il y a huit mois, l’Etat organisait, devant les caméras du monde entier, le démantèlement de la «jungle» de Calais, bidonville où vivaient près de 7 000 personnes. La majorité avait bénéficié d’un relogement dans un centre d’hébergement. François Hollande était président de la République, Bernard Cazeneuve ministre de l’Intérieur. C’était il y a une éternité. La seule obsession des autorités, depuis lors, est d’éviter la reformation d’un «point de fixation», pour reprendre la novlangue administrative. Envolées, les promesses de conserver un dispositif d’accueil dans le Calaisis.
  
«Cela fait huit ans que j’interviens ici et je n’avais jamais vu ça, soupire Vincent de Coninck, chargé de mission pour le Secours catholique. La politique renouvelée de Macron ? En réalité, il emploie des politiques à l’œuvre depuis quinze ans, qui ont fait preuve d’inefficacité et d’inhumanité.» La semaine dernière, le Défenseur des droits, Jacques Toubon, a dénoncé des atteintes d’une «inédite gravité», demandant aux autorités de ne pas s’obstiner dans ce qui s’apparente à un «déni d’existence» des exilés. «Peut-être que Toubon est devenu no border…» ironise Vincent de Coninck.

«Des rescapés»
Quelque 500 migrants survivent aujourd’hui à Calais. A part renforcer la répression policière, l’Etat n’a rien prévu pour eux. Pour demander l’asile, ils doivent se rendre à Lille et risquer les contrôles, voire un placement en rétention. Pour boire, manger, se laver, ils s’en remettent aux associations. Le midi, la distribution de nourriture s’effectue dans la cour de l’église Saint-Joseph. Le père Jean-Marie Rauwel, 52 ans, a décidé de mettre l’espace à disposition des exilés et de leurs soutiens. Il explique : «Avant d’être des migrants ou des réfugiés, ces personnes sont des rescapés. Pour une grande majorité, ils ont perdu des proches au cours de leur périple, morts en mer, dans le désert ou parfois lâchement assassinés. Rien que cela mérite le respect et un minimum d’accueil.»

A l’ombre d’un mur, Haben, un Erythréen de 17 ans, patiente avec ses amis, le temps que la distribution de ce jeudi commence. Ils écoutent des chants religieux chrétiens sur le portable d’un des membres du groupe. «La seule raison pour laquelle on veut aller en Angleterre, c’est qu’on a de la famille là-bas, explique Haben. On essaie de monter dans des camions tous les jours, jusqu’à ce que notre Dieu nous donne notre chance. Mais on est fatigués. Certains sont là depuis un an ou deux.» Du français, il ne connaît que quelques mots. Notamment ceux-ci, martelés par les forces de l’ordre chaque nuit : «Allez, allez, allez, on bouge !» La traque ne s’interrompt jamais. Les migrants en font tous le même récit. L’irruption de CRS, en pleine nuit, dans les bosquets et fossés où les migrants tentent de grappiller quelques minutes de sommeil. Les lampes torches dans les yeux, les coups de matraque dans les jambes, les «sprays» de lacrymo dans les yeux et sur les duvets. «Si tu restes trop longtemps à un endroit, ils deviennent très agressifs», résume Haben.

Juste à côté, Youssouf prend le relais. Il porte une veste de jogging de la marque Macron, car les dons, ici, ne sont pas qu’alimentaires. L’adolescent a l’air aussi épuisé que ses camarades, mais il a très bien identifié les forces en présence dans le coin. Ainsi, raconte-t-il, les gendarmes sont «OK, t u peux leur parler». Les CRS, en revanche, l’effraient. Il montre une plaie sur le tibia, deux autres à chaque avant-bras. «Ça, c’est la police, dit-il. Calais, c’est pas mieux que la Libye.» Un troisième Erythréen, Mahari, complète : «Moi, mes blessures sont juste internes.» Il montre sa tête.

Quatre heures plus tard, dans la zone industrielle des dunes. C’est là, à quelques centaines de mètres de l’ancienne «jungle», que s’est organisé le démantèlement en octobre. Aujourd’hui, ils sont plusieurs dizaines à s’y cacher. On croise un groupe d’Ethiopiens. Pour Natnael, la vie se résume à «être en mouvement, tout le temps, sinon la police frappe». «On dort trente minutes d’affilée par jour», glisse-t-il.

