7 juillet 2017

Conflit Israélo-Musulman

L'Unesco inscrit Hébron au patrimoine mondial (07.07.2017)
« Après l'échec du Hamas, il faut aider la population de Gaza à conquérir sa souveraineté » (30/06/2017)
Pourquoi la paix continue d'être impossible entre Israël et Palestine (30/06/2017)
Guerre des Six-jours : l’histoire d’un quartier qui a été rayé de la carte de Jérusalem (30/06/2017)
Vincent Lemire: «Toute définition exclusive de l’identité de Jérusalem produit de la violence» (09/12/2016)
Pourquoi Jérusalem est bien la capitale d'Israël (02/06/2017)

Voir aussi : Conflit Israël-Palestine (par Le Figaro)


L'Unesco inscrit Hébron au patrimoine mondial (07.07.2017)
Par Eric Bietry-Rivierre Mis à jour le 07/07/2017 à 16:32 Publié le 07/07/2017 à 16:18

Vendredi, l'organisation internationale a déclenché une tempête diplomatique entre Israéliens et Palestiniens en qualifiant «d'islamique» la vieille ville d'Hébron en Cisjordanie occupée et en la déclarant «zone protégée» du patrimoine mondial.

L'Unesco a déclaré vendredi la vieille ville d'Hébron, en Cisjordanie occupée, «zone protégée» du patrimoine mondial. L'Unesco juge le site érigé durant la période mamelouke (entre 1250 et 1517) «d'une valeur universelle exceptionnelle en danger». Elle l'a inscrit sur deux listes - celle du patrimoine mondial et celle du patrimoine en péril - à l'issue d'un scrutin impliquant les vingt et un membres du Comité réuni à Cracovie (Pologne). Six se sont abstenus et trois ont voté contre mais douze pour. Or, vu l'abstention, la majorité requise était de dix voix.


Hébron abrite une population de 200.000 Palestiniens et de quelques centaines de colons israéliens. Ceux-ci vivent dans une enclave protégée par des soldats, près du groupe d'édifices enceint au Ier siècle de notre ère, que les juifs appellent Tombeau des Patriarches et les musulmans mosquée d'Ibrahim.

Lieu de pèlerinage pour les juifs, les chrétiens et les musulmans

L'endroit abriterait la dépouille d'Abraham, père des trois religions monothéistes, celles de son fils Isaac, de son petit-fils Jacob et de leurs épouses Sarah, Rebecca et Léa. Très tôt il a été un lieu de pèlerinage pour les juifs, les chrétiens et les musulmans. Il se trouvait situé au croisement des routes caravanières partant du sud de la Palestine, du Sinaï, de l'est de la Jordanie et du nord de la péninsule arabique.

À l'époque du mandat britannique sur la Palestine, une communauté juive vivait à Hébron. Mais elle avait été contrainte de partir à la suite du meurtre de 67 juifs en 1929. En 1994, un colon israélo-américain avait ouvert le feu dans le lieu saint, tuant 29 fidèles musulmans en prière avant d'être lynché...

Actuellement, les échoppes du marché central sont en grande partie vides. Des filets ont été placés au-dessus pour les protéger des détritus lancés par des colons.

Selon Alaa Shahin, membre de la municipalité, le vote pourrait «aider à soutenir le tourisme» et «les efforts des Palestiniens à empêcher toute tentative de destruction». Ce vote est «un succès dans la bataille diplomatique menée par les Palestiniens sur tous les fronts face aux pressions israéliennes et américaines», s'est félicité le ministère palestinien des Affaires étrangères. Le porte-parole du ministère israélien des Affaires étrangères Emmanuel Nahshon avait auparavant qualifié le décision de l'Unesco de «souillure morale».

Le premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou a qualifié la décision de l'Unesco de «délirante». L'État hébreu estime que la résolution nie une présence juive ancienne de 4000 ans. «Une autre décision délirante de l'Unesco (...) ils ont estimé que le tombeau des Patriarches à Hébron est un site palestinien, ce qui veut dire non juif, et que c'est un site en danger», a affirmé Nétanyahou dans une vidéo diffusée par ses services et mise en ligne sur sa page Facebook. En mai, il avait rejeté un projet de résolution sur le statut de Jérusalem le présentant comme «puissance occupante». Puis il avait empêché des chercheurs de l'Unesco d'effectuer une visite à Hébron.

Vendredi, le Comité a également inscrit sur la liste du patrimoine mondial le complexe W-Arly-Pendjari (Bénin et Burkina Faso) qui est une extension du parc national du W au Niger. Éléphants, lamantins, guépards, lions et léopards vivent encore à l'état naturel dans cette vaste étendue de savane. À Cracovie, le processus d'élection des sites jugés de haute valeur se poursuit jusqu'au 9 juillet inclus.

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Pourquoi la paix continue d'être impossible entre Israël et Palestine (30/06/2017)

FIGAROVOX/ANALYSE - Après dix ans de présence du Hamas dans la bande de Gaza, le reporter Pierre Rehov fait le point sur le conflit Israélo-Palestinien. Il rappelle quelles sont les raisons principales qui rendent la paix toujours aussi improbable.

Pierre Rehov est reporter, écrivain et réalisateur de documentaires, dont le dernier, «Unveiling Jérusalem», retrace l'histoire de la ville trois fois sainte.

Un adage largement admis par la sagesse populaire est malmené depuis près de soixante dix ans au Moyen Orient. «On ne peut faire la paix qu'avec ses ennemis». Car, encore faut-il être capable de définir l'ennemi.

La nébuleuse terroriste étant multicéphale, le monde musulman ayant, dans son ensemble, rejeté Israël depuis sa fondation et l'Autorité Palestinienne ne symbolisant qu'un point d'achoppement d'un conflit bien plus large, le simple fait d'avoir rebaptisé le conflit Israélo-Arabe (qui s'étend à l'Iran depuis la révolution de 1979 ) en conflit Israélo-Palestinien, cache une réalité bien plus vaste à laquelle Israël ne cesse d'être confronté.