Il est l’heure de la distribution du soir, la seule tolérée par les autorités, entre 18 et 19 heures. Pour s’y rendre, on serpente dans les fourrés, jonchés de vêtements abandonnés, car recouverts de lacrymogènes. Une longue file se forme devant les camionnettes de Refugee Community Kitchen, l’organisation britannique qui confectionne les barquettes de salade de légumes et de riz pilaf. Un groupe électrogène, auquel sont raccordées des multiprises, permet de recharger les téléphones portables. Un jeune Erythréen confie qu’il a pu appeler sa famille il y a trois jours : «Mais je n’ai pas dit grand-chose sur ma situation, sinon elle serait anxieuse.» A 19 h 30, réglés comme du papier à musique, les CRS font leur apparition. La foule se disperse dans le calme.

L’inconnue du soir
21 heures, rendez-vous est pris au grand hangar inter-associations, où sont stockés les dons et préparés les repas. La maraude d’Utopia 56 ne va pas tarder à partir. A son bord, Youssef, David et Sophia. Ils ont leurs habitudes et savent exactement où les réfugiés viennent demander un repas. Comment se comporteront les forces de l’ordre ? C’est l’inconnue du soir. Depuis des semaines, les bénévoles en sont réduits à un «jeu du chat et de la souris», n’échappant pas, souvent, à des contrôles d’identité plus ou moins cordiaux.

La camionnette marque son premier arrêt à «l’ancien Lidl», le long d’une voie de chemin de fer. A travers champs, on voit les migrants arriver. Il y a Shakran, un Afghan de 25 ans. Il a vécu quelques années au Royaume-Uni avant d’être expulsé, mais rêve d’y retourner, par la voie légale cette fois. Sa compagne, britannique, a donné naissance il y a trois semaines à leur premier enfant, prénommé Mohamad. L’homme espère obtenir un visa pour les retrouver. Arrive Nassir, un Afghan de 15 ans. Il montre le ciel quand on lui demande s’il a de la famille outre-Manche, puis lâche sur le ton de l’évidence : «Je veux aller là-bas parce que les gens ici n’aiment pas les réfugiés.» La camionnette repart. Elle circulera jusqu’au milieu de la nuit.

Cinq douches offertes
5 h 30, le jour se lève sur la rue des Mouettes, dans la zone industrielle. Quatre fourgons de CRS sont déjà garés sur place. Extirpés de leur sommeil, les migrants racontent que cette nuit a été plus calme qu’à l’accoutumée. Conséquence, peut-être, du coup de gueule des associations contre la répression policière. Déjà, des exilés se dirigent vers le «belgium parking», l’endroit où la plupart tentent de s’engouffrer à l’arrière d’un camion. Ils y vont comme certains vont au travail. On ne sait pas trop s’ils croient vraiment en leurs chances. Trois heures plus tard, la camionnette de l’association Salam se gare pour la distribution du petit-déjeuner. Il faut faire vite, les CRS pourraient s’y opposer.

CRS venus stopper la distribution alimentaire pendant la maraude de l’association Utopia sur « le parking de covoiturage »
  
Estelle et les autres bénévoles sortent les thermos de thé et de café et des sacs entiers de viennoiseries, récupérés dans les invendus de boulangeries amies. Un attroupement se forme vite autour de Brigitte, qui, chaque jour, «offre» cinq douches chez elle aux migrants. Ils l’alpaguent gentiment, s’accrochent à son bras, crient «Mamy, twenty days no shower !» Elle rigole : «Les fayots !» Il faudra néanmoins n’en choisir que quelques-uns. Très vite, des CRS déboulent, demandent aux bénévoles de remballer. Il y a cinq membres de Salam, quatre policiers et… deux réfugiés. Le dialogue tourne court. «Il faut qu’ils arrêtent tout», lâche un pandore. «Même de l’eau, on ne peut pas en distribuer ?» demande Estelle. Le chef : «Oh, ils se débrouilleront, ne vous inquiétez pas.»

Sylvain Mouillard Envoyé spécial à Calais Photos Antoine Bruy

Anne Hidalgo interpelle le gouvernement sur la crise migratoire qui reprend à Paris (20.06.2017)


La maire de Paris adresse un courrier à trois ministres, dont celui de l'Intérieur Gérard Collomb, pour alerter sur une nouvelle crise migratoire qui s'amplifie dans la capitale, alors que 1000 migrants campent actuellement dans les rues du nord de Paris.

Avec l'arrivée des beaux jours, la pression migratoire monte à Calais, où un chauffeur est mort cette nuit dans un accident provoqué par un barrage installé par des migrants, mais aussi à Paris. Dans un courrier adressé vendredi aux ministres de l'Intérieur, de la Cohésion des territoires et de la Justice, Anne Hidalgo alerte sur une hausse importante des arrivées de migrants ces deux dernières semaines dans les rues de la capitale.

«Si ce rythme des arrivées se poursuivait sans augmentation du rythme des prises en charge, ce sont ainsi plusieurs milliers de personnes qui seraient contraintes de vivre dans des conditions indignes au sein de la capitale au cœur de l'été», explique la maire. «Or, la situation actuelle est déjà difficilement tenable en l'état.»

Un campement de 1000 personnes à Paris

Un campement d'un millier de migrants s'est de nouveau reconstitué dans le nord-est de Paris. En cause, la saturation des «centres d'accueil humanitaire» de la porte de La Chapelle et d'Ivry. «Environ 70 migrants arrivent chaque jour au centre d'urgence de La Chapelle, pour 40 à 50 prises en charge par l'Etat dans des Centres d'accueil et d'orientation», explique-t-on à l'Hôtel de ville.

«Les tensions à l'entrée du centre humanitaire sont désormais quotidiennes tant les frustrations sont grandes et les rixes se multiplient», peut-on lire dans le courrier d'Anne Hidalgo. Boulevard de La Villette, la file d'attente devant le plateforme d'accueil gérée par France terre d'asile «est en passe de se transformer en campement permanent», poursuit-elle.

La maire plaide donc pour la création de places d'hébergements supplémentaires sur toute la France. «Il y a une incohérence majeure aujourd'hui dans l'accueil des migrants», estime-t-on à la mairie. «Un migrant qui vient d'Italie doit aller jusqu'à Paris pour obtenir un premier accueil d'urgence, avant d'être placé par l'Etat dans des centres d'accueils qui seront potentiellement dans le sud du territoire...» Anne Hidalgo demande donc la création de centres similaires à celui de Paris dans toute la France.

Le courrier aborde également la question des mineurs étrangers isolés, dont le nombre a «doublé en un an». Actuellement, la quasi-totalité de l'effort de prise en charge repose sur Paris et la Seine-Saint-Denis. La mairie de Paris pointe l'absence de coordination des différents services chargés de les prendre en charge sur le territoire français. «Il apparaît aujourd'hui essentiel de nationaliser la procédure d'évaluation de la minorité et de l'isolement, et que cette dernière soit confiée à des équipes disposant d'une taille suffisante», indique le courrier.

Anne Hidalgo appelle enfin à la création d'une instance qui associerait les services de l'Etat, les collectivités locales concernées et les principales associations afin de «construire une réponse collective» à la nouvelle crise migratoire qui se prépare pour cet été.

Lire aussi - Pas-de-Calais: un chauffeur tué dans un accident provoqué par un barrage de migrants


Migrants : et si on les laissait passer en Angleterre ? (04.03.2016)

Publié le 04/03/2016 à 12:37
Migrants : et si on les laissait passer en Angleterre ?
Crédits photo : PHILIPPE HUGUEN/AFP

FIGAROVOX/TRIBUNE - La jungle du Calaisis où s'accumulent des clandestins qui veulent passer en Grande-Bretagne marque le paroxysme de l'échec européen estime Alexis Théas. Pour lui, il est illégal d'enfermer les migrants dans l'espace Schengen.

Alexis Théas est juriste et universitaire.