S'il est tout à fait légitime de critiquer le gouvernement Israélien, comme celui de n'importe quel pays, et même de s'insurger contre nombre de ses politiques, il serait dommageable de passer à coté de certaines vérités, qui font que les israéliens s'inquiètent de la crédibilité du partenaire pour la paix que l'on tente de leur imposer.

1- L'Autorité Palestinienne verse des pensions aux responsables d'attentats terroristes et à leurs familles.

Tout en affirmant avoir une main tendue vers la réconciliation, Mahmud Abbas continue de consacrer une partie du budget de l'autorité palestinienne à la rémunération des terroristes enfermés dans les prisons israéliennes, de leurs familles et de celles dont les membres ont été éliminés au cours d'un attentat. La loi palestinienne est claire dans ce sens. Le montant des allocations et des pensions versées est proportionnel à la lourdeur de la peine, autrement dit au nombre des victimes, juives ou non juives, entraîné par le terroriste bénéficiaire.

Il s'agit d'une pratique décriée depuis longtemps par les gouvernements israéliens successifs et, depuis peu, par la Maison Blanche et certains gouvernements européens.

Pour l'Autorité Palestinienne, s'infiltrer dans une maison et assassiner une jeune fille endormie dans son sommeil, tirer à vue sur des consommateurs attablés à la terrasse d'un restaurant, ou se faire exploser au milieu d'adolescents devant une boite de nuit, est un acte de résistance contre l'occupation israélienne. Soit dit en passant, ces «actes contre l'occupation» étaient monnaie courante avant 1967 et la conquête par Israël des territoires préalablement occupés par l'Égypte et la Jordanie.

Selon le code civil palestinien, ces terroristes bénéficient du titre de mujahid (combattants) lorsqu'ils sont vivants, ou de shahid (martyrs) lorsqu'ils ont perdu la vie au cours de leur «mission».

Très récemment, Mahmud Abbas a été jusqu'à traiter le premier ministre israélien de «raciste» pour avoir osé affirmer que ces sommes monstrueuses, (7% du budget de l'AP) finançaient et incitaient au terrorisme. Interrogé sur la nécessité et la raison de cette pratique, il a répondu que c'était son «obligation sociale inscrite dans la loi».

Imaginons un instant la France voulant faire la paix avec Daesh, tandis que Daesh continue à promettre des retraites à vie et autres récompenses, à quiconque renouvellerait le massacre du Bataclan ou de la promenade des Anglais à Nice.

Impensable.

C'est pourtant la situation à laquelle est confrontée Israël, tant que son seul interlocuteur reste l'Autorité Palestinienne.

2 - Mahmud Abbas, élu pour 4 ans en 2005, est toujours au pouvoir

Ce simple fait affaiblit la position du Président de l'Autorité Palestinienne qui n'a donc aucune légitimité démocratique. Un moindre mal dans une région accoutumée aux dictatures. Mais si les dirigeants occidentaux continuent de lui accorder leur soutien total, c'est qu'il est talonné dans les sondages par l'organisation terroriste Hamas. En acceptant la moindre concession en faveur d'Israël, qui lui permettrait de retourner à la table de négociations, Abbas risque de perdre le peu de légitimité dont il bénéficie encore et peut-être même de se faire assassiner. Il ne souhaite pas, non plus, entrer dans l'histoire comme le premier dirigeant palestinien ayant normalisé ses relations avec l'ennemi sioniste.

3 - Les Arabes de Palestine ne sont pas prêts à renoncer au «droit au retour»

Si nombre d'exigences arabes sont négociables, il va sans dire que le droit au retour des descendants de descendants des «réfugiés» de 48, maintenus dans des camps par les pays arabes avoisinant, et privés de la quasi totalité de leurs droits, notamment au Liban et en Syrie, est une impossibilité majeure, qui entraînerait la disparition d'Israël sous un flot incontrôlable d'individus sans qualification et nourris dans la haine d'Israël.

Interrogé sur ce point, Abbas répond systématiquement que c'est leur droit inaliénable.
Sa vision de la paix, issue du concept «deux pays pour deux peuples» se résume à une Palestine judenrein ( dans laquelle aucun Juif ne serait toléré) d'un coté, et une nation multiculturelle de l'autre, que la démographie musulmane rendrait rapidement majoritaire.

Autrement dit, deux pays pour un peuple. Un concept inscrit dans la Charte du Fatah et de l'OLP, déclaré caduque par Yasser Arafat, mais qui n'en a jamais été retiré.

Incidemment, aucune mention n'est jamais faite du million de Juifs spoliés et chassés des pays arabes après 1948.

4 - Les manuels scolaires palestiniens ne reconnaissent pas l'existence de l'état d'Israël

Un rapport publié par l'Institut de Suivi de la Paix et de la Tolérance Culturelle, établit que «le programme pour les écoles élémentaires de l'AP, apprend aux élèves à être des martyrs, diabolise et nie l'existence d'Israël, et se concentre sur un retour à un pays exclusivement palestinien». Parmi les documents cités dans le rapport, il y a notamment des cartes dans lesquelles Israël ne figure pas et des passages qui semblent glorifier les attaquants. Récemment, l'UNRWA, organisation créée par l'ONU en 1948 pour venir au secours des réfugiés palestiniens, que l'on ne peut soupçonner de sympathie à l'égard d'Israël, s'est même insurgé contre le contenu des nouveaux manuels scolaires, provoquant l'ire de l'Autorité Palestinienne qui refuse d'en changer le contenu.

5 - L'Autorité Palestinienne voudrait faire annuler la declaration Balfour de 1917

En demandant à l'Angleterre de s'excuser un siècle plus tard pour la déclaration Balfour, qui promettait aux Juifs d'établir un foyer national sur leur terre ancestrale, et en manipulant l'UNESCO et autres organisations dépendant de l'ONU pour systématiquement diaboliser Israël, grâce à la majorité arabe automatique dont elle dispose et aux abstentions européennes, l'AP se met en porte à faux vis à vis des Accords d'Oslo, qui lui interdisent de tenter de résoudre le conflit en dehors de négociations directes.