La jungle du Calaisis où s'accumulent des milliers de migrants dans l'attente de passer en Grande-Bretagne marque le paroxysme de l'échec européen en matière de politique d'immigration et de frontière. Il n'est que la conséquence d'un dispositif absurde : la France a ouvert ses frontières intérieure, avec l'Italie, l'Allemagne, la Belgique, en vertu du dogme de la libre circulation, mais bloque la sortie des migrants qui veulent se rendre au Royaume-Uni. Toutefois, dans le droit européen, en particulier le règlement frontière du 15 mars 2006, rien n'oblige un Etat de l'espace Schengen à interdire à des ressortissants étrangers de sortir de cet espace de libre circulation. C'est même le contraire, en se penchant sur la question, il apparaîtrait bien vite que la France est probablement dans l'illégalité la plus totale en enfermant des migrants dans les frontières de cet espace Schengen.

En vérité, le dispositif policier et frontalier phénoménal que la France consacre au blocage des migrants sur son propre territoire pour protéger le Royaume-Uni est le fruit d'une histoire et des concessions successives des différents gouvernements, Jospin (1997-2002) puis Raffarin en 2002/2003, destinées à amadouer les gouvernements britanniques et à mettre fin aux tensions avec ce pays liées à l'immigration. Dans ce dossier, tous les gouvernements français ont fait preuve de faiblesse, acceptant, sous la pression de la Commission européenne et les menaces de la Cour de Justice, l'ouverture totale des frontières françaises et sous la pression britannique, de protéger la Grande-Bretagne de l'immigration. La situation est absurde, la France ouvre ses frontières et protège celle d'un autre. Le fruit tragique de cette faiblesse et de cette incohérence, dans un contexte de défaillance généralisée de la frontière extérieure européenne, nous l'avons sous les yeux avec la situation apocalyptique de Calais.

La France peut-elle envisager de mettre fin à la protection de la Grande-Bretagne par des moyens policiers hors normes qu'elle y consacre ? En droit, rien ne s'y oppose. La France n'encourt aucun jugement défavorable des tribunaux européens, aucune sanction. Que se passerait-il ? Les migrants parviendraient à passer massivement en Grande-Bretagne, par tous les moyens possibles: tunnel, Eurostar, embarquement dans des camions... Ils seraient interceptés de l'autre côté de la Manche où se mettraient en place de vastes zones d'hébergement et de retenue. Le désastre français du Calaisis, cette immense zone de non droit, serait dès lors transféré au Royaume-Uni. La France serait en principe contrainte, en vertu du règlement Dublin, de reprendre quelques demandeurs d'asile interpellés en Grande-Bretagne, mais cette procédure est lourde et inefficace et ne jouerait que marginalement. Le risque serait toutefois de provoquer dans le Calaisis un gigantesque appel d'air, cette région devenant un couloir ouvert vers le Royaume-Uni. Il est aussi de provoquer un chaos généralisé dans les transports vers Outre-Manche, Eurostar paralysé, tunnel sous la Manche envahi, camions pris d'assaut.


Une telle décision serait pourtant dans l'intérêt national de la France. Elle mettrait fin au chaos indescriptible du Calaisis. Mieux vaut être un corridor de passage qu'un cul-de-sac, une zone de non droit, un gigantesque bidonville à la fois désastre humanitaire et jungle livrée aux passeurs criminels. Mais surtout, elle provoquerait un électrochoc en Grande-Bretagne et une prise de conscience de ce pays pour prendre toute sa part à la résolution globale de la crise migratoire de l'Europe. La véritable solution au drame en cours, chacun la connaît aujourd'hui : une épreuve de force contre les groupes criminels qui jettent à la mer des millions de malheureux pour amasser des fortunes ou dans le but stratégique de déstabiliser le continent. Rien ne se fera sans une volonté politique commune des grands Etats européens pour assumer leurs responsabilités et prendre le contrôle des rivages de la Méditerranée livrés aux passeurs esclavagistes, quitte à un bras de fer diplomatique ou militaire. La Grande-Bretagne avec sa puissance navale doit prendre toute sa part à ce défi. Elle doit enfin comprendre que, du fait de la géographie, son destin est lié à celui du continent européen qu'elle le veuille ou non. Elle s'en sortira avec lui ou se perdra avec lui.


Migrants : l'Angleterre doit prendre ses responsabilités (30.07.2015)
Par Eléonore de Vulpillières  Publié le 30/07/2015 à 10:47


FIGAROVOX/ENTRETIEN - Après la mort d'un Soudanais tentant de rejoindre l'Angleterre, Henri Labayle décrypte la crise migratoire actuelle. Selon lui, l'Europe est confrontée à un défi sans précédent.

Henri Labayle est professeur agrégé de droit à la faculté de Bayonne et à l'université de Pau. Il dirige le CDRE, laboratoire de recherches spécialisé en matière européenne et notamment en droits fondamentaux, d'immigration et de sécurité intérieure. Il est membre du réseau Odysseus et directeur du GDR «Droit de l'espace de liberté, sécurité, justice».

LE FIGARO. - Cet incident révèle-t-il un échec dans le traitement des migrants en situation irrégulière, opéré par le gouvernement? Comment ce dernier pourrait-il régler ce type d'incident?

Henri LABAYLE: - La responsabilité de la situation excède largement celle du gouvernement actuel. Depuis plus de quinze ans, la question de Sangatte, hier, et de Calais, aujourd'hui, empoisonne le débat public sur la question migratoire. Elle coïncide avec l'ouverture du tunnel sous la Manche. Nul n'a donc de leçon à donner en la matière, à droite comme à gauche. Quitte à déplaire aux amateurs de solutions toutes faites, je crains d'ailleurs que la gravité du problème excède largement la compétence des acteurs en présence. Ni l'Europe dans sa globalité, ni la France dans sa singularité ne sont aujourd'hui en capacité de faire face à une pression migratoire sans précédent, directement issue des conflits qui nous entourent. Tant que l'on n'aura pas assimilé cette donnée et accepté d'aborder lucidement une question qui est d'une extrême complexié, nous serons réduits à contempler ce spectacle navrant. Il n'est peut être qu'un spectacle pour nous mais bien une question de vie ou de mort pour ceux qui en sont les victimes, comme dans ce cas. Gardons-le à l'esprit.

Alors pour vous répondre clairement : échec consternant, oui, évidemment. Echec de nous tous, Français comme Européens, à maîtriser les flux migratoires et le contrôle de nos frontières. Deux tempéraments pourtant à ce constat. D'abord, qui peut prétendre raisonnablement qu'un Etat pourrait aujourd'hui faire face, seul, à une vague de cette importance? Contrairement à ce que l'on prétend, Schengen n'est pas un échec mais n'a pas été conçu pour un contexte aussi grave. Crédible par temps calme, son fonctionnement appelle un renforcement dans les circonstances actuelles. De plus, la situation en Turquie s'aggrave alors qu'elle héberge l'essentiel des réfugiés fuyant le conflit à sa porte, quelle sera notre réponse demain ?

Ces migrants désirent rejoindre le Royaume-Uni, qui leur refuse l'entrée sur le territoire ; ils demeurent donc à Calais, ou en périphérie, dans la «nouvelle jungle», une ancienne décharge. Comment dénouer le double problème qui se pose: précarité des migrants et insécurité pour les Calaisiens?

C'est la quadrature du cercle. Rendez-vous compte: les migrants de Calais rencontrent aujourd'hui presque autant de difficultés à sortir de l'espace Schengen qu'ils en ont éprouvé à y pénétrer quelques semaines plus tôt, là aussi souvent au péril de leur vie. Ceci pour accéder à un Etat de l'Union, le Royaume Uni, qui refuse de faire partie de cet espace! Comment le comprendre?

Nous sommes aujourd'hui les garde-frontières d'un autre Etat, lequel est même prêt à nous aider à financer sa propre protection. Ici encore, soyons francs: ce qui se passe à Calais est directement la conséquence de la situation dérogatoire accordée à la Grande-Bretagne au regard de Schengen, ajoutée aux différents arrangements relatifs au tunnel sous la Manche, au début des années 2000, qui délocalisent les zones de contrôle frontaliers britanniques en France. Point à la ligne.