6 - Yasser Arafat et Mahmud Abbas n'ont jamais accepté les propositions de paix faites par Israël

Arafat l'avait indiqué le 10 mai 1994, à la grande mosquée de Johannesburg, juste après avoir signé les accords d'Oslo. «Ce compromis n'a d'autre valeur que l'agrément accordé à la tribu Koraichi par le prophète Mahomet.» Autrement dit, tout accord avec Israël ne peut être que provisoire et avoir pour but sa disparition.

En août et septembre 2000, en réponse à la proposition de Ehud Barak de reconnaître un état Palestinien démilitarisé, sur 94% des territoires, avec Jérusalem Est pour capitale, et le partage des lieux saints, Yasser Arafat s'est enfui de Camp David, pour annoncer avec fierté à son peuple qu'il avait rejeté les pressions israéliennes et américaines. Résultat: la seconde indifada, avec son concert d'attentats terroristes et de représailles, faisant des milliers de victimes des deux cotés, et laissant à tout jamais deux peuples meurtris et méfiants.

Le successeur d'Arafat, considéré comme modéré comparativement à l'ancien chef terroriste, a également rejeté la proposition encore plus généreuse d'Ehud Olmert en 2006, qui lui aurait accordé le contrôle absolu de 98% des territoires, un droit au retour limité et le contrôle total du Mont du Temple, rebaptisé «Esplanade des mosquées». De fait, Mahmud Abbas n'a même jamais daigné répondre à Olmert, et s'en vante sous divers prétextes chaque fois qu'il en a l'occasion.

7 - Le retrait de Gaza a entrainé la prise de pouvoir du Hamas, et trois guerres meurtrières

La restitution du Sinaï à l'Egypte ayant abouti à un fragile accord de paix entre les deux pays, scrupuleusement respecté depuis, le Premier Ministre Ariel Sharon a voulu retenté l'expérience, en offrant l'intégralité de Gaza à l'Autorité Palestinienne en 2005, déracinant par la même occasion plus de 10,000 habitants juifs de la bande. L'idée était de faire de cette ancienne enclave égyptienne un nouveau Singapour, avec l'aide de la communauté internationale. Un coup d'état suivi d'une purge sanguinaire ont malheureusement conduit l'organisation terroriste Hamas au pouvoir. Les roquettes ont commencé de pleuvoir sur Israël, provoquant trois confrontations, en 2009, 2012 et 2014.

8 - L'Autorité Palestinienne voudrait obtenir en préalable à toute négociation l'intégralité de ce qui pourrait lui accordé en cas d'accord final

Mahmud Abbas le répète à l'envie. Toute négociation avec Israël doit être basée sur la création d'un Etat Palestinien dans les frontières de 67, avec Jérusalem pour capitale et une juste résolution du problème des réfugiés.

Autrement dit, en préalable à tout nouveau processus de paix, l'AP doit être garantie d'obtenir ce qu'elle souhaite, sans faire de son coté aucune concession.

Chaque fois qu'Israël s'insurge contre son intransigeance, l'AP l'accuse de détruire le processus de paix, ce qui la justifie d'avoir recour au terrorisme.

Ces huit points étant des faits incontestables, ont conduit l'actuelle administration américaine à reconsidérer son implication au Moyen Orient, après la visite expresse de Jason Greenblatt et Jared Kushner auprès des deux parties.

Mais la situation au Proche Orient s'affirmant de plus en plus volatile, un nouveau projet de processus plus global, impliquant les pays limitrophes semble se profiler à l'horizon.

Trump et ses conseillers, sans se ranger complètement du coté de la position israélienne, ont fini par comprendre qu'Israël n'a aucun intérêt à accepter une paix telle que définie par l'Autorité Palestinienne, et qui n'impliquerait pas la participation intégrale du monde arabe.

La confrontation décadaire pourrait bien de la sorte reprendre son identité de conflit Israelo-Arabe, duquel il ressortirait enfin un authentique projet de paix. Car on ne peut faire la paix qu'avec ses ennemis… dans leur ensemble et pas seulement avec la partie immergée de l'Iceberg.

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Pourquoi Jérusalem est bien la capitale d'Israël

Guerre des Six-jours : l’histoire d’un quartier qui a été rayé de la carte de Jérusalem (30/06/2017)
En juin 1967, les Israéliens ont entièrement rasé le quartier des Maghrébins de Jérusalem.
L’historien Vincent Lemire revient sur cet épisode méconnu de la guerre.
http://www.lemonde.fr/idees/article/2017/06/30/pas-de-quartier-pour-les-maghrebins_5153442_3232.html

LE MONDE | 30.06.2017 à 08h00 • Mis à jour le 01.07.2017 à 15h29 | Propos recueillis par Piotr Smolar (Jérusalem, correspondant)

La guerre des Six-Jours n’a pas encore livré tous ses secrets. Lorsque, en juin 1967, les troupes israéliennes s’emparent de Jérusalem-Est et de la vieille ville, une euphorie et une atmosphère mystique règnent dans les rangs. Or il se passe un drame au cours du week-end des 10 et 11 juin, largement ignoré ensuite d’un point de vue historiographique : un quartier entier de la vieille ville est livré aux bulldozers, ses habitants sont expulsés. Il s’agit de plusieurs centaines de Maghrébins, des pèlerins qui se sont installés là au fil des siècles, malgré le dénuement des lieux.
Dans un entretien au Monde, l’historien Vincent Lemire, maître de conférences à l’université Paris-Est-Marne-la-Vallée et directeur de l’ouvrage Jérusalem. Histoire d’une ville-monde (Flammarion, 2016), revient sur le sort du quartier des Maghrébins, qui remonte à la surface cinquante ans après sa disparition.

Comment, pendant la guerre ­des ­Six-Jours, la destruction de ce quartier ­a-t-elle été décidée ?

Les Israéliens sont entrés dans la vieille ville le mercredi 7 juin au matin. Le samedi soir, après shabbat, les 700 habitants du quartier des ­Maghrébins ont été sommés d’évacuer en quelques heures. Les Israéliens avaient une échéance, la fête de Chavouot, mercredi 14, qui était l’occasion de prier au mur des Lamentations, tout juste repris. Il n’y a pas de documents écrits sur les ordres donnés. Les historiens n’ont rien trouvé. Cela fait penser à la Nakba en 1948 [la « grande catastrophe », ou l’expulsion de centaines de milliers de Palestiniens lors de la création d’Israël]. Beaucoup de villages palestiniens furent à l’époque évacués sur simple ordre oral.

La décision de détruire le quartier est prise par le maire de Jérusalem, Teddy Kollek, et le général Uzi Narkiss, sans ordre politique explicite du gouvernement. L’association des ingénieurs et des architectes de Jérusalem-Ouest joue un rôle majeur :...


« Après l'échec du Hamas, il faut aider la population de Gaza à conquérir sa souveraineté » (30/06/2017)
Par Salomon Malka  Publié le 30/06/2017 à 14:13

FIGAROVOX/TRIBUNE - Cela fait dix ans que la bande de Gaza est contrôlée par le Hamas. Pour le journaliste Salomon Malka, ces dix années sont un échec dont le Hamas est responsable, et Gaza doit mettre en place une véritable politique de souveraineté pour avancer dans le règlement du conflit israélo-palestinien.

Salomon Malka est journaliste et écrivain. Il est directeur de la Rédaction de L'Arche.

Même ceux qui demeurent aujourd'hui encore attachés à la solution des deux États, israélien et palestinien, comme seule issue au conflit qui déchire cette région du monde depuis trop longtemps - et quelle autre issue pourrait-on imaginer ? Il n'y en a pas d'autre -, sont forcés de constater que ce que dit Moshé Arens, ancien ministre israélien des affaires étrangères, cette semaine dans les colonnes du Haaretz, n'est pas dénué de bon sens et devrait en tout cas être examiné.

Il dit deux choses. La première, c'est qu'un État palestinien existe aujourd'hui, plus exactement un mini-État palestinien, c'est la bande de Gaza. Tous ses ressortissants sont Palestiniens, et depuis qu'Ariel Sharon a fait en sorte que les implantations israéliennes dans la région soient entièrement démantelées, il n'y a plus un seul juif dans le secteur. La bande de Gaza est dotée d'un gouvernement, d'une armée, d'une police, de tribunaux… Ce territoire, en dépit de ce qu'on clame ici ou là, n'est pas sous occupation. Il est souverain, ou en tout cas il pourrait l'être.

La deuxième chose, c'est le blocus. Ce blocus est incontestable mais il est relatif, puisque tous les jours, des centaines de camions approvisionnent ce territoire, la majeure partie de l'électricité est fournie par Israël, et des blessés sont soignés régulièrement dans les hôpitaux israéliens (le chiffre est en baisse, 300 blessés soignés pour le mois de mai, contre 2000 dans le passé, en raison de nouveaux obstacles administratifs mis par l'Autorité palestinienne). Il ne tient qu'au gouvernement en place d'améliorer les relations avec ses voisins (Israël comme l'Égypte) pour obtenir une libre circulation d'un territoire à l'autre (en cessant par exemple d'utiliser l'aide massive fournie par les Européens pour accroître son arsenal de roquettes et poursuivre la construction de tunnels), comme il ne tient qu'au Hamas de se consacrer au développement plutôt qu'à la confrontation.

Il y a tout juste dix ans, la bande qui venait d'être évacuée, s'est jetée dans les bras du Hamas. Non seulement la situation ne s'est pas améliorée, mais elle s'est détériorée. Les difficultés s'amoncellent et les querelles Hamas-Autorité palestinienne se sont ravivées. Qui peut nier que la situation économique et humanitaire soit devenue catastrophique ? Sur un territoire de 365 kms, avec une population de 1 450 000 habitants, le chômage est un des plus élevés au monde, près d'un adulte sur deux est sans emploi… À 60 kms de Tel Aviv et à 40 kms de Beer-Sheva, c'est devenu une poudrière que plus personne n'est à même de contrôler. Mais on imagine que si l'été devient chaud, il y a fort à parier qu'un doigt accusateur sera dirigé une fois encore contre les mêmes, contre Israël, contre l'Égypte, contre Mahmud Abbas…On entendra de nouveau, sur les rives de la Seine, de la part des mêmes, les imprécations sur «le tombeau à ciel ouvert» et la nécessité de «venger Gaza».

Rien ne semble indiquer pour l'instant que le Hamas soit engagé dans un processus d'escalade. C'est le moment pour les Européens, et pour les hommes de bonne volonté soucieux d'une véritable solution à deux États, d'aider la population de Gaza à sortir du marasme, de l'orienter vers la construction et le développement, de faire en sorte que la gestion de cette partie de territoire soit une première étape vers la constitution - avec Abbas - d'une souveraineté pleine et entière, au lieu de pousser le pouvoir islamiste en place à se complaire dans son irrédentisme.

On en est loin ? Bien sûr qu'on en est loin. Mais il faudra bien convenir, dix ans après, que le Hamas est un échec lamentable. Il serait temps qu'il s'en aperçoive, comme il est temps qu'il se rende compte que de cet échec, il est le seul responsable. Lui, et tous ceux qui l'entretiennent dans l'illusion que «les roquettes plus l'électricité», cela puisse constituer une politique à long terme. Ni même une politique tout court.

Vincent Lemire: «Toute définition exclusive de l’identité de Jérusalem produit de la violence» (09/12/2016)
Par Alexandra Schwartzbrod, Recueilli par — 9 décembre 2016 à 18:27
  
Dessin Simon Bailly 
Le chercheur, qui a dirigé un ouvrage sur l’histoire de cette cité des origines à nos jours, décrit une ville-monde où les porosités, très nombreuses, existent entre les trois monothéismes. Faire de ce lieu une seule capitale nationale est donc en soi problématique.