Ces migrants ne désirent en rien demeurer en France, ils sont en transit. Si nous étions aussi irresponsables que certains de nos voisins, nous fermerions les yeux sur leur passage, malgré les accords passés. Il serait donc peut être temps de gérer le dossier dans son intégralité, de façon enfin politique, au lieu de se féliciter des deux kilomètres de barrière que nos voisins vont bientôt nous livrer.

C'est dire l'impasse dans laquelle la politique migratoire en Europe se trouve et je me reconnais souvent dans les appels au réalisme et à l'équilibre que Maxime Tandonnet développe régulièrement dans vos colonnes. Il est vain, même en allant à la pêche aux voix, de se défausser sur «Schengen» ou sur l'Europe et de masquer ainsi les multiples défaillances des Etats ou leur refus de s'attaquer aux causes immédiates de cette pression migratoire. La première explication en l'espèce est en Syrie, au Soudan, en Irak, en Erythrée, en Afghanistan d'où ces migrants proviennent en majorité. Comment nier que, le plus souvent, leur vie soit en cause et que ce soit la justification de leur fuite? Le reste n'est que conséquence. S'il est une solution, elle est à l'extérieur, dans la recherche de la paix ou du développement.

Que font ces migrants durant des semaines voire des mois? Ont-ils une activité? Pourquoi veulent-ils aller en Angleterre?

Ils attendent, entre les mains des passeurs qui les oppriment et dont on pourrait se préoccuper davantage, en priorité absolue d'une action répressive qui pourrait être plus déterminée. Ils survivent grâce à l'action remarquable des associations caritatives, des ONG et de la ville de Calais. Et ils essaient chaque jour de passer . Quant aux raisons de leur attirance vers le Royaume Uni, on en connaît les causes, outre les facteurs linguistiques ou communautaires relatifs aux pays que j'ai cités: facilité d'emploi clandestin et absence de documents d'identité sont autant d'éléments que les passeurs font miroiter à des populations déjà convaincues. D'autant que, malgré le discours officiel de M. Cameron sur la «forteresse sécuritaire» que serait le Royaume-Uni, ce dernier demeure ouvert et donc attractif: Eurostat faisait ainsi état il y a quelques mois de ses 100 000 permis de résidence accordés en 2013 pour raisons économiques à rapprocher des 18 000 Français et des 27 000 Allemands. Pour qu'il y ait des migrants clandestins, il faut des employeurs.

Eurotunnel a renforcé sa sécurisation en augmentant son «dispositif de moyens humains et technologiques», indique la direction. L'entreprise demande à l'Etat de rembourser 9,7 millions d'euros liés à «cette pression migratoire» a indiqué son PDG. Est-ce à l'Etat ou à un groupe privé de payer pour les effets de cette immigration mal maîtrisée?

Poser la question est y répondre. Bien évidemment qu'il appartient à l'Etat et à lui seul d'assumer des missions régaliennes telles que celle-ci, quoi qu'en dise un ministre qui a, parfois, une fâcheuse tendance à reporter ses responsabilités sur ses prédécesseurs ou ses partenaires. Cela étant, le contrat de concession comme les différents accords applicables règlent vraisemblablement le débat et Eurotunnel a certainement des obligations à satisfaire en la matière. L'Etat aura sans aucun doute les moyens de l'y amener.

La réforme du droit d'asile - notamment l'assignation à résidence des immigrés en situation irrégulière, qui remplace le placement en centre de détention - portée par Bernard Cazeneuve est-elle appropriée?

La question du droit d'asile ne concerne pas Calais: ces migrants ne souhaitent pas demander l'asile à la France. On a d'ailleurs assisté, il y a quelques semaines, à un spectacle assez surréaliste où le ministre de l'Intérieur les incitait à le faire! En revanche, s'il est question de migrants effectivement inéligibles à l‘asile, c'est davantage de l'exécution réelle des décisions d'éloignement qu'il faut se préoccuper que de l'assignation ou pas à résidence. La question cruciale est alors de trouver un Etat où les reconduire.

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