Vincent Lemire: «Toute définition exclusive de l’identité de Jérusalem produit de la violence»
Il a fallu pas moins de quatre historiens pour écrire enfin l’histoire urbaine de Jérusalem, des origines à nos jours. Katell Berthelot, Julien Loiseau et Yann Potin ont travaillé cinq ans sous la direction de Vincent Lemire pour retracer l’histoire et la géographie de cette ville trois fois sainte, enjeu de tant d’empires, peuples, Etats (ou embryons d’Etats) et religions. Ils viennent de publier Jérusalem, histoire d’une ville-monde (Flammarion). Grand spécialiste du sujet - son précédent ouvrage, Jérusalem 1900, vient de sortir en poche (Points-Seuil) - Vincent Lemire nous explique en quoi ce lieu qu’Israéliens et Palestiniens revendiquent comme capitale est en réalité une cité traversée par le monde.

Peut-on raconter l’histoire et la géographie de Jérusalem sans faire de politique ?
Il faut bien sûr intégrer la dimension politique, ce livre n’est pas un filet d’eau tiède. Mais personne ne peut nous accuser de parti pris car nous disons les choses à partir des archives et sans rien passer sous silence. Nous racontons les synagogues incendiées par les Jordaniens en 1948, mais aussi la stratégie d’occupation des quartiers palestiniens par les Israéliens depuis 1967. Tous les habitants de Jérusalem partagent la même histoire. Le rôle de l’historien est de rendre compte de ces récits et de les connecter les uns aux autres, c’est cela qui produit du sens. De toute façon, si on est catalogué comme historien partisan on devient inutile, car on est lu par les deux parties comme un ennemi ou un soutien. Le rôle de l’historien est de s’adresser à tout le monde et de s’en donner les moyens.

Y a-t-il eu dans l’histoire un moment où Jérusalem n’était pas un enjeu politique ?
C’est l’un des axes qui traversent ce livre. Il n’y a que deux moments où Jérusalem est considéré comme une capitale : à l’époque biblique et depuis 1948. Entre les deux, la ville est un joyau sur une couronne impériale (romaine, byzantine, omeyyade, ottomane, britannique…) qui est, par définition, supranationale, ce qui contribue à apaiser les tensions. En revanche, à la fin du XIXe siècle, quand le lieu devient le point de focalisation des deux projets nationaux sioniste et palestinien, cette coexistence commence à craquer. Au Moyen Age, il y a un bref épisode comparable, en 1099, quand les croisés massacrent des milliers d’habitants juifs et musulmans pour purifier «la ville du Christ» : on voit bien que toute définition exclusive de l’identité de Jérusalem produit de la violence. Car, historiquement, c’est bel et bien une «ville-monde».

Certains lieux saints sont revendiqués par plusieurs religions…
Ils sont le berceau commun des trois monothéismes. L’histoire de ces lieux sur la longue durée nous montre qu’il y a énormément de porosités entre ces traditions religieuses, même si ces circulations peuvent être conflictuelles. Des gens se sont entretués pour le contrôle des lieux saints mais, au passage, des traditions se sont transportées d’une religion à l’autre. En fait, quand on regarde les pratiques, ces lieux restent souvent partagés. La tombe de Samuel, par exemple, est coiffée par une église byzantine, aujourd’hui la crypte est une synagogue et la nef une mosquée. Tous honorent la mémoire du prophète Samuel, celui qui a désigné David comme roi d’Israël. La tombe de David, justement, sur le mont Sion, a été successivement un lieu saint chrétien au Moyen Age, puis musulman à l’époque ottomane, et enfin juif depuis 1949.

La rupture est donc récente ?
Effectivement, car vouloir faire de cette ville-monde une capitale nationale est en soi problématique. Toutes proportions gardées, c’est comme si l’Arabie Saoudite voulait faire de La Mecque sa propre capitale ou comme si l’Italie annexait le Vatican. Cela ne peut que créer des tensions. Jusqu’aux années 80, les gouvernements israéliens étaient conscients du problème et cherchaient des solutions pragmatiques. Mais aujourd’hui, les adeptes du sionisme religieux sont au pouvoir et ils ne comprennent pas que, depuis l’époque biblique, deux monothéismes sont apparus et que l’on ne peut pas revenir à cette période en court-circuitant deux mille ans d’histoire.

Une récente résolution de l’Unesco sur l’esplanade des Mosquées et le mont du Temple a rendu furieux les Israéliens. Pourquoi ?
En 1967, les Etats arabes réunis à Khartoum ont décidé d’agir au sein de l’Unesco pour protester contre l’occupation israélienne, en faisant voter des résolutions pour défendre les lieux saints musulmans. Depuis cinquante ans, il y a eu des résolutions bien plus salées que celle de cette année et Israël choisissait de faire la sourde oreille. La nouveauté c’est que Nétanyahou a décidé de médiatiser cette résolution pour en faire une polémique. Or, venant du Maroc, du Soudan ou du Qatar, il est logique que cette résolution se focalise sur la défense des lieux saints musulmans. C’est comme si on reprochait à Nétanyahou de ne pas faire de grandes déclarations sur les liens indéfectibles entre Jérusalem et l’islam ! A ce compte-là, le Vatican aurait pu nourrir la même polémique en disant que la résolution de l’Unesco était christianophobe…

Qu’apprend-on sur l’antisémitisme en étudiant l’histoire de Jérusalem ?

Qu’il s’est longtemps confondu avec un antijudaïsme chrétien ancien et structurel, alors que l’antisémitisme musulman est plus récent et contextuel, indexé sur le conflit israélo-palestinien. Premier exemple : en 638 et en 1187, c’est bien la conquête musulmane qui a permis le retour des juifs dans la ville sainte. Autre exemple, plus récent : en 1908, la révolution constitutionnelle ottomane accorde l’égalité de droits à tous les sujets de l’Empire. A cette occasion, une procession de jeunes juifs demande à accéder à l’esplanade des Mosquées. Le mufti les accueille à bras ouverts. Quand ils veulent visiter le Saint-Sépulcre, ils sont chassés manu militari par les moines grecs et arméniens, qui les accusent d’être le «peuple déicide» qui a tué le Messie.

Commentaire : L'antijudaïsme musulman est présent dès l'origine, dans le Coran, il est donc ancien et structurel. C'est l'acceptation des Juifs qui est accidentelle. 
C'est repris par tous les groupes terroristes musulmans, Hamas en tête : Charte du Hamas
L'historien propagandiste oublie aussi étrangement l'histoire des massacres, génocides, déportations de juifs tout au long de l'historie du Proche et Moyen-Orient. Au XXe siècle : Les pays arabes occultent l'histoire de leurs juifs.
On peut donc considérer l'ensemble de l'interview comme au minimum sujette à caution. 

Jérusalem vivra-t-il un jour en paix ?

Dans les années 1860, les notables de la ville se sont constitués en autorité municipale, considérant que leurs religions respectives ne les empêchaient pas de gérer en commun la cité. Cela a fonctionné jusqu’au milieu des années 30, puis cette entité a explosé sous la pression des nationalismes concurrents. Depuis, il y a eu la partition de 1948, puis l’annexion de 1967, mais Jérusalem reste plus que jamais coupée en deux. Aujourd’hui, l’horizon municipal est sans doute une partie de la solution. A Jérusalem vivent 500 000 Israéliens et 300 000 Palestiniens. Depuis 1967, la population palestinienne de la ville a été multipliée par 4, la population israélienne par 2,5. Donc quand on parle de judaïsation, c’est vrai sur le plan territorial, mais faux sur le plan démographique. Ces chiffres ne sont pas connus, car ils ne sont politiquement utiles pour personne. Ni pour les gouvernements israéliens qui ne veulent pas admettre qu’ils ont perdu la bataille démographique. Ni pour les leaders palestiniens qui, enfermés dans une stratégie victimaire, ne communiquent que sur leurs défaites. Aujourd’hui, les Palestiniens de Jérusalem boycottent les élections municipales car ils ne veulent pas légitimer l’occupation. Mais, dans le cadre d’un règlement global, la municipalité pourrait être partagée et placée sous une double souveraineté nationale ; techniquement, ce n’est pas plus compliqué que le statut actuel de Bruxelles.

L’eau est-elle une donnée importante pour Jérusalem ?

L’eau permet de prendre en compte l’histoire de la ville dans sa matérialité. On ne peut pas la comprendre si on la voit comme une ville plane. Il faut percevoir ses reliefs, ce que permet un travail sur l’eau. La géographie est une donnée fondamentale. Jérusalem est une ville de montagne, à 800 mètres d’altitude, il y neige en hiver, elle a une forte singularité climatique, au contact du désert et de la plaine littorale, ce qui a toujours eu de fortes implications symboliques. Travailler sur l’eau, c’est aussi travailler sur les points chauds de la mémoire de la ville, de l’aqueduc du roi Salomon aux fontaines de Soliman le Magnifique, en passant par les bains publics de l’époque mamelouke.

Vous dirigez le projet «Open Jerusalem». De quoi s’agit-il ?

Ce projet a été lancé en 2014, pour cinq ans. Il est financé par l’Union européenne (Conseil européen de la recherche, ERC), piloté depuis l’université Paris-Est et soutenu techniquement par Huma-Num, l’infrastructure du CNRS dédiée aux humanités numériques, en partenariat avec les Archives nationales et l’agence web Limonade & Co. L’idée de départ est simple : Jérusalem a longtemps souffert d’une historiographie cloisonnée. Chaque historien travaillait dans sa langue (hébreu, arabe, arménien, ottoman, russe, grec…) et donc le plus souvent dans sa communauté, ce qui est très réducteur. On manquait de ponts entre ces historiographies et ces archives. Avec «Open Jerusalem», on réunit plusieurs dizaines de chercheurs qui ont des compétences fortes. L’échange, c’est donc d’abord l’échange des documents. L’autre idée consiste à faire une histoire «hors les murs», car les archives de Jérusalem sont dispersées. On retrouve des documents inédits à Addis-Abeba, Amman, Berlin, Erevan, Saint-Pétersbourg, Istanbul, Athènes… Partout ! Pour rendre tout cela accessible, on construit une base de données complexe, en posant des couches d’indexation en plusieurs langues, la langue commune étant l’anglais. L’idée n’est pas forcément de tout numériser, mais de décrire ces massifs documentaires le plus finement possible pour poser les bases d’une histoire partagée.

Alexandra Schwartzbrod Recueilli par

JÉRUSALEM, HISTOIRE D’UNE VILLE-MONDE sous la dir. de VINCENT LEMIRE Flammarion, Champs histoire, 535pp., 12€.

Pourquoi Jérusalem est bien la capitale d'Israël (02/06/2017)
Par Pierre Rehov Mis à jour le 02/06/2017 à 17:37 Publié le 02/06/2017 à 09:26

Pourquoi Jérusalem est bien la capitale d'Israël
FIGAROVOX/TRIBUNE - Face aux résistances arabes, Donald Trump n'honorera pas immédiatement sa promesse de campagne visant à déplacer l'ambassade américaine en Israël de Tel Aviv à Jérusalem. Le point de vue de Pierre Rehov.

Par Pierre Rehov. Reporter, écrivain, réalisateur de documentaires dont le dernier «Unveiling Jérusalem», retrace l'histoire de la ville trois fois sainte et prend position sur le conflit israëlo-palestinien.

Donald Trump l'avait promis durant sa campagne. À peine élu, il s'empresserait de déplacer l'ambassade américaine de Tel Aviv à Jérusalem, capitale d'Israël non reconnue par la communauté internationale, et pourtant, dans les faits, son centre administratif. Le président Trump est pourtant, provisoirement, revenu sur sa parole, promettant tout de même de s'exécuter avant la fin de son mandat. Cela peut se comprendre, de la part d'un homme qui a bâti sa carrière sur «l'art de la négociation» et assure être capable de conclure le deal le plus difficile de tous les temps, rien de moins que la résolution du conflit israélo-arabe.

La problématique, plus délicate qu'elle n'y paraît, remonte à une loi du 23 octobre 1995 votée par le Congrès qui impose le déplacement de l'ambassade, mais laisse au président en exercice la possibilité d'en retarder l'échéance tous les six mois, pour des raisons de sécurité.

Israël est le seul pays au monde dont la capitale officielle n'est pas reconnue. Les ambassades de la quasi totalité des pays sont donc établies à Tel Aviv, à quelques soixante kilomètres des ministères.
Depuis cette fameuse loi, chaque président américain, de Clinton à Obama en passant par George W. Bush a reconduit l'échéance qui tombe le 1er décembre et le 1er juin. Les raisons en sont toujours les mêmes. Pression du monde arabe, chantage au terrorisme, volonté de trouver une solution au conflit par l'établissement de deux pays pour deux peuples se partageant la capitale, intérêts financiers liés aux hydrocarbures.

Cette année, cependant, montre sous un jour nouveau sur ce qui apparaît comme une simple formalité. Il aurait suffi en effet, au président Trump de ne rien faire, autrement dit ne pas signer le document de reconduction, pour que David Friedman, le nouvel ambassadeur américain, établisse son quartier général à Jérusalem plutôt qu'à Tel Aviv. Cela semblerait logique puisque, quel que soit le statut final de la ville trois fois sainte, Jérusalem ouest restera rattachée à Israël. Quant aux Palestiniens, leur centre administratif, y compris l'incroyablement luxueux palais présidentiel de Mahmud Abbas, est établi à Ramallah.

Pourquoi, dans ce cas, une telle frénésie autour d'un événement qui, tout compte fait, n'aurait d'autre valeur que symbolique? Justement. Au Moyen Orient les symboles ont une force qui surpasse la logique ou le simple pragmatisme.

Mais, tout d'abord, quelques faits historiques et religieux qu'il n'est pas inutile de rappeler.

En 1870, d'après plusieurs études, regroupant, entre autres, celles de Karl Marx, Gerardy Santine, et Nu‘aman Al Qasatli, mais laissant de côté le recensement effectué par l'empire Ottoman, car celui-ci ne tenait compte que ses citoyens officiels, la population de Jérusalem se décomposait de la façon suivante : 11.000 Juifs, 6500 Musulmans, 4500 Chrétiens.

Une grande majorité de Juifs, donc, malgré une réécriture progressive de l'histoire de la région à fins de propagande.

Le plan de l'ONU de 1947, qui devait donner naissance à deux pays, l'un Juif et l'autre Arabe dans les 20% restant de la Palestine mandataire, prévoyait l'internationalisation de Jérusalem.

Sans le refus arabe, traduit dans les faits par l'attaque des cinq pays limitrophes du tout jeune État hébreu, avec une volonté génocidaire affichée, la fameuse «Naqba» ou «Catastrophe», c'est-à-dire le départ volontaire ou non de quelques centaines de milliers de Palestiniens devenus «réfugiés», n'aurait jamais eu lieu. Il est clair que les leaders arabes ne s'attendaient pas à ce que le jeune pays, refuge des survivants des camps de la mort, repousse leurs armées d'invasion.

L'une des batailles les plus acharnées fut celle pour la libération de Jérusalem. La Jordanie s'empara de la partie est de la ville, en chassa tous les Juifs, détruisit 60 synagogues, et désacralisa la quasi totalité des cimetières. De ce jour, et jusqu'en 1967, les Juifs n'eurent plus accès à leur lieu saint le plus sacré, le mur des lamentations, désormais sous contrôle jordanien.

Il est à noter qu'à peine cette partie de Jérusalem conquise, le royaume s'en désintéressa totalement jusqu'en 67, où elle devient officiellement le «troisième lieu saint de l'Islam». Au cours des dix-neuf années qui suivirent, aucun chef de gouvernement arabe ne s'y rendit en visite officielle, ne serait-ce que pour prier au dôme du rocher ou à la mosquée Al Aqsa. Des photographies d'époque montrent des bâtiments mal entretenus, entourant une esplanade envahie par les herbes hautes. La vieille ville de Jérusalem, Al Quds pour les musulmans, ne présentait plus d'intérêt, puisqu'elle leur appartenait.

Un intérêt qui d'ailleurs ne s'est jamais révélé au cours des siècles, si ce n'est au tout début de l'ère islamique, lorsque, 40 ans après la mort du prophète Mahomet, le calife Umar ibn Al-Kattâb, décida de permettre aux fidèles syriens d'y effectuer un pèlerinage, puisqu'ils étaient interdits de séjour à la Mecque. Ainsi que l'indique le professeur Gabriel Barkay, historien et archéologue: «Il substituait ainsi le rocher blanc de la fondation du monde à la Kaaba, la météorite noire d'Arabie». Pour justifier sa décision, Al-Kattâb se servit d'une légende présente dans le Coran, selon laquelle le prophète Mahomet se serait, au cours d'une nuit, envolé vers le Paradis sur sa jument Al Buraq, depuis la «mosquée lointaine» (Al Aqsa).

Les historiens, y compris les spécialistes de l'Islam, parmi lesquels le docteur Mordehai Kédar, situent cette mosquée non pas à Jérusalem, mais à Ji'irrana, une petite ville au nord de la Mecque, sur la route de Taaf où Mahomet se rendait régulièrement pour prier. Le nom de Jérusalem, qui apparaît 700 fois dans l'ancien Testament et régulièrement dans les Évangiles, n'est pas cité une seule fois dans le Coran.

Il est également utile de noter que Jérusalem, tout au long de son Histoire, n'a jamais été la capitale d'aucun pays à part Israël.

En 1967, alors en pleine guerre avec l'Égypte et la Syrie, l'État hébreu recommanda au roi Hussein de Jordanie de ne pas intervenir dans le conflit, au risque pour lui de perdre sa mainmise sur la ville sainte. Une recommandation qu'il ne voulut pas entendre. À l'issue de la guerre éclair, Israël, vainqueur, réunifia Jérusalem, pour, plus tard, l'annexer, donnant par la même occasion à la population locale un statut de résident, proche de la citoyenneté.

Depuis, toutes les religions sont respectées dans cette ville modernisée et relativement prospère où chacun, Musulman, Juif ou Chrétien, peut accéder librement à ses lieux saints.

Enfin, pas tout à fait…

Malgré sa victoire écrasante, Israël a continué d'autoriser le Waqf, organisation islamique jordanienne, à administrer l'esplanade des mosquées, pourtant construite sur les restes des Temples de Hérode et de Salomon. Selon la loi coranique, seul un musulman a le droit de prier sur les lieux saints de l'Islam, ce qui conduit à une situation intenable, puisqu'aucun Juif ni Chrétien ne peut donc se recueillir à l'emplacement du Temple détruit par les romains. C'est ce que l'actualité retient sous le nom de «statu quo».

Un statu quo de plus en plus difficile à respecter, des deux côtés.

Car, comme son prédécesseur Yasser Arafat, le président actuel de l'Autorité Palestinienne, Mahmud Abbas, élu pour quatre ans en 2005 et toujours au pouvoir, trouve aisé d'inciter régulièrement son peuple à la révolte contre Israël par la diffusion de fausses nouvelles, où il apparaîtrait que les Juifs s'apprêtent à détruire la mosquée Al Aqsa pour y construire leur troisième temple.

Cette tactique, destinée à unifier les foules contre un ennemi commun, a fonctionné en 1929, entraînant le massacre de la population juive de Hébron, puis en 2000, après qu'Arafat a refusé l'accord de paix qui lui était proposé à Camp David, et plus récemment en 2014 et 2015, tandis que Mahmud Abbas déclarait sur sa chaîne de télévision nationale que «tout Jérusalem appartient à l'Islam et qu'aucun Juif ne mettrait jamais ses pieds immondes sur l'esplanade des mosquées» (clip diffusé et traduit par Palestinian Media Watch).

La grande question est de savoir jusqu'à quel point les médias, comme les dirigeants occidentaux, se sont laissés berner par ce double langage, pourtant habituel des dirigeants palestiniens.

Récemment, une procédure intégrée dans la loi palestinienne, qui consiste à verser des sommes importantes aux terroristes enfermés dans les prisons israéliennes ainsi qu'aux familles des «martyrs» tués au cours d'une mission, souvent un acte suicidaire visant les populations civiles, a fait réagir le gouvernement américain, ainsi que d'autres pays occidentaux. Il a même été rapporté par les services secrets qu'au cours de sa visite auprès du président de l'autorité palestinienne, Donald Trump se serait emporté contre Mahmud Abbas, pour cette même raison : « Vous m'avez menti, lui aurait-il hurlé. Vous me parlez de paix quand les Israéliens m'ont apporté la preuve que vous êtes personnellement responsable de l'incitation à la violence ».

À son tour, la Norvège, ulcérée que des sommes versées à l'Autorité Palestinienne aient servi à financer un centre pour la jeunesse baptisée Dalal Mughrabi, du nom d'une terroriste ayant massacré 38 Israéliens dont 12 enfants en 1978, a annoncé qu'elle se désolidarisait du projet et exigeait la restitution des aides engagées. Les Nations unies ne sont pas en reste, malgré des décennies d'attaques systématiques contre l'État hébreu dues à la majorité arabe automatique. Le nouveau secrétaire général Gutteres a également retiré son soutien à de tels projets, regrettant la glorification du terrorisme qui est de mise sous la responsabilité du Fatah et de l'OLP.

Pour en revenir à Jérusalem, c'est ce courant nouveau, issu d'un peu de réalisme, qui pourrait peut-être pousser, non seulement les États Unis, mais un grand nombre d'autres pays, à reconnaître enfin la capitale d'Israël. C'est d'ailleurs ce qu'a fait la Russie de Poutine, courant avril, en annonçant qu'elle reconnaissait Jérusalem ouest comme capital de l'État Juif mais n'y déplacerait pas son ambassade pour l'instant. Plus récemment, le parlement de la République Tchèque, à son tour, a exigé la même reconnaissance de son exécutif.

Tout a été essayé pour tenter de satisfaire l'Autorité Palestinienne au détriment de l'État hébreu, y compris fermer les yeux sur sa forme de terrorisme promue au titre de «combat contre l'occupation». La paix était à ce prix, selon l'Union Européenne et l'administration d'Obama. Seulement le vent a tourné, et le terrorisme, qu'il soit islamiste (Isis) ou palestinien (Hamas, Jihad Islamique et Fatah), n'est plus toléré par un occident blessé et révulsé.

Car, si Mahmud Abbas voulait vraiment un pays pour son peuple, mettant ainsi fin à ce qu'il est convenu d'appeler «l'occupation israélienne», il lui aurait suffi d'accepter la main tendue d'Ehud Olmert en 2008. 98% de la Cisjordanie (ou Judée Samarie) ainsi que tout Gaza, lui étaient offerts sur un plateau, y compris le contrôle d'une grande partie de la vieille ville. Il lui aurait également suffi de retourner à la table de négociations, sans pré-condition, après l'échec des pourparlers de 2014, sous la houlette d'Obama et de Kerry.

Il lui suffirait peut-être maintenant d'accepter de reconnaître Israël comme État Juif, de renoncer à l'inonder par des millions de réfugiés non intégrables… Et d'accepter ce que l'Histoire, les guerres, les défaites, la logique territoriale, ont bien voulu lui donner.

Ramallah comme capitale d'un état démilitarisé.

À ce prix, la paix pourrait se faire. Mais il ne faut pas rêver.

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